L'ACTUALITÉ TAURINE
(Juin 2002)

ATTENTION A « EL FANDI » !!!

     1er Juin : « Toreria et Pundonor ! ». Ah… j’avais oublié « Garra ! » Le « gnac ! », la rage de vaincre, de tout bousculer ; l’envie de se surpasser, encore et encore. En un mot… tous ce que n’ont pas démontré, hier, nos onze « héros », nous laissant « des bleus à l’âme »…
     Les Sénégalais se sont battus et ont gagné, très justement. Et la présence de Zidane n’y aurait rien changé.
     Pas à dire, quatre ans, ça use… et pas que les souliers ! A voir les regards perdus de nos « matadors », on peut se demander si on ne va pas répéter le « et un, et deux, et trois…zéro ! », mais à l’envers : Sénégal, Uruguay, Danemark… Trois matches, trois bides ! Falto garra !

     Hier, suite à ce triste épisode, le Bourse a baissé ! Vous rendez vous compte ? J’imagine que nos grands politiques ont rentré leur rogne, et se sont précipités, par téléphone, fax ou mail, pour adresser leur message de compassion et encouragement à nos champions déchus et déçus… « Pas grave ! », mais « On compte quand même sur vous ! », cachant mal un « N’allez pas, « en plus ! », nous mettre le moral de la France, à zéro ! »
     Il y a du en avoir, de ces messages… beaucoup plus que du côté de Choisy, où on portait en terre Jenny, Anaëlle et Maeva, cette mère et ses deux filles, victimes de toute la saleté, de toute la bêtise, de toute la vulgarité de notre société actuelle… Elles attendaient simplement, sagement, un bus, à Vitry… la mort les a prises, là, horriblement, inutilement ! Combien de messages, hier, au mari, au papa ? Le nôtre, sûrement… le vôtre aussi, on l’espère. Que verguenza ! Bon Dieu, si vous existez… pourquoi ?
     Le monde continue, et roule, comme un ballon de foot… Et les hommes avancent, chacun à sa manière. Il y a ceux « qui fonctionnent », ceux « qui traficotent » et au milieu, ceux qui essaient de se battre, sincèrement… On ne sait qui est le plus heureux. Mais on sait « qui en bave le plus ! » C’est ainsi ! Peu importe ! « Palante ! »

     Un qui ne se pose pas de questions, et « donne tout »… David Fandila « El Fandi ». Attention à celui là! Cela fait un moment que nous les surveillons. Certes, c’est un volcan, un tourbillon… Un athlète, champion de ski, qui défonce les portes… Oui oui ! Mais on n’oublie pas qu’il avait « scié » la Maestranza de Séville, le jour de sa présentation de novillero… grâce au temple de sa muleta.
     Depuis, il fallait gagner, gagner, gagner… L’alternative, avec un bras cassé… Pas mal, non ! Neuf sorties a hombros consécutives, à Granada ! Pas rien ! Et puis l’actuacion de Séville, en Avril, pour arriver à sa première sortie à la San Isidro, pour la confirmation d’alternative. Bien sûr, Antonio Ferrera a ouvert « la grande porte », mais regardez bien… Avec « d’autres toros », le Fandi n’est pas loin.
     Hier, 31 mai 2002, David Fandila « El Fandi », torero « explosif » (pas pour rien qu’il es de Grenade) a « indulté », gracié un toro de Daniel Ruiz, grâce à la douceur, au temple, à l’expression artistique de sa muleta… Il a été « très bien ! ». C’est là une surprise, pour certains. Bien entendu, à côté… la garra ! Cape, banderilles… à fond !
     El Juli était dans la plaza ! On connaît son célèbre quite de « la Lopecina » qui nous fit hurler de peur et d’admiration, le jour de son alternative, à Nîmes. On savait que le Fandi avait été le seul à le reprendre, avec bonheur. Hier, il a donné un quite par « lopecinas », mais…à genoux !
     Torero bouillant, vibrant, spectaculaire et sympathique, le Fandi a une grande marge de progression. Hier, il a franchi une nouvelle étape. Demain dimanche, il est à Madrid… Attention à El Fandi !

     31 Mai : Granada – 7ème de la Feria du Corpus – Lleno : Les vétérinaires ont refusé toute la corrida de Santiago Domecq, et la moitié de celle de Daniel Ruiz. Vaya ! Il est donc sorti un « patchwork », composé de 2 Jose Luis Pereda (1et 3èmes), faibles et sans race ; 1 de la Dehesilla (le 2ème), invalide ; et 3 Daniel Ruiz,  les 4, 5èmes, très faibles ; et le sixième, extraordinaire. Formidablement mis en valeur par le Fandi, ce toro a été gracié. Il s’appelle « Cortesano », N°31- 595 kgs.
     Paco Ojeda (Palmas aux deux) n’a rien  pu faire devant le premier, laissant quelques petits, très petits souvenirs de ce qu’il fut, face au quatrième.
     El Juli (Palmas et ovation) a sombré devant la tristesse de son premier adversaire, et s’est ressaisi, face au cinquième : Bonne faena, en particulier sur main gauche. Mais il ne tua pas.
     El Fandi (Palmas – Deux oreilles et rabo, symboliques) ne put rien, face au faible troisième. Par contre, il alluma deux feux d’artifice, devant le fameux « Cortesano » : Le premier avec cape et banderilles : Véroniques à genoux, quite par lopecinas « de rodillas » ; Banderilles tonitruantes, devant donner la vuelta, après les trois poses… Le second, surprenant pour certains… à la muleta. Faena débutée les deux genoux en terre, vibrante. Puis, la muleta se calme, se ralentit, se fait douce. Bien, bien, le Fandi ! Le toro est remarquable ! Les cris fusent, la pétition enfle… Le mouchoir orange tombe : Indulto !

     Grand triomphe du Fandi, dont il faut surveiller la marche en avant. Il ne sera jamais un « De Paula », mais… Toreria, pundonor et… garra !

 

MADRID : « LA PRESSE »…DE MAUVAISE HUMEUR.

     1er Juin : La corrida de la Presse a été un énorme fiasco. Cette « corrida concours », non officielle, pour laquelle l’association de la Presse avait relancé le prix au meilleur lidiador, et au meilleur toro, a sombré dans la grisaille, le ciel chargé, le bochorno.
     D’entrée, les toros de Victorino Martin et de Juan Pedro Domecq ont été  refusés par les vétérinaires, pour manque de présence. Et les ganaderos ne les ont pas remplacés. Que croyaient ils donc ? Qu’ils allaient lidier « à Palavas » ? Le toro de Samuel Flores était armé tellement brocho qu’il en louchait ! Que croyait donc Don Samuel ? coller à Las Ventas, un toro « pour Dax », quand Madrid a toujours dans le souvenir les Samuel Flores de la Bienfaisance 91, pour le mano a mano entre Ortega Cano et Cesar Rincon.

     Du coup, le public de Madrid est arrivé en rogne, et s’en est pris à tout ce qui bougeait, en particulier à Eloy Cavazos et à Enrique Ponce. Ils ont été odieux, à divers degrés, et pour différentes raisons.
     Eloy Cavazos est une figure du Toreo, qu’on le veuille ou non. Il ne cherchait rien ! Pas de millions dont il est replet ! Pas de contrats ! Pas de place dans l’escalafon. Rien d’autre que faire ses adieux, dignement, rien moins qu’à la monumental de Madrid, avec « le toro de Madrid ». Cela méritait, pour le moins, le respect, mais aussi, peut-être, une ovation, en fin de paseo. Par ailleurs, s’il est aficionado, le public de Madrid connaît la forme de toréer du sympathique mexicain. Il ne fallait donc pas s’attendre à « de longues séries de longues passes », templées, profondes. Alors, pourquoi lui en vouloir de faire ce qu’il a fait depuis son alternative, en 1966 ? Manque de sensibilité ; manque de respect. Mal ! Madrid.
     Pour Enrique Ponce, c’est une autre raison, toute simple : il fallait « lui faire payer » les trois oreilles du 24 mai… tout simplement. Alors, on a sorti la mauvaise foi et l’indifférence. Comme, de plus, il y avait « en face » le public « clavelero », la jetset, il était facile de se moquer et de tout contrer, en bloc, même lorsque Enrique était « bien », compte tenu des circonstances, et des toros.

     Public de Madrid, dur, changeant, parfois bien injuste. Cependant il est, « Madrid ». On peut, dans une même semaine, l’adorer et le haïr… Jose Tomas, qui a frôlé la mort, avant hier à Grenade (le piton du toro l’a pointé longuement, en pleine poitrine, alors qu’il était à terre, sans défense) a su « le retourner ». C’est l’exploit de la Feria 2002 : Entrer sous les sifflets... sortir en triomphe.
     A la fin, tout le monde a pris l’apéro en compagnie du Roi, mais au retour, il devait y a voir quelques grimaces dans la soupe. Bien entendu, les deux trophées en compétition n’on pas été attribués.

    31 Mai – MADRID (Las Ventas) – Corrida de la Presse – 21ème de la San Isidro – Llenazo – Temps gris, lourd, pesant : La corrida n’a jamais décollé. Les lidias se sont déroulées, ternes et monotones. A part le toro d’Alcurrucen, magnifique et brave, le reste de la corrida fut un triste défilé de « sans race » et de « sans forces ». Le public s’est mis en boule, faisant retourner au corral le Samuel Flores, qui eut le bon goût de faiblir, dès sa sortie. Problème : le Carmen Borrero de remplacement, ne valait guère mieux.
    Eloy Cavazos (Palmas – Silence) a vu chacune de ses interventions, ponctuées de quolibets et "d’invitations" à retourner dans son pays natal. Muy mal, Madrid. Virevoltant, devant le toro d’Aldeanueva (589kgs), noble mais soso et juste de forces, le mexicain toréa court et pieds joints, tuant très mal. A noter le molinete d’ouverture, la trinchera qui suivit, et la regiomontana, passe de sa création. C’était « avant hier » ! - Il fit ses adieux devant le toro « Cupletero », de Los Bayones (571kgs), qui ne valait pas grand chose. Le brindis à Madrid était éloquent. Il fit ce qu’il put, et ce fut bien insuffisant. Galère.
     Enrique Ponce (Ovation ponctuée de sifflets – Silence) A été bien devant le toro d’Alcurrucen (514 kgs). Cependant, la facilité et la maestria qui ont triomphé, le 24 mai, ont été contestées, hier. Bons passages, de face, notamment, et une grande série de naturelles, à un toro qui change souvent de rythme au cours du trasteo. Pinchazo et estocade ! Madrid se divise – Une fois le Samuel Flores, rentré avec perte et fracas, sortit un Carmen Borrero (531 kgs), faible, soso, sans aucune transmission. Le public était en rogne, et Ponce ne put retourner la tortilla.
     Miguel Abellan (Ovation – Applaudissements, après un avis) a très bien toréé  avec le capote. Solide, varié, notamment dans les quites par gaoneras, puis chicuelinas combinées avec des tafalleras, conclues d’une demie, à genoux. Il aguanta beaucoup le toro de Guadalest (523kgs) qui lui mit une voltereta angoissante, au moment de la troisième entrée à matar. Pris, repris au sol, secoué longuement, Abellan « est en caoutchouc ». Quelle chance ! – Le sixième est un Agustina Lopez Flores, incroyablement armé en larges guidons de course, qui vire au dangereux. Toro manson, qui charge « à coups de tête ». En face, la vaillance, vaine.
     Un toston… et les efforts des hommes, pour rien… Carton rouge aux ganaderos !

     Ce samedi : Troisième de Rejoneo, (sans Hermoso de Mendoza !) : Toros de Julio de la Puerta, pour Luis Domecq, Andy Cartagena, Sergio Galan.

 

LE SCANDALE TELEVISE DE TOLEDE

     1er Juin : Inacceptable ! Complètement honteux, et justifiant absolument les arguments des « Antis ». La corrida télévisée hier, en directe depuis Tolède, est une pièce de plus, versée à la condamnation sans appel d’une Fiesta qui n’a plus rien de « Brava » : Des toros qui chutent lourdement, qui rampent lamentablement ; un troisième, qui se couche, moribond, suppliant, et qu’on relève, pour que le « matador » l’estoque… un piton qui « recule » de dix centimètres… Une honte totale, à laquelle personne ne peut souscrire.
     Hier, l’aficionado que je suis, a détesté « en bloc »: le spectacle, le président, les toreros, en particulier monsieur Rivera Ordoñez, incapable de mettre l’épée, mais insultant le toro, lors de la sacro sainte interview « d’après faena »…J’ai détesté la Télévision Espagnole, qui ne transmet rien, ou si peu, depuis les grandes ferias, et massacre la Fiesta, depuis les plazas de vilaine catégorie. Bien sûr… A nous les sous sous ! No Señor ! No es asi !
     Le public n’a pas brûlé la plaza… sont vraiment sympas, les toledanos !
     Manuel Diaz « El Cordobes » sort à hombros pour avoir coupé deux oreilles « de risa »… Señor, por favor !

     Du coup, on ne peut que dire : Vive la corrida, en France ! Même s’il arrive que des courses « sortent mal », on n’arrivera jamais, souhaitons le, à cette terrible pantomime de Tolède.
     Seul petit intérêt : Il faut attendre, encore un peu, le Califa. Il a progressé, au capote, et certaines choses, au sixième, disent que « cela peut revenir ». A voir, lundi, à Madrid.
     Dans les autres plazas, on ne s’est pas tapé sur les cuisses, non plus… Le Finito de Cordoba a coupé une oreille en trois courses, chez lui, pour la Feria de Cordoue. Pas quoi se relever la nuit… Enfin !

     31 Mai – Tolède – Corrida télévisée – ¾ de plaza : Toros de Montalvo, correctement présentés, mais horriblement faibles, probablement malades, les trois premiers. Le troisième se coucha, sur le côté, par trois fois, au cours de la « faena »… Noblesse générale, avec un tout petit peu de piquant, chez le cinquième. Les quatre et sixièmes permirent un semblant de faena.
     Manuel Diaz « El Cordobes », est bien sympa, bien éduqué, bien sincère. Deux derechazos coulés, une cogida, sans mal. Bien peu, pour deux oreilles au quatrième. Non ? On dit qu’il est sorti a hombros. Pas honte ?
     Rivera Ordoñez a distribué des passes, la moue dubitative, et a pinché beaucoup (souvent, en haut). Pas une raison pour traiter le toro de « cabron », même « con todos mis respetos ». Ovation et applaudissements.
    El Califa n’a pu que tristement constater les dégâts, au troisième, demandant qu’on puntille le toro. Il aurait du repartir direct, à l’hôtel. De bonnes choses au sixième, dont il coupe une oreille, potable.

     31 Mai – Cordoba – 6ème de Feria  de la Salud – Plein : Triste corrida des Frères Tornay.
     Finito de Codoba joue les infirmiers à l’un, et donne deux naturelles à l’autre. On l’applaudit – Jose Luis Moreno se bat avec le cinqueño, sorti deuxième, et coupe l’oreille du cinq, pour de bonnes naturelles – Morante « ne se réveille pas » devant le troisième, et soupire trois véroniques, au dernier. Bof ! Silence et applaudissements.

    31 Mai – Talavera de la Reina – Casi lleno :  Corrida « made in » Lozano. Bonne corrida d’Alcurrucen, pour les toreros « de la Casa », en mano a mano :
     Manolo Caballero : Ovation – Deux oreilles – Ovation
     Eugenio de Mora : Ovation – Deux oreilles – Oreille.

 

FERIA DE MALAGA 2002

     On  a révélé les affiches de la prochaine feria de Malaga, rectifiées, du fait de la cogida de Joselito. La Feria se déroulera du 9 au 19 Août, comptant 14 spectacles, dont 11 corridas, une de Rejoneo, et deux novilladas, dont un mano a mano nocturne, entre Salvador Vega et Manzanares Junior.
    
Les cartels sont les suivants:
Vendredi 9 août : Toros de Manolo Gonzalez, pour Enrique Ponce, Manuel Caballero et Morante de la Puebla
Samedi 10 août : Toros de Victoriano del Rio pour Rivera Ordoñez, Victor Puerto et El Juli
Dimanche 11 août : Course de rejoneo : Toros de Viento Verde, pour Luis Domecq, Hermoso de Mendoza et Sergio Galan
Lundi 12 août : Toros de Daniel Ruiz, pour Ortega Cano, Finito de Cordoba et El Juli
Mardi 13 août : Toros de « El Torero », pour Enrique Ponce, Finito de Cordoba et Eugenio de Mora
Mercredi 14 août : Toros de Nuñez del Cuvillo, pour Victor Puerto, José Tomas et Miguel Abellan
Jeudi 15 août : Toros de Hermanos Astolfi, pour Rivera Ordoñez, Antonio Ferrera et Miguel Abellan
Vendredi 16 août : Toros de Zalduendo, pour Paco Ojeda, José Tomas, et Morante de la Puebla
Vendredi 16 août(en nocturne) : Novillada de Cayetano Muñoz, pour Joselito Ortega et  Manuel Escribano
Samedi 17 août : Toros de Ana Romero, pour Fernando Camara, Pepin Liria, et Jose Luis Moreno
Samedi 17 août (En nocturne) : Novillada de « Toros de la Plata », pour Salvador Vega et José Maria Manzanares Jr.
Dimanche 18 août : Toros de Guardiola, pour Eduardo Davila Miura, El Cid et Antonio Barrera
Lundi 19 août : Toros de Peñajara, pour Juan José Padilla, Antonio Ferrera et El Fandi

 

LES FESTIVALS « DE LUMIERES »

     2 Juin :  On a beau dire et beau faire… cela ne s’arrange pas. Certes, on fait la guerre à l’afeitado, ou on essaie… Certes, des vétérinaires prennent la mouche, comme l’autre jour, à Granada… mais aujourd’hui, on ne se cache plus, et l’on s’arrange pour transformer en shows, vêtus « de lumières », de véritables festivals que l’on devrait toréer en costume campero… au prix d’un festival.
     Hier, au moins trois « corridas » se sont ainsi déroulées, traînant lamentablement au sol, telle une serpillière, l’image de la corridas de toros.
     A Cordoue, Manuel Benitez s’est coupé la coleta, se permettant, à 66 ans, d’estoquer un toro, sans utiliser la muleta. Beaucoup de mérite, certes, car même un becerro peut faire très mal. Mais quand même… Cordoba est une plaza de première. Ce fut hier, une cour de patronage, où l’on galope, on gesticule, on fait le grand écart, devant des chèvres anorexiques. Pues, no !
     En plaza de Haro, en terre de Rioja, on a sorti des toros tout petits, tout mignons. Peut-être les organisateurs pensaient ils que le vin aidant, arrosant un bon déjeuner, les aficionados allaient ils voir « double trapio » chez les Victoriano del Rio. Pues, no !
     Mais on a encore trouvé mieux: La corrida mixte ! Deux toros pour un rejoneador, deux toros pour un matador, et deux novillos pour une jeune promesse. Allez donc vous y retrouver!  Le toro de rejon est légalement afeité, mais celui du matador, l’est plus encore. Comme le toro du matador d’alternative est de format réduit… le novillo sort, tel un moustique…
     Tout cela est très légal, très bien monté…
     Hier, à Tolède, se déroula un de ces « montages ». Ce fut un fiasco de première, un des toros perdant un piton… avant de sortir au ruedo, au moment où on lui piquait la devise, dans le chiquero. Vaya !
     Alors… une simple question : « Jusqu’à quand ? »

     1er Juin – Cordoba – 7ème de la Feria de La Salud – Un peu plus de media plaza (!) :  Manuel Benitez a, paraît il, fait ses adieux. En fait, il s’est coupé la coleta, en Espagne. Mais il semble décidé à répéter le show, en France et en Amérique du Sud.
     Six toros, puisqu’il faut les appeler ainsi de Maria Jose Barral. De festival.
     Manuel Benitez « El Cordobes », vêtu de blanc et or, a fait un grand show… devant une demi arène. Il fit ses adieux, devant le toro « Potrero », coupant les deux oreilles et la queue, avec la complicité d’un président tout acquis à sa cause. Deux véroniques à la cape, un brindis à toute la famille (Martine et les grands enfants), présente à la barrera, comme dans un festival ; puis une faena « de toutes les couleurs », alternant le sérieux, comme trois naturelles « au poignet magique », et le plus loufoque, tels les sauts de grenouille et le desplante, où tout « grince un peu ». Pour conclure, dans la folie collective, Manolo jette la muleta, cadre et se lance sur le toro, qui ne fait rien. Estocade entière et... la grande orgie : Deux oreilles et la queue, deux vueltas, dont la deuxième, en courant un deux cents mètres « en rond ». Final « par grand écart », au centre. Bueno ! Bien triste, tout cela !
     Juan Mora réapparaissait, après sa terrible cornada de Jaen, en octobre dernier. Il fut sérieux, artiste. Hélas, « l’ambiance » n’était pas aux naturelles « profondes, longues et templées ». Oreille  au quatrième.
     Reyes Mendoza prenait l’alternative. Moment terriblement émouvant pour ce jeune qui a vécu, à quatorze ans, l’enfer du cancer. Moment terriblement émouvant, pour ce fils qui brinda son toro au ciel, d’où le regardait sa mère, récemment disparue. Le toro « Airoso » - N°12 – 520 Kgs, ne valait pas grand chose. Par contre, le jeune matador fut brillant devant le dernier, coupant deux oreilles et sortant a hombros, avec « l’Historique » Manuel Benitez « El Cordobes ».

     1er Juin – Haro – Llenazo – Chaleur : La corrida de Victoriano del Rio était vraiment « de festival », surtout les trois premiers toros. Sans trapio, sans pitones, sans forces. Le lot de Ponce montra grande noblesse. Seul le sixième fit preuve de caste.
     Enrique Ponce "se promena", toréant templé, lié, profond et « au ralenti ». Oreille au quatrième.
     Antonio Ferrera réapparaissait, après la cornada de Vic. Il fit "un festival", aux banderilles, « mettant un bain » au Juli. Par contre, il tua mal. Palmas et Vuelta.
     El Juli ne se força guère, face au troisième. Par contre, tombant sur le sixième, encasté, Julian Lopez  donna de grandes naturelles, et tua fort. Deux oreilles pour un Juli, chaque jour "plus muletero". A confirmer, lundi, à Madrid.

     1er Juin – Toledo – Corrida mixte : Deux oreilles pour Pablo Hermoso de Mendoza, professionnel, devant deux de Sanchez Cobaleda – Le Morante de la Puebla est mauvais, devant deux Buenavista, l’un d’entre eux sortant, la corne cassée. Palmas et pitos – On a refusé les novillos de Garcigrande (comment devaient ils être ?), pour Manzanares hijo. A la place, deux de Los Bayones. Oreille à chaque toro.
     Hermoso de Mendoza et Manzanares sont sortis a hombros. Grand bien leur fasse !

 

 MADRID : DU REJONEO, AU GALOP…

     2 Juin : Les revisteros s’accordent sur deux choses : Le public du rejoneo n’est pas le même que pour les corridas formelles. Hier, la foule qui a rempli Las Ventas a réclamé les oreilles à grands cris, mais sans sortit les mouchoirs. Du coup, le président Sanchez, qui n’en n’est pas à un manque de sensibilité près, n’a pas accordé les trophées.
     Deuxième constatation : Quand ne torée pas Hermoso de Mendoza, le rejoneo n’a plus le même attrait, quelle que soit la qualité des cavaliers en lisse. Hier, ce furent de grandes galopades, mais en fait, il y eut bien peu de "vrai toreo, à cheval".
     Dernière des trois corridas de Rejoneo, et, bien entendu, un plein impressionnant. Côté spectacle, Luis Domecq a été remarquable. Cela fait un an que le drame s’est abattu sur les frères Domecq, et depuis, ils subissent le sort contraire, avec toreria. Il y a un an, l’odieux attentat, contre leurs chevaux. Puis, la terrible chute de son frère Antonio, dont on a que peu de nouvelles…
     Certes, quand vient le malheur, il vaut mieux être riche. Mais… la douleur n’a ni portefeuille, ni carnet de chèque…

     Dernière corrida de rejoneo, avant  « la grande ligne droite »… Le Fandi, cet après midi ! Le Juli, qui doit « faire un coup », demain ! Ferrera qui revient, mardi ! Les corridas de Palha et Jose Escolar, avec Juan Bautista et Fernandez Meca, mercredi et jeudi… La feria se terminera par « la Famille Martin » ! Après une San Isidro où beaucoup de toros ont brillé, Adolfo, et surtout Victorino, devront « faire la différence »… Semaine passionnante.

     1er Juin – MADRID – 22ème de Feria – Rejoneo – Llenazo : Cinq toros de Julio de La Puerta et un de Viuda de Flores Tassara, sorti 6ème.
     Luis Domecq fut remarquable de classicisme, de sérénité et de toreria. Sa meilleure actuacion, à Madrid. Il aurait du couper l’oreille du premier. Grande ovation, après pétition, et silence.
     Andy Cartagena a montré deux facettes. Bouillant, puis beaucoup plus calme, face au cinquième. Laissant le « spectaculaire avant tout », Cartagena s’est montré remarquable, mais tua mal. Ovation, à l’un et « grande vuelta », au cinquième.
     Sergio Galan fut « au dessous ». Faisant beaucoup toucher ses chevaux, il ne parvint pas à convaincre tout à fait. Ovation et silence, après neuf descabellos, au sixième.

     Ce soir : Quatre toros de Gerardo Ortega ont été refusés, remplacés par quatre de Sepulveda. Au cartel, Pepin Liria, qui doit sauver sa temporada, encore une fois, à Madrid ;  Jose Luis Moreno, qui a bien toréé, à Cordoba ; et « El Fandi », auteur d’une semaine époustouflante, à Grenade, et triomphateur, hier, à Sanlucar, où il a coupé quatre oreilles à une bonne corrida de Arucci.
     Attention au Fandi, il arrive « embalado », et si un toro  veut bien « se bouger », il sera au grand rendez vous de Las Ventas.

 

MADRID : RIEN D'UN KAMIKAZE !
El Fandi rate de peu la Puerta Grande

     3 Juin : Cela fait quelques temps qu’on en parlait, ici : Attention à « El Fandi » ! Bien sûr, il y en aura toujours pour dire que « c’est facile ! »; que nous sommes en présence du énième torero bouillonnant, presque brouillon ; vaillant, mais tellement virevoltant que le toro n’a pas le temps de le voir ; spectaculaire, mais à la limite du vulgaire…
     A ceux là, et à vous mêmes, qui êtes plus curieux et plus ouverts, un seul petit conseil : Allez voir, sur le site www.las-ventas.com , une section appelée « La tarde, tras el objetivo », c’est à dire, la galerie photos de cette corrida du 2 Juin2002. Vous y verrez bien sûr, les largas au capote, les paires de banderilles, le cite à genoux, pour le dernier quiebro. Vous y verrez, de même, un torero presque « décontracté », avant le paseo « à Madrid »… Mais regardez bien… regardez mieux : trois muletazos.
     La photo taurine ne peut pas mentir… Elle traduit parfaitement l’état d’esprit d’un torero, son état « intérieur », au moment ou il torée. Regardez bien le Fandi, dans ces trois muletazos : quieta la planta, les zapatillas bien posées à plat, sur l’arène; la muleta plana, verticale ; la jambe contraire légèrement avancée. Regardez "la main qui ne torée pas", simplement posée sur la hanche. Sérénité et naturel! Ces photos illustrent la toreria du Fandi, son calme et une volonté de faire correctement les choses, insufflant même une dose d’expression artistique, dans un toreo qui repose avant tout sur la vaillance et les facultés physiques, surtout dans les deux premiers tiers.
     El Fandi a coupé une oreille qui a semblé excessive à certains « ayatollahs ». Tout simplement parce que le public a primé la totale sincérité du granadino. Et s’il n’avait mis quatre pinchazos à son premier, on parlerait aujourd’hui d’une sortie « a hombros » par la Porte Grande.
     El Fandi est la grande révélation de la San Isidro 2002. Avec Ferrera, ils ont mis Las Ventas « à l’envers » et prévenu ceux du haut de l’escalafon « Attention ! nous v’la ! ».
     L’erreur serait de croire que nous sommes en présence d’un risque-tout, d’un « kamikaze ». Bien au contraire, le Fandi est en train de prouver qu’avec la tête...et d’autres choses, situées plus bas, il est en train de révolutionner les deux premiers tiers, sans oublier de surprendre, avec la muleta, comme il le fit, l’autre jour, à Grenade.
     Hier, David Fandila a peut-être écrit son nom aux côtés de Gaona, clouant une nouvelle et historique « paire de Madrid ».
     Une seule inquiétude : Le torero est d’une puissante constitution physique. Un garçon « bien planté », comme on dirait, au rugby. Pas pour rien qu’il fut champion de ski. Le jour où un toro « le prend », il lui fera très mal…

     La temporada est pratiquement faite, en France. Seule, Bayonne n’a pas encore présenté ses affiches. Verrons-nous le Fandi ? Ce serait bien souhaitable. Après la San Isidro, un cartel s’impose : Padilla (même si…), Ferrera, El Fandi. (Au fait… si vous alliez voir « notre poisson » du 1er Avril ! – voir : Les cartels de Bayonne… Chapeau !)
     Le Juli joue « beaucoup », ce soir, à Madrid. Des grandes vedettes, il est le seul à ne pas avoir triomphé. On ne parle pas du Finito, ni du Morante, qui n’ont pas vocation « à commander ». Il a, depuis hier, « un problème de plus »… Après les banderilles du Fandi, Madrid ne lui passera pas la moindre paire « à corne passée »… Cela va être « dur dur ! » pour le Juli, mais le torero a de la caste… Asi que !
     Cette San Isidro 2002 aura été vraiment intéressante. Déjà, elle soulève quelque polémique, certains « sondages » attestant que l’on a baissé le niveau « en tout »… Peut-être ! N’empêche que, maintenant, Madrid peut reprendre le rôle de « Madrid, la que da mucho, o que quita mucho », celle qui peut donner, et peut enlever, beaucoup.

    2 Juin – MADRID – 22ème corrida de San Isidro – Casi lleno – Grand beau, et chaud : Le public a un peu dormi, sur quatre toros, puis s’est réveillé en sursaut… grâce à un torero, David Fandila « El Fandi ».
     Sont sortis deux toros de Gerardo Ortega (1 et 5èmes), aussi mansos qu’ils étaient grands ; et quatre Sepulveda de Yeltes, correctement présentés, également mansos, en divers degrés. Seul le troisième se montra brave et noble, mais allant « a menos ». A la bascule : 545, 540, 583, 609, 581, 565 kgs
     Pepin Liria (Silence, après avis – Silence) a connu « une feria, sans ». Gris, nerveux, le torero de Cehegin a certes touché quatre toros mansos, au cours de cette San Isidro, mais on l’a trouvé moins ferme que de coutume, rompant « là où il avançait », auparavant ; prenant des précautions inusitées… Le poids des ans « de bataille » ; le bonheur à la maison. Normal et tellement humain! C’est peut-être pour cela que le public ne lui en a pas trop voulu. Son premier, manso, le défia sans cesse, mais Liria ne fit pas le pas en avant. Le quatrième, également affichait une mansedumbre « maniable ». Liria resta souvent « fuera de cacho », utilisant le pico, plus que de raison. Il tua mal, et manqua son descabello, aux deux toros. Cela va se compliquer, pour Pepin Liria.
    Jose Luis Moreno (Silence – Silence) n’a pas brillé. Curieux ! Il semble que le Cordouan soit voué aux triomphes « des soirées d’été », quant Madrid est remplie « d’un car » de japonais ! Par contre, lorsqu’il torée en feria, à plaza llena, il ne laisse que peu de souvenirs. Les toros d’hier n’étaient pas des anges : son premier se réservait, et restait « tête en haut ». Son second tirait « gañafones et derrotes ». Cependant, Moreno aurait du être beaucoup mieux.
     El Fandi (Ovation, après un avis – Une oreille) a mis le feu ! Madrid a vu un torero absolument décidé à se faire une place, en utilisant son courage, sa vista, son intelligence et des recours physiques, époustouflants. Partout présent, à la cape, il torée debout ou à genoux, en véroniques, demies. Ne pardonnant aucun quite, il va, par gaoneras ou navarras, et « se gagne le public ». Aux banderilles, c’est une véritable révolution qui lève les tendidos, même si un bâton part au sol. A la muleta, il affiche une puissance et un calme, qui arrivent à convaincre le toro et le public. Seul point noir, hier.. la espada. Malchance, car « il se tira » comme un lion. 
     Son premier toro alla a menos. On applaudit la réception au capote, signée d’une demie, à genoux. Puis, ce fut "la grande secousse" aux banderilles, avec la paire de la moviola, où le torero exécute un cuarteo, mais en gagnant la tête du toro… courant à reculons !!! (essayons déjà de le faire, sur vingt mètres, « sans toro » !) Enorme ! même si une banderille tombe au sol. Faena bien débutée, ferme mais allurée, en rien populiste ou pueblerina. Le Fandi se montre en tous points « torero », face à un bicho noble, mais qui a tendance à rester « au milieu » du muletazo. Se cadrant un peu loin, peut-être, le matador pinchera quatre fois, avec une énorme décision. Quel dommage.
     Larga à genoux, pour recevoir le sixième, un toro qui montrera beaucoup de genio tout au long de la lidia, sans jamais « humilier », tirant des coups de tête à la poitrine. El Fandi va « mettre le feu » à la plaza, avec les banderilles : Un poder a poder, une sensationnelle paire « un violin » et un incroyable quiebro, cité genoux en terre. Las Ventas est debout ! El nuevo « Par de Madrid ! ». Gros début de faena, par derechazos, genoux en terre, et un énorme pecho. La faena sera une bagarre, où le granadino arrivera à placer de bonnes naturelles, exposant beaucoup, sans sourciller. Grosse entrée a matar, l’épée résultant « un poil » tombée. Peu importe ! Madrid se lève, exige l’oreille, malgré que certains se refusent à tout sentimentalisme. Oreille « forte » ! Oreille de combat et d’honneur ! Oreille à discuter… et c’est très bien. Tout, sauf l’indifférence.

     Ce soir : El Juli joue gros. Il sera accompagné du Finito (en divorce avec Madrid) et du Califa (qui joue la survie !). En Face, une corrida du Pilar, dont seuls, trois toros ont, pour le moment, été approuvés ?

 

DANS LES AUTRES PLAZAS… DE TODO, UN POCO!

     Le dimanche 2 Juin a été « abondant »… Triomphateurs de la journée : Juli, à Tolède ; Morante, à Caceres ; Padilla, à Mauguio, où la corrida de Montalvo a été importante de présence. Quand on voit comment ils sont sortis à Tolède… des questions se posent vraiment. Ne va t’on pas revoir passer, tel un zéphyr, le fantôme de la drogue… T’en veuuuuux ?

    2 Juin – Barcelone – ¼ de plaza : Cinq toros de Manuel San Roman, invalides ; et un de la Cardenilla, manso.
     Pepin Jimenez ne peut rien face au premier, faiblissime ! Par contre, face au quatrième, c’est le murciano, qui se mit en grève. Sifflets et Silence – Andres Sanchez, le Salmantino, coupa la seule oreille de la journée, en toréant longuement, et bien, le cinquième. Bonnes naturelles et bon succès – Recevant le sixième a portagayola, Miguel Angel ne put qu’être vaillant. Ovation, par deux fois.

     2 Juin – Tolède – Fin de feria del Corpus – ¾ de plaza : Trois toros de Victoriano del Rio, mal présentés ; deux de Garcigrande (1 et 6ème) et un du Torréon, sorti cinquième.
     Julio Aparicio afficha une nervosité désespérante, avant de se calmer soudain, et plaquer trois derechazos, de cartel. Ovation aux deux – El Juli triomphe, coupant trois oreilles, mêlant le spectaculaire au technique, le sincère au pueblerino. Très bien en « fabriquant » le cinquième toro, qu’il tua fort – Leandro Marcos toréa profond, artiste, mais tua mal. Se fit prendre, sans mal, en toréant le sixième.

     2 Juin – Caceres – Dernière de Feria – 2/3 de plaza : Toros de La Laguna, correctement présentés, mais au comportement bien inégal.
     Manolo Caballero toucha deux toros sosos et incommodes. Mais, « à côté de cela », Caballero a un problème : il ennuie, et semble s’ennuyer. Silence partout.          Antonio Ferrera remplaçait Jose Tomas : Très bien au capote ; énorme aux banderilles ; Bien devant son premier, il se joua littéralement la peau, face au cinquième, un manso qui lui arracha le chaleco, sur un quiebro risqué. Il fut très bien, mais ne tua pas. Oreille à l’un ; Vuelta, à l’autre
     Grande tarde du Morante. Enfin ! Super au capote, et « como los angeles », sur la première faena. On pensait qu’il ne pourrait rien tirer du manson dernier, mais il s’accrocha et dessina de beaux détails, tout en dominant son adversaire. Deux oreilles et une oreille, après un avis. Le Morante "est comme ça !" :  trois jours détestables, et un jour « de ensueño ». Tout, sauf l’indifférence. On est servi !

    2 Juin – Castellon de la Plana – Corrida de Bienfaisance – ½ plaza : Toros de Pereda, dont trois de la Dehesilla (2,4,5èmes) : Faibles, sans émotion. Le deuxième fut le pire.
     David Luguillano, toréa vraiment bien, toute l’après midi. Oubliées le manières de dandy ! Bonne faena au premier, mais hélas, il fut « fatal », avec l’épée. Deux ovations, après un avis, chaque fois – Vicente Barrera coupe au cinquième, la seule oreille de la journée. On le vit torero et vaillant : Voltereta au deuxième, mais bonne faena au cinq, bien dans sa personnalité : sec et vertical. Palmas et une oreille – Alberto Ramirez fit tout pour triompher. Recevant ses toros à genoux, mettant toute vaillance dans ses faenas de muleta, le petit castellonense mit, encore une fois, tout par terre, avec l’épée. Ovation et palmas. N’ayant plus d’apoderado, Ramirez va vers de gris nuages…

     2 Juin – Gimont – Presque plein : Toros costauds de Guardiola Fantoni .     Fernandez Meca coupe une oreille au quatrième ; Alfonso Romero , celle du deuxième; et Juan Bautista se montre très torero, obtenant un trophée du dernier.

     2 Juin - Mauguio – Presque plein : La corrida de Montalvo est sortie sérieuse et toréable, à divers degrés.
     Denis Loré : sérieux, technique et vaillant. Ovation et une oreille – Juan Jose Padilla : plein de verve, jouant sur tous les registres. Quatre oreilles – Swan Soto, plein de grande bonne volonté, et de toreria. Ovation et une oreille.

     2 Juin - Cordoba – Fin de Feria – Rejoneo – ½ Plaza : Toros de Benitez Cubero – Andy Cartagena coupe une oreille chaque fois – Bonne sortie d’Alvaro Montes, dont la santé va s’améliorant. Deux vueltas et une oreille – Diego Ventura : Silence et ovation.
     La Feria est terminée. Elle ne fut pas bonne. Le Prix « Gran Capitan », récompensant le matador triomphateur, n’a pas été attribué. C’est tout dire. (Précédents vainqueurs : Jose Tomas, en 2000 et Finito de Cordoba, en 2001)

     2 Juin – Granada – Fin de Feria – Rejoneo – Plein total : Toros de Flores Tassara, buenos – Fermin Bohorquez et Luis Domecq remportent un succès identique : Deux oreilles et une oreille – Pablo Hermoso de Mendoza fait rugir la plaza : Deux oreilles et rabo, et deux oreilles.
     Final triomphal d’une feria triomphale, où les toreros… et les vétérinaires, ont joué les premiers rôles.

 

LE SOURIRE D’ENRIQUE PONCE ET JOSE TOMAS…
Madrid : Fracaso stratégique du Juli

     4 Juin : Ont ils souri ? Peut-être un peu, intérieurement… mais pas trop, et pour de multiples raisons.
     Confortablement installés dans de profonds fauteuils, à la fraîcheur de leur finca, Enrique Ponce et Jose Tomas ont suivi la corrida de Madrid, hier, à la télévision. Triomphateurs de la San Isidro, ils voulaient voir comment le Juli, qui leur fait la nique depuis un bon moment, allait se sortir du guêpier de Las Ventas. Eux en étaient sortis vivants, et en triomphe… Bien entendu, d’autres toreros avaient explosé, comme Ferrera ou le Fandi. Pour le moment, ils ne représentaient aucun danger… Non, le péril immédiat était ce sacré gamin qui leur rend la vie impossible depuis trois ans, et qui était bien capable d’effacer, d’un coup de caste, ce qu’ils avaient construit, à dure peine : Un gros triomphe à la San Isidro.
     Ponce et Tomas souriaient, mais pas trop… Surtout Jose Tomas, car chaque mouvement, chaque respiration un peu trop forte, lui arrachaient une grimace de douleur. Outre les souvenir de cette corne pointée sur sa poitrine, la cogida de Granada lui a fait très mal, physiquement.
     Ils souriaient, mais pas trop… Ils savaient que le Juli avait fracassé, l’autre jour, à cause de son choix « sabordé », de la corrida de Garcigrande. Ils savaient que  hier, on avait refusé huit toros du Pilar. Ils savaient qu’il en sortirait trois, « renforcés » de trois Jose Luis Pereda.
     Ils souriaient, mais pas trop… Sur les six, un ou deux pouvaient très bien « mettre la tête », et s’ils tombaient sur le gamin… adieu la valise !
     Ils souriaient, mais pas trop… quand ils virent le Finito laisser passer un premier grand toro. Un toro puissant et noble, qui musela les maigres envies du cordouan. Vaya toro ! Dans les gradins, on lui a dit de tout… Pauvre Finito ! Le divorce avec Madrid est consommé. Ponce et Tomas souriaient… mais pas trop.
     Après, ce fut une suite d’exclamations muettes, allant d’un secret soulagement, lorsqu’ils virent leur jeune concurrent patauger dans une ambiance terrible, où tout lui fut contesté, sans distinction, jusqu’à deux ou trois moments d’admiration, comme pour ces deux estocades du Juli, se jettant sur le toro, comme un désespéré.

     La corrida est finie… Las Ventas résonne encore des broncas et des insultes. A l’hôtel, le Juli doit avoir le cœur gros. Madrid ne l’aime pas…
     Un peu plus loin, avachi sur un canapé, son père maudit secrètement sa stratégie, tout en donnant le change : « Madrid voulait nous démolir, quoi qu’on fasse ! » « Et ce public… impossible ! »
     Le père tout puissant, apoderado capricieux, a envoyé son fils se faire massacrer à Madrid, en l’affichant devant deux corridas dont on sait « qu’elles passeraient mal »… ou pas du tout. Pendant ce temps, il annonçait « le geste » de Julian Lopez, à Bilbao, s’inscrivant à trois corridas, dont les Victorinos. Hombre ! C’est à Madrid qu’il fallait le faire, ce geste. Madrid n’en a cure, de Bilbao. Madrid souhaite faire un triomphe au Juli, devant des toros dignes d’elle, et dignes de lui… et non devant des chèvres maigrichonnes et invalides, qui se cachent derrières des cornes, même imposantes.

     Enrique Ponce et Jose Tomas sourient, mais pas trop... Le « staff » du Juli l’a envoyé au suicide… Ils savent ce que c’est ! Ils connaissent Madrid, en ont subi les outrances, les injustices. Le Juli a perdu, hier, une bataille qu’eux mêmes ont perdue, et à plusieurs reprises. Ils sourient donc… mais pas trop, car ils savent que le garçon, fou de peine, de rage et d’orgueil, « va se venger », à Pamplona, Bilbao ou ailleurs…
     Mais, pour le moment, ils sourient : Ils ont triomphé, et le gamin s’est planté. Va donc falloir que « le padre de la criatura » rabaisse un peu de son caquet, et que le garçon mette les bouchées doubles.
     Le problème… c’est qu’il en est bien capable ! Et là, ils sourient moins !

     3 Juin – MADRID (Las Ventas) – 23ème Corrida de Feria – Llenazo – Beau et chaud, avec des rafales de vent :
     On a refusé huit toros du Pilar, au reconocimiento. Trois en sont sortis qualifiés, tellement différents, tellement opposés en tout, qu’on se demande si dans cette ganaderia, et chez les vétérinaires, on sait ce que signifie le mot « homogénéité »… Le deuxième était une vache maigre qui se cachait derrière d’impressionnants pitones astifinos. Le troisième, un colorado à la tête jeune, maigre de culata, était tellement faible, mais aussi tellement distrait, qu’on a tous pensé à un défaut de vue… Imaginez les follon, dans les gradins. De partout, les cris fusaient « Miaouuu ! Miaouuu ! » « Une chèvre ! Une chèvre!” Et on en passe… Tout cela, peut-être, parce qu’en premier, sortit « un Toraco » impressionnant, puissant, qui débuta, manso sautant au callejon, pour finir très noble, quoiqu’un peu collant, devant lequel Finito signa son arrêt de mort. Mal partie, la corrida s’embarqua pour un long scandale.
     Pour arranger le tout, le président Lamarca refusa de changer le troisième. Las Ventas explosa de rage, siffla le brindis du Juli, au roi (Simple bonne éducation, même s’il savait qu’il ne pourrait rien faire…), et ne voulut plus rien savoir.
     Le toro remplaçant, de la Dehesilla, sorti « deuxième bis », était encore plus mal présenté. Il provoqua un batacazo du picador de réserve, mais confirma sa mansedumbre et son sentido, « la tête en haut ». Il fut le digne complément du cinquième, un Jose Luis Pereda, manso, tirant d’impressionnants coups de tête. Lot impossible, pour un Califa forcément perdu.
     Les trois derniers étaient de Jose Luis Pereda. Un désastre, seul se sauvant le sixième, qui débuta fort et brave, mais se retint vite, à la muleta, avant de serrer les freins, définitivement.
     Chez les hommes… Naufrage !
     Finito de Cordoba (Bronca, après un avis – Bronca) laissa passer un grand premier toro. Le Moises Frailes avait sauté au callejon, et le Finito ne voulut pas se confier, au capote. Cependant, le toro arrive fort, à la muleta et met bien la tête. Seulement, il va « a mas », et colle un peu. Finito plaque deux séries, courtes, de derechazos. Deux bons pechos. Cependant, il rompt, à la troisième. L’espoir renaît en deux naturelles, avant de naufrager totalement, dans le doute, le recul, la nervosité. L’arène est en rogne ! Finito, qui se sait battu, « sort » vilainement a matar, et c’est fini, après deux descabellos – Le quatrième est un faible, qui se défend. Finito s’échappe en deux vilains pinchazos, et va descabeller « a toro vivo ». Sentant la menace du verduguillo, le toro donne chaque fois, un terrible coup de tête. Le Finito, sous la bronca, en termine avec bonheur, à la troisième tentative. Juan Serrano ne reviendra pas de sitôt, à Madrid…"La tienen con él"... et il ne fait rien pour changer les choses.
     El Califa (Silence et silence) a promené son air boudeur sur un lot impossible. Manso con sentido, son premier ; affublé d’un terrible hachazo, le cinquième. Court de technique, sans grand registre, Le Califa ne put donner le change, mais pour le moins, Madrid respecta son échec. Il n’y avait guère d’option. Il tua mal, mais vite. Ya es algo.
   
El Juli (Division – Maigres applaudissements) a reçu avec intelligence et toreria son premier toro, dont les allées et venues, complètement désordonnées, firent penser à un gros défaut de vue. Si l’on ajoute à cela, une grosse faiblesse que tout le monde a vue, sauf le président, on aboutit à un scandale majuscule, quand retentit le changement de tiers, et tombe le mouchoir blanc… au lieu de vert. Pour comble de provocation, selon certains, le Juli va brinder au roi, en s’excusant. La bronca est aussi injuste que majuscule. Julian Lopez va toréer suave et très torero, un bicho devenu noble, mais toujours faible. Deux chutes, en fin de série, qui font hurler Las Ventas, déjà aphone. Tout lui est refusé ! Rien à Faire. Pour comble, le Juli pinche trois fois, avant de mettre « un estoconazo majuscule », qui roule le pauvre animal.
     Le sixième relancera quelque espoir. Bien le Juli, au capote, par véroniques et un quite « chicueliné », clos d’une grande demi véronique. Entre temps, Manuel Muñoz a mis un gros puyazo, pris bravement. Le Juli banderille sur le piton gauche, avec vaillance. La deuxième, à droite, est «à corne passée ». Troisième paire, « por dentro », contre les barrières. Ouf ! Valiente y torero ! On croit à la faena. Le toro semble « servir », et le torero veut « jouer sa carte », à fond. Hélas, après de bons doblones et une première série, on se rend compte que le Pereda ne prend pas le muletazo, entièrement. Il sort de la suerte, ralentit, s’arrête… C’est fini. Juli, la mort dans l’âme, lui met un nouveau gros coup d’épée, les yeux fixés sur le garrot. Vaya estocada! Mais...c’est fini! La bataille de Madrid est perdue.
     Dans leur finca respective, Enrique Ponce et Jose Tomas sourient… mais pas trop. Ils savent... eux !

     Ce mardi : toros de Manolo Gonzalez, pour Manolo Caballero, qui doit se réveiller, Miguel Abellan, et surtout, le retour d’Antonio Ferrera, remplaçant Joselito.

 

MADRID : UNE VRAIE CORRIDA DE TOROS…
Antonio Ferrera triomphe… sans « triompher ».

     5 Juin : Avec tous ses défauts, avec toutes ses fuites et ses coups de tête, la corrida de Manolo Gonzalez a été « une vraie corrida de Toros ». Tout simplement, parce qu’il y a eu de l’émotion ; parce que le toro est sorti fier, combattant, solide sur ses pattes. Tout simplement parce que le toro est sorti en « toro de combat ». Bien entendu, il y a eu d’autres corridas, lors de la feria, et tous « étaient des toros »… mais, à part ceux d’Alcurrucen, bien peu ont autant montré de force, de caste, et  d’agressivité.
     Du coup… chacun à sa place ! Les toreros ont été de vrais toreros, et non des infirmiers vêtus de dorures. Hier, il ne fallait pas « mimar al toro », il fallait le tromper, le dominer, le toréer. Pour arranger le tout, un vent terrible se mit de la partie, rendant impossible, jusqu’au toreo « de salon ».
     Chapeau donc aux matadores et aux cuadrillas, même s’il faudra nuancer beaucoup. Chapeau  au ganadero, qui a sorti une corrida de trapio et de caste, même si elle ne fut pas toujours bonne. Après les mésaventures sévillanes de Manolo Gonzalez, c’est Madrid qui, par deux fois, lui fait un grand quite : Très bonne corrida, à la dernière feria d’Automne, et corrida « très sérieuse », hier, 4 juin 2002. « Enhorabuena, pues », surtout après les tristes heures précédentes…avec la corrida de la veille, dont le Juli sort « tocado ».

     Et puis, il y a eu… Ferrera ! Il n’a pas triomphé, au sens où on l’entend. Pas d’oreille, pas de Puerta Grande ; plein de passes accrochées, de nervosité, parfois. Mais une chose est sûre : Antonio Ferrera est sorti « a darlo todo », avec une blessure encore fraîche, se jouant plusieurs fois la peau (beaucoup plus qu’avec les Carriquiri), et faisant bondir Las Ventas, qui du coup, « en fait un peu trop ». C’est normal.
     L’Antonio Ferrera « hystérique », tant de fois dénoncé ici, s’est transformé en un torero extrêmement sérieux, concentré, qui brilla déjà très fort à Séville, et qui a confirmé, à Madrid.
     « Este Ferrera, si, nos gusta, Don Luis ! » Ce Ferrera-là, oui, ne peut que plaire ! Et Luis Alvarez peut, maintenant, valoriser le combat qu’il a mené avec tous, y compris le torero, et gérer une carrière qui va décoller fort. Maintenant, une question reste posée : Quel est « le vrai » Ferrera ? « L’électrique, pueblerino », souvent horripilant, et triomphant fort, de ce côté de la frontière ? … ou ce torero sérieux, responsable qui, en trois corridas (Séville et les deux de Madrid), a montré un classicisme et une toreria impressionnants ? A ver un poco !

     La journée avait mal commencé. En écoutant la radio, une nouvelle nous glace : « Un gamin (non un jeune homme ! un gamin !) de 17 ans, vient de poignarder une petite de 15 ans » Interrogé, il parle de l’influence du film « Scream », déclarant qu’il avait décidé, depuis quinze jours, "de tuer quelqu’un!"  Dans sa chambre, on trouve les trois films de la série, des jeux videos, de la même « philosophie », et des bouquins sur « les serial killers »...
     Señores ! Eso va « muy, pero que muy mal ! »… On a tellement laissé aller, laissé faire, ouvert tellement de portes, légalisé tant de vice, affiché tant de boue… que certains esprits fragiles, en quête d’identité, ont complètement perdu le nord. On a tellement « excusé » tant de petites violences, que l’on se trouve, aujourd’hui, face à « la violence », incontrôlée, incontrôlable. On a tellement dédramatisé l’acte de presser sur une détente, ou sur une gâchette, appelée aujourd’hui « joystick », qu’on ne fait plus la différence entre la mort à l’écran, et cette sensation accrue, cette autre émotion, plus forte… « plus cool ! », de tuer vraiment… 
     Alors, parleront « les psy », et pleins d’autres professionnels et scientifiques, terminant en « istes ». Alors, discourront les politicards démagos, tellement « tolérants », tellement faux, tellement fourbes, que plus personne ne croit en la politique (c’est à dire : le bonne marche de la Cité) , et que chacun « se défend comme il peut… ».
     Simplement une proposition : Trois jours de suite, à 20h30, à la télé, les trois films « Scream », et un référendum, le dimanche suivant : « Faut il accepter cela ? Oui ou non ? » Et, à partir de là... "las cosas en su sitio!"

     Franchement, et respectueusement, les anti taurins devraient « changer de tercio »… On comprend tout à fait, et on accepte tout à fait, que l’on n’aime pas le corrida. Mais, avouez qu’à l’heure où l’on viole, dans les couloirs ou les caves, presque « par jeu »; Quand on voit qu’on insulte, qu’on menace, gratuitement ; qu’on joue au rodéo, la nuit, faisant hurler pneus et moteurs, au vu et su de tout le monde, sans que personne n’agisse vraiment ; qu’on tue, si facilement ; tout cela parce « qu’on s’emmerde » à longueur de temps, et qu’on ne peut faire trois pas sans allumer « un pétard », sans "rentrer dans la peau d’un autre"… avouez qu’il y a d’autres combats à mener, pour sauver ce qui reste d’humanité, de pundonor… sans se planquer derrière un pauvre « Liberté, égalité, fraternité » qui n’est plus de mise, quand une bande de salauds attaque, viole, assassine… Plus de mise !

     Pero bueno ! On sort du sujet… mais peut-être pas tant que cela : Je n’ai jamais entendu dire qu’un aficionado « a los toros » avait voulu "se faire des sensations", en mettant « une estocade sin puntilla » au premier quidam qui passait par là… Tout simplement parce que nous qui sommes attaqués, parce que « nous applaudissons » au spectacle de la mort, respectons beaucoup la vie, de nos semblables, et aussi des animaux.
     Je sais, un terrible paradoxe ! Mais, avouez que, pour tordu qu’il soit, il semble bien moins terrible que ceux que l’on peut lire, tous les jours, dans nos journaux, quand « les faits divers » montent « à la une »…

Bien mal commencé, cette journée… Heureusement, « Salio el toro ! », et en face, des hommes ont fait ce qu’ils pouvaient… simplement. C’est tout le symbole de la Vie, avec ses difficultés, et ce que l’on met devant, pour les vaincre… et « rester debout » !

     4 Juin : MADRID (Las Ventas) – 24ème de Feria – Lleno – Temps gris, et beaucoup de vent : La corrida de Manolo Gonzalez y Sanchez Dalp est sortie « très sérieuse », même si la présentation a paru inégale. Trapio et seriedad. A la bascule : 516, 541, 540, 544, 585, 606 kgs. Deux toros, cardenos claros, gris clair, ont crevé l’écran ! Deuxième et sixième… de vraies estampes! Corrida extrêmement sérieuse, parce que solide sur ses pattes (deux tout petits agenouillements, de glissade, vite rectifiés), violente, encastée, parfois avec du genio. Corrida d’émotion, parce que forte, agressive et compliquée. Corrida qui exigeait un engagement total, dans tous les tiers, même quand régnait  la mansedumbre. Il y eut des premiers tiers d’émotion, comme le vrai batacazo au picador Angel Rivas. Vrai batacazo, parce que le toro a poussé, longuement, levé et basculé tout le monde, menaçant le piquero, au sol. Il y eut de nombreux  moments d’émotion et de danger, au point que Carretero, lui-même, fut mis en échec. Il y eut des charges féroces, des regards lourds de menace. Et pourtant, il y eut place à la toreria des hommes, à la force, à la technique… et à l’honneur. Une vraie corrida, seulement gâchée par le pire ennemi qui soit : le vent ! Celui là est vraiment « El peor toro de Las Ventas ! »
    Manolo Caballero (Silence – Silence percé de sifflets) n’a pas été bien. Certes, le vent l’a gêné d’importance. Cependant, Caballero « fonctionne », en bon professionnel… et ennuie tout le monde. Il y eut deux bonnes naturelles, face au premier, un manso huidoso au début, mais qui mettait la tête, à gauche. Caballero montra qu’il pouvait faire plus, mais se contenta de peu. Face au manso quatrième, il fut « conservateur » et tua mal. Feria « insulsa » d’un torero qui paraît « sans ambition », et qui ne mérite aucunement « l’honneur » d’être inscrit à la Corrida de Bienfaisance. Mais ça, c’est une autre histoire…
     Antonio Ferrera (Pétition et Vuelta – Grande ovation, saluée au centre), n’a pas coupé parce qu’il a tué bas, son premier, et en trois fois, le cinquième. Poco importa ! Son triomphe n’a pas été aussi impressionnant que le premier. Normal ! La surprise était passée, et entre temps « 20 cms de corne », aussi ! Mais l’actuacion d’Antonio Ferrera, hier, à Las Ventas, a été exemplaire de sérieux, de pundonor, de courage et de brio. Formidable tiers de banderilles à son magnifique premier. A retenir le jugueteo très risqué, à la fin du tercio, Ferrera gagnant à la course, la charge très encastée du toro. Ce fut haletant, pas gagné d’avance. Torero ! Très dur et plein de hargne, la toro, à la muleta… Il prend le premier muletazo, puis revient avec force, et « noble violence »…  Le torero essaiera de s’imposer, en totale honnêteté. Il n’y parviendra que partiellement. Cependant, l’oreille était celle que mérite un combat d’honneur, même perdu. Hélas, l’épée fut desprendida, et la pétition minoritaire. Grosse vuelta, sous les ovations.
     Autre toro violent, plus réservé, plus « attentiste », le cinquième. Ferrera va le banderiller spectaculairement, en particulier dans un « por dentro » très serré, contre les barrières (Immense mérite, même s’il est « à corne passée »), et un quiebro, au centre, laissant venir, jusqu’au dernier moment. Monterazo ! Très bon début de faena, doublant par le bas, changeant de main par devant. Puis le torero tourne deux grands derechazos et un grand pecho. Tout le monde y croit.. La deuxième série, courte, mais bien tirée, main basse, confirme. Le torero est conscient de ce qu’il fait, serein, valentisimo.  Les naturelles sont un peu forcées, car le toro se réserve chaque fois davantage, et « attend » l’homme. La faena est terminée et Ferrera attaque fort, pour une nouvelle oreille, peut-être. Hélas, deux pinchazos précèdent une entière rapide. Madrid, qui s’est amourachée de Ferrera, lui fait grande ovation, dignement saluée, au centre. Bien pour Ferrera.
     Miguel Abellan (Applaudissements, après un avis – Silence) n’a pas tout à fait convaincu. Son premier toro « le regardait » terriblement, et lui mis deux dangereuses coladas. Gêné par le vent, le torero ne put choisir les terrains adéquats, (en l’occurrence, au centre), et le toro « pesa » énormément, restant maître de la situation.  Le sixième, magnifique estampe, poussa comme un brave, sur un très lourd premier puyazo, qui se termina en batacazo féroce. Il fut le plus noble du lot, et répondit bien, dans la première partie de la faena. Très bons doblones, muy toreros, d’Abellan. Dans les premières séries, le toro rechigne fort à prendre le premier muletazo, mais il répète sa charge, une fois déclenchée. Abellan en profite, sur deux séries de bons derechazos. Hélas, le toro « tarde » de plus en plus, et le trasteo se termine, sur un dernier kikiriki. Media estocade pas très nette et deux descabellos. Abellan sort de la San Isidro, sans couper. C’est la première fois !

     Ce soir, les toros de Palha, qui ont du mal à passer l’examen vétérinaire, pour Davila Miura, Juan Bautista et Jesus Millan.

 

CARTON ROUGE !!!
Madrid : Fracaso sur toute la ligne, de Palha

     6 Juin : Que ce serait il passé, hier à Las Ventas, si "una figura" était inscrite au cartel ? On parlerait aujourd’hui d’une gigantesque émeute !
     La ganaderia de Palha a fait son retour à la Monumental de Madrid, après des années et des années d’absence. En fait, elle est revenue, pour un nouveau ticket « d’années et années d’absence » !

     Tout le monde connaît le ganadero portugais, sa facilité, son charme et… les leçons d’Aficion qu’il donne à tout le monde, que ce soit lorsque ses toros sortent douteux à Vic ; que ce soit lorsqu’il «prend des plazas » de France, histoire de lidier des corridas dont personne ailleurs ne voudra ; que ce soit lorsqu’il faut « choisir » un toro pour la corrida concours de Dax, l’an passé.
     A chaque fois, le « don de communication », réussit à retourner la situation, mêlant le « je me sens triste et blessé dans ma fierté », au « mais vous n’avez rien compris. Je vais vous montrer… »
     Pues bien ! Encore une fois… on a vu ! Mais on a du mal à en croire ses yeux et, au sortir de cette corrida madrilène, on a tous pris rendez vous chez Afflelou !

     Comment les vétérinaires ont-ils pu laisser passer des toros aussi mal présentés, en plaza de Madrid, alors qu’ils ont fait toutes ces simagrées lorsqu’une vedette était au cartel ? Comment un président n’a t’il pas réagi, quand deux toros se sont scandaleusement astillé les pitons, au premier burladero rencontré ? Madrid a vu défiler un peu plus de 150 toros… et il faut chercher loin dans les reseñas pour trouver un toro astillado. Comment Madrid a t’elle pu tolérer cela, quand elle a été si dure avec d’autres ganaderos, qui « parlaient » peut-être moins bien que « Monsieur Palha »?
     Pour arranger le tout, la corrida (à cinq) a été la plus grande mansada que l’on a vue à la San Isidro. Outre le problème de la présentation, le total manque de caste est « digne d’excommunication ». Toros qui partent dans tous les sens ; font le tour de piqueros ; prennent un muletazo, et tout à coup, démarrent en folles oleadas ; piquent « un coup de stromboli » et mettent un terrible arreon, dont Dieu seul sait quel sera le résultat final. Même Dieu y perd son latin aficionado !  Pero que moruchada !
     La presse, aujourd’hui, est sans pitié ! Peut-être le ganadero enverra t’il un courrier à chaque revistero « pour dire à quel point il est triste et blessé dans sa fierté » et encore « Vous n’avez rien compris, je vais vous montrer »… Pourquoi pas ? Cela peut marcher…encore une fois.

     Le vent a soufflé salement, par dangereux à coups. Les toreros ont fait ce qu’ils ont pu, avec des fortunes diverses, proportionnelles à leur envie…
     Encore une fois, on a vu fonctionner la cuadrilla de Jesus Millan. Avec le fait que tout le monde soit sorti vivant de ce naufrage, c’est bien la seule chose positive de cette triste journée.

     A qui le prochain carton ? Sera t’il vert, jaune… ou rouge ? Réponse, ce jeudi 6 Juin, sur les coups de 15 heures 20...
     L’équipe de France joue sa peau, aujourd’hui, aux premier tour de la Coupe du Monde… Le carton jaune, elle l’a déjà reçu, contre le Sénégal. Donc… vert, contre l’Urugay, ou alors…
     A l’Elysée, on croise les doigts : « Pourvu qu’ils gagnent, sinon ils vont me mettre en rogne tout le pays, et on va prendre une raclée aux élections, dimanche ! »
     Carton vert, logique ! Carton rouge... qui serait bien triste, mais ramènerait beaucoup de choses à de plus justes proportions…  Un peu comme le carton, adressé hier, à « Monsieur Palha », par Madrid et toute l’Aficion. A lui de choisir la couleur !

     5 Juin – MADRID (Las Ventas) – 25ème de Feria – Plein – Temps gris, froid, avec de terribles rafales de vent :
     Beaucoup de monde est parti, à la mort du cinquième. C’est très mal, car peu respectueux des hommes qui vont combattre le sixième. Mais c’est, hélas, compréhensible, quand on pense au monumental « toston » auquel les aficionados madrilènes ont été conviés.
     La corrida de Palha, on le sait, avait eu du mal à passer le reconocimiento. Cinq toros «étaient passés au travers », et sortirent donc, accompagnés, en sixième lieu d’un Carmen Borrero qui a eu tout le temps « d’écouter » le comportement de ses illustres prédécesseurs, et donc, sortit manso, totalement décasté… comme eux. Outre le fait que deux toros sur cinq étaient totalement indignes de Madrid, de par une totale absence de trapio (Il est sorti des novilladas bien plus charpentées que les Palhas d’hier) ; outre le fait que deux toros se soient explosé les pitones au premier choc (On ne dit rien, mais…), on ne peut que contempler tristement le jeu nul, de ces cinq toros « sélectionnés » par le prestigieux ganadero lusitanien. « Mansada total, sin paliativos ! » Un premier qui prend un ou deux coups de folie, sur le côté droit, alors qu’il accepte presque le muletazo, à gauche. Un deuxième, protesté, qui coupe affreusement, aux banderilles, « encense du bonnet » et saute dans la muleta. Un troisième, protesté, « manso de libro » qui portait le nom prédestiné de « Politico ». Un quatrième, qui sera le moins mauvais. Le cinquième sortira « sérieux », mais astillado. Un toro qui ne s’emploie pas à la pique, se montre compliqué aux banderilles, et ne prend aucun muletazo complet. Nada !
     Pour compléter le panorama, un colorado de Carmen Borrero, aussi distrait, aussi fuyard, aussi manso, aussi décasté que les cinq « collègues » portugais. « La solidarité Européenne », je suppose.
     Davila Miura (Silence, après avis – Silence) a du lutter contre le vent et contre le premier toro, foldingue… Prend un muletazo à gauche, presque suave, presque soso. Puis, sur un pecho corne droite lui met une première oleada qui le fait « courir beaucoup », ainsi que la cuadrilla, venue au secours. Quelques muletazos « plus loin », une terrible colada, où la corne fend, de haut en bas, la taleguilla du sevillan. Davila Miura s’en sortira comme il pourra… De même, face au quatrième, face auquel il démarra bien. Hélas, le toro « tourna court », et la faena, de même. Davila Miura « rend », à Madrid, le triomphe de Séville.
     Juan Bautista (Silence – Silence, après un avis) reçut fort bien son premier, avec le capote. Hélas, ce sera là son meilleur moment de la tarde. Le toro chargeait « a brincos », en donnant de la tête en tous sens. Le français essaya bien d’endiguer cette charge désordonnée. En vain -  Le cinquième s’arrêta au troisième muletazo, devant un Juan Bautista qui ne voulut pas « lui monter dessus ». Trois vilains pinchazos précédèrent une entière caidita. Venir une seule fois à Madrid, « pour ça », et « comme ça »… no merecia la pena.
     Jesus Millan (Silence – Palmas) a une grande cuadrilla « a pie » : Francisco Javier Rodriguez, (à la brega), et Jesus Arruga, (aux banderilles) sont des éléments précieux. Rien à faire devant le « politico » démagogique troisième, qui ne tint aucunement les promesses qu’il n’avait d’ailleurs pas faites… Distrait, chargeant « a oleadas », et finissant par s’arrêter, là, comme ça… Il le tua d’une tendida basse - Le garçon se paya « un arrimon », devant le Carmen Borrero, sorti sixième, se mettant longuement « dans les cornes » pour essayer d’arracher un demi muletazo. Le public protesta ce dernier défi, fatigué de tant de tristesse, de tant de grisaille et de froid.
     D’ailleurs, la moitié de la plaza était déjà devant un grog… Bien triste !

     Ce soir, la première des "Made in Albaserrada"… De plus, du Santa Coloma ! Ca va déménager ! En principe. Corrida de Jose Escolar, qui a fait un gros triomphe, en Juillet dernier, dans cette plaza. Pour la lidier : Stéphane Fernandez Meca, Oscar Higares et Jose Ignacio Ramos.

 

CARTON ROUGE !!! (Suite…)
Madrid : La corrida « galère »

     7 Juin : Mince, alors ! J’espère ne pas leur avoir porté la poisse en parlant de « carton rouge », hier ! Manquerait plus que ça !
     La France a fait « match nul » et Thierry Henry a pris un carton rouge ! Du coup les Uruguayens sont des pleutres et des assassins, sans parler de l’arbitre aztèque qui a « favorisé » ses cousins d’Amérique. Hombre ! J’écoutais une émission sur une radio « où on refait le match », tous les soirs. S’y exprimaient plusieurs journalistes « footeux » et un grand gardien de but, dont le chignon a fait, jadis, les beaux jours du PSG. Et il disait simplement : « Il faut garder la raison. Le carton rouge à Thierry est justifié, et le match a été ce qu’il devait être. Le vrai carton rouge, c’est toute l’équipe qui l’a pris, au match précédent… » Et on peut penser que ce professionnel est dans le vrai…
     Cela dit, l’équipe de France à relevé la tête et s’est bien battue. Hubo garra ! Le problème, là-dedans… c’est qu’elle est la seule, des ténors, à ne pas avoir marqué de but. Et cela, au foot, cela ne pardonne guère… Peu importe de perdre 5 à 4, mais il faut marquer ! Mettre « deux pions » aux danois, à condition que Barthez et ses défenseurs soient des lions, derrière, ce ne sera pas de la tarte. Mais bon ! Ils ont relevé la tête. Seuls quelques politicards calculateurs feront un peu la gueule « avant le premier tour » ; d’autres feront des calembours faciles… Il y a eu « pundonor », et cela ravive l’espoir et la confiance. Sus aux danois !

     « Carton rouge ! » au président, hier, à Madrid. La corrida a débuté sous un déluge et le ruedo, déjà marécage, prit vite l’allure d’une sale piscine. Le public vociféra d’importance, avec de « fuera el palco », sans équivoque. Et il est vrai que le commissaire Sanchez, le président au nœud papillon en a fait de belles, au cours de cette San Isidro. Le dernière : donner le feu vert au paseo, hier, alors que Madrid ruisselait de pluie, tout simplement parce que les toreros voulaient toréer (deux d’entre eux n’ayant que ce contrat là) et que l’Empresa donnait également son feu vert. « Tu parles ! La taquilla allait produire de succulents bénéfices, car le cartel, certes des plus honorables, n’était pas « le plus cher ». Monsieur le Président leva donc un acte, officiel, où étaient stipulés  les desideratas de chacun, et il fit sonner le paseo. Plaidant non coupable, monsieur Sanchez, « l’homme au nœud paps imperméable » précise qu’au défilé, il tombait une pluie fine ; à la 20ème minute de spectacle, c’était un vrai déluge ; à la 28ème « pleuvait plus ! ». Mieux que cela ! Vers neuf heures, il y eut du soleil Pour un peu, monsieur Sanchez passait à la distribution de parasols et crèmes bronzantes…
     Pendant ce temps, « en bas », on frôla la tragédie, à plusieurs reprises. Devant une corrida extrêmement dure, mansa et dangereuse, les toreros ne pouvaient confier en leurs appuis. Plusieurs glissades dramatiques nous menèrent au bord de la tragédie. Dieu mit le capote « imperméable », en plusieurs quites salvateurs, et fit un sacré boulot. Ce ne sont ni Fernandez Meca, ni Oscar Higares, ni Jose Ignacio Ramos qui me contrediront.
     Pendant ce temps, le public était en rogne et sifflait beaucoup. Trempés comme des soupes, puis transis de froid, les spectateurs ne virent pas le péril de la corrida, se permettant même, pour se réchauffer, d’applaudir l’arrastre du troisième, un vrai Barrabas, le pire des toros sortis au cours de cette feria. Muy mal ! D’autant qu’ils gardèrent un silence indifférent devant l’héroïsme de Ramos. Re « muy mal » ! Carton rouge à l’Aficion de Madrid, et à certains « peñistas » qui confondent volontiers le combat « au tableau noir », avec la réalité « sur terrain glissant… ». Bref, la corrida n’aurait pas du se donner, même si les toreros ne voulaient pas perdre « la oportunidad ». De fait, ils couraient à la perte, ne pouvant jouer entièrement leur chance, dans ces conditions, face à une corrida qu’ils savaient extrêmement agressive.
     Auraient ils été plus brillants, en des circonstances plus favorables ! « Ptêt bien qu’oui ! ». La corrida était vraiment dure, et même si elle fit preuve, à l’instar des toros de la veille, d’une présentation irréprochable, ce fut un mansada « de cuidado ! » à un toro près, le sixième.
     Le seul bénéficiaire, dans cette affaire : L’Empresa, qui a bourré sa valise.
     Monsieur Sanchez a gagné au loto, hier. Imaginons qu’il y ait eu  « grosse cornada », lui aussi… aurait pu faire sa valise ! « Mucha suerte tuvo, el tio de la pajarita impermeable ! »

     6 Juin – MADRID (Las Ventas) – 26ème de San Isidro (La corrida de la Presse étant « hors abono) – 2/3 de plaza – Pluie, puis déluge, jusqu’au troisième toro. Ensuite, froid intense et vent fort. Pouahhhh !:
     Corrida de Don Jose Escolar Gil, magnifiquement présentée, les trois et quatrième toros, de vrais estampes, étant ovationnés au sortir du chiquero. Très en Albaserrada, en Victorino, les Escolar sortirent avec violence et force, leurs cornes acérées et très solides percutant les burladeros, leur arrachant des esquilles à force de taper « comme des sourds ». Au premier tiers, violence et force sauvage, dans la mansedumbre « enracée ». Les picadors ont mis le fer, « plus trasero » que jamais (Va « vraiment » falloir faire quelque chose ! ». Même ainsi, la rage et le sentido n’a que peu baissé d’intensité. A la muleta, violence, charge qui s’interrompt au niveau du mollet, remonte direct à la poitrine. Peu importe la muleta, on « regarde » le torero, et on part « droit dessus » ! Brrrr ! Le troisième fut une « grenade dégoupillée » que l’on s’est passée de main en main ! Terrible de sentido, calculateur machiavélique, ce toro fit très peur à tout le monde, y compris à son matador, qui fut tout simplement « admirable ». Heureusement, le sort le récompensa en lui attribuant le sixième, de loin le meilleur du lot, brave et presque franc, sans être pour autant, « une sœur de la Charité » (Con respeto !)
     Stéphane Fernandez Meca (Silence – Silence) a du supporter la pluie, la rage du public et « les vacheries » du premier toro. Cela fait un peu beaucoup pour un seul homme, même vaillant. Il le tua vite et honnêtement, ce qui est déjà un succès – Le quatrième était un toraco astifino. Il ne pleuvait plus, mais le vent s’était levé, terrible. Meca fit face, mais dut rompre, devant un toro qui coupa le terrain, alla directement au pecho, avançant sans cesse sur le torero. Final difficile, en plusieurs entrées à matar, bien délicates. Le français avoua ensuite « le sale moment » passé : « Quoi que je fasse, il me voyait ! » Tant d’efforts pour presque rien ! Le matador continuait : « Cela ne fait rien. Cela valait la peine. J’ai mis treize ans, pour venir à la San Isidro. S’il le faut, j’en mettrai encore treize… pour y revenir ».
     Oscar Higares (Silence – Petits sifflets, après un avis) a toujours « bien commencé », et mal fini. Bonnes premières véroniques, puis le grand dégingandé perd pied et perd « le moral ». Deux toros difficiles, bien que son premier ait donné quelqu’espoir. Toro qui paraît noble, mais soso. Il passe à droite, mais finit le muletazo, bêtement, la tête en haut, comme quelqu’un qui ouvre une porte et demande « y a quelqu’un ? ». Par contre, changement d’attitude à gauche, avec une terrible colada, à la deuxième naturelle. Ouuuuyyyyy ! Du coup, Higares va baisser la garde et tenter désespérément de mettre une série, ferme et complète. Il n’y arrivera pas, et le public le priera vertement d’en finir. Aburrio ! – Du cinquième combat, on ne retiendra qu’un toro « qui se met dessous l’engaño », et menace le torero. On ne retiendra également que les 15 descabellos, terriblement comptés à voix haute, depuis le tendido.
     Jose Ignacio Ramos (Silence – Ovation) a été héroïque. Glissant dans la fange en recevant le troisième, il frisa le gros accident. A peine remis, le toro lui met une colada terrible dont il se sort par miracle. Toro de mucho sentido, qui prend trois grosses rations de fer, mais crée la panique dans les cuadrillas, faisant fi des capotes, allant directement al bulto. Luis Miguel Calvo, sous les lazzis, devra vilainement prendre la fuite. Malgré ce, Ramos décide de banderilles. Au milieu des flaques d’eau, il surprend le fauve, les deux premières fois. Mais à la troisième, sur un « por fuera » partant debout sur l’estribo, le toro lui met la corne à la ceinture, remonte et lui arrache le chaleco. Miracle total ! Merci Dieu et tous les autres ! Terrible susto, pour tous. La faena n’existera pas. Ce sera un inévitable macheteo de défense, sobre las piernas. Logique, recommandé, et pourtant mal perçu de certains. Grand tueur, Ramos prendra ici de logiques précautions, ce qui ne sera pas compris de certains, là aussi. Hombre ! L’épée définitive fut atravesada. Mais pour le moins, il était vivant. De là à ovationner le toro à l’arrastre…
     Le toro sixième fut le seul potable. Ramos brilla au capote, tant dans les véroniques d’accueil, que les chicuelinas du quite. Brave le toro, et chargeant fort, violent, mais droit. Blessure légère, à l’aiselle, de Pedro Calvo, en voulant mettre le bicho aux planches, tandis que le maestro banderillait brillamment. Faena sérieuse, ferme, nette. Séries sur les deux mains, sans fioritures. Bonnes naturelles liées au pecho. Torero ! Se profilant « court », Ramos entre très bien, pour une entière qui tombe un peu de côté. Dommage ! L’ovation sera la seule de la soirée, mais elle accompagna également, l’unique rayon de soleil de cette bien dure « tarde isidril ». Bravo à tous ! 

     Ce 7 Juin : Corrida de Adolfo Martin pour Zotoluco, qui vient de tienter chez lui ; Padilla, qui doit se faire le quite, à Madrid ; et Gomez Escorial, qui, encore une fois, « va se jeter à la piscine ». Portagayolas et « sustos » prévisibles.

 

L’ESPAGNE FUT UNE FETE...
Madrid : Triomphe ganadero d’Adolfo Martin

     8 Juin: Hier, l’Espagne entière fut toute joie, toute fête… Dans toute la péninsule, on se leva pour célébrer deux noms, commençant par « M », comme « Merveille ». Ces deux noms : Morientes et « Madroño I »…
     Oh, bien sûr, rien à voir entre les deux ! Le premier court sur toute les lèvres tandis que résonnent encore les trois « Goooooool ! » des commentateurs de radio, psalmodiant les trois buts de Morientes et ses amis, qui ont fait mordre le gazon coréen au Paraguay et à ce gros pirate de Chilavert. Du coup, l’Espagne rêve déjà d’aller en finale de la Coupe du Monde. Et pourquoi pas ? « Au moins, ils marquent des buts… eux ! Pas vrai, monsieur Lemerre ? »

     L’autre « M », est sur toutes les lèvres, certes, mais du petit monde réduit de la tauromachie. Il s’appelle « Madroño I », et a ouvert le grand bal d’Adolfo Martin, hier, à Las Ventas. Pas à dire : A Madrid, « le cousin Adolphe » a frappé un grand coup, en amenant la corrida la plus complète de la San Isidro (avec celle de Valdefresno) et en faisant la nique à Victorino qui a bien failli avaler son énorme cigare, juste avant de sortir ses toros, aujourd’hui, pour baisser le rideau !
     Pas possible ! Les cigares ont pris du viagra, cette année ! Le cigare de Victorino n’avait plus rien d’un bâton de chaise ! C’était presque un arbre d’hélice du « Charles de Gaulle » (en plus sûr !).

     Il était important, ce triomphe… à l’heure où l’Espagne aficionada résonne également des tristes échos d’un programme de télévision, jeudi soir sur Antena 3, qui n’a pas fini de faire des vagues. Pendant deux heures, on déballa un maximum de linge sale, avec plus ou moins de bonne foi, plus ou moins de vérité, plus ou moins de vile prétention…
     Du coup, les principales associations de professionnels ont protesté d’un communiqué conjoint, et Jose Maria Manzanares fils en a perdu ses apoderados. En effet, son père, le grand Manzana, a perdu une bonne occasion de se taire, en déclarant que toréer coûtait de l’argent à son digne rejeton… Ce qui a été moyennement apprécié par le clan de Choperitas, qui a expliqué sa gestion, en alignant des chiffres (Manzanares hijo : entre un million et « y medio » de pesetas par course ; cinq millions pour les deux de Nîmes, en Février)… Bien entendu, il y a des frais, mais « le digne fils de son digne père » aura un bilan plus que positif, en fin d’année. Maintenant, s’il voulait bien toréer partout des novillos limpios (voir Mugron et ses conséquences), peut-être pourrait il toréer plus ? Au fait, pourquoi Manzanares hijo est il tombé du cartel de Pamplona ? Toujours est il que les Choperitas ont pris la mouche et ont dit au fils : « Ecoute, on t’aime bien, mais… retourne chez ton père, et apprends lui les bonnes manières, si tu le peux ! » Bref, un programme scandale qui a remué beaucoup de « m… auvaise conscience » et qui ne va sûrement pas s’arrêter là.

     Donc, très importante, cette corrida d’Adolfo Martin…
     Cependant, on peut quand même s’étonner du manque de tolérance, voir de justice, de ce public de Madrid, si particulier. Hier, il fallait que les toros triomphent, et quoi qu’ils fassent, les hommes étaient sifflés, vilipendés, excepté Angel Gomez Escorial, qui pourtant, amassa vulgarité et incapacité, tout au long de la tarde.
     Vouloir  voir briller un toro…bien entendu ! Mais, pour cela, interdire à un diestro, quelle que soit sa qualité, de faire son quite, non ! C’est pourtant ce qui arriva à Padilla, au premier de la soirée.
     Vouloir voir triompher un toro, parce qu’il le mérite, ne veut pas dire pour autant, « tout nier » à son torero, au point de lui faire perdre ses moyens. Zotoluco n’a pas pu, avec un toro très encasté, brave et noble… Il fut pourtant loin d’être ridicule et impuissant, comme le fut en partie Padilla, devant le cinquième.

     Me vient un souvenir : Séville, Avril 1974, un samedi à midi. On donnait une corrida précédemment reportée à cause de la pluie… Toros de Torrestrella. Diego Puerta se fait manger par le quatrième, « Abrileño », à qui on va donner la vuelta. Le public sévillan se leva au passage de la noble dépouille, puis fit une ovation de consolation à « Diego valor »…Eso es Aficion. Ne pas oublier qu’il n’y a rien de pire que de tomber sur un « grand toro »…
     A ce sujet, le chroniqueur du « Pais » rappelle la célèbre phrase de Belmonte au jeune torero qui racontait le faena qu’il ferait le jour où, enfin, lui sortirait un toro « vraiment brave ». Il lui dit simplement : « Petit, prie Dieu qu’il ne te sorte jamais un toro vraiment brave ! »
     Hier, les toreros sont tombés sur des toros encastés et braves, et le public leur a fait payer d’un coup les turpitudes de toute la profession. Eso tampoco es ! Et ce n’est pas cela, non plus !

     Comment répliquera Victorino, aujourd’hui? A n’en pas douter, il doit avoir un ou deux as dans sa manche. Madrid attendra et le soutiendra. Les matadors n’ont qu’à bien se tenir, en particulier Victor Puerto, qui torée des Victorinos, pour la première fois. On connaît ses amours orageuses avec Madrid. Cela peut faire du bruit… grosse scène de ménage, ou alors…

     7 Juin –MADRID (Las Ventas) – 27ème de San Isidro – Plein total – Temps « gris clair », frais, avec ce maudit vent : On l’a senti, d’entrée de jeu : Le public a voulu faire un triomphe aux toros, et il est vrai que ceux ci ont répondu « Présents ! »
     Corrida d’Adolfo Martin, très en Saltillo, sans présentation exagérée, certains toros se cachant derrière des têtes très sérieuses et des regards décidés. Au poids: 554, 538, 520, 503, 498, 587Kgs. Par contre, l’envie de charger, permanente ; la caste, pratiquement tout le temps ; la bravoure, en particulier chez les 3, 4, 5èmes. Et puis, un toro exceptionnel, qui sort premier, et met tout le monde d’accord, ou presque : Il s’appelle « Madroño I », N°38 – 554 kgs. Caste totale à la muleta, après avoir fortement brillé au premier tiers. Caste, mais noblesse, que son matador ne put entièrement exploiter. On donna la vuelta au toro, et on siffla son torero. Du coup, Madrid n’eut plus d’yeux que pour les toros d’Adolfo, même s’ils furent loin d’être à la hauteur de ce toro d’ouverture. Tous montrait des possibilités à la muleta, mais il ne faut pas oublier certaine faiblesse, certains regards en dessous, certaine soseria, comme chez le dernier. En fin de corrida, on invita le Mayoral à saluer, tandis que les cuadrillas quittaient la plaza sous de quolibets, peu amènes.
     Zotoluco (Avis et quelques sifflets, tandis qu’on donne vuelta au toro – Sifflets) a du affronter un toro très encasté, et un public qui en était tombé amoureux. Cela fait beaucoup pour un seul homme. A t’il été si mal ? Non ! A t’il été « à la hauteur du toro » ? Non !
     « Madroño I » est sorti très fort, chargeant sans grand style, dans la cape batailleuse du Mexicain. Tandis que le picador se met en place, le toro s’échappe du burladero, fait fi de toutes les capes, et fond sur le cheval. Grosse pique du « Legionario ». Zotoluco « quite » par chicuelinas, et remet le toro « loin », à la demande du public. C’est « le » grand moment de la corrida : le toro se fixe sur le piquero, démarre, fait un léger écart, mais rentre dans le peto, poussant droit, avec une immense bravoure. Le picador met peut-être là « le Puyazo » de la Feria. Superbe spectacle d’une grande pique ! Immense ovation. Padilla veut faire son quite. Le public rugit et lui interdit toute intervention. A nouveau placé loin, « Madroño » s’arrache, bien arrêté par le Legionario qui sortira sous les ovations. Trois piques, dont deux vraiment « de brave ».
     A la muleta, le Zotoluco va se retrouver avec un toro qui attaque fort et qui répète. Le mexicain essaie de tempérer la charge du bicho, en deux séries droitières peu convaincantes, mais patine et se fait vilainement désarmer, à la deuxième naturelle. Prenant sur lui, le Zotoluco revient à droite et dessine une bonne série de derechazos, close d’un martinete et double pecho. Mais Madrid ne veut pas le voir. Elle applaudit « du bout des lèvres ». La faena est finie. Le Zotoluco en a pris un coup au moral. Il essaie encore, tire trois naturelles, mais Madrid refuse. Pinchazo et estocade en deux temps… Madrid se lève, fait honneur au grand « Madroño I », et siffle le mexicain qui a presque pâli.
     Face au quatrième, le Zotoluco n’arrivera pas à juguler une charge rebrincada dans son capote. Le toro est un peu faible, mais le public l’ignore, faisant grande fête aux trois puyazos d’Efren Acosta, à son style et son incroyable habileté : Le toro charge ; la pique, pointée haaut « tombe », comme aimantée par le point exact où elle doit pénétrer, tout en haut du morillo. Tout ce passe sans violence, comme naturellement. Grande ovation au picador mexicain. Son maestro sera moins à la fête ! Le toro est faible, de derrière ; Il charge court, se retourne sec, et regarde beaucoup… Zotoluco essaiera, mais ne sera jamais « a gusto ». Pinchazo, media et descabello. Le Zotoluco a perdu la bataille de Madrid. On peut même penser qu’il n’y reviendra pas.
     Juan Jose Padilla (Sifflets, après un avis – Petite bronca) n’est pas bien du tout, en ce moment. Certes, la portagayola fait toujours son effet. Certes, il banderille « facile » et spectaculaire. Mais il a du mal a garder les zapatillas en place, et a perdu ce grain de folie qui faisait sa personnalité. Madrid l’a pris en grippe, et le coup d’arrêt du public au moment de prendre son quite, au premier, a du lui faire du mal. Cela dit, absence et incompréhension, face à deux toros qui méritaient plus que cette tonne de trapazos sans la moindre allure, sans le moindre liant. Un premier toro, (très bien lidié par son frère Oscar Padilla), qui n’humilie pas beaucoup ; un second qui poussera fort à la pique et chargera de même… Padilla patinera et tuera bien mal : 7 pinchazos et quatre descabellos à son premier. San Isidro catastrophique pour le typhon de Jerez, qui a le souffle bien court.
     Angel Gomez Escorial (Deux avis et silence charitable – Silence, au sixième) revenait à Madrid, après sa grave lésion de l’an passé. On l’aime bien, ici, et on lui pardonne presque tout, d’autant qu’il est vaillant, qu’il va à portagayola, et qu’il donne beaucoup de passes, dont certaines « sortent » bonnes. Le troisième d’Adolfo permettait de grandes choses, surtout sur main gauche. Escorial le démontra, mais ne put le confirmer à son avantage.  La faena ne décolla jamais, et le public lui fit comprendre que, vraiment, le toro « valait » plus que lui. Dur, mais vrai ! Pagaillant au descabello, le garçon, qui toréait sa deuxième corrida de l’année, entendit deux avis – Le sixième toro semblait d’un autre moule : beaucoup plus lourd, plus poussif, plus soso… Escorial le passa de muleta, se mettant à l’unisson. La deuxième épée fut bien portée… mais cette corrida ne lui permettra pas de décoller.
    «Garçon !  Prie Dieu, de ne jamais tomber sur un toro « vraiment » brave ! ».

     Ce Samedi 8 Juin, dernière corrida de la San Isidro 2002: Toros de Victorino Martin, pour Luis Francisco Espla, Victor Puerto et Luis Miguel Encabo.

 

MADRID… POUR LE SOUVENIR.
Un grand toro de Victorino « ferme » la San Isidro 2002

9 Juin : Madrid… c’est fini ! Mais la vie continue. On l’attendait, cette journée tant dans la capitale du toreo, que dans la toute nouvelle capitale… du rugby. La seule différence, c’est que la première  savait de longue date « être la première ! ». La seconde, ne le savait pas encore.
     Les aficionados se remettaient tranquillement de la corrida « de Don Adolfo », et attendaient la réplique de « Don Victorino ». A Madrid, il faisait du vent, mais il ne pleuvrait pas… Au pied de Las Ventas, professionnels et « amateurs » se croisaient, et parlaient de ce qui pourrait bien se passer, « avec les Victorinos »… 

     Le samedi matin s’était levé, pluvieux, froid, venteux, sur Biarritz. Partout, le rouge et le blanc ! Partout, la joie et l’espoir : Le B.O jouait la finale, ce soir, contre Agen ! Des avions, des bus avaient déversé sur Paris une joyeuse foule multicolore, chantant et dansant le Pays Basque, souriant aux bleus qui passaient. Pas de raisons de les haïr, « ceux d’en face » ! On n’est pas au foot, ici ! Ils sont d’Agen ! de chez nous ! Mais, bon ! « Qu’est-ce qu’on va leur mettre » !

     A Madrid, la journée a été plus calme, plus feutrée. La feria se termine : 29 jours de toros, et 29 jours où il s’est pratiquement toujours « passé quelque chose ». Après Castellon, maussade, des Fallas « éteintes », une feria de Séville, lamentable… Madrid a sauvé la Fiesta Brava ! Elle l’a sauvé « avec des taureaux et des hommes »…
     Restait donc le dernier épisode : La corrida de Victorino. Elle n’a pas déçu. Le public est arrivé, prédisposé, comme de coutume. Mais « le Victorino », encore une fois a sorti un as de sa manche : Il s’appelle « Murciano ». On lui donna vuelta al ruedo et le public en oublia le reste de la corrida, qui fut moyen.

     A 21h30, la messe madrilène était dite… celle de Paris commençait. Dans un fabuleux coude à coude, à égalité parfaite, trente joueurs incendiaient le grand stade de France. Dans les gradins, tour à tour, on hurlait, de joie, de peur, d’émotion. A la dernière seconde, la pénalité assassine remet les deux équipes de gladiateurs, en face à face. Terrible ! Fantastique finale ! Formidables moments télévisés. Au milieu d’un tel baroud, un homme en jaune, qui dirige et explique, clair et net. Bravo l’arbitre ! Et, tout à coup, tandis que les hommes saignent du combat de titan, un coup de feu claque… mais un coup de feu de pundonor et de paix : Drop à la dernière minute des prolongations ! Biarritz est champion ! Biarritz est champion !
     Avec ça, il est onze heures du soir ! Mais en fait, la soirée commençait « en rouge et blanc ». Biarritz résonnait de mille klaxons, et pour une fois, on bénissait ce tapage nocturne. Bravo, le B.O ! sans oublier le quinze d’Agen, valiente, torero, lui aussi. Vive Biarritz ! Chapeau, Agen. Merci à tous.
     Claude Pelletier, du haut de son ciel, aura vécu une grande journée. Imaginez un peu : Voir un grand toro de Victorino donner la vuelta, a Las Ventas… et ensuite, vivre la juste apothéose de « son B.O »…
     Pourtant, lui qui n’était que « Rugby et toros » ou « Toros et rugby », sans jamais pouvoir se décider vraiment quant à celui qui « passait devant, au score », aura gardé, dans la journée, un moment de tendresse, celle du professeur, celle du papa, en prenant par la main, la petite Alice, qu’on portait en terre, du côté de Saint Sébastien sur Loire.
     « Mourir à 15 ans » est dramatique. La mort est toujours dramatique. Mais, mourir « comme ça, pour ça ! »…
     Elle s’appelait Alice. Elle avait quinze ans. Elle est morte parce qu’un gamin de dix sept ans avait fait un rêve fou. Terrible ! Elle pouvait être la fille de chacun d’entre nous. Et le pire, si pire il peut y avoir, c’est que ce gamin, également, pourrait être le fils de chacun d’entre nous. Claude ! comment expliquerais tu ça ? Prends-là avec toi,  montre lui que la vie est jolie, malgré tout, et que… en blanc, rouge, bleu ou de toutes les couleurs, les hommes ne sont pas toujours comme elle en aura le souvenir…
     Repose toi bien, Alice. On pense à toi, nous aussi, depuis notre petite planète des toros. Tu verras, Claude te montrera les toros et le rugby. Alors, tu continuera a sourire, malgré tout…

    8 Juin : MADRID (Las Ventas) – 28ème et dernière de Feria – Llenazo – Temps gris bleu, avec des pointes de vent froid. Grande ambiance « Torista ».
     Corrida de Victorino Martin, qui sort remarquablement présentée et armée. Pourtant, il n’y a aucune exagération, et le fameux troisième, « Murciano », sera même un peu protesté. Madrid applaudit « à la personnalité » des toros de Victorino. Ils sont « comme le patron », vifs, malins, le regard sur tout. Ils réagissent avec force et insolence. Ils se grandissent sous les défis. Corrida très encastée, brave en divers degrés.
     Un toro a effacé tout le monde, « Murciano » - N°84 – 511kgs, le troisième. Il ne fit pas une fabuleuse pelea, au cheval, mais il se grandit sans cesse, chargea noblement, mais avec un caractère de chien. Chien fidèle, mais chien quand même. Il se montra terriblement vibrant, et certains même en demandèrent la vie sauve. Encabo le fit briller, et on ovationna debout son tour de piste posthume. (Cependant, on ne le retrouvera pas, dans les premiers Trophées de la Feria, les jurys lui préférant « Guitarrero », d’Hernandez Pla)
     Les trois premiers furent les meilleurs, mais le quatrième, par contre, fut « le mauvais garçon ». Au poids : 531, 510, 511, 556, 569, 566 Kgs.
     Luis Francisco Espla (Pétition minoritaire et grande ovation – Ovation) a été, à son habitude, mi maestro, mi malin. Un grand mérite, cependant car en menant son premier au cheval, chicuelinas marchées, l’Alicantino porte sa main à l’arrière de la cuisse. Il banderillera son toro, avec Encabo, dessinera une faena où, peu à peu, il découvrira et exploitera bien la grande corne gauche de « Bodegon », puis l’estoquera d’une épée en arrière, bien portée au recibir.(Cette estocade lui vaudra le Tophée Mayté, au meilleur coup d’épée de la feria). Espla partira à l’infirmerie où l’on diagnostiquera une déchirure musculaire, aussitôt infiltrée, strappée (Et attention, cela fait très mal !). Chapeau donc au torero qui revint à la plaza et, bien qu’en infériorité physique, participa à la lidia, et règla le sort au quatrième, un toro « malin », qui coupait le terrain et « rebañaba ». Espla a été digne et torero, comme on l’aime, en souriant  d’un air complice, et surtout… comme Madrid l’adore.
     Victor Puerto (Silence – Silence, après un avis) a perdu la bataille… de la communication. Il s’était répandu en interviews, déclarant qu’il prenait les Victorinos pour la première fois, et « qu’on allait voir… ce qu’on allait voir ! ». En fait, on n’a rien vu du tout, car Victor Puerto a voulu lidier et toréer des Victorinos, comme de autres toros, et cela n’a pas marché, d’autant que Madrid l’attend toujours « avec le fusil ». Pour arranger les choses, il toucha les deux moins bons. Des détails au capote, comme  la larga au cinquième… De bons enchaînements à la muleta, mais qui ne passent pas la rampe. Face aux Victorinos, Madrid attend le combat des braves, et non le toreo hautain et ventajista. Echec de Puerto qui, de plus, tua mal.
    Luis Miguel Encabo (Oreille – Ovation) passa tout près du grand triomphe. Hélas, il fut un peu court, malgré de très bons moments, face au « Murciano ». Bien à la cape, Encabo va soigner le toro à la lidia. Deux bons puyazos pris par le Victorino qui démontre, chaque fois, plus de classe. Magnifique tercio de quites : Encabo débute par chicuelinas. Espla réplique par faroles. Encabo lui répondra par véroniques et serpentina, invitant Victor Puerto qui clôt le débat par gaoneras. Bieeeeen ! Brindis à tous.
     Début de faena, direct au centre, main gauche. Le toro arrive comme un obus, et Encabo le reçoit vaillamment. C’est juste juste ! Faena très forte, le torero manquant de craquer à plusieurs moments, devant les assauts vibrants du victorino. Enorme mérite du madrilène, qui tient bien, et se montre très torero, même s’il semble « un peu court». Epée al encuentro, un peu trop en arrière. Le toro tarde à tomber. La clameur est immense. Oreille méritée. Cependant, c’est le toro qu’on ovationnera le plus.
     On retrouvera un bon Encabo, en début de sa prestation face au sixième : Bien à la cape ; bien en trois paires de banderilles. Puis, le toro se collera méchamment en début de trasteo, avant de baisser de pied. Encabo se méfiera, essaiera un peu, avant de renoncer. Epée en arrière. Ce n’est pas encore « le » triomphe qui mènera Encabo « tout en haut »…
     Grande tarde des Victorino ! Tarde pour l’Aficion : « Des taureaux et des Hommes ».

     Pendant ce temps, d’autres hommes « combattaient », pour le Pays Basque. Mais ils le faisaient, en pleine lumière, et sous les vivas de tous. Vraiment, le drapeau Basque paraissait, cette fois… encore plus beau !

 

PREMIERS JURYS…PREMIERS TROPHEES !

     9 Juin : A peine les derniers projecteurs se sont ils éteints sur une Monumental de Madrid, vidée de son public « Isidril », que différents jurys se sont réunis et ont déjà attribué leurs trophées.

   Ainsi le Jury « Biarritz » a récompensé Enrique Ponce, comme matador triomphateur de la Feria, et Victorino Martin, comme meilleur ganadero. Il y a eu bagarre et il a fallu recompter les bulletins de vote :
     Ponce devance Ferrera « d’une courte tête », et Victorino a du batailler avec « Lo de Adolfo », et Valdefrseno.

     De son côté, le Jury du célèbre « Trophée Mayté », réunissant, depuis des décennies, des hautes personnalités de la « Gentry taurine » a, lui aussi, dicté un verdict sans appel :
     Triomphateur de la Feria : Enrique Ponce
     Meilleure Faena : Antonio Ferrera
     Meilleur Toro : « Guitarrero », 3ème de Hernandez Pla (Lidié par « El Cid », le 12 Mai)
     Meilleur Picador : « El Legionario », qui piqua le premier toro de Adolfo Martin.
     Meilleure estocade : Luis Francisco Espla, au premier Victorino
     Meilleure paire de banderilles : Antonio Ferrera, au cinquième de Carriquiri, le 17 mai.
     Meilleur quite : Luis Miguel Encabo, face au troisième Victorino.
     Meilleur Novillero : Matias Tejela
     Trophée spécial pour Eloy Cavazos, pour l’ensemble de sa carrière.

     Pour ce qui est des Trophées « Casinos de Madrid », c’est également « Guitarrero », le toro d’Hernandez Pla qui est considéré comme le plus complet, tandis qu’Enri