L'ACTUALITÉ TAURINE
(Juillet 2002)

RONALDO - PONCE : HISTOIRES D’HOMMES…

     1er Juillet : Soirée d’émotion ! De cette émotion qui vous serre le cœur, qui vous fait encore croire en l’Homme. A ce moment, on se fout du froid et de la pluie de Juillet. On se moque du Smic que l’on ne veut pas « pousser », alors que tout augmente… On se moque des singeries cravatées de ceux qui ont endetté la France et l’on trompée, encore une fois, « trente cinq heures durant »… Que voulez-vous, ce n’est pas encore demain que l’on rasera gratis… Hier soir, on se foutait de tout, du loft, des gays, et des autres calamités…

     Hier soir, on était tout simplement heureux ! Ces dames, parce que « ce bon dieu de mondial de foot est enfin terminé ! », et nous, parce que les meilleurs ont gagné. Les Brésiliens remportent « une cinquième coupe » … Y Olé ! Devant, derrière, ils furent les meilleurs, presque sans y toucher. Et pour une fois, le Brésil a un grand goal. Que bueno ! Victoire de l’inspiration mais aussi de la rigueur.

     Et puis… victoire d’un homme. Maudit, blessé autant dans son amour propre que dans son corps, Ronaldo a remporté hier une victoire éclatante sur son destin. Il avait disputé la finale 98 « complètement dans le cirage », suite à cet obscur malaise, à trois heures du match. Puis le trou noir, et les blessures à répétition. Plus personne ne croyait qu’il reviendrait…
     Hier, Ronaldo a prouvé au monde que « Quand on veut, on peut ! » Certes, on n’y arrive peut-être pas tout seul, et c’est pour cela qu’il a eu ce grand geste d’inviter le professeur Saillant, qui l’a remis sur pieds, et de quelle façon ! Chapeau, messieurs ! Cette belle histoire, humaine, est un exemple pour nous tous… Et, en triomphant ainsi, Ronaldo et ses compagnons ont mis du soleil dans les cœurs, qu’ils battent en bord de Garonne, ou au fond des favelas. Muy bonito !

     Un autre moment, un grand moment pour ceux qui ont eu la chance de l’entendre : Enrique Ponce, hier soir à « Clarin »…Une émotion comparable à ce moment historique où Curro Romero annonça, en direct, sa retirada du toreo.
     Grand moment de radio, grand moment de tauromachie… grand moment d’humanité, tout simplement. Enrique Ponce a frôlé la mort, et il en a parlé, simplement, sincèrement, disséquant ses sentiments et ses émotions, avec douceur et la même clairvoyance que lorsqu’il « invente » un toro. Cet homme-là est vraiment, à tous points de vue, « un Numéro 1 »… 
     Tant d’efforts, pendant tant d’années, auraient pu s’arrêter là, sur le sable de la plaza de Leon, ou encore dans cette ambulance qui l’amenait sur Madrid. Dieu, quel qu’il soit, ne l’a pas voulu, et les hommes non plus. Et, qui que nous soyons, que nous aimions ou pas son toreo, on est vraiment heureux du retour de Ponce « parmi les vivants »… (Au fait, allez donc revoir son site, il a été refait – Voir à rubrique :« Autres liens – Toreros »).

Tout cela pour dire que les grands, les « vrais grands », pas les PDG de multinationales assassines, nous aident aussi à avancer, parce qu’ils savent souffrir, aussi, comme des « tout petits »… Et ce mois de Juin en est un incroyable exemple: A la liste des toreros blessés de ces deniers jours (Ponce, Tomas, Juan Mora, et Rivera Ordoñez, qui en a pour plus d’un mois) est venu s’ajouter, hier, le nom d’un grand rejoneador : Joao Moura.
     Hier, en plaza de Barcelone, le cavalier portugais s’est donné un coup terrible à l’œil gauche, avec une banderille. Les nouvelles sont contradictoires… On sait qu’il a été opéré ; on sait qu’il est en clinique, mais la presse diverge sur les conséquences, certains parlant d’une possible perforation oculaire… Il faut attendre.

     Cruel mois de Juin, celui des « ferias faciles » et des toros dits « miniatures »…Que nenni ! Lorsque sort le toraco de Madrid, on se méfie, et on va au combat, presque « prêt à l’accident ». C’est toujours lorsque la tension se relâche un peu qu’arrivent les plus gros accidents… Regardez l’Histoire et ses statistiques : De Manolete, à Linares, jusqu’à Paquirri, à Pozoblanco ! De Paco Camino, à Aranjuez, au Yiyo, en plaza de Colmenar !
     Cruel mois de Juin, pour si peu de résultats. La Feria de Burgos est un énorme fiasco, ganadero et torero. De même, Alicante. Algesiras est passée, comme elle devait passer… Seule, Badajoz… et encore. Cruel mois de Juin, cruelle transition…
     Un mois de juin qui s’est terminé « en vrille », dans la grisaille générale. Peu de triomphe, et encore moins de caste… Si l’on y ajoute « pluie et froid », on a des corridas suspendues, à Soria et Teruel… et d’autres qui auraient mieux fait de l’être :

     30 Juin - MADRID (Las Ventas) – 1/5ème de plaza – Froid et vent: Corrida de quatre fers… Il était prévu un lot du Cura de Valverde. Les vétérinaires en approuvèrent quatre, à sortir en 1, 4, 5 et 6èmes. Hélas, le lot fut très faible, et le premier fut changé par un de Los Derramaderos, tandis que les deux suivants portaient le fer de Juan Perez Tabernero, et Maria Lourdes Martin de P.T. Tout cela… pour rien. Corrida impossible, dont seul émerge le quatrième, qui chargea, tête basse.
     Dinastia (Silence – Vuelta) eut la chance de toucher ce toro : Vaillant au capote, vibrant aux banderilles, le colombien ne put totalement convaincre, à la muleta, mais poussa une grosse épée, al encuentro. Dans les gradins, où il y avait plus de Japonais que « d’ayatollahs du 7 », on applaudit son tour d’honneur.
     Aucune option possible pour Andres Sanchez et Diego Urdiales. Venir à Madrid, s’habiller de lumières et d’espoir, pour se fracasser devant des gradins vides…Bof !

     30 Juin – BURGOS – Dernière de Feria – ¾ de plaza – Soleil froid, et vent : Corrida mixte, et corrida grise. Les toros de Jose Luis Marca ont fortement déçu « en tout ». Seuls, les deux du rejoneo… et encore !
     Pablo Hermoso de Mendoza était dans un jour « sans ». Son premier tarda à se coucher, et l’ovation alla à son cheval « Albaicin », le nouveau roi du toreo « a dos bandas ». Par contre, le navarrais se montra gris, devant le quatrième. Le public, froid et frigorifié, garda silence.
    Victor Puerto commença bien, et finit mal. Vibrant devant son premier, il se moqua complètement du monde au cinquième. Silence et Bronca
     Miguel Abellan ne put rien devant son premier, totalement arrêté, mais « inventa » le sixième, mettant toute sa vaillance à secouer une indicible soseria. Grosse épée et la dernière oreille de la feria.

     30 Juin – ALGESIRAS – Dernière de Feria – Petit entrée – Du vent : Les Concha y Sierra avaient de la gueule, mais manquaient de tout, en particulier de race et de force. Seul le premier fit illusion.
     Juan Jose Padilla a triomphé, coupant une oreille à chacun de ses adversaires. Très vibrant face au premier, un toro très sérieux et très armé : Largas serrées, troisième paire de banderilles super, et début « à genoux ». Le public pardonna une épée, tombée.
     Jose Luis Moreno donna vuelta à la mort du cinquième, pour de bonnes naturelles, en début de faena. Puis, le toro s’éteint. Le torero, aussi.
     Daniel Duarte entendit deux ovations. Très bien à la cape, il fit le meilleur toreo de la tarde, mais tua « fatal ». Un avis au sixième.

     30 juin – ZAMORA – ¾ de plaza : Corrida de Montalvo, bien présentée, mais sans grande race.
     Finito de Cordoba est passé (Applaudissements et silence) – El Cordobes a coupé au deuxième, la seule oreille du jour, en faisant beaucoup de tapage – Leandro Marcos fit les meilleures choses de la tarde, mais… no remato ! Ovation, chaque fois.

     30 Juin – LA BREDE (France) - ¾ de placita : Mansada totale de Sepulveda. Francisco Marco, qui relevait de sa blessure de Tolosa (16 juin), et Juan Bautista, ne purent rien faire, luttant en vain contre quatre « tristes ».
     Quand le toro ne charge pas, c’est le Fandi qui charge ! Le granadino a mis tout ce qu’il avait,  coupant une oreille de chaque toro. A revoir, en d’autres circonstances…

     30 Juin – BARCELONA – Rejoneo : Triste corrida où les toros de Galache ont été mal présentés et ont donné piètre jeu. Le quatrième était de Peralta, à peine meilleur. Les hommes  ont beaucoup galopé, en vain.
     De fait, on se souviendra de cette course, à cause des accidents qui arrivèrent à Joao Moura et Diego Ventura. Grave, le premier, le cavalier portugais se donnant un coup terrible à l’œil gauche, en posant une banderille courte au premier de la tarde. Hémorragie, sale impression. Le torero a été immédiatement emporté vers une clinique ophtalmo de la capitale catalane, dont on sait qu’elle possède d’éminents spécialistes en la matière. Cependant on craint…
     Diego Ventura s’est fracturé un  doigt, en tuant le 4ème. Partit à l’infirmerie, et en revint pour toréer le dernier. En mano a mano, Andy Cartagena et Diego Ventura entendirent plus de silences que de bravos.

     30 Juin – SEVILLA – Novillada – ½ plaza : Mansada sans présentation ni race « des héritières » d’Antonio Ordoñez (lisez : son épouse Pilar, et sa fille Belen). Seul le deuxième a transmis quelque moment d’émotion, mais…  Le quatrième a été remplacé par un sobrero d’El Serrano, qui ne releva pas le tableau.
     Javier Solis coupa l’oreille du jour, plus pour du toreo « enlevé », que de profondeur. Silence au quatrième.
     El Ciento, de Valencia, et Emilio de Justo, au toreo agitanado, n’ont pas convaincu.
     Blessure du banderillero Curro Javier : cornada « légère », de 10 cms, à la cuisse gauche.

     30 Juin – TARASCON (France)  - ¾ de Plaza : Novillada très sérieuse et astifina de François André. Le meilleur : le premier. Le cinquième se tua en rematant violemment dans un burladero. Remplacé par un du même fer.
     Novillada compliquée dont Jarocho tira de bonnes choses (Ovation et Vuelta) – Julien Lescarret fit face, mais aurait souhaité une autre despedida de novillero (Ovation et silence) – Très vaillant,  Julien Miletto mit la pression et coupa, au sixième, la seule oreille du jour.

 

"A DEUX PAS" DE PAMPLONA…

     2 Juillet : Alors… vous êtes prêts ? Les tenues blanche, immaculées (pour le moment…) sont elles bien rangées, là ? Une pour chaque jour, n’oubliez pas. Puis, le foulard et la ceinture… rouge sang… Ca y est, vous voilà parfait pamplonica… Manquent plus que les espadrilles. N’allez pas me mettre des tennis ou des baskets ! Des espadrilles, de Navarre ou d’Hasparren… et non pas « made in Taiwan »… Après cela, le journal et les dernières nouvelles…
     Pour le moment, Pamplona est calme, ou plutôt… on sent quelque chose ! Dans les ateliers des services techniques de la Ville, on entend un gros remue ménage, percé de grands coups de marteaux : on est en train de préparer « le vallado », cette assemblage de grosses poutres de bois, que l’on monte chaque nuit, pour l’encierro du lendemain, et que l’on démonte, tel un énorme meccano, une fois le cortège passé. Et cela, huit fois de suite.
     Dans les corrales del Gas, six corridas sont déjà arrivées, en plus de la novillada et de la corrida de Rejones. Déjà, certains se sont fait remarquer : Un toro de Torrestrella, du nom de « Ermitaño », a tué un cabestro, hier, au débarquement. Coup de corne au poumon. La corrida de Don Alvaro est impressionnante de trapio et d’armures. Le Capea, également a débarqué les siens. Rien de monstrueux ! 540kgs de moyenne. Par contre, il espère que la corrida tiendra debout, et vient « a por el premio ! ». Il vient pour remporter le trophée de la Feria.
     Dans les bureaux de l’Empresa, c’est une autre fièvre. On ne s’inquiète pas de la taquilla : La plaza sera pleine, tous les jours, y compris pour la novillada… Et il y aurait 25000 places, igual ! Non ! ce qui inquiète : « Par qui va t’on remplacer Ponce et Rivera Ordoñez.
     Enrique Ponce devait toréer les 7 et 13 Juillet ; Rivera, le 10. Pour ce dernier, pas de problème pour trouver un remplaçant. Il n’y a aucune corrida, ce jour-là.     Pour ce qui est du 13 Juillet, on pourrait presque parier que le Fandi peut se voir proposer un deuxième contrat. Ses résultats d’après San Isidro, et "son probable succès de la veille", peuvent permettre ce pari.
     Par contre, le problème se pose, pour le dimanche 7 : Par qui remplacer Ponce, face aux Marquis de Domecq ? Il y a sept corridas « de postin », ce jour-là, et Barcelone doit aussi remplacer Jose Tomas. Tous les « ténors » sont pris… La Casa de la Misericordia va t’elle ouvrir à un jeune ? Si oui… on pense à Cesar Jimenez, qui vient de connaître deux succès, à Burgos et Teruel… Pour le reste, les possibilités sont limitées. Cela peut aller d’un David Luguillano à un deuxième contrat pour Francisco Marco, navarrais et triomphateur 2000. Ainsi, « on ne sortirait pas de casa »… A suivre !
     Pamplona prépare « sa folie » annuelle… Des centaines de milliers d’étrangers vont débarquer dans ses rues, et des millions de litres de clarete ou de bière, se déverser… en maintes « tuyauteries »… Musique, pétarades, « furie en  blanc et rouge », percées de traits noirs, quand passent les toros…

     San Fermin ! Feria mythique ! Messe païenne… C’est dans cinq jours !

 

BURGOS QUI S’ETEINT… TERUEL QUI CLIGNOTE !

     2 Juillet : Il a fallu attendre le dernier jour, à Burgos, pour enfin s’enthousiasmer sur un lot de toros. Peu importe qu’ils soient « novillos » ! Il y a eu, enfin, de vrais adversaires, face à ces hommes qui veulent être toreros.
     Pendant ce temps, Teruel ouvrait sa feria. Rien à voir avec les « grands rendez vous »… Cependant, avant Pamplona, il est bon d’y aller respirer l’air d’Aragon, à deux pas de la Navarre où, dans six jours… ça va chauffer. Hier, on a donné la corrida que la pluie avait suspendue, dimanche. Antonio Ferrera y a triomphé, se préparant, déjà, à mettre le feu aux San Fermines.

     1er Juillet – BURGOS - Novillada de clôture – Moins d’1/4 de Plaza : Excellente novillada de Montealto, bien présentée, solide, pleine de noblesse encastée. Les six novillos ont été ovationnés à l’arrastre.
     Les novilleros auraient pu « couper plus », s’il n’y avait pas eu « crise de l’acier ». Jarocho, en particulier, a perdu des points au descabello : Ovation, après un avis, et une oreille – Triomphateur de la tarde, Santiago Manciño, de la Linea de la Concepcion : Bon concept du toreo et grosse faena au cinquième. Ovation et deux oreilles – Venu d’Herrera, près de Séville, le jeune Herrerita se bat et coupe une oreille au sixième, fermant ainsi, avec succès, une feria de Burgos qui ne passera pas à la postérité.

     1er Juillet – TERUEL – 1ère corrida de Feria – ½ plaza : Corrida renvoyée la veille, à cause de la pluie et du froid (et quand il fait froid à Teruel, pardon !!). corrida de La Palmosilla, bien inégale de comportement, mais correctement présentée, pour cette plaza.
     Antonio Ferrera continue, alternant toreo vibrant et filigranes. Deux oreilles au premier, avec des muletazos très « relâchés ». Ovation au quatrième – Davila Miura passa dans la grisaille. Le nord ne lui va guère. Silence partout – Cesar Jimenez remplaçait Rivera Ordoñez, confirmant la bonne impression laissée à Burgos : Ovation et oreille au dernier, après un avis.

 

L’INFIRMERIE SE VIDE…

     2 Juillet : Après l’hécatombe de cette dernière quinzaine, les nouvelles sont meilleures et les équipes médicales vont pouvoir respirer un peu… en principe.
     Enrique Ponce doit sortir aujourd’hui ou demain. Le grand susto passé, tout est rapidement revenu dans l’ordre, et le moral, comme l’appétit, sont au beau fixe. Maintenant… a descansar. On pensera « toros », plus tard.
     Juan Mora, autre blessé d’importance, a beaucoup souffert, ces dernières heures. Mais la cornada suit son évolution normale et il ne devrait pas y avoir de problème. Maintenant, c’est au niveau « de la tête » que cela va se passer. Après Jaen, un nouveau coup de corne, au même endroit…cela fait gamberger...
     Autres bonnes nouvelles : Joao Moura ne perdra pas son œil. Sorti de clinique, hier soir. Pas de conséquences, à priori.
     De son côté, Rivera Ordoñez a passé des examens poussés : Il n’y a pas de fracture du coude, et par ailleurs, le ligament interne du coude n’est pas  sectionné, mais écrasé. Donc, pas d’opération, mais une attente, avec le bras immobilisé. Réapparition souhaitée : le 21, à Barcelone.
     Par ailleurs, Paco Ojeda a vérifié qu’il n’y avait rien de cassé, au niveau de son épaule, très douloureuse. Le Sanluqueño pourrait reprendre l’épée, dans dix jours.

 

APRES LA BATAILLE…LA GUERRE!

     3 juillet : "L’été taurin" est là…Les autoroutes sur lesquelles on naviguait, en pleine  nuit, à des vitesses vertigineuses, vont se remplir de touristes « multicartes » qui vont transformer "ces grandes descentes" en slalom spécial. On n’a pas fini de rager ! "Mais pousse toi donc! On est pressés!"…
     Dans les lourdes camionnettes, les chauffeurs écarquilleront les yeux, dans le petit matin, bercés par quelques mélopées flamencas et les ronflements de leur précieuse cargaison. Heureusement, le matador est devant, avec l’apoderado… Coche rapide, confortable… Il aura pu dormir un peu, lui... Mais là, derrière, c’est une bande de six pirates, tous bien sympa au demeurant, mais qui prennent leurs aises, « dès le vingtième kilomètre… » Et quand on en a 800 à faire ! 

     Fini, les trajets tranquilles. La corrida est à peine terminée que l’on s’enfile dans la camionnette et « fouette cocher ! »
     Juillet est déjà un entraînement à ce que l’on va vivre en Août et Septembre. Pour le moment, cela peut encore aller : Teruel, Pamplona, Mont de Marsan, Valencia, Santander, Tudela… Cela peut encore aller. Mais après… l’enfer ! La guerre !
     « On ne va pas se plaindre, on l’a cherché, on l’a voulu ! » Chacun se met alors à réfléchir, et se retrouve en début mars ! Le matador n’a que cinq contrats ! « S’il passe au travers », on reste tout l’été « assis à la maison ». 
     Alors, on va à la bataille… on sert au mieux le maestro ! Il tient entre ses mains, le destin de tout une équipe… Cela tient à si peu: Un toro qui s’éteint, un pinchazo de trop ! « Maldita sea ! Con lo buen matador que es el cabron! »
     Et puis, cette apothéose que l’on espérait, mais à laquelle on croyait à demi, car on a tellement beau jeu de dire que ce monde est injuste… Le matador a gagné une, deux, trois batailles : Sevilla, Madrid, Granada ! Depuis, l’apoderado s’est acheté un nouveau carnet et un portable tout neuf, "bi-bandes", pour signer deux fois plus de dates !
     Dans la cuadrilla, on sourit: « Je vous l’avais bien dit… ». Un peu plus loin, le chauffeur fait briller son pare brise, en révisant sa géographie… « Vaya ! Eso va a ser la guerra ! » Et il murmure : « Mais comment je vais faire ? Dax, et le lendemain Puerto Santa Maria, puis San Sebastian, Barcelone, Bilbao…Tout cela en cinq jours ! Estan locos ! Ils sont tous fous ! »

     Après les batailles, les grosses escarmouches de printemps, c’est la guerre de tranchées. Elle va durer tout l’été. Partout, il va falloir se justifier, se montrer « tel qu’à Madrid, à la Télé ! »  Durant deux mois, le torero va devoir confirmer son statut de nouvelle figura, chaque jour, dans chaque plaza… Peu importe les volteretas, les coups, les bleus… il faudra tenir et « se justifier » partout.
     14 corridas en Juillet, 25 en Août et tout autant en Septembre ! De quoi pâlir un peu ! Alors, le regard se lève au ciel, en quête du doux regard de la vierge « qui fera le voyage avec nous ».
     « Bueno … Al Toro ! Suerte pa todos…et surtout pour nous ! » C’est à peu près ce que doivent « se » murmurer tous les toreros de postin qui, dans quelques jours, vont se lancer dans « le grand circuit ». Il ont gagné trois batailles… c’est maintenant, la guerre ! Dans cinq jours… Pamplona ! Cchhhhtttttt … puuuum !
     Je vous dis… « La Guerre » a commencé !

 

FERIA D'ALBACETE 2002

     3 juillet : Traditionnelle feria de Septembre, en plaza d’Albacete, révélée il y a 48 heures, par l’Empresa Martinez Uranga. Du 8 au 17 Septembre, elle présentera 7 corridas, deux novilladas piquées et une de Rejoneo.

     Les cartels en sont les suivants :
     Dimanche 8 Septembre : Novillos de Apolinar Soriano, pour Jose Manuel Samos, Javier Perea, Miguel Angel Franco
     Lundi 9 Septembre : Novillos de Los Chospes, pour Matias Tejela, Andres Palacios, David Galan
     Mardi 10 Septembre : Toros de Murteira Grave, pour Pepin Liria, Juan Jose Padilla, Luis Miguel Encabo
     Mercredi 11 Septembre : Toros de Los Derramaderos, pour El Cordobes, Miguel Abellan, Sergio Martinez
     Jeudi 12 Septembre – Rejoneo : Toros de Flores Tassara, pour Leonardo Hernandez, Fermin Bohorquez, Luis Domecq, Pablo Hermoso de Mendoza, Andy Cartagena, Diego Ventura.
     Vendredi 13 Septembre : Toros de Luis Algarra, pour Luis Francisco Espla, Antonio Ferrera et El Fandi
     Samedi 14 Septembre : Toros de Torrestrella, pour Enrique Ponce, Manolo Caballero et Anton Cortes
     Dimanche 15 Septembre : Toros du Capea, pour Finito de Cordoba, Jose Tomas et El Juli
     Lundi 16 Septembre : Toros de Daniel Ruiz, pour David Luguillano, Manolo Caballero, El Juli
     Mardi 17 Septembre : Toros de Nuñez del Cuvillo, pour Rivera Ordoñez, Jose Tomas et Abraham Barragan.

 

PAMPLONA : « CHUPINAZO  -3 »

     4 juillet : Cela commence à chauffer, du côté d’Iruña, ou de Pamplona, comme vous préférez ! Les bars on embarqué des cargaisons de bière, de vin rosé à 18°, et… deux packs d’orangeade !
     Dans deux jours, l’ouverture officielle : «Chittttttttt, poum ! Viva San Fermin ! Vivaaaaaaaa ! » Et ce sera parti pour sept jours pleins de totale folie, de convivialité « un poil alcoolisée » et d’images en blanc et rouge, pas toujours ragoûtantes, mais toujours fortes et uniques.
     Et puis… et surtout, on parlera « Toros » ! La Feria commence vraiment dimanche, avec le premier encierro et la corrida du Marquis de Domecq. A tout seigneur, le vin d’honneur ! Mais auparavant, on aura couru une novillada qui promet, demain vendredi, et une corrida de Rejoneo, où les gorges vont se nouer : Pablo Hermoso de Mendoza va faire une dernière bise, à « Cagancho », en public, dans sa plaza de Pamplona. Gageons qu’il y aura d’autres bisous, tranquillement, là-bas, au campo. On imagine ce que sera l’ovation à ce cheval génial, qui a levé tant de plazas, de par le monde. A tous coups, au milieu de tant de vinasse, il y aura quelques gouttes d’eau salée, quelques larmes… Les adieux de « Cagancho », à Pamplona, ça va être quelque chose !

     Pour le moment, les formalités, comme avant le Mondial de foot, les Jeux Olympiques ou le Tour de France… Tandis que Jan Ullrich se fait choper aux amphétamines sur une route d’entraînement, les vétérinaires révisent les effectifs et dictent quelques exclusions d’office. Ainsi, quatre des sept toros du Capea ont été « rechazados », refusés, pour cause de « p’tites têtes ! ». De même, un Santiago Domecq et un novillo de Miranda de Pericalvo.
     Autre constatation, les poids moyens sont raisonnables, presque à la baisse, comme à Madrid : Ainsi, la corrida la plus lourde « était », celle du Capea : 562 kgs de moyenne. La suivent, dans l’ordre : Marquis de Domecq (553kgs) ; Jandilla (534) ; Torrestrella (527) ; Santiago Domecq (523). Et la plus « légère », devinez… Cebada Gago : 495 kgs de moyenne. Cependant, on sit bien que cela ne veut rien dire. Tout dépend de « la caisse » du toro, du « type », de sa morphologie naturelle, héritée de sa haute lignée.
     Les Miura sont arrivés. Nul doute qu’ils vont faire exploser la bascule. Et puis, bien entendu, les femmes se faisant toujours attendre (mais si, mais si !) les toros de Dolores Aguirre ne sont pas encore là.

     Côté « Toreros », on connaît le nom de celui qui fera le premier remplacement d’Enrique Ponce, dimanche, face aux Marquis de Domecq. On savait que la date était difficile, vu que toutes les figuras toréaient… L’Organisation a choisi Luis Miguel Encabo, dernier vainqueur de la San Isidro, avec une grande prestation, face aux Victorinos. Vu les circonstances, ce n’est pas un mauvais choix, même si « ce n’est pas Ponce ». Le cartel complet sera donc le suivant : Toros de la Ganaderia « Marques de Domecq », pour Espla, Liria et Encabo. En grosse perte de vitesse, Pepin Liria, très aimé à Pamplona, doit s’accrocher ferme, pour relancer la machine. A moins que, plus ou moins volontairement, il arrive à préférer sa famille et le golf. On ne pourrait l’en blâmer. Ce guerrier mérite bien quelque repos. Mais, s’il est le même, et veut continuer, c’est à Pamplona qu’il faut donner l’assaut, et deux fois de suite. Sinon… mal asunto !

     Pendant ce temps, les peñas s’organisent, repeignent les banderoles, inventent de nouvelles chansons, cherchent de nouveaux gags, de nouveaux slogans, et font ample moisson de farine et chocolat en poudre, les deux incontournables compléments aux restes du « marmitako », que l’on a balancés sur le tête des voisins. Entrés « immaculés » (en principe !), les jeunes bambocheurs sortiront de la plaza, comme des guerriers Maoris…mais beaucoup plus sales ! C’est San Fermin ! Vivaaaaaa !
     Au fait, allez donc voir le site : www.websanfermin.com que viennent de sortir les Peñas de Pamplona. Plus de cinquante personnes ont participé, bénévolement et amoureusement, à sa construction. Un vrai délice !
     Ala ! Felices fiestas de San Fermin !Garçon... une orangeade! 

 

PAMPLONA - SAN FERMIN 2002

Vendredi 5 Juillet : 
Novillos de Miranda de Pericalvo, pour Matias Tejela, Salvador Vega, David Galan.
Samedi 6 Juillet : 
Rejoneo : Toros de Murube, pour Fermin Bohorquez, Luis Domecq, Pablo Hermoso de Mendoza
Dimanche 7 Juillet : 
Toros de Marques de Domecq, pour Luis Francisco Espla, Pepin Liria, Luis Miguel Encabo.
Lundi 8 Juillet : 
Toros de Cebada Gago, pour Pepin Liria, Victor Puerto, Francisco Marco.
Mardi 9 Juillet : 
Toros de Santiago Domecq Bohorquez, pour Miguel Abellan, Davila Miura, Antonio Barrera.
Mercredi 10 Juillet : 
Toros du Capea, pour le remplaçant de Rivera Ordoñez, El Juli, Francisco Marco
Jeudi 11 Juillet : 
Toros de Jandilla, pour Zotoluco, Eugenio de Mora et El Juli
Vendredi 12 Juillet : 
Toros de Dolores Aguirre, pour Juan Jose Padilla, Antonio Ferrera et El Fandi
Samedi 13 Juillet :
Toros de Torrestrella, pour le remplaçant de Enrique Ponce, Victor Puerto et Antonio Ferrera
Dimanche 14 Juillet : 
Toros de Miura, pour Zotoluco, Stéphane Fernandez Meca et Juan Jose Padilla.

     Les corridas de 9 et 12 Juillet seront retransmises en direct sur la chaîne nationale ; les autres, sur Via Digital.

 

LES VENDANGES DE NIMES !

     4 Juillet : Les cartels de « Septembre à Nîmes » viennent de sortir.. Bof ! Les vendanges semblent maigres. Y a t’il eu gel, cette année, ou « attaque de mildiou » ? Toujours est il que la feria est réduite en nombre de spectacles, et repose sur un gros cartel, cher, tandis que « l’on se rattrape » sur les trois suivants.
     Simon Casas nous avait habitués à mieux. Mais il a aussi déclaré que, "le Printemps" ayant été brillant, mais peu rentable, il fallait jouer « sur la distance », et donc sagesse garder. Pour ce qui est des coups de génie et des grandes envolées…on attendra un peu. On fait confiance.

     La feria des Vendanges 2002 présentera donc, du 13 au 15 septembre, les quatre cartels suivants :
     Vendredi 13 Septembre : Toros du Pilar, pour Paco Ojeda, El Juli et Cesar Jimenez
     Samedi 14, au matin : Rejoneo, avec Andy Cartagena, Diego Ventura et Rafi Durand, face à du ganado de le Condesa de Sobral.
     Samedi 14 Septembre au soir : Toros du Partido de Resina (Pablo Romero), pour Fernandez Meca, Zotoluco, Fernando Robleño
     Dimanche 15 Septembre : Toros de Manolo Gonzalez, pour Denis Loré, Antonio Barrera et Sebastien Castella.

 

LES ENJEUX DE PAMPLONA…

     5 Juillet : Le Tour de France débute demain… La « Grande Boucle », mythique, a du mal à reprendre ses esprits, après les orages qui l’ont secouée, ces dernières années. Les anciens parlent des « Tours » d’antan, avec des trémolos dans la voix. « Ca, c’était quelque chose ! » Ils oublient de dire que les grandes figures d’hier étaient peut-être aussi « chargées » que nos champions actuels…mais, chtttt!

     Aujourd’hui, la Fédération de Foot, relativement hypocrite, va « démettre » de ses fonctions, l’entraîneur qui a mené les bleus au désastre que l’on sait. Au lieu de trancher dans le vif, d’entrée, elle a joué les « demi teintes », en accordant au sélectionneur national, un temps de réflexion lui permettant de faire face aux responsabilités qu’elle ne voulait pas prendre. Quelle réflexion ? Quelle responsabilités ? Un tel désastre, une telle honte, nécessitent forcément une sanction sans appel. Alors, assez de simagrées, de parts et d’autres, avec, encore une fois, des millions d’euros, qui font osciller la balance entre devoir et honneur. Una verguenza total ! Mais au fond, monsieur le sélectionneur a raison de défendre son beefteak, puisqu’il y a un contrat, et que pendant ce temps, la pub continue à vanter les bleus…

     Dans « la planète du Toro », certes existent le magouilles, les montages, les hontes à peine cachées… Cependant, « El que vale ! » (celui qui vaut quelque chose) finit toujours par émerger. Et, contrairement à ces étoiles filantes de la chanson ou parfois du sport, « celui qui vaut » va devoir, jour après jour, confirmer sa valeur, conforter son statut… et chaque fois, en se jouant la vie…
     Ca, c’est un autre challenge ! Ca, c’est un autre pundonor ! Et il n’y a pas assez de millions pour payer cela.
     Quand on regarde bien... On hurle au scandale devant les cachets de tel ou tel torero vedette… Mais, qu’y a t’il de comparable avec le salaire mensuel d’un footballeur, et de tous les contrats Pub qui l’entourent ?
     Dénoncé, avili  par des programmes de « Télévision poubelle », comme celui « d’Antena Tres », l’autre jour, le monde taurin, avec ses turpitudes, est beaucoup plus « honorable » que celui de ces nouveaux riches « qui jouent à la baballe ! », et ne sont même pas capables de demander pardon à ceux qui ont tellement cru en eux qu’ils ne se sont pas aperçus qu’on leur crachait dessus… Parce qu’au fond, n’est ce pas de cela qu’il s’agit ?
     On en deviendrait presque violent !

     Pamplona débute aujourd’hui, par une novillada de grand luxe où Matias Tejela et Salvador Vega vont se tirer la bourre, tandis que le public va soutenir le Fils d’Antonio Jose Galan, en souvenir de celui qui les avait fait bondir, en 73 : Quatre oreilles et une queue, devant les Miura… Cela ne s’oublie pas, même si le ton a baissé, plus tard.
     Demain samedi, les cavaliers feront escorte à « Cagancho », en un dernier adieu navarrais.
     Puis, ce sera « la Feria ». Dimanche, première corrida, premier encierro. On imagine la foule !

     Pamplona est un col « hors catégorie », dans la grande boucle de la temporada. Avec Séville, Madrid et Bilbao, elle est un des sommets de la saison taurine… Les toreros s’y préparent mentalement, avec « la boule au ventre, et la gorge sèche ». Si l’on y ajoute cette ambiance si particulière qui transforme une arène gigantesque en « demi cour des miracles », vociférant, éructant, blasphémant à loisirs, on se demande « comment ils font », pour ne pas courir très vite et très loin… Pamplona est ainsi ! Les toreros y sont préparés…

     Après les désastres de Valencia et Séville, Madrid a sauvé les espoirs puisqu’un bon nombre de toros ont permis à la feria San Isidro 2002, de presque poursuivre le rêve aficionado: Un toro "de verdad", face à un torero "de verdad". Pamplona confirmera t’elle ou, au contraire, précipitera t’elle l’aficionado dans un nouveau scepticisme ? Les deux dernières Sanfermines n’ont pas été brillantes, au plan ganado. C’est un des gros challenges de la Feria 2002.
     Du côté des hommes, deux groupes : Ceux qui doivent « mettre un coup de cymbale » et redresser la barre ; et ceux qui doivent profiter de Pamplona pour confirmer qu’ils arrivent, et vont envoyer du monde « au placard ».

     En tête du premier groupe : El Juli. Certes, il n’est pas en danger… cependant le gros échec de la San Isidro, conjugué à l’arrivée de deux toreros qui tirent presque dans le même registre (celui de « la vibration ») fait que le Juli doit « reprendre le manche » et dire à tous qui est le patron. Et c’est à Pamplona qu’il peut le faire… qu’il doit le faire. Ce ne sera pas facile. Les dernières sorties le montrent sans le rayonnement habituel. A n’en pas douter, le Juli arrivera à Pamplona « le sabre entre les dents » ! Un énorme effort en perspective...
     Beaucoup plus délicates sont les situations de Pepin Liria, Padilla, Zotoluco et même Victor Puerto.
     Pepin Liria flotte un peu, cette année. Madrid l’a vu, presque « sin ilusion » ! Très aimé, ici, le murciano fut, par trois fois consécutives, le triomphateur de la San Fermin. Il a donc « crédit ouvert ». Cela suffira t’il pour relancer la machine ? Un gros challenge pour Pepin Liria… s’il a décidé de se maintenir.
     Juan Jose Padilla semble avoir également baissé la garde. Séville le vit se sauver à peine, mais Madrid fut un total naufrage… A Pamplona, on le recevra à bras ouverts : Sa  blessure de l’an dernier, face au Miura, force le respect et la sympathie. Les deux courses où il est engagé feront forcément bouillir la marmite : La télévisée, avec Ferrera et Fandi, puis la Miurada. Padilla devra batailler sec, mais peut s’en sortir.
     Zotoluco est respecté en France : Ses triomphes de Nîmes et Arles sont indiscutables. Il en est autrement, en Espagne. Certes, on reconnaît le professionnel, mais on ne l’aime pas. A cet égard, le comportement de Madrid fut évident : Même s’il a laissé passer le toro d’adolfo Martin, à la San Isidro, il fut loin d’être aussi mauvais que tous ont bien voulu le dire, ou l’écrire. Depuis…rideau ! A Pamplona, on est habitué à le voir devant des Miuras « plus hauts » que lui, et il est triomphateur de la dernière feria. Pour cette raison, deux contrats cette année, dont un en compagnie de son copain Juli, devant des toros un peu plus « consensuels ». Il doit être bon, sinon, il ne reviendra pas en Espagne, l’an prochain.
     Victor Puerto joue aussi une grosse carte : Il n’était pas au Fallas, et passa « à travers » Castellon, Séville et Madrid. Ou il reste dans son statut actuel de « bon animateur » en plaza de deuxième catégorie, ou il confirme les ambitions de l’an 2000. Pamplona dictera verdict…

     Dans le deuxième groupe, trois toreros, essentiellement, qui vont vouloir « tout défoncer » : Antonio Ferrera et El Fandi, avec, à un degré moindre, Antonio Barrera. 
     Les deux premiers sont favoris pour la course au trophée de la Feria. Vu les indisponibilités de Ponce et Rivera Ordoñez, il semble probable que l’on doublera le Fandi. Il a le profil du torero de Pamplona, et pour le moment, il marche « à fond » (même s’il eut une journée « sans », hier à Teruel). Donc, Ferrera et Fandi vont se défoncer, en particulier le 12, puisque la corrida est télévisée en direct. Attention à ses deux là, le raz de marée qu’ils sont en train de monter risque de balayer plusieurs toreros précédemment cités…
     Pour ce qui est d’Antonio Barrera, on est étonné que la Casa Chopera n’a pas eu "la force" de le faire toréer plus que deux fois, jusqu’à la fin juin, alors que ses deux prestations de Séville et Madrid furent des plus honorables… Pamplona est un enjeu très important pour lui, (comme Eauze le sera, dimanche, pour ce qui est du marché français…). A suivre donc, ce torero qui devrait séduire les Pamplonicas, car il est vaillant et ne manque pas de toreria.
     Tels sont les enjeux principaux de « Pamplona 2002 ». Il y en a d’autres…

     En attendant, « un respeto » pour tous ceux qui vont s’habiller de lumières, ces prochains jours, dans la marmite Pamplonica.
     « Felices Fiestas, y que Dios reparta suerte ! »

 

MANSADA DE BALTASAR IBAN, A TERUEL

     5 juillet : Bof ! Nîmes avait donné quelque espoir, en ce qui concerne les « Baltasar Iban 2002 » : Six toracos, pour Antonio Ferrera. Puis, Madrid avait mis un « gros bémol ». Hier, Teruel a sonné le glas : mansada, avec, en plus des cornes… « asi, asi ! ». Une autre « illusion » qui s’envole…

     4 Juillet – TERUEL – 2ème de Feria – Media plaza : Toros de Baltasar Iban, corrects de trapio, lourds mais mal armés (sospechosos de pitones) et mansos faibles. Les trois premiers furent des calamités.
     Luis Miguel Encabo a été « précieux dans la lidia », mais n’a pu dépasser une sobre efficacité. Applaudissements et silence.
     El Renco, l’alicantino a tiré son épingle du jeu, à la surprise générale. Très vaillant devant un premier toro « bien manso », on le vit calme et adroit devant le bronco cinquième. Tuant bien, il coupe une oreille chaque fois, et sort a hombros.
     El Fandi a connu un « jour sans » ! Vaillant, vibrant, brouillon, il toréa « à cent à l’heure », tant avec cape que muleta ; banderilla sans grande réussite ; et tua mal… Vuelta et vuelta, quand même, mais…

 

« TRANQUIIIIIILLE ! A L’AIIIIIIISE !
Alternative de Julien Lescarret, demain, à Eauze. 

     6 juillet :  Au fait, avez vous vu la finale du Loftstory ? Non ? Moi non plus ! Mais on m’a raconté ! Eh oui ! « Tranquille ! A l’aise !!!!! »
     Alors, comme ça, sans même toréer, Tomas triomphe… Tranquille, lui ! Attention, on ne parle pas de Jose Tomas, qui se remet de ses blessures de Badajoz, et pourrait réapparaître le 22, à Mont de Marsan.
     Non, le triomphateur du Loft, s’appelle Thomas ! C’est « le mâle » de la saga ! Enfin… façon de parler ! Et puis, il y a Karine, qui est au flamenco ce que « la deuch est à la formule un… ».
     Alors Karine ! Heureuse d’avoir gagné ? « Traiinnquiiiiille ! A l’aiiiiiise ! » - Ah bon ! Mais maintenant, vous allez pouvoir donner libre cours à vos projets ? « Traiinnquiiiiille ! » - Ah oui ! Vous allez ouvrir une école de flamenco, je crois ?  « A l’aaaiiise ! » - Ah, bon ! Et euh… c’est vraiment bien que votre victoire tombe au moment de l’anniversaire de la mort du Camaron de la Isla ? « De quiiiii ? »

     La France est tranquille, à l’aise ! Quand on voit qu’à ce ramassis de demeurés, on fait un triomphe, on se dit que "vraiment… on ne méritait pas de passer le premier tout au mondial !" Toujours est il que la langue française s’est enrichie de deux nouvelles expressions complémentaires : « Tranquille ! A l’aise ! »  Au moins, on ne mourra pas idiots… quoique !
     Ainsi, comme Cyrano, en variant le ton, certains pourraient décliner la désormais « incontournable  exclamation » :
     « Alors, monsieur Raffarin… la France ? »- « Trôônnquîîîlle, ààà l’aaaîîîse ! ».
      Bon ! Et vous, Roland Courbis… cette mise ne examen ? « Je vais t’en mettre une, moi, de mise en examen, « traiinquiiille, eh ! »
     Tiens, ben justement, en parlant d’examen… « Et ce bac, Monsieur Jack Lang ? » -« Ecouteeeez ! Je ne suis plus ministre, et d’aucun le regrette… maiiiiis, en tant que député fraîchement et brillamment parachuté, je vous dirai simplement qu’après tous les efforts que le précédent gouvernement et moi-mêêêême avons déployés, les résultats du  baccalauréat 2002 sont à la hauteur de nos ambitions… A l’aise !  Notre jeunesse est vraiment digne d’éloges, porteuse de toutes nos valeurs. D’ailleurs Thomas et Karine en sont le plus beaux exemples… Tranquille ! » Merci, monsieur le Min… monsieur le député ! A bientôt, monsieur le Ministre ! – « Et comment! A l’aise, oui ! »

     Et vous, Julien Lescarret ? – « Ben moi…  pas tranquille ! »
     Et combien on le comprend. Loin de toutes ces balivernes où la vulgarité n’a pas de fond, un jeune français contemple, dans le pénombre de sa chambre, les ors du costume qu’il portera, demain. Dans le petit ruedo d’Eauze, il deviendra « matador de toros »… De Pouly à Christian « Nimeño » il relira dans sa mémoire les pages de notre histoire taurine. Et demain, c’est lui, qui y ajoutera une page.
     Demain, la plazita d’Eauze, qui porte le nom de Nimeño, sera pleine. Il n’y a plus de billet, dit on. Oh, quelque revendeur doit bien pouvoir vous en céder un petit bout…
     On voudrait bien espérer un ciel d’azur… Mouaiiis ! Emportez quand même un imper ! On est en juillet!
     Pour le moment, la concentration et un peu d’inquiétude… Et c’est bien normal ! « Comment vont sortir les toros ? Comment je serai ? Y a t’il vraiment une différence entre novillo et toro ? Le toro pèse t’il vraiment plus, dans la muleta ? Ceux que j’ai pris, « a puerta cerrada » m’ont donné cette impression là… »

     Matador de toros ! Un titre à porter avec gravité et honneur ! Demain, Julien Lescarret laissera de côté, peut-être définitivement, cet air de collégien qui va jouer au torero… Demain, comme dirait la pub « Tu seras un homme, mon fils ! ». Demain, le virage sera complet, difficile, et rien ne sera plus comme avant… Demain, on entre dans la cour des grands et il faudra s’y faire respecter… D’ailleurs, des noms s’approchent, comme autant de compagnons des futures empoignades : bien sûr, Meca et Barrera, demain, mais également Davila Miura et Abellan, à Mont de Marsan ; Ferrera et Juli, à Dax ; Bautista et Valverde, à Bayonne…. Hombre !!
     Demain, la France comptera un matador de toros de plus. Cette fois encore, il est du Sud Ouest. A la gravité du toreo de Rafael Cañada, Julien Lescarret répond « légèreté, spontanéité, fraîcheur… »
     Lescarret « voit vite » les toros. Il sait ce qu’il peut leur faire. Que cela réussisse ou pas est une autre histoire. Sa cape peut être profonde ou virevoltante. A la muleta, il sait les secrets du Temple. Les progrès sont évidents. Ce qui est certain, c’est que les efforts déployés par celui qui, hier encore, était un gamin, et par son entourage, l’amènent aujourd’hui à… « l’alternative ». Et ça… ce n’est pas rien !
     On respecte beaucoup, et on salue bien bas !
     Qu’en sera t’il de Julien Lescarret, matador de toros ? Nul ne le sait ! Bien sûr, on craint beaucoup, mais il faut jouer sa carte à fond, dans un monde où l’injustice est parfois patente, mais où l’on s’aperçoit en définitive, que « celui qui vaut », émerge toujours, même s’il met des années à y parvenir.
     Asi que… Bon courage, Julien Lescarret ! « Tranquille ! », comme dirait l’autre… Ne rêve pas le Toreo, fais-le, en accord avec ce que tu as en face !
     Et « con esa verdad por delante », tu seras un monsieur... Matador!! » …A l’aise !

     7 Juillet – Eauze : Alternative de Julien Lescarret, des mains de Stéphane Fernandez Meca, en présence d’Antonio Barrera, devant des Salvador Domecq.

 

PAMPLONA : IL NE SUFFIT PAS D’ETRE LE FILS DE SON PERE…

     6 juillet : « Silence et silence »… Maigre bilan pour celui qui aurait du faire exploser Pamplona! Cependant, on le voyait venir… cet échec.
     Hier, dans la plaza où son père a signé ses plus grands exploits, triomphant avec une blessure encore ouverte, estoquant des monstres en se jetant dessus, sans muleta, subjuguant la foule bigarrée des peñas, mais aussi de l’ombre BCBG… David Galan a donné la piètre image d’un « clown électrique », faisant passer à cent à l’heure des novillos incrédules devant tant de nervosité et de vulgarité. Pour un peu, le toro se serait arrêté, et lui aurait doucement tapé sur l’épaule : « Eh, petit… tranquiiiille ! » On aurait pu croire que Pamplona allait passer outre ces  excentricités, et faire un triomphe « au fils d’Antonio Jose Galan ». Pues no ! Il est vrai que pour cette novillada d’ouverture, les Peñas n’étaient pas là, et le public, bien sage et un peu froid, a su valoriser les bonnes choses faites à d’excellents novillos, mais n'a pas mordu au reste..

     Les outrances, la folie furieuse, ce sera pour demain… Aujourd’hui, le Chupinazo ! Viva San Fermin… en espérant que la décision du Juge Baltasar Gaston ne donne pas l’occasion à certaines « sympathies politiques » de s’exprimer complètement et brutalement. On espère ne pas avoir à revivre certaines mauvaises heures de 1978…
     Dans un autre ordre d’idée, on observera avec intérêt et même, peut être, avec un œil coquin la trentaine de membres (pas tous) de l’association PETA (« Personnes pour l’Etique dans le Traitement des Animaux ») qui manifestent dans les rue de l’encierro… tout nus !
     Il y a des hommes, il y a des femmes… On se demande s’il feront l’encierro, demain, et … comment pourra t’on leur faire un quite ? Peut-être San Fermin partagera t’il son manteau, sans que Saint Martin en prenne ombrage !
     Pamplona est prête ! La fête va exploser… avec ses pétarades, ses fou-rires et ses engueulades. Outrances totales, mais parfois bien sympathiques.

     La feria del Toro, proprement dite, a débuté par une grande novillada de Miranda de Pericalvo. C’est la quatrième fois qu’elle fait l’ouverture, et à n’en pas douter, elle sera encore du premier paseo, l’an prochain.

      5 Juillet – PAMPLONA – Novillada d’ouverture – Un peu plus de demi plaza – Temps gris et frais : Très bonne novillada de Miranda de Pericalvo, bien présentée, dans le type de charger (A la bascule : 445, 456, 435, 442, 440, 440 kgs – De « vrais » novillos). Magnifique comportement au cheval et chargeant fort aux muletas, le quatrième excepté. « Supérieurs ! », les deux novillos d’ouverture.
     Matias Tejela (Ovation après un avis – Oreille) a bien toréé le bon premier, mais tout perdu avec l’acier : Demie perpendiculaire et trois descabellos. Tejela est actuellement « embalado ». Tout lui réussit, sauf l’épée. Le quatrième provoqua un gros derribo du picador, mais serra le frein à main, d’un coup. Tejela se paya une longue séance de porfia, arrachant les passes, à force « de monter sur le toro ». Entrant fort, il mit une bonne entière qui déclencha l’octroi du seul trophée de la journée.
     Salvador Vega (Ovation – Silence – Un avis, chaque fois) a manqué un bon triomphe, en pinchant beaucoup. Son premier était un phénomène de noblesse et de régularité dans la charge. Le garçon régala tout le monde, en particulier sur deux séries, main droite, très « senties ». En fin de faena, le « tres en uno » fit lever l’ovation, et le public, déjà, sortait les mouchoirs. Hélas… fatal avec la rapière. Un avis, au lieu de une à deux oreilles. Le cinquième était plus compliqué, chargeant par à coups, sans grande fixité. Vega fut vaillant, mais encore une fois, « piqua » beaucoup…
     David Galan (Silence – Silence après avis) semble monté sur ressorts, tel Zébulon. Trop de nervosité, qui n’a rien à voir avec « les ganas ». Le public marcha un peu, puis finit par se désolidariser de cette constante gesticulation. Dernier défi à la raison, le jeune tua le dernier « sans muleta », se jetant dans le berceau, sans autre solution que la voltereta. Hélas, une fois l’émotion passée, le résultat de cette folie fut des plus décevants : Media atravesada et quatre descabellos. Un avis, silence… et quelques bleus !
     Non, vraiment, il ne suffit pas d’être « le fils de son père »…

 

D’AUTRE PART… ET AILLEURS…

     6 Juillet : La corrida télévisée de Vitoria n’a pas donné grande chose. Le toros de Castillejo de Huebra ne furent pas des Phénix. Entendez par là "que leur ramage fut loin de se rapporter à leur plumage". Triste ! Comme fut triste l’entrée (Juin a été catastrophique, dans toutes les ferias, dans toutes les plazas). Comme furent également tristes certains comportements toreros : La « science » d’Espla fut à deux fois mise à mal, en de ridicules "tartarinades", après des épées déficientes. On veut bien respecter le torero. Qu’il respecte la tauromachie, le public … et le toro.
     Padilla n’a plus "ses pattes de bandolero". Par contre, il a une cravate qui doit lui servir de serviette lors des repas, tant elle est large. C’est nouveau, cela vient de sortir!  
     Le « fajin », le ceinturon n’est qu’une mince bande de tissus aujourd’hui cousue au bas du chaleco. Le « corbatin » fait aujourd’hui dix centimètres de large ! Bueno ! De plus « rouge sur rose ! Bof ! » Tout cela n’est pas bien grave, mais dénote quand même de quelque manque de goût ou de classe. D’ailleurs, Padilla en manque un peu trop, en ce moment…

     5 Juillet – Vitoria – Corrida Bénéfique – Un tiers de plaza – Temps gris, et quelques gouttes : Heureusement pour la caisse, la corrida était télévisée. Sinon, vaya un desastre !
     Autre déception : Les toros de Castillejo de Huebra. Certes bien présentés (quoique surtout lourds),  ils n’ont pas su porter leurs kilos et le tout se traîna lamentablement entre faiblesse, noblesse fade, et le défaut de marcher souvent, comme des bœufs au labour. Seul le sixième permit de s’exprimer complètement.
     Luis Francisco Espla donna beaucoup de passes au toro d’ouverture qui, comme ses copains, se montra très faible au premier tiers, pour tenir mieux, par la suite, tournant à « l’andarin » ou au « gazapon ». Faisant « donner la science », Espla fit écarter tout le monde, après une épée tombée. On admira presque ! Mais le toro lui joua un méchant tour, refusant de tomber, le tournant en ridicule, au point de lui faire entendre un avis, après deux descabellos - Espla réédita son manège, en voulant descabeller le quatrième en utilisant la montera, poussée sur le sable, du bour de l’épée, sous le mufle du toro. Hélas, cela ne marcha pas, et le professeur manqua même trois coups de verduguillo. On l’applaudit mollement. A son actif, une grande deuxième paire de banderilles au quatrième, où toute la science, là, fit grand effet : « Cuarteo, esquive, poursuite, on gagne la cara, on cadre, on plante, et on sort… en marchant ! » Superbe !
     Jose Ignacio Ramos ne put que démontrer son application. Peu chanceux aux banderilles, il essaya de toréer à la cape, deux toros qui se montrèrent bien faible, d’entrée. A la muleta, on lui applaudit deux bonnes séries au cinquième, et un bon coup d épée, un peu bas. Une oreille.
     Juan Jose Padilla eut probablement très peur du premier, et on le comprend. On le vit très nerveux. Avis et palmas. Par contre, il toucha le bon sixième et lui fit, à sa manière, « la » faena du jour. Oreille, avec pétition de la seconde.

     5 Juillet – Teruel – 3ème de Feria – 2/3 de plaza : Toros de Jose Luis Osborne, très bien présentés et « pas faciles » : 2 et 3 èmes furent dangereux. L’ensemble fut faible.
     Victor Puerto ne put rien devant le premier, flojisimo. Aurait pu couper l’oreille du quatrième, s’il n’avait aussi mal tué. Avis et ovation.
     Uceda Leal s’accrocha fort, contre les barrières, devant le difficile deuxième. Pas grand chose à faire, face au cinquième. Applaudissements et silence, respectivement.
     Antonio Ferrera connaît actuellement un petit « bache », avec l’épée. La cornade de Vic, le fait elle  « réfléchir » ? Il aurait dû couper trois oreilles, hier. Toréa «à  fond », avec le capote ; "complet" aux banderilles; et donna de grands muletazos, en particulier au sixième. Hélas, « no los mato » ! Bilan: Applaudissements et une oreille, seulement! 
     Cela reviendra… « Tranquille !!!! »

 

PAMPLONA : « DANS LE REGARD DE CAGANCHO »

     7 Juillet : Depuis qu’il l’a vu, pour la première fois, dans la finca de Brito Saez, il y a plus de dix ans, Pablo Hermoso de Mendoza n’a pas arrêté de guetter le moindre regard de son fidèle et génial compagnon « Cagancho ». Depuis toutes ses années, le célèbre rejoneador  navarrais a partagé avec son cheval, chaque moment de toreria, au soleil de la plaza, mais également tous ces instants « d’intimité », hors public, où l’homme et l’animal peuvent se dire « des mots doux », échanger des regards de tendresse…
     « Cagancho est un cheval très peureux - disait Pablo Hermoso de Mendoza - et c’est cela qui dresse le public. C’est comme si le cheval expliquait qu’il a peur, et qu’il se joue vraiment la vie, en affrontant le toro. Et cette façon de communiquer émeut la foule qui le comprend parfaitement ».
     Cette capacité, ce talent, ce génie qu’a ce cheval à communiquer avec le public, est unique  dans l’histoire du rejoneo. Unique, cette façon de raidir les pattes, dresser les oreilles, fixer le toro, quand le cavalier le stoppe net, à quelques pas, bien de face. Le cheval est « tendu comme un arc », et ne quittera pas son adversaire des yeux, tant que dure la suerte. A la sortie, il galope, joyeux, « le sourire dans les yeux »

     « Cagancho » s’en va… On en est tous tristes, mais à la fois si heureux. Après Séville ; après Madrid, le petit cheval noir aux pattes blanches a eu un « au revoir » très simple et très émouvant, hier, en plaza de Pamplona. Après une actuacion exemplaire, face au troisième Murube, le cheval fut invité à donner la vuelta avec son maître. Là, il eut bien plus peur de tous les mozos de peñas qui voulaient, chacun, lui passer un foulard autour de l’encolure, que de tous les toros de la terre. A la fin du tour d’honneur, Pablo le mena au centre, lui enleva la selle, le mors, et le fier destrier s’en alla, au trot, vers l’écurie. L’ovation fut tonitruante; l'émotion serrait les gorges : « Cagancho » sera le héros de cette Feria, quoiqu’il arrive.
      En fin de course, Pablo Hermoso de Mendoza devait sortir a hombros, avec quatre oreilles et un rabo dans sa besace. Mais c’est sur le dos de « Cagancho » qu’il passa le grand portique, et dans la pâle lumières du soir, cheval et cavalier fendirent une foule admirative, respectueuse, étranglée de tendresse. Tous, l’espace d’un instant ne pensaient qu’à une chose : « croiser le regard de Cagancho ».

     6 Juillet – PAMPLONA – Corrida de Rejoneo – Llenazo – Temps gris : Les toros de Murube sont sortis nobles, mais de peu de force. Le troisième, invalide, manso et très desmochado, a été changé, à la demande de Pablo Hermoso de Mendoza. Sortit alors un sobrero du même fer, qui sauta immédiatement… au callejon. Par la suite, se révéla très noble.
     Fermin Bohorquez, classique et brillant, coupa une oreille du premier, et donna une vuelta « motu propio », au quatrième – Luis Domecq coupa une oreille au cinquième, mais c’est devant son premier adversaire qu’il se montra excellent, sauf au rejon de muerte.
     Mais la vedette incontestable du spectacle était Pablo Hermoso de Mendoza, ou plutôt, le duo « Hermoso – Cagancho ». Tout le monde savait que « le cheval – torero » allait faire ses adieux, et l’ovation fut tonitruante lorsqu’il sortit, au tercio des banderilles, face au troisième. La suite, on la connaît : Génial !
     Pablo Hermoso de Mendoza fut très torero, coupant quatre oreilles et même la queue du sixième. Un triomphe un poil exagéré, mais qui cadre tellement avec ce moment historique. « Cagancho » se fue !  mais le rejoneador d’Estella peut compter sur ses frères « Danubio », « Mariachi », entre autres, pour assurer la relève. Cependant, ne rêvons pas : Il n’y aura eu « qu’un » Cagancho !

     Ce dimanche, première corrida de la San Fermin : Toros du Marquis de Domecq pour Espla, Pepin Liria et Luis Miguel Encabo.

     Le 10 Juillet, Francisco Rivera Ordoñez sera remplacé par Manolo Caballero. On a du mal a s’explique ce choix, l’Albaceteño n’étant pas dans un bon moment, et par ailleurs, n’ayant jamais vraiment brillé dans ce ruedo. Cosas del Mundillo…

 

AILLEURS: ENTREES CATASTROPHIQUES ET PROTESTATIONS

    7 Juillet : La saison est très dure, au plan économique. On a honte de parler des entrées, alors que des figures sont au paseo. Imaginez trois toreros « de postin », faisant le paseo dans un placita de province, emplie au tiers de sa capacité… Beaucoup de choses sont à revoir dans ce marché qui devient si cher que les empresas sont obligées d’afficher des prix d’entrée inabordables pour le commun des mortels. Payer cher un billet de corrida, à Séville ou Madrid, certes…  Mais, payer le même prix… à Algimia de Almonacid ! "Pues, no voy !"

     Hier, peu de public et beaucoup de mauvaise humeur. Une chose se confirme : On admire le Juli, mais « on ne l’aime pas ». Aussi, chaque écart de sa part déclenche la colère, quelquefois injustifiée, du « grand public », beaucoup plus amateur des programmes « Gente » ou « Corazon, Corazon ! », que du Cossio et de « 6 Toros 6 ». Dur dur !
     A Ubrique, il y a conflit « laboral » autour de l’industrie des peaux. Grèves, manifestations, bagarres. Comme l’Empresa est lié au patronat, personne d’Ubrique n’a mis le nez aux arènes… Un petit quart de plaza « venu d’ailleurs », pour voir Ferrera et Fandi, qu’accompagnait le frère de Jesulin.

     6 Juillet – TERUEL – 4ème de Feria – Presque « casi lleno » :  La corrida del Ventorrillo fut catastrophique : Sin casta y parada. Traduisez : des blocs de marbre !
     Manolo Caballero coupe une première oreille bien généreuse, et entend une ovation au quatrième – Eugenio de Mora sue pour essayer de tirer trois muletazos à deux carnes. On lui applaudit la volonté.
     El Juli coupa une petite oreille du troisième. Par contre, il mit tout le monde en rogne avec le dernier. Ce toro renversa vilainement son picador Salvador Herrero, mettant une grosse cornada au cheval. Voyant cela, Juli ne voulut pas le banderiller. Emeute dans la plaza, les canettes de bière et les bouteilles de plastique jonchant le ruedo. Juli essaya bien de rectifier le tir à la muleta et y parvint presque, jusqu’au moment où, alors qu’il citait à genoux, le toro décida d’aller faire un tour au loin, le laissant là, "comme un couillon". Pobre!
     Final « en queue de poisson »!

     6 Juillet – UBRIQUE – ¼ de plaza : Toros de Carmen et Araceli Perez, sans grand fond.
     Antonio Ferrera « pinche » une très bonne faena au premier. Coupe une oreille à l’autre – Victor Janeiro obtient les deux oreilles du cinquième – Fandi marque des buts : Quatre oreilles. « Supérieur » aux banderilles.

 

EAUZE : RÊVE FRACASSE… SILENCIEUSE REVOLTE

     8 Juillet : Grand beau temps dans le ciel et dans les cœurs. Eauze respirait hier « une envie d’ovation »… Un torero « d’ici » allait recevoir l’alternative.
     L’amitié et l’esprit de clocher, d’une part… l’historique de la plaza, d’autre part, nous promettaient une tarde « agréable »… En effet, tout le monde sait qu’il ne sort pas à Eauze, « le toro de Madrid ou de Vic »… Et c’est bien, ainsi… à condition que !
     Le matin, une bonne demi-arène s’était régalée avec la toreria, la franche décision et l’intelligence lidiadora du jeune Ekaitz Rodriguez, de San Sebastian. En voilà un pour qui « Aficion al toro » veut dire quelque chose. Ses compagnons d’un jour ont peut être, également, l’Aficion, mais…
     Le soir, donc, tout le monde se la promettait belle. Et c’est là que tout s’est gâté…

     Une alternative est un cap… De « jeune communiant », on passe à « voltigeur de pointe » et dans quelque temps, on sera peut-être un « vieux routier »…
     Une alternative est un rêve… Quand s’échangent les trastos, défilent les visages de tous ceux qui ont vécu ce moment intense, la gorge un peu nouée, et qui ont mené leur chemin de gloire, parfois jusqu’au sacrifice suprême… Joselito, Manolete, Paquirri, Yiyo, Christian “Nimeño”…
    
Une alternative est un orgueil, une logique fierté. « Matador de Toros »… Cela sonne bien ! Cela veut dire que l’on rentre dans le dernier carré de ceux qui sont capables d’attendre sereinement la charge d’un monstre cornu, bien décidé à tailler en pièces tout ce qui se présente. Cela veut dire « muleta dans la main gauche, épée dans la main droite, et, au milieu, le cœur ! » Y… al toro !
     Oui mais voilà, quand le toro du baptême est un pauvre invalide qui ne peut faire trois pas sans se répandre honteusement sur le sable… Quand il faut toute une cuadrilla, tirant par la queue, par les cornes, pour le relever trois fois, afin que « le matador » puisse l’estoquer… alors, le rêve se brise, l’orgueil s’en va… on a perdu le cap.
     Alors, malgré les abrazos et les belles paroles…
     Alors, malgré le costume flambant neuf, « original », selon certains ; (« horrible ! », diront d’autres)…
     Alors… on n’est pas encore « matador de toros » !

     Hier, Julien Lescarret a vécu la plus décevante alternative qu’aucun matador n’aura vécue… Ne pas pouvoir péguer une seule passe ! Tout ça… pour ça ! Vivre pour voir ça ! De quoi « péter un plomb » ; de quoi se révolter, monter un nouveau « mai 68 », mais en juillet, à Eauze ! Una verguenza, total !
     Au lieu de cela… il n’y eut rien : rien du côté de la Présidence, bien mal inspirée de ne pas changer ce toro qui était sorti « derrengado ». Rien, du côté de l’Empresa, qui aurait pu dire : « Garçon, pas de chance ! Oublions cela, et on t’offre le sobrero ! » Rien, du côté du public qui aurait dû pleurer sa peine, hurler sa honte, crier sa colère… Et rien, du côté du « matador », qui se devait de piquer un coup de rogne, de verguenza torera, de pundonor : « Je suis matador de toros. Je ne peux accepter d’avoir vécu cela, cette honte ! Je demande le sobrero ! Je demande un vrai toro, là, maintenant ! » Au moins, faire le geste ! A coup sûr, malgré le règlement, les collègues auraient accepté ! Il n’y eut rien !
     Révolte, peut-être… mais révolte silencieuse, consternée…On rentre dans le callejon. On esquisse un pâle sourire. L’empresa regarde ailleurs… « Les hirondelles volent haut… il va faire beau ! » Le public murmure sa tristesse… sans plus.
     Rêve fracassé ! Silencieuse révolte ! Tristesse infinie.

     Après, tout alla de mal en pis ! Venu pour passer une « bonne après midi », le public passa un sale moment, sursautant aux mauvaises intentions d’une moruchada de Salvador Domecq, dont les mauvaises intentions étaient n’avaient d’égal que l’imposant volume. Fuera de tipo, fuera de todo !
     Et pendant ce temps, à Ciudad Real, Caballero, Victor Puerto et Juli, coupaient un sac d’oreilles à une corrida de… Salvador Domecq.

     Restent les efforts des trois hommes et de leurs cuadrillas. Reste le mauvais moment passé par Fernandez Meca, devant le terrible quatrième. Reste le sang, brave, d’Antonio Barrera, un vaillant qui sait toréer, et tue bravement. Reste les quelques muletazos de Lescarret, 43ème matador français, devant le sixième, premier toro d’une carrière en point d’interrogation …
     Rêve fracassé ! Révolte silencieuse… Et pendant ce temps, à Ciudad Real…

     7 Juillet – EAUZE – Llenazo total – Grand bleu : Six toros de Salvador Domecq, aux « caisses imposantes », pour cinq d’entre eux. Hauts, lourds, inégalement armés. Comportement imbécile, dangereux : Têtes hautes, sans aucune fijeza, tirant à gauche ou à droite, violemment ; regardant beaucoup, par dessus le leurre, par dessous, sachant ce qu’il y avait derrière la muleta. Al bulto !
     Le toro d’alternative « Astuto » - N°13  (on n’a pas idée !) – Sortit « bizarrement » déjà « descordinado », sautillant, trébuchant. Une terrible vuelta de campana fit trembler le sol. Et le toron, horrible spectacle, ne fut plus qu’un pauvre ère, roulant au sol, se couchant, suppliant qu’on arrête là son supplice… De verguenza !

     Les autres ont mieux tenu. Mansos au cheval, sans race aucune. Dangereux, alors que le public n’y prenait garde. Le quatrième est une vraie saleté. Seul, le cinquième chargera, presque franchement. Le dernier est un manso de libro », au cheval. Cependant, il garde mobilité et va « a mas », à la muleta, violent dans sa charge, voulant manger tout cru la muleta et celui qui la tenait…
     Stéphane Fernandez Meca coupa l’oreille de son premier. Heureusement qu’il est habitué à de lourdes batailles. Le quatrième lui mit la corne sous le chaleco, et faillit lui faire un mauvais sort. A souligner combien Meca et Barrera furent des parrains et témoins d’alternative attentifs et amicaux, pour le nouveau matador. Muy toreros !
     Antonio Barrera, la tête en sang, coupa au cinquième, une oreille que peu demandèrent, mais qui, somme toute, était bien méritée. Faena débutant spectaculaire, pour suivre les chemins classiques du toreo templé et cadencé. Survint alors une très dure cogida, le torero étant roulé au sol, prenant un gros coup de patte dans la tête. Le front ou l’arcade en sang, Barrera repartit au combat et tua fort. Bien, matador.
     Julien Lescarret, vêtu d’un « original » costume gris souris et or, ne put que constater la terrible invalidité du toro de son alternative. Rêve envolé ! Il coupa une oreille bien généreuse, face au sixième, qu’il essaya de toréer, sans pouvoir en résoudre les problèmes. On le comprend presque, puisque nous, spectateurs bien à l’abri, nous étions « crevés, écoeurés, fourbus, vidés… »
     Rêve fracassé... Silencieuse révolte…

 

PAMPLONA : PEPIN LIRIA RESOUD UNE PARTIE DU PROBLEME…

     8 Juillet : Première corrida de la San Fermin. Le matin, l’encierro a duré des heures… 7 minutes. Les toros du Marquis de Domecq ont roulé sur un sol glissant « de bave diverse », et ont gagné la plaza, disséminés sur le parcours, traînant un pas incertain, saoulés de cris et de coups… Trois mozos, dont deux étrangers, en firent les frais, sans trop de gravité, heureusement.

     A l’heure du Paseo, Madame Yolanda Barcina, Maire de Pamplona, a reçu la première grande bronca de la Feria. On ne peut satisfaire tout le monde, surtout en cette contrée… Alors, tandis que le soleil la vouait au diable, l’ombre lui promit un coin de paradis, en applaudissant raisonnablement. Ambiance tendue… mauvais présage.
     Heureusement, un torero vint au quite, parvenant en même temps à solutionner une partie de « son » problème. Pepin Liria, on le sait, est actuellement « en basses eaux ». L’oreille, coupée hier à Pamplona, même si elle est loin de faire l’unanimité, ouvre un coin de crédit qu’il devra conforter aujourd’hui, devant les Cebada… En attendant, les « Peeepin, Peeepin, Peeepin ! » ont couvert les insultes, relancé la fête de convivialité. C’est déjà un bon résultat.

     7 Juillet – PAMPLONA - 1ère corrida – Llenazo : Corrida impressionnante del Marques de Domecq, avec trapio et pitones. Corrida très sérieuse : 565, 540, 515, 515, 610, 595 Kgs. Fachada, mais comportement très inégal. Toros qui imposaient de se croiser beaucoup, d’aller les chercher, de s’imposer.
     Luis Francisco Espla a entendu « deux silences », ce qui, à Pamplona, est un énorme exploit. Mal, démago, truqueur. Espla n’a trompé personne. Faisant piquer lourdement ses toros, il ne brilla même pas aux banderilles, et se libéra d’une bronca au quatrième à cause d’un terrible achuchon du toro, au moment de l’estocade. Le chaleco et la chemise en lambeaux, Espla eut toute la chance du monde de ne s’en sortir « qu’avec » un gros coup à la hanche. Ce fut le gros susto de la tarde.
     Pepin Liria (Silence – Une Oreille)  a mis « la pression », toute la tarde : Larga à genoux, face à son premier. Spectaculaire début de faena, muy torero. Puis le toro s’éteint un peu, et trois descabellos mettent tout par terre. Le burraco cinquième lui permit de mettre le feu au tendido des peñas : début à genoux, bagarre un peu gigottée, bonne volonté indéniable. On est loin du grand classicisme, mais le torero « gagne les cœurs ». Grosse estocade, et une oreille que certains vont protester.
     Luis Miguel Encabo (Ovation - Palmas) a peut être été impressionné par le cadre de cette plaza enfiévrée. Il sembla un peu timide, ayant du mal à développer un toreo qui prend chaque jour plus d’envergure. Mal aux banderilles, il patina un peu, devant le troisième, et tua mal. Il faudra le revoir. Il reviendra.

     Ce lundi, les Cebada Gago, pour Pepin Liria, Victor Puerto et Francisco Marco

 

LES CORRIDAS DU DIMANCHE : OREILLES A FOISON…

     8 Juillet : Beaucoup de spectacles, en ce premier dimanche de Juillet. Seule, Madrid a vécu la tristesse d’une corrida écrasée de chaleur et d’ennui. Par contre, la journée a été marquée par une faena du Morante, à Barcelone ; un grand nombre de trophées, en plaza de moindre calibre, et par un nouveau triomphe de Sébastien Castella, au Grau du Roi, cette fois.

     7 Juillet – MADRID (Las Ventas) – Un quart de plaza – Chaleur épouvantable : Heureusement, la corrida n’a duré qu’une heure et quarante cinq minutes. Quatre toros de Los Recitales (1, 2, 3 et 6èmes) mauvais, sans caste ; et deux de Barcial (4 et 5èmes) violents.
     Canales Rivera écouta deux « divisions d’opinions ». On retiendra sa bonne volonté, un toreo un peu nerveux, et surtout, deux bonnes estocades.
    Juan Diego, le Salmantino qui ressemble « et veut ressembler » à Julio  Robles, confirma son alternative, face au toro « Acemilero » de Los Recitales – 490 Kgs. A part deux capotazos et trois muletazos, il ne put rien faire. Palmas et Division.
     Jose Luis Triviño sortit au sixième les seules passes valables et liées de la journée. A revoir. Silence et Ovation.

     7 juillet – BARCELONA – 1/3 de Plaza : corrida de Nuñez del Cuvillo, correctement présentée mais faible. Les 5 et 6èmes ont été remplacés par des Yerbabuena d’Ortega Cano, mansos au cheval, mais nobles, allant à mas.
     Finito de Cordoba (Division et Silence) n’a guère fait d’efforts. Quelques bons détails au capote ; quelques essais d’infirmier et…à la douche. Comme cela, il peut durer dix ans.
     Morante de la Puebla (Silence – Une Oreille) toréa très bien de cape son premier, en « mettant les reins ». Hélas, le toro baissa rapidement, et le torero fit de même. Le cinquième débuta manso, et le Morante dut se faire « lidiador » avant qu’artiste. Peu à peu, cependant, le toro se livra, et le matador put enfin complètement « se lâcher » : Séries profondes sur les deux mains, intenses, et longues naturelles. Adornos « de Morante » ! Pinchazo, avant l’estocade. Une oreille sur deux possibles. On a envie de dire : « Enfin ! »
    Miguel Abellan a mis de la bonne volonté, toute la tarde. Hélas, ses efforts furent bien mal récompensés. Silence partout.

    7 Juillet – CIUDAD REAL – Corrida de Bienfaisance – Lleno : Très bonne corrida de Salvador Domecq
     Manolo Caballero coupe les deux oreilles du quatrième – Grande bonne tarde d’un Victor Puerto, spectaculaire et torero. Une et deux oreilles. C’est bon pour le moral, avant Pamplona – El Juli a multiplié les efforts. Passe moins bien auprès du public : Une oreille, chaque fois.

     7 Juillet – ESTEPONA – Corrida Goyesca, célébrant le 5ème centenaire de la fondation de la ville – Grande entrée :
     Bonne corrida de Guadiamar, « a modo » pour le triomphe : terciadita, noblona, flojita…
     Padilla joua pour la galerie : Quatre oreilles – Ferrera fut brillant au capote et aux banderilles, face à son premier. Inégal et accéléré, à la muleta. Oreille. Complet au cinquième, avec des muletazos « de mucho empaque ». Deux oreilles et rabo – El Fandi a mis toute la vapeur, dans les trois tiers : Vibrato, ganas, facultés physiques, verguenza torera .Total : quatre oreilles !

     7 juillet – TARRAGONA – Bonne entrée : Toros de Brito Paez bien présentés et bons, sauf le deuxième, manso, banderillé de noir. Le sixième, très faible, a été remplacé par un toro de Pablo Mayoral, bueno.
     El Cordobes a fait son show pour les touristes : Trois oreilles – Uceda Leal, avec un toreo plus sévère, coupe un trophée du cinquième – Triomphateur complet de la journée : Cesar Jimenez, qui fait un tabac au troisième, coupant deux oreilles et la queue, et complète sa grande journée en obtenant les deux oreilles du dernier.

     7 Juillet – LE GRAU DU ROI : Corrida inégale de Peralta. Bon triomphe de Sebastien Castella qui semble allier cette année, la régularité à la toreria innée, à l’inspiration. Castella arrive « à maturité », et il est, parmi les français, « le » torero qu’il faudra suivre, cet été. Oreille et deux oreilles, respectivement.
    Denis Loré et Luis Vilches coupent une oreille à leur second adversaire respectif. 

 

PAMPLONA : LES DEUX CORBEAUX…
Victor Puerto coupe une « bonne » oreille

     9 Juillet : Regardez bien! Ils sont là, chaque année.
     Parmi la foule, au début « blanche et bleue » du tendido sol, ils dénotent… Ils sont deux, complètement vêtus de noir. Oh, il y en a d’autres, mais ces deux là, on les repère facilement. Comme deux corbeaux sur un fil électrique, ils sont là, installés sur une sobrepuerta… dos à la plaza !
     Ils passent toute la corrida ainsi ! presque toute la feria, ainsi… Dos au ruedo! Comme deux corbeaux, on les voit jacasser, semble t’il, avec la piétaille multicolore, passablement ravagée par l’alcool et le manque de sommeil. Tandis que tout le monde lève les bras et hurle le « Paquito chocolatero », ils sont là, dos à la plaza, dos au soleil, tout noirs, tête basse, maugréant quelque sourde mélancolie…

     N’allez pas leur demander la reseña de la course… Ou plutôt si ! Car ils ne se retournent que pour les moments cruciaux… une faena, une cogida, un gros incident de lidia… Pour le reste, ils sont là, cote à cote, bien serrés, comme deux corbeaux sur un fil. De quoi parlent ils ? De toros ? De l’actualité ? No sé...

     Peut-être parlent ils de Jose Tomas qui vient d’être condamné à 18000 Euros, pour l’histoire du toro qu’il a laissé vivant, le 18 septembre 2000, à Salamanca. Le tribunal Suprême de Justice de Castilla y Leon a rendu verdict. « Onze bâtons» de nos anciens ! 2999000 pesetas ! (Ils auraient pu dire 3 millions, mais on est en période de soldes d’été). A l’heure du 33%, où l’on paie pour tuer deux novillos, cela coûte quand même plus cher de refuser de les estoquer.
     Et à priori, ce n’est pas fini, car Tomas récidiva l’année suivante, on le sait, à Madrid ! Et là… les soldes seront passées !

     Peut-être parlent ils de Reina Rincon, ce jeune matador de Ciudad Real, parti tenter la fortune au Pérou, et qui a disparu de son hôtel, depuis le 2 Juillet.  Cela sent mauvais ! Ses deux compagnons ont donné l’alerte, et la police, qui ne croit pas à un rapt, a tout fouillé, du moindre bouge jusqu’aux noires morgues de hôpitaux. Introuvable !
     Enlèvement ? Disparition volontaire ? Histoire de drogue ou de femme (c’est pareil) ? Personne ne sait rien… ou ne dit rien. Un fait divers aussi obscur que les pensées de nos deux corbeaux…

     De quoi parlent ils donc ? D’Antonio Barrera qui va faire le paseo, « la tête lourde », aujourd’hui, à Pamplona… Il a eu de la chance, à Eauze. Le toro aurait pu le scalper : grosse coupure, depuis l’oreille jusqu’en haut du front, et douze points de suture. Plus grave : la perte momentanée de la vision de l’œil droit. Et il a continué « como si tal cosa ! ». Ces toreros sont incroyables.
     Très sympa, très posé, ce Barrera, qui mérite plus que les Chopera lui ont donné jusqu’à présent. Pamplona, cet après midi, est « une ligne de départ », celle d’un été où enfin, le « Sévillano-mexicain » va toréer au niveau de son rang. Torero classique, vaillant et « clair dans sa tête », du moins jusqu’au coup de sabot d’Eauze…

     Peut-être parlent ils « de Wanadoo… » qui nous fait des siennes, ce matin, et nous promet une coupure imminente, pour cause de travaux de maintenance… Pour un peu, les deux corbeaux s’énerveraient !

     Peut-être parlent ils de la corrida, tout simplement… Parce que, regardez mieux : A Pamplona, du soleil partent parfois de grand éclairs blancs, aveuglants… Des petits rigolos apportent des miroirs, et balancent « des rebonds de soleil » à la figure de « ceux de l’ombre », ou dans l’objectif des caméras de télé. Un jeu comme un autre ! Tant qu’ils n’aveuglent pas le torero !
     Regardez les, nos deux corbeaux ! Une de leurs ailes est souvent levée…  Ils sont « dos au ruedo », mais grâce à leur rétroviseur, ils ne perdent cependant pas une miette du spectacle, et pourraient vous raconter la corrida d’hier…
     Ils vous diraient que les Cebada Gago ont fait un bon encierro, rapide, intense, sans grosse casse. Il y avait moins de monde que dimanche, et les courses ont parfois été fort belles, comme le passage du N°10 de l’Aviron Bayonnais, au milieu d’Estafeta. Muy bonito, muy limpio !
     Ils vous diraient que, l’après midi, après une terrible averse, le ciel était de plomb… et que les Cebada ont fait planer la crainte. Corrida sérieuse, très pointue, qui a fait planer le drame, surtout quand Pepin Liria « se la jouait » inconsidérément.
     Les « deux corbeaux vous diraient aussi qu’il y a eu deux oreilles coupées ! L’une, très justement, par un Victor Puerto « muy asentado » et grand tueur. L’autre, « oreille de clocher », par Francisco Marco… tout simplement, parce qu’il est d’ici… « Et quoaaaaa ! Il est d’ici ! »

     8 Juillet – PAMPLONA – 2ème corrida de la San Fermin – Llenazo (19529 personnes… et deux corbeaux !) – Temps gris, lourd : Corrida , légère mais  bien faite, extrêmement sérieuse de Cebada Gago. A la bascule : 495, 490, 510, 500, 515, 495 kgs… mais, du trapio et des cornes pour cauchemarder un brin. La corrida ne fut pas brave au cheval, et fit preuve de mauvais caractère. Cependant, elle « bougea » et les matador purent s’exprimer. Le deuxième, manso au cheval, aquerenciado a tablas, se montra noble, grâce à Victor Puerto. Le sixième, également permit à Marco de s’exprimer. Le plus tordu  fut probablement le troisième, tandis que le lot de Pepin Liria alla "en empirant"..
    Pepin Liria (deux grosses ovations, pour deux roustes monumentales) a fait très peur, toute l’après midi. Il savait que l’oreille coupée hier n’avait pas convaincu tout le monde. Il partit donc au combat, la fleur au fusil, recevant son premier à genoux, débutant de même sa faena, sans ce soucier de la tête en haut, et du cabeceo de ce premier colorado, très armé. Se découvrant beaucoup, Liria va finir par se faire accrocher, recevant un coup de corne dans la joue droite. Le visage en sang, le murciano va se la jouer, dans une estocade dont il sort vivant, par pur miracle. Direction l’infirmerie, dont il sortira, le visage à demi caché par un énorme pansement.
     Ce n’est pas de pansement, dont on faillit parler, en fin de la lidia du difficile quatrième. Liria se montra terriblement vaillant, mais un peu brouillon, sans le sitio habituel. Au moment de l’épée, une très dure cogida, le torero étant pris et repris au sol, tandis que les capes ne pouvaient détourner le bicho, sûr de sa prise. Seul « San Fermin » réussit le quite, et Pepin Liria, complètement moulu mais apparemment indemne, recueillit les ovations du respect.
     Victor Puerto était malade : Grippe et forte fièvre. Cela ne l’a pas empêché d’être exemplaire de savoir, de courage et de toreria, face à son premier adversaire, un colorado, manso au cheval, et qui n’avait qu’un désir… partir vers les barrières, et n’en plus bouger. Après un bon quite par chicuelinas, Puerto  a toréé sereinement, très sérieusement, presque « pour lui ». Faena droitière, templée, coulée, très technique mais très « naturelle ». En fin de faena, après un essai moins évident à gauche, Puerto laissa partir le toro vers son terrain de prédilection, non sans avoir placé un molinete « para alegrar », et un trincherazo « de cartel ». Bien préparée, une très bonne estocade, et une oreille « en or ».
     Par contre, le cinquième « regardait beaucoup ». Un toro « miron », que Puerto reçut bien au capote, mais devant lequel ses efforts furent moindres, semble t’il. Silence de respect, dans l’attente de la prochaine.
     Francisco Marco est de Navarre… Bien ! Ce n’est pas une raison pour lui faire des cadeaux qui vont le desservir, plus qu’autre chose… L’oreille, coupée au sixième n’a aucune comparaison possible avec le trophée gagné par Puerto. Certes, le jeune donna les meilleures véroniques de la journée, mais ses faenas furent plus volontaires qu’efficaces, et ses estocades sont parties « en bas ». Y eso no es !  quelle que soit la sympathie qu’inspire le diestro ; quel que soi son mérite !  Un premier toro difficile, dangereux. Le pire du lot ! Et comme pour consolation, le sixième « Montañista », un joli burraco, de meilleur caractère. Francisco Marco fut propre, ferme, mais sans génie. Quant à son estocade… pardon ! Mais au palco, il y avait une dame, conseillère municipale de Pamplona. Alors, on donna une oreille… « au Pamplonais »! Y eso no es !

     Ce soir, la Corrida est télévisée – 18h30 – TVE 2 . Au cartel : Toros de Santiago Domecq, pour Miguel Abellan, Davila Miura et Antonio Barrera.  

 

ATTENTION…COMPLICITE D’ASSASSINAT !
Pamplona, aussi, touche le fond…

     10 Juillet : La télévision espagnole a montré, hier, une fois de plus, le terrible paradoxe de la Fiesta dite « brava » : Un toro invalide, au regard lamentablement exténué, faisant de tragiques efforts pour que son train arrière arrive à suivre son train avant… et puis, quelques minutes après, la non moins tragique blessure d’Antonio Barrera, brave parmi les braves, qui se met lui même une garrot, et repart à la bataille, pour une deuxième voltige.

     Au matin de cette triste journée qui vit Pamplona finalement trempée de toutes les larmes du ciel, l’encierro avait été terrible : 12 minutes et 7 secondes de drame total. Le deuxième encierro le plus long de l’Histoire. (Le premier dura 15 minutes, en 1959 : Un toro de Miura refusa de rentrer, défiant tout le monde, en plein ruedo. C’est un chien de berger qui lui fit entendre raison).
     Hier, il y eut cinq cornadas. Le deuxième encierro le plus sanglant de l’Histoire. (Le premier se déroula plus près de nous, le 12 Juillet 1988. Ce jour-là, les Cebada Gago firent un massacre : 6 cornadas graves).
     Hier, les Santiago Domecq sont partis comme des fous. Déjà, en haut de Santo Domingo, un citoyen eut une rapide idée de ce qu’est "une mise en orbite". Puis la manade se décomposa, et plusieurs toros culbutèrent, l’un d’entre eux restant un long moment étendu, incapable de se relever seul. Quand il le fit, ce fut pour se venger de tous ceux qui l’avaient vu dans un tel état. Pendant ce temps, un copain, le N°52, ne trouva rien de mieux que de repartir dans l’autre sens… Cela aurait pu faire un véritable massacre. Images dantesques de corps désarticulés, accrochés au piton. Un mozo est pris, repris, poussé au sol par la corne. Un autre jeune, probablement étranger, lui sauve la vie, s’attaquant au toro « à mains nues », à coups de poings, à coups de pieds… "El toro se acojono » ! Effaré, le toro laissa tomber et s’en fut vers d’autres clients, moins agressifs… Incroyable ! Fou ! Héroïque !
     Et le soir, on se demandait : « Que vont ils donner, ces Santiago Domecq, qui ont fait un tel massacre ? Comment va sortir le N°52 ? »

     Pues… nada ! Ils sont sortis, vilains, mal présentés pour Pamplona, mais « se cachant » derrière d’impressionnantes cornes. A la limite… pas trop grave ! Ce sont des toros, et des toros de respect. Hélas, tant de bravoure, pour certain, comme le cinquième ; tant de noblesse, pour tous, ne peuvent faire oublier le triste spectacle, insoutenable, de la plus complète invalidité.
     Nous sommes en train de devenir des complices d’assassinat !
     Soyons clairs : Ou les professionnels de la Fiesta trouvent, ou avouent, les causes de ce désastre, ou il n’y a plus de tauromachie dans cinq ans. Et c’est nous, Aficionados qui aideront à la condamner.
     Pourquoi ? Parce qu’en aucun cas, on ne peut accepter un toro comme il en sort tant, actuellement. En aucun cas, on ne peut accepter les toros télévisés de Tolède… On ne peut accepter ceux d’hier, pas plus qu’on ne peut accepter le toro de l’alternative de Julien Lescarret. Ceci est une honte totale, qui fait de nous, aficionados, les complices d’un assassinat, volontaire ou non…
     Contrairement à certains, nous n’exigeons pas le toro gigantesque, armé comme un cuirassé… Nous exigeons un toro de combat, normalement présenté et armé, qui tient le galop, qui bouge et attaque…Un vrai toro de vrai combat, devant lequel de vrais braves triomphent ou fracassent, mais avec honneur.
     Alors, on a cœur de chanter haut, la louange de ces hommes qui se jouent la vie, vêtus d’or ou d’argent, pour un peu de gloire, pour un peu d’argent. Alors, on tolérera de regarder ces gros capitalistes bouffis d’orgueil, fumant leur cigare, bien planqués derrière leurs burladeros et leur compte en banque : Empresas, apoderados, ganaderos… « gana..duros ! »
     Où est l’Honneur ? Où est la grandeur du Toreo ? Sûrement pas dans l’image de ce pauvre dieu écroulé, suppliant qu’on le relève, ou qu’on en finisse …
     Il y a des années, un ganadero a pleuré parce que pour la première fois, un matador avait osé prendre en main la corne d’un de ses toros… Aujourd’hui, ce sont des peones qui viennent à plusieurs, relever le monstre déchu, en le tirant par la corne, ou par la queue…

     Et pourtant… "Il est toro de combat". Et pourtant, des hommes tombent encore, victimes de leur courage et de leur pundonor.
     Hier, Antonio Barrera a écrit une nouvelle page de sang et d’or, au grand livre de la Toreria. On avait changé deux fois le toro, et celui qui sortit ne valait guère mieux… vilain, les cornes courtes et abîmées.
     La faena était vaillante, un peu accrochée, mais torera. Et survint la cogida. La répétition des images attestait de la blessure. Tout le monde s’en rendit compte, en particulier les autres toreros qui arrivèrent au secours du blessé. Abellan dénoua sa cravate et voulut faire un garrot à la cuisse droite qui, déjà, dégoulinait de sang. Avec un calme saisissant, Antonio Barrera écarta tout le monde, prit la cravate, se la noua lui même et, sans affectation, repartit au combat, bien décidé à estoquer son adversaire, avant de se laisser conduire à l’infirmerie. Il se savait blessé, mais… « il était torero, avant tout ! »
     La faena se poursuivit, dans l’angoisse. Alors que ses forces diminuaient visiblement, Antonio Barrera porta un premier pinchazo, et une estocade dont il sortit vilainement accroché par le ventre. Le premier au quite, El Juli, en civil, qui a bondi depuis son burladero de callejon. Torero y compañero !  Angoisse terrible, et nouvelle admiration de tous devant cet homme qui se relève, le costume, de estreno, (tout neuf), en lambeaux…
     Là, Pamplona manqua de grandeur ! Elle qui en connaît un rayon, pour ce qui est des actes de courage, se devait de concéder une oreille à cet acte d’héroïsme. Il n’y avait pas eu de faena ! Y que ? Il y avait eu un pinchazo ! « Y alors ? » La sérénité d’un homme qui se savait blessé, a sauvé l’honneur de la tarde, de la Fiesta Brava, et a sauvé « notre » honneur. Cela méritait bien une oreille « en bronze » ! Surtout quand on sait que la veille on en avait donné une à Francisco Marco, « pour trois biscouettes et quelques mouchoirs navarrais »… Eso no es !
     Le torero passa outre, et donna une vuelta, de vrai « honneur », avant de partir aux mains des chirurgiens. Au bilan : Cornada à l’intérieur de la cuisse droite, avec une trajectoire de 12 cms en profondeur, qui provoque des dégâts aux adducteurs jusqu’à la face postérieure du fémur. Rien que cela. De plus, une blessure superficielle (« tu parles ! ») … à la base du pénis. Le pronostic général est « Grave ».

     Grandeur et décadence de la Fiesta : Le toro déchu, mais toujours toro, toujours dangereux… Et l’homme, qui fait ce qu’il peut, toujours capable d’incroyables gestes, pour que survive… l’honneur torero !

     9 Juillet – PAMPLONA – 3ème corrida de la San Fermin – Llenazo – Temps gris, pluvieux : Corrida triste, « épaisse » dont les protagonistes furent les toros de Santiago Domecq, très inégaux de présentation, mais très armés. La corrida entière fut terriblement faible, presque invalide, en particulier « de los cuartos traseros », des trains arrière. Le troisième a été remplacé, après le deuxième puyazo. Son remplaçant, de Manuel Angel Millares, était encore plus faible. Nouveau mouchoir vert. Deuxième sobrero de Millares, vilain, mal armé, qui finit par blesser Barrera. Poids de la corrida : 490, 509, 565, 515, 500, 500 kgs. Comme on peut le voir… ce n’est pas une question de poids.
     Corrida noble, très noble ; un peu sosa et sans grande fixité. Peu à peu, les charges se raccourcirent, et chaque lidia fut entachée de terribles fléchissements, certains toros se retrouvant « assis », le regards vide, comme des chiots qui se sont saoulés en jouant avec les enfants. De pena ! Le cinquième était un brave, mais… Le sixième, toro montado, avec des cornes veletas et astifinas, se défendit vers le haut. Une triste tarde qui finit sous des trombes d’eau.
     Eduardo Davila Miura dut tuer trois toros du fait de la blessure de Barrera. Recevant le premier par une larga à genoux, le sévillan toréa bien par derechazos, avant un désarmé qui gâcha un peu la fête. Le toro, noblon et soso, baissa rapidement de rythme, et la faena s’éteint doucement. Avec l’épée, un calvaire en sept actes. Silence.
     Bonne faena au quatrième, Davila Miura toréant fermement, mais sans transmettre assez à des tendidos distraits. Faena perfilera, sans personnalité, close d’une bonne estocade. Regard effaré parce que la présidence n’accorde pas l’oreille. Pues no ! Vuelta, quand même. Le sixième est un tio, que Davila Miura affrontera sous la pluie, tandis que se vident les gradins. Toro compliqué ; torero vaillant et brouillon, dans la pluie et le vent. Vains efforts !
     Miguel Abellan  a donné une vuelta à la mort du deuxième, abattu d’une entière décidée, mais delantera. Le torero s’était montré excellent dans un quite par navarras, tournant bien sur la pointe des pieds, et dans trois séries de très bons derechazos, liées, templés, non exempts de profondeur. Hélas, cela se compliqua à gauche, le toro accrochant trop la muleta. C’est là qu’il perdit l’oreille. Le cinquième, reçu par deux largas à genoux et delantales, se montra brave, mais si faible, si faible… Terrible honte sur nous tous !

    Antonio Barrera est un vrai brave, nous l’avons vu. Mais il est également « vrai bon torero »  qui essaie de faire les choses « bien », toréant avec grande sérénité, tant à la cape qu’à la muleta. On dut changer deux fois son toro, avant la blessure. Le sévillan eut le temps de toréer par gaoneras, au capote, et de commencer sa faena, à genoux, très vaillant et très torero. Le toro faiblard, court de charge, le serra vilainement  à gauche et c’est en revenant sur main droite où il avait brillé, que le diesto se fit prendre. On connaît la suite.

      Attention à Barrera, son courage et sa toreria ont touché beaucoup de monde, hier. En voilà un « qui est » torero ! Demain, il pourrait bien être « Figura ».