L'ACTUALITÉ TAURINE
(Aout 2002)

AZPEITIA : L’EMOTION DUNE VRAIE CORRIDA DE TOROS
Les Cebada Gago ont mené grande bataille.

     1er Août : Un fidèle lecteur me faisait reproche, hier, de ne pas avoir chargé, sabre au clair, contre la Miurada de Tyrosse, sa présentation, ses cornes, son comportement… et de ne pas avoir dénoncé cette claire escroquerie…

      Hombre ! Je le comprends. Mais il faut, également, qu’une chose soit claire : Je ne peux m’engager que sur ce que je vois, moi-même, et si, pour une raison ou autre, je ne peux assister à la course, je suis obligé d’observer une logique réserve, m’appuyant sur les témoignages d’un ou plusieurs amis considérés comme des aficionados. Or, chacun voyant la corrida avec sa propre sensibilité, on a du mal, quelquefois, à faire une synthèse qui satisfera tout le monde.
     Par ailleurs, il est « typiquement » français, de râler « après coup», et charger les autres de pousser le coup de gueule à sa place… Les Aficionados ont leur mot à dire, soit avant, soit pendant, soit après une corrida. Attendre que trois couillons se la jouent « par écrit », pour brandir le drapeau de la révolte me semble un tantinet facile … et « un poil » manso ! Si o no ?  Nous ne sommes pas, ici, José Bové ! (Et « on s’en félicite », comme dirait l’autre…On en n'a, ni le prétention... ni les moyens! ). Les peñas et les clubs taurins ont leur mot à dire. Et s’ils n’étaient pas muselés par une pseudo responsabilité aux CTEM, chacun aurait les mains libres, et pourrait manifester son humeur…
     Il semble que l’on soit ici, relativement clair, sur ce que nous voyons, chez nous, ou plus principalement dans les grandes ferias, qui sont les « têtes de gondole » de la temporada. Par ailleurs, ne pas compter sur nous pour « certifier » qu’un toro est afeité, ou artificiellement « desmochado »… On bataille depuis des années, à ce sujet. Miura, particulièrement, est un des sujets les plus controversés. Asi que… merci de ne pas nous faire de mauvais procès, et restons bons amis !

     Pour en revenir aux toros, on a toujours plaisir à suivre une corrida de Cebada Gago. Ce ganado est un perpétuel « point d’interrogation ». Parfois, il déçoit totalement, sortant manso, faible, comme en certaines ferias où le fer se jouait la réputation. Mais en général, il y a toujours un ou deux toros qui « font donner la caste », et mettent de l’ambiance dans le ruedo, obligeant les toreros à mettre au clou leur blouse d’infirmier, et revêtir l’armure d’or des vrais combattants d’honneur.
     Hier, en Azpeitia, il n’y en eut pas deux ou trois… mais six ! Une corrida de Cebada Gago qui a livré une bataille, en six épisodes, et là, croyez moi… ce n’était pas « Les feux de l’Amour »… Ce fut une vraie corrida, très dure, tendue. Le danger était palpable, et les deux heures du spectacle, passèrent comme un zéphyr, malgré la pluie…
     Corrida, normalement présentée, variopinta, pas forcément très lourde, mais bien faite et armée parfois « très pointu », comme le quatrième, engatillado, astifino…
     Aucun toro ne fut complet. Aucun ne fut réellement brave, réellement noble… Mais, señores, le lot entier réserva des surprises, par sa mobilité, par son agressivité, par sa force de caractère. A partir de là, peu importe les oreilles que l’on coupe ou pas… on éprouve un immense respect pour les hommes qui se mettent devant, qu’ils soient vêtus d’or ou d’argent, et s’il n’y a pas eu de trophées coupés, hier, Azpeitia peut s’enorgueillir d’avoir donné une des corridas les plus intéressantes de la temporada, dans le nord de la péninsule. Nous fumes tous « de enhorabuena »..

    31 Juillet – AZPEITIA – 1ère de Feria – Plaza llena – Temps pluvieux et terrain lourd : Six toros de Cebada Gago, très bien présentés, pour une plaza de troisième et très encastés. Fijeza, mobilité et grande codicia, d’entrée. Les deux premiers provoquèrent des batacazos d’importance, et aucun picador ne fut à la fête. Les banderilleros eurent un énorme mérite, certains toros « remontant », après un premier tiers musclé. A la muleta, des charges violentes, parfois féroces, comme le quatrième. Deux toros n’on pas beaucoup « servi » : premier et troisième, le seul faible. Les cinq et sixième furent les plus exploitables, à condition de montrer « qui était le patron ».

    Jose Ignacio Ramos (Ovacion – Vuelta) a fait preuve de grande dignité, tout au long de la tarde. Il n’est pas un muletero « de dentelle », on le sait. Son toreo et « massif », carré, sans fioritures. On le vit banderillero athlétique, en particulier dans les sorties de poses, ses deux toros « apretanto mucho », le poursuivant férocement. Et surtout, Ramos porta deusx gros coups d’épée, entrant lentement, en faisant bien la suerte. Son premier toro prit le cheval, par le pecho, et bascula tout le monde sur un derribo « fracassant ». Du coup, il fut longuement piqué, revenant à la charge et terminant, très court de charge, à la muleta. Ramos essaya de lui tirer les passes qu’il n’avait pas, et cela traîna un peu, mais en toute dignité.
     Le quatrième, magnifique castaño, armé de deux dagues, manifesta un grand sentido, tout au long d’un vrai combat. Ramos le doubla par le bas, mais fut surpris par une des premières charge, sur un derechazo. On entendit le choc, la corne qui fend la taleguilla, comme un coup de ciseaux… Varetazo corrido ! La chance du siècle ! la cuisse à l’air, zébrée par la corne, Ramos revint au combat et se joua la peau à chaque passe, le toro distribuant derrotes et tornillazos à chaque voyage, se retournant sec au niveau du pecho… Gros danger ! Ramos ne put le dominer, mais son estocade, très engagée lui valut de grandes ovations, tout au long de la vuelta. Chapeau !
     El Cid (Vuelta un peu contestée – Ovation) eut du mal a bloquer son premier adversaire, qui prit un puyazo monumental, fixant la tête au peto, s’arqueboutant sur ses quatre fers, poussant droit, à fond, sur huit mètres et basculant tout le monde, le picador, coincé entre monture et palissade continuant à pique, pour se défendre. Enorme ! Ayant vu le précédent « trop piqué », le matador coupa le châtiment… et le toro « remonta », dès les banderilles. Ce fut un peu la panique « aux palos ». Le sévillan débuta fort, et sa première série de droite promettait beaucoup. Hélas, le toro prit le dessus et dès la mi faena, il devint le patron, d’autant qu’il accrocha le torero, le levant haut, et le cherchant furieusement au sol. Le Cid revint au combat, très secoué, se plaignant l’arrière du crâne. Pinchazo hondo et une entière caida, précédèrent une forte ovation que le torero transforma en vuelta. Face au cinquième, le plus noble, semble t’il, El Cid donna de nombreuses passes, dont certaines empreintes d’un réel cachet. Cependant, il n’y eut jamais impression de dominio total, et le public n’entra pas dans la faena. Pinchazo et une entière, chanceuse, « aguantant » la furieuse charge du toro « qui monta » vers le matador. Ovation de gala. Chapeau !
     Fernando Robleño (Silence – Silence) est un torero, court de taille, très actif… et très malin. Son premier se donna une lourde vuelta de campana, et fut le seul à fléchir, d’autant que Robleño le fit charger de très loin, essayant de placer son numéro d’aguante, qui fit mouche, à la San Isidro. Il y eut deux bonnes séquences à la naturelle, avec, quand même, tendance à « lancer le toro », et composer la figure, quand le piton est passé. Face au sixième, c’est le toro qui imposa son rythme, et le diestro multiplia les passes, sous la pluie, dans un trasteo sans unité, sans reposo. Par deux fois, faute d’avoir dominé, Robleño pincha beaucoup, avant de terminer en demi-estocades, restant devant. Le public apprécia la bonne volonté, un certain vibrato, mais Robleño n’a guère convaincu. Respect, cependant et… à revoir.

     Ce jeudi, les toros seront de Martelilla, pour Manolo Caballero, Antonio Ferrera et Alfonso Romero. Pour demain, on murmure que le Fandi sera présent, et qu’Antonio Barrera, quant à lui, serait remplacé par Castaño ou Valverde.

 

PONCE : « LA GRANDE QUESTION »…

     1er Août : Enrique Ponce réapparaît demain, en plaza de Huelva. Le valenciano s’était essayé, mardi, devant quelque vaquilla, et le bilan avait été « mitigé ». Hier, ce fut plus sérieux, devant deux toros, et cela s’est beaucoup mieux passé. De ce fait, Enrique Ponce a décidé « de reprendre la route » et réapparaître, vendredi, à Huelva.
     La question est, maintenant, dans tous les esprits. Enrique Ponce, en plus de dix ans, n’avait subi que très peu de blessures, et aucune de la gravité de celle du 23 Juin, en plaza de Leon. Cet accident, qui a mis sa vie au bord « du grand ravin », arrivait un gros mois après la cornada de Séville. Cela fait beaucoup pour un homme normal, et pour un immense torero, que chacun sait « dans sa dernière ligne droite »…
     Comment Enrique Ponce va t’il "revenir" ? Aura t’il cette même facilité lidiadora ? Comment supportera t’il le regard lourd de certain toro ? Le poignet, les jambes, le cœur auront ils la même force, la même rigueur, la même vigueur ? autant de questions qui se posent, logiquement, et que le torero, lui même doit se poser.
     Les réponses arriveront vite : Huelva, vendredi ; Le Puerto Santa Maria, samedi ; Pontevedra, dimanche…
     Que haya suerte, Enrique ! Y enhorabuena por volver, Torero ! 

 

AZPEITIA : « LA PISTE AUX ETOILES »
Antonio Ferrera "a failli" gracier un toro de Martelilla

     2 Août : « Ladies and gentlemen… here is the Ferreras’s Show !  Franchement, si l’industrie cinématographique manque de candidats pour les prochains Oscars d’Hollywood, elle a en Antonio Ferrera une superstar en puissance, capable de lever les foules et de changer les données d’une corrida, en quelques instants, au point de se faire accompagner du mayoral, au cours de la salida a hombros finale…
     Au début, cette chronique était titrée « Le grand cirque ». Mais, par respect pour Azpeitia, pour les toreros en général, et surtout, par respect pour le cirque, on a préféré « La piste aux étoiles ! » Ainsi, chacun y lit ce qu’il veut, y todos en paz !

     Vraiment, hier, beaucoup d’aficionados se regardaient, abasourdis… Comment peut on à ce point retourner un public, au point de « presque obtenir » l’indulto, la grâce d’un toro, à force de gesticulations, de trépignements divers, de mimiques tragicomiques du plus bel effet ?

     Antonio Ferrera, par son dynamisme, sa verve et son "toreo 100000 volts", a conquis le public d’Azpeitia. Avait il besoin, pour autant, de monter ce show, tout simplement parce qu’un toro répétait noblement sa charge? Avait il besoin d’insister ainsi, au point de presque provoquer un incident entre public et présidence, tout simplement parce que ce toro chargeait aussi vite que « courait » sa muleta ? Nous ne le croyons pas et pensons qu’une fois de plus, Antonio Ferrera se trompe de chemin. De tels débordements fonctionneront un, voire deux ans… puis, un jour, viendra la grande sanction, et certains s’étonneront de voir siffler ce que la masse ovationne, aujourd’hui : le toreo rapide, par en haut, en marchant souvent vers la queue du toro, les yeux dans les tendidos.

     Ferrera a démontré savoir et pouvoir toréer sérieux, calme et profond… Ce qui n’empêche absolument pas les vibrants exploits tels que les banderilles « à trajets changés », le torero partant des barrières pour un sesgo por fuera, et renversant tout à coup sa trajectoire, pour clouer, por dentro, contre les barrières. Autant on aura plaisir à chanter de tels exploits, autant on soulignera d’un gros trait rouge, la démagogie et la vulgarité, que ce soit chez ce torero ou un autre. Hier… deux gros très rouges !
     Hier, Antonio Ferrera est sorti a hombros d’Azpeitia, coupant trois oreilles et à deux doigts de provoquer un événement historique : la grâce d’un toro. Pues bien ! Bravo, puisque cela marche. Cependant, on ne pourra nous empêcher de penser qu’à l’heure où elle est déjà malade, la Fiesta Brava n’a vraiment pas besoin de ces débordements…

     1er Août – AZPEITIA – 2ème de Feria – Casi lleno – Tarde très agréable : Corrida de Martelilla, très « éloignée » du lot de Cebada Gago, d’hier : Petits, bas, sans trapio, armés courts et discutables, les Martelilla sont sortis sans grande caste, manifestant beaucoup de faiblesse, pour trois d’entre eux. Certes, ils allèrent au cheval, certes, ils voulurent charger… mais ce fut un lot qu’il fallut « mimar », alors qu’hier, il fallait vraiment « combattre ». Premier, très faible, et quatrième, qui se blessa à l’antérieur droit au sortir de la pique, furent  à l’origine d’un spectacle affligeant, dégradant. Pour le reste, noblesse et forces limitées, excepté chez le cinquième qui répéta sa charge avec grande alegria, malgré une vuelta de campana en début de trasteo.
    Manolo Caballero (Silence partout) est venu, a pris deux poses devant des faibles et invalides, puis s’en est retourné, sans que le mozo de espada  n’ait à mettre « a remojo », son sempiternel costume rouge et or. Plus que jamais, Caballero s’ennuie, et ennuie.
     Antonio Ferrera (Oreille – Deux oreilles) a bien failli se faire emporter par le deuxième, lors de sa réception au capote. Le sol était lourd, à cet endroit. Peut-être aussi la jambe blessé a t’elle un instant flanché. Toujours est il que « la béquille » dut être douloureuse. Le torero se reprit immédiatement remportant grand succès en trois poses de banderilles, plus spectaculaires que de grande exposition. La faena sera vibrante, enlevée, le torero mêlant le baroque à de bons enchaînements. Faena pueblerina, pour la grande joie… du pueblo. Gros coup de rapière, d’effet immédiat, et une oreille, tout à fait logique. 
     Le cinquième recevra un bon puyazo et viendra avec grande noblesse au moindre appel du muletero. Auparavant, Ferrera se sera illustré en trois poses, dont un por dentro très méritoire, et un quiebro, spectaculairement cité à genoux. Faena copieuse, sans grand reposo, enchaînant les suertes à mi hauteur, ou sorties par le haut… intercalant du sérieux, appuyé, presque profond, avec de la pacotille virevoltante. Et tout à coup, comme pris d’une soudaine lubie, le matador se mit à « vouloir provoquer l’indulto du bicho ». Avec force gestes, il s’adressa à la présidence, au public, au bon Dieu et tous ses saints, faisant semblant de se cadrer pour entrer a matar, et renonçant soudain, comme disant « Ah, non vraiment, je ne peux pas… ce serait trop injuste ! Mais vous ne voyez donc pas ? »… Le cirque dura un peu trop, et le président ayant signifié que la réponse était négative, un avis aurait du être sonné, rappelant le diestro à ses responsabilités. Enfin, contrit d’une telle injustice, Ferrera abattit le noble animal, d’un vil estoconazo atravesado. Ferveur populaire, aveuglement collectif… Les deux oreilles, la vuelta (bien tardive) au « Desencajado » et triomphe total d’Antonio Ferrera : deux oreilles. Cependant, on espère voir prochainement « l’autre Antonio Ferrera… le bon ! » 
     Alfonso Romero (Ovation – Palmas) essaie de faire le bon toreo, le classique, le profond. Hélas, une apparente froideur, un total manque de connexion avec le gradin, et un maniement plutôt désastreux de l’épée, réduit à zéro tous ses mérites.      Après un gros susto consécutif à une larga à genoux mal préparée, Romero donna « les » grande véroniques de la soirée, chargeant la suerte, mettant les reins. A la muleta, une envie de toréer profond, allongeant la charge, templant avec application, mais sans grande flamme. Toreo de classe, mais non de flamme. Ces deux faenas furent similaires, et de même, ses laborieuses conclusions avec l’épée : Pinchazos sin soltar, attaquant sans y croire. Adieu succès, mais une envie de le voir un jour, avec un toro de grande noblesse… comme celui de Ferrera.

     Ce vendredi 2, Toros de San Martin, pour Luis Miguel Encabo – El Fandi, qui reprend l’épée – et Cesar Jimenez, appelé en remplacement d’Antonio Barrera.  

 

LA FRANCE "SANS LE FANDI" : UNE INJUSTE PUNITION…
Triomphale réapparition de David Fandila, à Azpeitia.

     3 Août : Où donc est la pseudo indépendance de la France, en matière taurine ? Qui peut croire que la majorité des organisateurs n’est pas sujette aux manœuvres et diverses simagrées du mundillo espagnol, qui règle ses comptes aux dépens du public français?
     Qui peut croire qu’un torero « qui renverse tout sur son passage », ne peut entrer en France, parce que « révélé trop tard », dans la temporada ?
     Qui peut expliquer que David Fandila « El Fandi », n’est dans aucune grande  plaza française, cette année, alors qu’on en parle depuis deux ans, et qu’il a explosé, non à Madrid, pour la San Isidro, mais bien avant, et en particulier, à Séville?

     Qui peut croire qu’il n’y avait pas possibilité de l’engager, pour des questions de dates, alors qu’une placita, comme La Brède l’a fait venir, sans apparente difficulté ?
     Qui peut croire qu’il n’y avait pas de possibilité… sinon pour la toute autre raison d’un pâle règlement de comptes envers Emilio Miranda, qui mène la carrière du granadino, via Santiago Lopez. 

     La France n’a que faire des joutes affairistes de ces multimillionnaires du toro, bien cachés derrière leur gros cigare ou leur double wisky. La France, si elle est aussi « indépendante » qu’elle veut bien le dire, se doit de présenter au public, un des toreros les plus intéressants de la décade, qui s’appelle Davis Fandila « El Fandi »…
     Un torero qui, forcément, créera la polémique, divisera les opinions, déchaînera les passions… C’est exactement cela, la tauromachie. Le jour où tous les toreros « feront pareil ! », toréant « en mettant la hanche, le petit doigt en l’air, tous en même temps… », on pourra tous aller à la pêche, parce que là au moins, on a de l’imprévu, surtout lorsque cela ne mord pas…
     Un torero qui pourrait faire merveille dans les corridas de feria, où l’ambiance est chaude. Par sa totale entrega, par son abattage, par sa formidable alegria communicative, par son formidable registre torero, El Fandi pourrait faire exploser les plazas, et rendre la joie de vivre à tous, sans exception.
     Un torero qui, et ce n’est pas la moindre surprise, pourrait également surprendre les puristes et amoureux du bon toreo. Certes, on l’attend à la cape et surtout, aux banderilles. Là, il est « un monument », multipliant les exploits, « trouvant » le toro dans tous les terrains, dans toutes les positions… Mais, attention ! El Fandi est devenu un vrai muletero, qui a assimilé la technique, et trouvé le secret « du temple ». Ce « vibrant » est capable de toréé long, très près, très quieto. Il sait "se gagner" le toro, dès les premières passes, et enchaîner les muletazos avec fermeté et grande quiétude. Séries liées, closes de longs pechos, en ligne ou tournés sur l’épaule contraire. Ses adornos sont multiples, debout ou à genoux, mais surveillez également ses naturelles, pieds joints, où le toro « rase » les jambes du diestro…
     Ajoutez à cela une ferme volonté de tuer « dans les formes » et en total engagement… et vous avez un formidable spectacle qui vous redonne des tonnes d’aficion…
     Un torero hyper intéressant, actuellement « embalado », et qui va gâcher la sieste à plus d’un… Un torero qui mérite d’être à l’affiche de chacune de nos plazas…
     Un torero… que nous ne verrons pas ! C’est une grave erreur ! Pire que cela… c’est une faute.

     Azpeitia recevait le Fandi, hier, pour sa réapparition, après l’accident de Santander. La veille, la petite plaza basque avait été divisée par l’actuacion d’Antonio Ferrera. Hier, face à deux Santacoloma de San Martin, nobles et puissants, le Fandi l’a faite exploser, de joie et d’admiration. Il n’était que de voir les visages, à la sortie… tous « enfandilados » ! Et n’allez surtout pas croire qu’il en était ainsi, parce que nous étions dans une plaza de pueblo… Il en aurait été de même dans n’importe quelle grande arène… D’ailleurs, les statistiques sont là pour le prouver : au 28 Juillet, El Fandi avait toréé 33 corridas, coupé 82 oreilles et 6 rabos. Et, parmi ces trophées, Madrid, Pamplona, Valencia, Granada, Santander… and so on !
     David Fandila, « El Fandi » aura triomphé partout… sauf en France, parce que l’on ne l’y a pas laissé entrer ! C’est « vraiment » dommage, et malheureusement… très significatif.

     2 Août – AZPEITIA – 3ème et dernière de Feria – Casi lleno – Temps gris, agréable, percé d’un peu de vent frisquet : Six toros de San Martin, les Santacoloma de Pepe Chafik. On regrettera la présentation trop réduite de certaines têtes, aux pitons courts, brochos mais engatillados, ou très abîmés, comme ceux du dernier. Par contre, ouverts et astifinas les cornes du cinquième, à qui l’on donna vuelta al ruedo. Côté « moral », la corrida « alla a mas », tant en présentation, qu’en bravoure et en caste. Des toros qui, sans niaiserie, permirent le toreo, et firent la joie des aficionados, d’autant que chacun des diestros donna la meilleur de lui-même pour triompher. En fin de corrida, le Fandi et le mayoral de San Martin sortirent a hombros, sous l’ovation générale.
    Luis Miguel Encabo (Silence – Ovation après avis) ne put supporter la comparaison, banderilles en main, avec le Fandi. Classique, un peu balourd, Encabo posa un bon quiebro, à l’invitation du granadino, mais subit un gros échec, en trois assauts au quatrième.
     Muleta en main, Encabo fait les choses avec classicisme et grande technique… mais ne transmet que peu au gradin. Dommage. Ajoutons à cela un gros problème au descabello, et l’on a un résultat terne, traduisant une actuacion pourtant intéressante à la muleta. Son premier, tardito, « cartonnait » à droite… le madrilène lui donna une faena gauchère, qui baissa rapidement de ton, pour tuer d’une demie ladeada, suivie d’une kyrielle de descabellos. Par contre, trasteo « a mas » au quatrième, après un gros susto à la cape et l’échec relaté, aux banderilles. Faena qui va aller crescendo, le torero « se laissant aller » sur quelques derechazos très applaudis, mais sans totalement connecter avec le gradin. Grosse épée, bien portée, mais qui ne tue pas. Encore une fois, Encabo bafouillera son descabello et prendra un avis, au lieu d’une oreille.
     « El Fandi » (Oreille – Deux oreilles) a enthousiasmé le public, par son abattage, par la sympathie qu’il dégage, et par la qualité de son toreo. Son premier est un cardeno « très Buendia », à petite tête. Fandi va mettre le feu, d’entrée, avec le capote. Après un bon quite par navarras, premier feu d’artifice aux banderilles avec une paire « de la moviola », courant à reculons et « un violin », millimétré. Grosse ovation, le Fandi félicitant Encabo pour son quiebro. Toro vibrant, et faena étincelante, débutée par quatre muletazos à la fois doux, autoritaires et longs, qui indiquent le chemin. Abondante faena, comportant de très importantes séries, à gauche, le diestro tirant longuement la charge du bicho, et clôturant par de formidables pechos. Final par adornos à genoux et une surprenante série de naturelles, pieds joints, le toro passant au ras des chevilles. Le tout, très limpio, très propre, très calme et  souriant. Entrant fort, une entière, un poil de côté, le toro roulant rapidement. Une oreille, en toute logique.
     Le cinquième, sérieusement armé, allait donner au Fandi l’occasion de démontrer à tous l’étendue et la qualité de son registre, dans les trois tiers : A la cape, dans les largas et véroniques à genoux ; dans le quite par lopecinas. Aux banderilles, par un immense tercio, dont deux paires sont monumentales : Le « violin », bien sûr, mais cette deuxième où le torero part pour un poder à poder, fait une feinte au moment de la réunion, inversant le terrain, repartant à reculons, plantant en toute puissance et gagnant de vitesse la poursuite du toro…. toujours à reculons. Le tout d’un seul trait, laissant le public et le toro, sur le… ! »
     A la muleta: faena complète, extrêmement liée, templée de longues séries sur deux mains, la muleta loin devant, et loin derrière. Grands pechos et adornos variés, explosant de joie, sans aucune vulgarité. (C’est fou comme les choses peuvent changer en 24 heures !). Semblant ne jamais se fatiguer devant les cornes, Fandi poursuit son trasteo, en toute complicité avec un toro totalement conquis. Faisant la suerte « à fond », une entière al encuentro qui déchaîne la joie du public : Deux oreilles, vuelta au toro « Campanillero » et un long abrazo avec un mayoral de San Martin, impeccablement vêtu, fou de joie.  Un grand moment pour tous.
     Cesar Jimenez (Ovation, après avis – Oreille) remplaçait Antonio Barrera. Bien sûr, son style est différent, plus étudié, plus classique, mais le public sut s’y adapter, soutenant le jeune madrilène, face à deux toros aux conditions différentes : Un premier, sérieux, bizco qui lui mena la vie dure au premier tiers, grattant le sol et le serrant beaucoup, à la cape, avant de prendre un puyazo très lourd. Le sixième sortit en bolide, et ne le laissa pas respirer, cape en main. Puissant, pegajoso, le toro poursuivit la cape qui sortit vers le centre et eut bien du mal à l’arrêter. Après deux magnifiques paires de banderilles du Chano, qui dut saluer, Jimenez entama une première par sept muletazos à genoux, avançant vers le centre. Toro tardo, que le jeune diestro va « presser comme un citron », alternant les positions debout et agenouillées. Deux pinchazos et une entière tendida donneront lieu à un avis et une ovation.
     Face au sixième, également noble, Jimenez donnera une faena en deux parties, tirant de calmes séries sur les deux mains, après avoir débuté par trois cambios dans le dos, au centre de la plaza. Puis, le toro se retenant un peu, le torero se mit « à bout portant » et arracha les passes, une à une. Faena technique, valeureuse, qui lui valut un accrochage sans conséquences. Très décidé, Jimenez mit une bonne épée, un peu ladeadita, et coupa une oreille.

     En ouverture, le jeune cavalier Igor Etxaniz « Kintela » s’en était relativement bien sorti, devant un gros novillo de Martelilla. Un challenge relativement ardu pour ce jeune, qui en est à ses tout débuts. Un peu long à fixer son adversaire, quelques passages à faux et de logiques difficultés à la mort, ne peuvent gommer une grande bonne volonté, que le public salua affectueusement, pendant la vuelta al ruedo.

     Ainsi se termine « Azpeitia, et sa feria 2002… » : Trois corridas où il se passa chaque jour, « quelque chose »... Trois jours d’amitié, de convivialité et d’aficion. Trois corridas où le public a vibré, a la caste des Cebada Gago, ou à celle du Fandi ! Trois jours où les gradins se sont tous levés, d’un même cœur, au moment où résonnait « le Zortziko », hymne magnifique, joué par un orchestre remarquable, en souvenir d’un banderillero tué en Azpeitia, il y a tant d’années, mais jamais oublié. Moment de musique et de respect, qui réunit le public et les toreros, dans un même hommage à la Fiesta brava. Enhorabuena, Azpeitia !

 

PONCE REVIENT, RINCON SALUE…

     3 Août : La journée du 2 Août 2002 a été marquée par de grandes ovations qui font que le monde taurin reste avant tout « humain », marqué de cette sensibilité, et cette convivialité dans l’émotion, qui font que l’on se respecte, peut-être bien plus qu’ailleurs, quels que soient les statuts de chacun, et les intérêts engagés.
     Hier, un torero a repris l’épée, après une cornada « où il a vu la mort ». Hier, Enrique Ponce réapparaissait, en plaza de Huelva, et tout le monde l’a salué, debout. La montera au niveau du cœur, le diestro ne put cacher son émotion.
     « Après », cela s’est plutôt bien passé, sauf à l’épée. Ponce a donné un bonne faena, mais… « pincho mucho… » Chaud ! Il faut attendre !
     Paco Ojeda, également, revenait, après sa légère mais douloureuse blessure de Burgos. Ce fut plus difficile. Son retour aux ruedos était déjà laborieux, avant la blessure… alors imaginez, après.
     Autre ovation, autre plaza, autre émotion : La Coruña a salué un « matador ganadero » : Cesar Rincon. Elle l’avait beaucoup aimé comme matador, elle continue à ovationner le ganadero. Pourtant, les nobles toros du Torreon étaient un peu « inégaux de trapio et de forces ». Mais, quand on aime, on ne compte pas !
     Pour revenir à des choses plus terre à terre, du genre « negocios », on dira simplement : Finito, Jose Tomas et Morante, à La Coruña… une demi arène !

     2 Août – HUELVA – 2ème de Feria – Plus de ¾ de plaza : Toros de Salvador Domecq, El Torero, inégaux, justes de présence et de forces, sauf le quatrième ;Noblotes et sans castre, la majeure partie manifestant de la soseria. Le meilleur fut le cinquième. Très faible, le sixième fut remplacé par le sobrero du même fer.
     Paco Ojeda (Ovation – Silence) connut quelques difficultés dans une faena sans grande émotion, face à un premier distrait, noble mais fade. Le quatrième, par contre, imposait plus, et demandait la bagarre… Ojeda débuta très fort, en une première série droitière despatarrada, mais il ne tint pas la distance, et malgré une gestuelle excessive, ne trompa personne. La fin de faena le vit débordé. Bajonazo et nouvelle déception. 
     Enrique Ponce (Silence – Vuelta, après un avis) ne put s’exprimer, devant un premier toro difficile, qui garda la tête en haut. Bien avec la cape, Ponce essaya de le réduire, et tua mal, de quatre pinchazos. Par contre, bonne faena, essentiellement gauchère, face au bon cinquième, débutée « liée », et finissant au coup par coup, le valenciano, citant à la naturelle, muleta pliée au bras. Malheureusement, ce beau passage  qui avait rassuré tout le monde, se termina mal, le toro reculant, descuadrandose, chaque fois que Ponce se profilait pour tuer. Ce fut un peu laborieux : trois pinchazos, un dernier, hondo, et deux descabellos. Adieu trophées, mais... bienvenue à nouveau, monsieur Ponce.
     El Juli (Ovation – Une oreille), s’est accroché fort devant le troisième, un « soso mou », puis a mis tout la vapeur devant le remplaçant sixième, coupant une oreille pour de bons passages à gauche et une demi épée, volontaire mais caidita.

     2 Août – LA CORUÑA – 2ème de feria – ½ plaza : Cinq Toros du Torreon, inégaux de présence, un peu courts de forces, mais nobles. Le sixième fut le mauvais numéro. Le sobrero de Garcigrande, sorti cinquième, « juste en tout ».
     Finito de Cordoba (Oreille – Ovation) eut quelques bons moments « a mas », face au premier. Mais actuellement, Finito n’a pas la tête à bousculer les choses. Actuacion professionnelle d’un torero « pourri de classe », mais qui fonctionne, sans se donner à fond. Comme cela, il peut durer vingt ans.
     Jose Tomas (Oreille – Ovation) eut le mérite d’intéresser un premier toro qui fit une première partie de distrait, presque manso. Long trasteo où le diestro, peu à peu, intéresse le toro, et reserre son emprise. Le cinquième était un toro aspero, sans aucune classe. La faena coula, doucement.
     Morante de la Puebla (Oreille – Bronca) a eu d’excellents passages devant son premier : muletazos « se sentant torero », longs, totalement relâchés, et grands enchaînements en toute esthétique… Une bonne oreille, après une bonne estocade. Par contre, changement de tableau, au dernier, un « dur dur » que le torero de La Puebla ne voulut pas voir.

     Hier, les démons d’Internet nous ont joué de mauvais tours, empêchant toute « reconnexion »… (Cela vous arrive il, aussi ?). Du coup, on n’a pu vous raconter les deux premières de Huelva et La Coruña.

     En bref, on dira qu’à Huelva est sortie une très intéressante corrida de Celestino Cuadri, très bien présentée, solide et difficile. Des toros « qui regardaient » beaucoup.
     Pepin Liria, qui remplaçait le Fandi, est sorti « a hombros », après avoir coupé une oreille à chcun de ses toros. Batailleur et torero, Liria remporte là un des meilleurs succès de sa difficile saison – Padilla coupa l’oreille du cinquième : Vibrant au capote, volontaire et gros tueur – Francisco Barroso s’est battu comme un beau diable, se faisant vilainement accrocher à deux reprises. Tua bien son premier, mais pincha le dernier. Oreille à l’un, et grande ovation, à la sortie.

     A La Corogne, la corrida du Puerto San Lorenzo n’a rien cassé : Juste de forces, inégale de comportement. Le premier fut le pire.
     El Cordobes coupe au quatrième, une oreille avec pétition de la seconde : faena en deux temps… du sérieux et du cirque – Victor Puerto se montra torero : Une oreille et vuelta, parce que tua mal le cinquième – Juli sort a hombros, ayant obtenu un trophée chaque fois : entrega et variété, confirmées à l’épée.

 

BAYONNE : QUAND DANSENT LES CHEVAUX
De Mendoza triomphe – Alvaro Montes séduit

     4 Août : Quelle beauté ! La plaza est pratiquement pleine, ensoleillée, peuplée « de blanc et rouge ». Dans la rue, le bruit, la sueur, l’âcre odeur de la fête embrumée d’alcool… Dans l’arène, la convivialité, le respect et la joie… Chapeau, Bayonne !

     De l’autre côté de la piste, face au toril, Pablo Hermoso attend la sortie de son toro, en caressant doucement les oreilles de son cheval, comme pour lui dire « Allez, sois tranquille, cela va bien se passer, et on va bien s’amuser, tous les deux ». Commence alors un ballet magique, fait de galopades et de feintes, de virevoltes et de coups de frein à main. Au centre de ce tourbillon, le toro est devenu complice, courant après le vent, regardant voler les anges. Alors, le cheval se met à danser et le public hurle, enthousiasmé. Là-haut, comme Dieu dans son paradis, Pablo Hermoso de Mendoza le prend à témoin : « Je vous avais bien dit qu’on allait s’amuser ! ». Quatre oreilles et une queue, et partout la joyeuse admiration.

     Dans le callejon, un jeune homme le regarde, perdu dans ses pensées. Lui aussi a chevauché comme un ange. Egalement, il a fait danser son cheval, et a joué du violon… Loin d’avoir les facilités et la formidable « cuadra » du navarrais, il a pourtant donné le moment le plus intense de la tarde, au sixième : Un « violin » avec une courte, suivi d’un desplante, penché vers le toro, caressant son frontal, des deux mains. Pourtant, le sort n’a pas voulu… Un sort qui s’acharne et assombrit son regard : Le cheval sauteur de l’an dernier, qui est parti vers d’autres pâturages… Cette tendinite à l’épaule droite, qui lui gâche la vie, depuis des mois, et l’empêche d’appuyer, au moment de la mort… Et ce maudit descabello qui ne veut pas faire son office de rapidité… Maldita sea !
     Dans le callejon, le jeune homme regarde le collègue triomphant. On sent presque ses larmes ! On en pleurerait avec lui ! Alvaro Montes a perdu quatre oreilles, à cause du descabello. Mais les ovations du public tout entier lui ont dit, doucement : « No pasa nada ! Tu es « un grand », et on te reverra, ici, avec un immense plaisir ! Continue, et à l’an prochain ! »

     Pendant ce temps, un autre homme regarde le ciel bleu. L’an dernier, le crépuscule était de feu, d’horreur. De l’odieux attentat, seuls deux chevaux se sont sauvés, à jamais mutilés par la haine des hommes… Aujourd’hui, la paix est retrouvée, peut-être, mais le cœur n’y est plus. Malgré la gloire et la richesse, Luis Domecq  a perdu… la flamme.

     Reste Bayonne, la blanche et rouge ! Reste Pablo, plus « hermoso » que jamais ! Restent « les yeux des chevaux qui dansent »…

    3 Août –BAYONNE – Corrida de Rejoneo des Fêtes – Casi lleno – Grand beau et belle ambiance:
     Six toros de Benitez Cubero et Maria Pallares, imposants de poids, trapus et, en général, bons collaborateurs. Le premier manifesta une grosse tendance aux barrière. Il y eut également un petit manque de codicia, d’agressivité et de continuité, dans la charge.
     Luis Domecq fit preuve d’un grand classicisme, calme et sans imagination. Les rejones et banderilles tombèrent, bien ou moins bien, au cours de deux prestations qui suscitèrent murmures et applaudissements de politesse. Il tua mal le premier, et attendit lourdement la mort du quatrième, s’octroyant une rapide vuelta que le public accueillit avec bonne éducation.
     Pablo Hermoso de Mendoza « a tout emporté »… Quatre oreilles, et la queue du cinquième. Peut-être un peu excessive, cette dernière, plus due à une fausse manœuvre présidentielle qu’à une réelle apothéose, qui vous transporte eu ciel. Peu importe ! Le cavalier navarrais a construit deux actuaciones « a mas », alliant la rigueur géométrique à l’indicible beauté d’une grande inspiration artistique, en toute complicité avec ses chevaux. Ils n’ont pas la géniale personnalité de « Cagancho », mais ils en sont les dignes successeurs, et Bayonne leur a fait grande fête, en particulier à « Batista », le cheval qui danse ; à « Danubio » ou « Mariachi » ;à « Chicuelo », « Albaicin » ou « Monterrey »…
     Ajoutons à cela une réelle faculté de communication avec un public d’avance conquis, et une grande promptitude à l’heure du rejon final… Pablo Hermoso de Mendoza est « différent ». On retiendra un final de gros impact sur le public, au cinquième toro : Le cheval qui danse, les virevoltes à tour complet, au mufle du toro et, en point d’orgue, la pose des banderilles courtes, à deux mains. De Mendoza triompha totalement, en toute justice, sortant a hombros avec en main, « le Makila d’honneur » offert au vainqueur de la journée par la Peña Campera.
     Alvaro Montes n’a pas à rougir de ses prestations. Elles ont séduit le public, et l’ont souvent mené au plus haut degré de l’enthousiasme et de l’affection. Hélas, et cette maudite tendinite persistante en est peut-être la cause, le jeune cavalier fut catastrophique avec les armes tauricides, que ce soit le rejon ou, surtout le descabello. Malgré sept coups de verduguillo, le public lui demanda une vuelta, au troisième. Par contre, on perdit le compte, au sixième, et là, les tendidos le grondèrent, comme on dispute un enfant qui met des miettes partout sur la nappe. « Autant de descabellos que de miettes », et un avis à la clef. Quel dommage… mais quelle ovation, tandis que le jeune s’excusait, totalement désolé de sa maladresse. Grand torero et grand public !
     D’Alvaro Montes, on retiendra la réception de son premier, à la garrocha, hélas un peu gâchée par le peu d’agressivité du bicho. Et puis ces deux formidables banderilles « al violin », qui levèrent les gradins. D’Alvaro Montes, on retiendra surtout le moment de total enthousiasme de la tarde, au sixième : Les deux banderilles courtes, au cordeau, et dans un moment de frénésie artistique, la troisième courte, al violin », suivie d’un desplante, le cavalier « lâchant tout », et posant ses deux mais sur le frontal du toro. Y olé, Torero ! A l’année prochaine, à tout prix !

     Grands moments de Rejoneo, hier, à Bayonne ! Grands moments de tauromachie, tout simplement et, dans les yeux, la plus grande joie… tandis que dansent les chevaux !

    Ce 4 Août, « la fête continue », avec une corrida d’Atanasio Fernandez, pour Stéphane Fernandez Meca, Juan Jose Padilla et Antonio Ferrera.
     En plaza d’Hagetmau, première novillada de Feria : Ganado de Adelaida Rodriguez, pour Emilio Laserna, qui remplace Tejela, Manolo Escribano et Fernando Cruz.

 

HUELVA : LE REVEIL DE FINITO !

     4 Août : Enfin… il était temps ! Mais attendons un peu, il pourrait bien reprendre sa sieste… Finito de Cordoba a monté « un faenon », hier, en plaza de Huelva, face à un toro de Nuñez del Cuvillo, pour qui certains ont demandé l’indulto. Cependant, le président a clairement indiqué que « pas question ! », le toro ayant fait mine de « rajarse », à deux reprises. Noble et encasté, certes, mais rien de plus ! On ne lui accorda même pas la vuelta. Pendant ce temps, Jose Tomas poursuit sa longue errance…

     3 Août – HUELVA – 3ème de Feria – ¾ de Plaza : Corrida de Nuñez del Cuvillo, très discutable de présence, les premier et troisième n’ayant pas l’âge pour être lidiés en corrida : Nés en Août 98. Le lot a été sauvé par le quatrième, « Aguaclara », 521 kgs, un toro de grande codicia, de grande fijeza. Les 3 et 6èmes furent les plus mauvais.
     Finito de Cordoba (Ovation – Deux oreilles) s’est montré « élégamment apathique » devant son premier, presque comme tous les jours. Par contre, il trouva la lumière, face au grand quatrième, et se laissa aller, tant à la cape qu’à la muleta. Faena de pure esthétique et de douceur, le toreo fondamental, au ralenti, se mêlant à de grands moments d’empaque dans les adornos et remates de séries. Le cordouan tarda un peu à prendre la main gauche, mais dessina de grandes naturelles, tandis qu’une partie du public réclamait la grâce du toro. La présidence refusa tout net, et le Finito tua rapidement, obtenant un triomphe qui, on l’espère, en appelle d’autres.
     Jose Tomas (Oreille avec pétition de la deuxième – Sifflets) semble errer dans un autre monde. Longue faena au premier, multipliant les séries « sans jus », mais permettant d’enchaîner des séries que le toro n’avait pas, au départ. Estocade efficace, et un bon succès. Mais ce n’est pas là « le » Jose Tomas que l’on attend. Cette triste impression se confirme devant le cinquième, que le torero de Galapagar, ex Samouraï, ne voulut pas voir.
     Morante de la Puebla (Palmas aux deux) toucha le mauvais lot, comme souvent. Cependant, àaprès de bonnes véroniques, il patina beaucoup, en divers terrains, face au troisième qui chargeait au pas, tête en haut. Le dernier était une vraie carne, qui de blessa à un antérieur, au sortir de la pique. Pas grand chose à faire… et Morante ne fit rien !

 

DANS LES AUTRES PLAZAS : BEAUCOUP D’OREILLES, EN BOUCLE !
Infâme corrida de Jose Luis Marca, au Puerto !

     4 Août : La journée a été marquée par de nombreux triomphes, comme ceux de Caballero et De Mora, à la Coruña ; de Padilla et Ferrera, près de Valladolid ; ou du Fandi, en Navarre. Par contre, on surveillait du coin de l’œil, la 5ème corrida de la grande saison, au Puerto Santa Maria. Ponce y continuait « son retour »… Hélas, les toros de Jose Luis Marca ont gâché la fête, et seul le Juli a pu leur arracher une sortie a hombros. Divine jeunesse !

     3 Août – La CORUÑA – 3ème de Feria – Media plaza : Toros de Varela Crujo, issus de Torrestrella et Sampedro Hermanos, de bonne présence et de grand jeu, malgré un petit manque de forces.
     Ortega Cano est très aimé, ici. Le public se montra donc respectueux de son total manque de facultés physiques, de recours et d’envie. Très généreux aussi, puisque lui accordant l’oreille du quatrième – Journée complète de Manolo Caballero, devant des toros de classe. Longues faenas, très templées, chaque fois conclues de grands estocades : quatre oreilles – Eugenio de Mora remplaçait Rivera Ordoñez. Il donna la meilleure faena de l’après midi, au troisième, toréant très long, et très relâché. Deux oreilles. Le toledano « inventa » le sixième toro, mais ne coupa qu’une oreille, au grand dam de tous.
     Caballero, De Mora et le mayoral sont sortis en triomphe par la grande porte du Coliseum.

     3 Août – PUERTO SANTA MARIA - 5ème corrida de la Temporada grande – Casi lleno : corrida détestable, mal présentée, laide et de « mala leche », de Jose Luis Marca. Una mansada !
     Enrique Ponce toucha le mauvais lot, et ne put que se comporter en torero qui sait ce qu’il doit faire en de telles circonstances… et il le fit bien. Applaudi, chaque fois – Javier Conde ne voulut pas voir ses adversaires. Sifflé à chacun – El juli s’est battu comme un chien, donnant de bonnes passes au troisième et se bagarrant avec le dangereux sixième, qu’il tua d’un gros coup d’épée. Oreille de chaque toro, et deuxième sortie a hombros du « Puerto 2002 », pour Julian Lopez « El juli ».

    3 Août- ISCAR (Valladolid) – ¾ de plaza : Corrida, grande et difficile, de Castillejo de Huebra.
     Espla « écoute » deux silences, avec avis au premier – Juan Jose Padilla coupe les deux oreilles de son premier, mais rencontre de grosses difficultés au cinquième : deux avis – Antonio Ferrera écoute une ovation, au troisième, et met le feu à la plaza, face au dernier : Deux oreilles.
     Triomphe et un voyage court… De bonne augure, pour Bayonne, avec Padilla et Ferrera, cet après midi.

     3 Août – ESTELLA (Navarre) – 1ère de Feria – lleno : Corrida de Branco Hato, difficile.
     El Califa coupe l’oreille du premier – Dans sa « lignée » d’Azpeitia, El Fandi renverse tout et emporte quatre oreilles – Francisco Marco, le navarrais, récent triomphateur de Santander, accompagne le granadino « a hombros », ayant coupé une oreille de chaque adversaire.

    3 Août – VALDEPEÑAS – ¾ de plaza : Bonne corrida de Los Guateles. On a donné vuelta posthume, au troisième toro.
     Vicente Barrera et Uceda Leal coupent chacun deux oreilles de leur premier adversaire. Mais c’est Victor Puerto, complet et inspiré, qui triomphe totalement : Deux oreilles et deux oreilles et rabo.  

 

BAYONNE : « CE FERRERA-LA… OUI ! »

     5 Août : On se souvient de la rogne qui était la nôtre, au sortir de la corrida d’Azpeitia. Antonio Ferrera avait monté un cirque « de mil demonios », voulant absolument faire gracier le cinquième et « passant la ligne jaune », ensuite, en lui mettant une épée, pour le moins « discutable ». D’où la conversation, bien amicale, avec Don Luis Alvarez, son apoderado, au moment du sorteo, hier matin à Bayonne. « La qualité d’Antonio, est d’être très malin, mais aussi d’écouter. Lorsqu’il faut couper les oreilles « à tout prix, ben… mais lorsqu’il faut être « sérieux », il m’écoute » - « Ah, bon ! Et aujourd’hui, Don Luis, que lui avez vous dit, pour Bayonne ? » - « Sérieux ! ».

     Et, bon Dieu ! pour sûr qu’il a été sérieux, concentré, calme, muy torero toute la tarde ! Autant on pouvait rager, l’autre jour, autant il faut saluer bien bas, devant l’actuacion d’Antonio Ferrera, hier, en plaza de Bayonne : Formidable, au capote, avec de grands moments purement artistiques (demi véroniques et remate à une main, devant le troisième) ; « Enorme! » aux banderilles, au sixième, dans un por dentro ultra serré face à une brute « incertaine », sur l’espace d’un timbre poste, contre les barrières ; très sérieux muletero, face au bon troisième, toréant templé, « la mano dormida ». Un malheureux « metisaca », au sixième, l’empêcha de couper une deuxième oreille qui lui aurait ouvert la grande porte. Dommage ! Cependant, un gros bravo, sans réserve aucune, et la confirmation de ce qui était dit, ici, vendredi matin : Antonio Ferrera n’a pas besoin de ces « coups de stromboli », pour couper les oreilles. Ce qu’il a fait, hier à Bayonne, lui vaudrait grand succès partout, que ce soit à Madrid, ou à Laguian-Mazous ! Certes, la pression est là, et il faut couper autant que le Fandi, avec qui Ferrera mène un amical, mais terrible duel. Hier, avant que ne sorte le sixième, Don Luis savait déjà que le Fandi avait coupé « les deux de son premier », à Santander. Ferrera est sorti "comme un lion", face au dernier Atanasio. Hélas, il trouva… une mule, et le tua… comme une mule ! Maudit metisaca ! Ca ne fait rien !

     Par contre… « il ne faudrait pas trop attendre pour voir ces deux toreros à la même affiche… » Vous ne croyez pas ? Et, à ceux qui disent « Facile à dire, aujourd’hui… », un tout petit conseil : allez voir certains de nos éditos… l’an dernier !

     Pour le reste, la corrida d’Atanasio n’a donné que peu de facilité, et les toreros n’ont pu répondre qu’avec de piètres arguments : Fernandez Meca, avec une vaillance « bien gigotée », et Padilla, horriblement vêtu de son « costume pyjama » rose tendre à peine effleuré d’or, (qu’aurait probablement bien porté Luis Miguel Dominguin), qui s’est comporté « en bûcheron » : de l’abattage, mais beaucoup de bruit, pour un piètre résultat, alors qu’il toucha « un des bons », de la journée.
     Pour le reste… plaza pleine (casi !) et grande ambiance. Certes, il y eut bien quelques coups de gueule intempestifs, quelque chanson malvenue, mais… allez savoir pourquoi, ce manège  se tut lorsque Ferrera s’avança vers ses toros. « Sérieux, aujourd’hui ! » avait dit Don Luis… Et tout le monde a obéi ! Jo !

     4 Août – BAYONNE – Casi lleno  - Grand beau temps :
     Cinq toros d’Atanasio Fernandez et un de Aguirre Fernandez Cobaleda, sorti cinquième. Des « grandes carcasses », volumineuses, hautes, sérieusement mais inégalement armées, sans grande beauté. Au moral, bien peu de qualité, si ce n’est que la corrida « a tenu debout », et que deux toros, au moins, ont servi, les trois et cinquièmes. Pour le reste, des moruchos, qui ne se définissent pas, ne rematent pas, vont et viennent sin fijeza, percutent lourdement les cavaliers, et s’en vont vers d’autres aventures. Le premier permettait il plus ? On peut avoir un doute, car il chargea fort et bien dans la seule série « bien appuyée » que Meca lui imposa. Le sixième chargeait, mais à contre cœur, « descolocando al torero ». La            plupart ne prenait pas le muletazo entièrement, obligeant les diestros à marcher beaucoup et rectifier la position. Corrida incommode, peu spectaculaire, pour la grand public, sans grandes possibilités, pour les toreros.
     Stéphane Fernandez Meca (Vuelta – Ovation) s’est appliqué, mais a caché une certaine fébrilité, derrière des artifices qui ne sont pas « Meca ». Certes, il faut animer le public ! Certes, il faut lui en donner pour son billet… mais on attend de Fernandez Meca, de la fermeté, de la technique et de la sobriété, adaptées au toro. Le français a fait illusion avec la cape, s’est montré précieux dans toutes les lidias, faisant de très utiles « quites de secours », mais se montrant très « movido » à la muleta, en particulier face à un premier qu’il aurait mangé tout cru, il y a peu de temps encore, nous semble t’il. Ce toro prenait « medio muletazo » et se retournait court… mais lorsque Meca se planta, et tira « à fond », le toro prit quatre gros derechazos, suivi d’un vibrant pecho. Mais voilà…
     Face au quatrième, qui s’éteignit rapidement, le français ne put que porfiar, vainement. Heureusement, Fernandez Meca tua vite, donnant une vuelta un peu généreuse, à la fin de son premier combat. 
     A noter deux curiosités : Le quatrième, que le français abat d’un descabello… et qui se relève, quelques instants plus tard, au coup de puntilla. Et l’autre : Un quite « al alimon », à deux, face au premier de la tarde, Meca et Padilla  « chicuelinant de concert », sous les yeux d’un Ferrera impavide.
     Juan Jose Padilla (Division – Ovation) avait les faveurs du public… au début. Mais un très lourd puyazo, carioqué par le picador de réserve, à son premier adversaire qui avait basculé le titulaire, a fait rugir les gradins d’une juste colère. Ajoutons à cela un tiers de banderilles voué à l’échec, le toro allant et venant, distrait, tête haute… Padilla eut beau multiplier quelques fausses bravades, il subit un échec, ratifié par une mise à mort hasardeuse (« Lo cazo » sur une arrancada, tête en haut !). On espérait plus du Jerezano, face au cinquième, qu’il toréa correctement de cape, et qu’il banderilla spectaculairement, en particulier dans un « violin » musclé. Bon début à genoux, puis un fatras de passes plus ou moins coordonnées, plus ou moins templées, plus ou moins esthétiques. Tout fut « plus ou moins… » 
     A la fin, la mort fut « plus ou moins » efficace, en trois épisodes, et le public marcha… plus ou moins. Ce toro, cependant, méritait… plus !
    Antonio Ferrera (Une oreille – Ovation) a été « énorme » dans son capeo de réception au troisième de la tarde : Longues véroniques, une grande demie, qui fait rugir, et un formidable remate à une main, faisant la joie des photographes qui ne se sont pas laissés surprendre. Olé ! Grande mise en suerte, très bien rematée d’une demie. Après la pique, mesurée, Ferrera garde le toro entier, pour des banderilles partagées avec Padilla. On retiendra un vibrant quiebro, suivi d’une virevolte, pour sortir de la suerte, sous les ovations. Faena très sérieuse, débutée en torero, par doblones d’efficacité et de grande esthétique. Vint alors un toreo reposé, sur main droite, les passes se succédant lentement, sans violence, la main « s’endormant », à plusieurs reprises. Longues séries, bien terminées par de grands pechos. A gauche, le toro protesta un peu, et Ferrera termina par le haut, en manoletinas et banderas impavides, closes d’un remate par le bas, en marchant. Muy bueno ! Pinchazo, hélas, et grosse épée, qui libère une oreille qu’il aurait coupée en toutes plazas. Très bien, Ferrera.
     A n’en pas douter, "il voulait", face au dernier. Hélas, le toro ne le laissa pas toréer de cape, et ne donna pas trois charges suivies, au cours de la faena. Ferrera s’accrocha comme un perdu, réussissant à lui arracher deux séries de droitières de grand mérite. L’oreille était peut-âtre gagnée, mais un malencontreux metisaca, bien vilain, blessa mortellement le morucho. Adieu l’oreille, mais reste le souvenir d’un fabuleux tercio de banderilles, à ce toro : Quatre paires, dans l’enthousiasme général, et en particulier, la deuxième, partant des barrières, vers l’extérieur, et changeant le trajet, pour clouer «pa dentro». Terrible ! Il n’y avait pas un mètre, entre les cornes et le bois… Ah, l’animal ! Superbe ! Furieusement sauvage et grandiose. En un mot… Torero !

     Ce dimanche à Bayonne… « Ce Ferrera-là… oui, bien sûr ! »

 

DIMANCHE DANS LES RUEDOS : TOMAS ET PONCE... POUR DIFFERENTES RAISONS.

     5 Août : Ce premier dimanche du mois d’Août aura été marqué par deux évènements qui feront date, dans  "la trajectoire 2002" de deux diestros les plus attendus de l'escalafon, pour des raisons différentes :
     Jose Tomas semble avoir ressuscité, au Puerto Santa Maria, donnant une importante faena à un toro de Torrestrella.
     Par ailleurs, et plus malheureux, Enrique Ponce a du s’arrêter à nouveau, pour une raison bêtement « intestinale », deux jours après sa rentrée. On savait que le Valenciano avait été fortement anémié, après la blessure de Léon, le 23 Juin, et son organisme a peut-être abandonné quelques résistances à d’autres ennemis, bien plus petits que les toros, mais beaucoup plus tordus…

    4 Août – MADRID (Las Ventas)  - 1/3 de plaza : Toros de Hernandez Pla, inégalement présentés et de peu de jeu, en général. Seul le 2eme « dura » et permit le toreo.
    Frascuelo (Oreille – Division) est le véritable chouchou d’un certain secteur de Las Ventas. Dès le paseo, on le fait saluer, fait rarissime à Madrid. Le vétéran a encore une fois justifié cette cote d’amour, en se montrant très torero avec cape et muleta, devant le seul toro valable de la journée. Tuant vite, Frascuelo coupa une oreille qui lui laisse les portes ouvertes « pour 20 ans de plus ». Par contre, le quatrième était d’un autre tonneau, et Frascuelo resta sur une digne réserve.
     Miguel Martin (Ovation – Silence) s’accrocha devant le troisième, un vilain de type, pas commode. Des hauts et de bas, sans se désunir, toutefois. Le cinquième était très compliqué, et Martin ne put que vainement s’arrimer. Il banderilla correctement ses deux toros.
     Curro Vivas (Ovation – Applaudissements), d’Almeria, confirma son alternative devant le toro « Confitero », un cardeno de 471 kgs. Ce sera le seul souvenir de cette tarde où il toucha les deux plus mauvais, l’un dangereux, l’autre complètement arrêté. Vivas se montra en tout instant, calme et décidé. Il tua bien le toro de la cérémonie, et banderilla le sixième avec brio.

    4 Août – BARCELONA – 1/3 de plaza : Corrida de Villamarta, bien présentée, en général, mais qui ne donna que bien peu de jeu
     El Califa (Silence partout) toucha le mauvais lot, et ne put que s’accrocher en vain
     Alfonso Romero (Vuelta et Ovation, après un avis) se montra remarquable capotero, chargeant la suerte en de longues véroniques, très templées. Bonne faena, bien construite, face au cinquième, avec, à chaque toro de bons moments, de grande esthétique. Hélas, l’épée, encore une fois…
     Serafin Marin (Oreille – Oreille et sortie a hombros) recevait l’alternative. Il connut une grande journée, se montrant « puesto », dans tous les compartiments de la lidia. Oreille, devant « Previsor », le toro d’alternative, un castaño de 549 kgs. Et un nouveau trophée, au dangereux sixième.

     4 Août – PUERTO SANTA MARIA - ¾ de Plaza – Grande ambiance : Corrida de Torrestrella dont les trois premiers ont donné grand jeu, en particulier le deuxième « Flor de Gamon », qui ne cessa de galoper, avec grande alegria.
     Paco Ojeda (Ovation – Sifflets)  revenait au Puerto, depuis le 21 Août 1994. Ce jour là, le public était sorti de la corrida, « en toréant dans la rue ». Huit ans plus tard, ce ne fut pas la même chanson. Son premier lui permit une formidable série de derechazos, mais le toro baissa un peu, et le diestro se mit à douter. Face au quatrième, Ojeda resta sur une prudente réserve, devant un toro qui « regardait » beaucoup.
    Jose Tomas (Deux oreilles – Ovation) a, enfin, connu une grande journée, toréant magnifiquement le bon deuxième, tant avec cape que muleta. Faena courte mais intense, surtout gauchère, douce, très templée, entrecoupée de trincherillas et remates de grand impact sur le public. Tuant bien, Jose Tomas put enfin regarder le public « dans les yeux ». Le cinquième était dangereux, court et vicieux. Jose Tomas s’accrocha très courageusement, ratifiant là, un coup d’éclat que l’on espère prémisse « du grand réveil ». Triomphe indiscutable.
     Jose Antonio Canales Rivera (Oreille – Oreille) ne laissa pas passer l’occasion de briller, entre deux figuras. Faenas brillantes, vibrantes, appuyées sur la technique, le courage et la variété. Il pincha son premier, mais mit un énorme coup d’épée au sixième, avant de sortit a hombros, en compagnie de Jose Tomas. Grand bonheur, pour le vrai successeur « artistique » de Paquirri.
     A noter une corrida télévisée en direct du Puerto, sur Tve1, Vendredi prochain – 18h30.

     4 Août – SANTANDER – Corrida de la Bienfaisance –  Presque plein : La corrida de Carriquiri est sortie bien présentée, mais « bien inégale ».
     Luis Francisco Espla (Ovation aux deux) ne s’est pas compliqué la vie, devant le premier. Il banderilla très inégalement le quatrième, et toréa « léger », jouant beaucoup avec un public qui  le suivit gentiment.
    El Fandi (Deux oreilles – Oreille) « trouve le toro », dans tous les terrains. Encore une formidable prestation du granadino, actuellement « emballé » : Capote, banderilles, bien sûr, mais également de très bons moments, muleta en main, comme dans la première partie de sa faena au deuxième Carriquiri : longues passes, main droite, très templées, très liées, avant de terminer par molinetes à genoux. Présent dans tous les quites, monumental aux banderilles, face au cinquième, Fandi remporta son troisième triomphe en trois jours : 10 oreilles en six toros.
     Javier Castaño (Ovation à chaque toro, avec un avis, chaque fois) Le salmantino s’accrocha beaucoup, templa souvent, mais fracassa avec l’acier : Epée au troisième, et descabello, au dernier.

     4 Août – PONTEVEDRA – Arènes pleines : Victime d’une soudaine grippe intestinale, au soir de la corrida du Puerto, Enrique Ponce a du suspendre son retour aux ruedos, étant remplacé, hier, par Eugenio de Mora, tandis que Cesar Jimenez occupera son poste, ce lundi, à la première de La Virgen Blanca, à Vitoria.
     Toros de Alcurrucen, correctement présentés et de bon jeu, en général.
     Manolo Caballero sort a hombros, coupant une oreille de chaque toro. La machine semble repartie – Bonne tarde de Eugenio de Mora, qui donne les grandes passes de la journée : Ovation et oreille – Le Juli s’est formidablement accroché, face au dernier Alcurrucen, lui arrachant un trophée, avec pétition « supplémentaire »

     4 Août – MARBELLA – Entrée catastrophique : 1/3 de plaza : Toros de Badia Hermanos, de jeu irrégulier.
     Finito de Cordoba, sur sa lancée de Huelva, a connu une grande journée, coupant les deux oreilles du quatrième et sortant en triomphe. Pourvu que ça dure - Victor Puerto s’est montré professionnel et sobre, devant un lot contraire. Ovation au deux – Morante de la Puebla a eu quelques geste au capote, puis a laissé tomber, devant un sixième, qui alla se fracasser dans un burladero.

     4 Août – ESTELLA – Casi lleno : Bonne corrida de Martelilla
     Miguel Abellan coupe l’oreille du quatrième – Francisco Marco n’entend que deux silences – Triomphe total de Cesar Jimenez, avec trois oreilles.

    4 Août – PALAVAS – ¾ de plaza : Toros de Soto de la Fuente, faibles et de peu de jeu. Seul le 3ème donna quelque jeu. Le 4ème se blessa à une patte, et fut remplacé.
     Denis Loré donna la seule vuelta du jour – Marcos Sanchez Mejias et Ruiz Manuel entendent une ovation, à leur premier adversaire.

    4 Août – HUELVA – Dernière corrida de la Feria – Rejoneo – ¾ de plaza : Corrida qui donna très peu de jeu, de Viento Verde.
     Leonardo Hernandez coupe l’oreille du quatrième, tandis que Fermin Bohorquez donne vuelta au deuxième. Mais c’est Pablo Hermoso de Mendoza qui triomphe, coupant une oreille à chacun de ses adversaires. A signaler que le Navarrais et ses formidables chevaux toréaient, la veille… à Bayonne.(Et là, on ne peut prendre l'avion, ni l'AVE (le TGV espagnol)

     4 Août – LA CORUÑA – Dernière de Feria – Rejoneo – Moins de ½ plaza : Toros Pontes Dias, d’inégale présentation, et de comportement moyen.
     Joao Moura et Luis Domecq, très classiques, coupent une oreille à leur premier adversaire. Le triomphateur total de la tarde est Sergio Galan, qui enlève quatre oreilles, avec forte pétition de rabo, au dernier.

    4 Août – SEVILLA – Novillada – Presque ¼ de plaza : Novillada interminable : plus de trois heures. Les Conde de la Maza sont sortis bien présentés, mais de peu de jeu. Les toreros se sont accrochés longuement, pour leur arracher quelques passes.
     Ivan Romero s’est montré excellent au capote, et vaillant à la muleta. Deux grosses  cogidas. Ovation au premier, et vuelta avec pétition – Jesuli de Torrecera, en vrai novillero, « essaya tout », dans tous les terrains. Peu de réussite et mal à l’épée. Silence partout, avec deux avis au cinquième – Luis Vital Procuna donna un tour d’honneur en fin de corrida, après avoir également été fortement secoué.

    4 Août – ALICANTE - Novillada – 1/3 de plaza : Les pensionnaires des Frères Sampedro n’ont pas brillé. Seul le premier a permis de vraiment s’exprimer.
     Confirmation du talent de Francisco Jose Palazon, qui avait déjà brillé lors de la feria de Juin. Oreille et applaudissements – David Galan saoule le toro autant que le public, par un toreo à cent à l’heure qui ne soulève que peu d’enthousiasme. Oreille au cinquième – Manzanares fils est fortement secoué par le troisième, et revient couper les deux oreilles au dernier. Coup, douloureux, au bas ventre.

     4 Août – HAGETMAU – 1ère novillada de Feria – Casi lleno : Le novillos de Adelaïda Rodriguez sont sortis compliqués, très irréguliers de comportement, distraits et têtes hautes. Il n’y a pas eu d’oreilles, et le silence a régné tout au long de cette incommode tarde.
     Emilio Laserna fut le seul à pouvoir se tirer de ce traquenard salmantino – Manolo Escribano n’a trompé personne, malgré un vaillance brouillonne, et un mauvais coup au bas ventre – Fernando Cruz a connu un véritable calvaire : Très vaillant, il s’est fait accrocher à plusieurs reprises. Complètement épuisé, il n’eut plus de forces, pour attaquer à l’épée. Au bilan, deux et trois avis, respectivement, le public se mettant en colère, pour la forme. Terrible après midi pour celui qui « veut » être torero, même au prix de mille coups.

 

L’ETE DE TOUS LES DANGERS…

     7 Août : Cela fait bien longtemps que l’on n’a pas vu cela : « l’été qui arrive », celui des toreros, avec son cortège de corridas toréées et de voyages sans fin, est  probablement un des plus incertains, des plus disputé des dix dernières années
     Cet été 2002 sera un vrai marathon de combat pour deux groupes de toreros, bien distincts : D’un côté : « Les figuras, bien installées », avec en tête « El Juli » et l’énigmatique Jose Tomas, sans oublier Enrique Ponce, très malchanceux cette année, et Finito, irrégulier et lymphatique, mais relancé par la faena de Huelva.
     De l’autre, deux pirates, deux corsaires, pleins de verve et de hargne, qui prennent à l’abordage tous les toros, toutes les plazas, tous le publics, et sont en train de « chauffer les oreilles » à ceux qui voulaient dormir une sieste, presque tranquille, sur leurs lauriers. Ces deux fous furieux magnifiques s’appellent Antonio Ferrera et El Fandi.

     Se respectant et s’aimant bien, « hors du toro », ils ne se pardonnent rien, dans la plaza, et ce faisant, ils montent sur des sommets de gloire où les autres ont du mal à les suivre.
     "Toreros de spectacle", certes, mais ayant fait de remarquables progrès à la muleta, Ferrera et Fandi, ou Fandi et Ferrera, sont entrés dans la cour des grands, et y mettent un bazar indescriptible, triomphant « en pueblerino », dans les pueblos, mais également, en faisant le toreo de qualité, dans les ferias sérieuses…
     A chaque fois que l’un d’eux torée, l’apoderado de l’autre à son oreille collée au portable, pour savoir « lo que paso ». Ce fut flagrant à Bayonne où, malgré les recommandations de l’homme-orchestre, speaker officiel de la plaza, le portable de « Don Luis » resta allumé (mais lui ne le laisse pas sonner huit fois…) et lui annonça que le Fandi venait de couper deux oreilles à son premier, en plaza de Santander. Du coup, Antonio Ferrera serra les dents et encore un peu plus « los machos », avant de partir à l’assaut du sixième toro…

     Dimanche, ce fut le Fandi qui gagna : 3 à 1. Hier, à Vitoria, Ferrera réplique : 2 à 1, sortant a hombros, à la barbe de son ami concurrent.
     Secrètement, l’un jubilera, et l’autre râlera… Normal, c’est la compétition… ce qui ne les empêche pas d’avoir des gestes de grande noblesse : On se souvient de la paire de banderilles offerte par Ferrera au Fandi, après un échec et une cogida, en plaza de Pamplona. On se souvient du Fandi, qui refuse de sortir a hombros, par la porte grande de Valencia, parce que Ferrera, gravement blessé, ne peut l’accompagner, lui qui avait également coupé deux oreilles…
     Pendant ce temps, les autres « comptent les points »… et lisent les chroniques.

     Ce mois d’Août, et septembre qui vient, vont être parsemés de grandes ferias : Malaga, San Sebastian, Bilbao, Almeria… puis Murcia, Albacete, Salamanca, Valladolid, Logroño, entre autres… Faisant le lien entre ces grands cols, de première ou « hors catégorie », une multitude de petites ferias, où le populaire et le triomphe « facile » se mêlent au danger toujours présent… Puis, il y a la France. Les plazas y sont toujours pleines, et les toros y sont bien plus sérieux (eh oui !) que dans la plus grande partie des arènes espagnoles…
     Cette année,  « les figuras » pourront y "toréer tranquillement", puisque « le duo de choc » n’est engagé nulle part…  Qu’elles en profitent bien, parce qu’en Espagne… l’été sera chaud !

     Au 28 Juillet, le Juli menait au classement : 57 corridas, 81 oreilles et 3 queues. Qu’on le veuille ou non, le rendement 2002 est moindre, et le Juli a du mal. Il est toujours présent, mais « arrache » les oreilles, à grands coups de caste et de rage torera.
     Derrière, le Finito navigue, avec 38 oreilles, en 50 corridas. Il a 29 corridas programmées au mois d’Août ! Attendons ! La faena de Huelva lui a peut-être rendu « l’envie »… 
     Le Cordobes fait illusion avec 101 trophées, obtenus en 48 contrats, dont la grande majorité, en faisant le zouave dans des pueblos…
     En sixième rang : El Fandi, avec 33 corridas, 82 oreilles et 6 rabos. Des triomphes importants, à partir de Madrid. Une lésion au pied, qui le laisse une semaine sans toréer.
     En dixième : Antonio Ferrera, avec 26 contrats, 41 oreilles et 4 rabos. Résultat moyen, au plan statistique, à cause de deux graves blessures, à Vic et Valencia. Cependant, un torero intelligent, qui sait être sérieux quand il le faut, et toréer avec une énorme qualité, tout en pouvant se montrer horripilant, dans les rendez vous de moindre catégorie…ceux où l’on fait tout (mais alors… tout !) pour couper les oreilles et soigner le goal average…

     Que va t’il donc se passer ? Suivez les ! Suivez nous ! A n’en pas douter, ces deux mois taurins vont être des plus intéressants.
     Jean Cau écrivait qu’être aficionado, c’était « croire au Père Noël, tous les jours à cinq heures du soir »…  
     «Noël, au mois d’Août… » ce n’est pas si mal ! (surtout avec le temps qu’il fait !) Allez…Bonne chance à tous ! 

     6 Août – VITORIA – 2ème de la Virgen Blanca – Plus de ½ plaza : Cinq toros de Castillejos d Huebra (souche Murube) et un sobrero de Andres Ramos, sorti premier. Les titulaires ont été bien présentés et relativement « maniables », quoiqu’un peu faibles et un peu sositos. Au tableau d’honneur : le quatrième. Par contre, le sixième fut le sacripant de la bande. Le sobrero fut un gros mou, manso.
     Jose Ignacio Ramos (Ovation – Oreille) s’est comporté en honnête professionnel, qui fait ce qu’il sait faire, tout en sachant que le public est venu « pour les autres ». Battu aux banderilles ; sans grand relief, mais correct, à la muleta ; tuant bien, mais un peu de côté, Jose Ignacio Ramos a tenu son rang, celui de « telonero qui ne gêne pas ».
     Antonio Ferrera (Oreille – Oreille) s’est montré intraitable, dans les trois tiers : Largas, avec la cape ; banderilles dans tous les terrains, avec, encore un gros « pafuerapordentro ! » ; a la muleta, avec grande fermeté. Il tua chaque fois, un peu « caidito », mais en entrant bien. Sortie a hombros, tout seul !
    « El Fandi » (Vuelta – Oreille) a touché les deux mauvais numéros : Un troisième, du nom de « Desertor » qui s’est arrêté, et « le » garbanzo du jour, appelé « Pimenton » (le bien nommé), un malin, à tête haute chercheuse… Fandi s’accrocha, devant l’un comme l’autre, se fit prendre par le premier, sans mal, et se comporta en torero, tuant remarquablement : bonne demie, en haut et une estocade « a ley », respectivement. Fandi ne triomphe pas, mais laisse le public satisfait devant son abattage, dans tous les tercios.

     Ce mercredi, la corrida sera de Sanchez Arjona, pour El Cordobes, El Juli et Miguel Abellan

 

EN FRANCE: TRIOMPHE ET CORNADA

     7 Août : Tandis que l’Espagne « soufflait un peu », en attendant les prochaines ferias, la France entame sa pleine temporada, dont les sommets prochains seront Dax, Béziers et Bayonne.

     Hier, Juan Bautista a coupé trois oreilles, en plaza de Châteaurenard, tandis que Manuel Diaz était applaudi et Alfonso Romero, torero d’une indéniable qualité mais bien timide, recevait un trophée. La corrida de Montalvo, correcte de présence, était renforcée d’un Mari Carmen Camacho, dur, et d’un Salustiano Galache, bonito.

     Mais la journée a surtout été marquée par la très grave blessure, en novillada non piquée, du jeune Camille Juan, en plaza d’Hagetmau. C’est en entrant a matar que le garçon se fit prendre et longtemps secouer par la corne du novillo de Gallon. Le diagnostic est grave : Cornada à la cuisse droite, de trois trajectoires de 20, 10 et 25 centimètres, qui traversent la cuisse, font de très gros dégâts musculaires, et laissent à nu le nerf sciatique.
     Comme quoi, « à tous les étages », le toro est là… et celui qui se met devant, quel que soient son âge, son statut, « se la joue », vraiment…
     On souhaite un prompt rétablissement au jeune Camille Juan, qui vient d’apprendre, bien tôt, un de mauvais côtés de la profession. Animo, Torero !

 

ENRIQUE PONCE NE REAPPARAÎT PAS…

     8 Août : Malheureusement, ce que l’on craignait se confirme aujourd’hui : Enrique Ponce ne  pourra pas réapparaître à Malaga, demain. Il est même à craindre que nous ne puissions le voir pendant une longue période, puisque après des examens poussés, à la clinique de La Zarzuela de Madrid, les médecins ont recommandé un mois de repos.
     On sait que le diestro de Chiva, fortement anémié, à la suite de sa cornada du 23 Juin, à Leon, est réapparu le 2 Août, à Huelva. Le lendemain, il toréait au Puerto, mais, ses défenses naturelles étant restées faibles, il attrapait une grippe intestinale qui l’affaiblissait davantage. Alors qu’en temps normal, pour un torero en forme, ce genre d’inconvénient se guérit en une semaine, cela a pris une tournure bien différente pour Enrique Ponce, le laissant à nouveau « sans forces ».
     Le « Diario Sur », de Malaga, annonce, ce matin, le retrait du valenciano, par la voix de ses apoderados, et précise le problème qui se pose à l’Empresa. En effet, On pensait à récupérer Javier Conde, pour le remplacement. Malheureusement, les prétentions du fantasque torero ont fait capoter les négociations, et Javier Conde, déjà « auto exclu » de la Malagueta, n’y reviendra pas par la petite porte des substitutions.

     Il faut attendre, car on sait les revirements du Monde Taurin… Cependant, il semble que cela soit vraiment sérieux et que les empresas des prochaines ferias de Bayonne, Dax, Béziers, , où Enrique Ponce devait se produire les 15, 16 et 17 Août, doivent d’ores et déjà plancher sur la question…
     Una lastima… pour le torero, et pour nous !

 

LES YEUX ROUGIS…

     8 Août : Il était là, don Juan, dans le callejon de Bayonne. Derrière ses lunettes d’écaille, les yeux rougissaient de larmes contenues.
     Là-bas, de l’autre côté du ruedo, les 20 ans de « son torero » souffraient le martyre : Alvaro Montes en était à son quinzième descabello, et le triomphe magnifiquement obtenu, s’écroulait d’un coup… Les avis prenaient sa place…quelques sifflets, également. On le comprend.
     Dans le callejon, don Juan Hidalgo Serrano maudissait le sort… Apoderado « à l’ancienne », il mène la destinée du jeune rejoneador, lutte pour lui, souffre avec lui, presque comme un père..

     Quelques instants avant le paseo, quelques mots avec le jeune rejoneador : Alors, Alvaro, cette épaule ? – « Alli anda… » laissa t’il tomber, avec un pauvre sourire. Depuis trois mois, le rejoneador de Jaen souffre d’une grave tendinite qui lui prend tout le côté droit, épaule et bras… Du coup, « no tiene pulso », il n’a pas de force pour « appuyer, fort et sec »… Aussi, imaginez le calvaire, au moment de la mort : rejon et descabello…
     Bien sûr, vous direz : « S’il n’est pas en conditions, qu’il ne torée pas ! ». Vous avez raison… presque !  Et le vieil apoderado explique : "Le problème d’Alvaro, c’est qu’il n’a pas de chevaux. Nous sommes donc obligés de toréer, pour pouvoir monter une bonne « cuadra ». Alvaro est « un grand », et il sera « figura, en esto del Rejoneo ! », mais il faut qu’il ait des chevaux, et pour cela, il faut qu’il torée…"

     A Bayonne, Alvaro Montes perdit tous les trophées (peut-être trois oreilles) au descabello… Quand il prit la poignée de sable, saluant ce public aussi déçu, aussi triste que lui, mais dont l’ovation disait : « Allez ! On ne t’en veut pas ! Courage ! A l’an prochain ! », les larmes embrumaient son regard. A deux pas, le vieil hidalgo n’était pas très loin de pleurer, lui non plus. C’est aussi cela, la grandeur de la Fiesta…

     Hier… les deux hommes ont peut-être essuyé quelque larme…Mais de joie, cette fois… A Châteaurenard, petite plaza, dans la planète « Toros », mais hier, « la plus grande du monde », Alvaro Montes, jeune caballero de Jaen, a coupé trois oreilles. Oubliée la tristesse ! Oubliés, les maudits descabellos de Bayonne…
     Dans le callejon, Don Juan pouvait continuer son rêve… « des chevaux pour Alvaro ! », car un jour… « Sera figura, en esto del Rejoneo ». Et il a raison !

    7 Août - CHATEAURENARD – Rejoneo – ¾ de plaza : Toros de Salustiano Galache qui ne donnèrent guère de jeu, excepté les trois et surtout quatrième, à qui l’on donna vuelta.
     Alvaro Montes a coupé trois oreilles – Sergio Galan obtient un trophée de son premier – Rafi Durand est applaudi.

 

VITORIA : NI FU, NI FA…

     8 Août : La troisième corrida de La Blanca a confirmé le mauvais moment du Juli, qui semble « atorado », et ne doit de s’en sortir qu’à un terrible coup de reins, coup de caste, à son deuxième toro.
     Autre constatation : Le Cordobes, lui aussi en chute libre, pour ce qui est des grandes ferias, a encore du recours et met de l’ambiance… Hier, il a sauvé la corrida d’un naufrage certain. Pendant ce temps, Miguel Abellan s’est battu sans réserve… mais sans classe. Total : Un toston !

    7 Août – VITORIA – 3 ème de Feria de la Virgen Blanca – Casi lleno – Temps nuageux et frais : Grisaille totale, due aux toros de Sanchez Arjona, mansos et sans forces. Le deuxième se donna une terrible vuelta de campana, au tiers de banderilles. On décida de le rentrer. Les cabestros sortirent, et l’un d’entre eux alla mettre une terrible raclée au pauvre « toro de combat », le mettant au tapis, complètement sonné… Humiliant !  Seul, le sixième eut de bonnes charges, dont profita le Juli.
    El Cordobes (Oreille, après un avis – Oreille) a bien toréé son premier. Vaillant, quieto, il attendit la fin du trasteo pour placer quelque desplante  « bien à lui ». Trophée logique, après une épée « dans le haut ». Par contre, il monta un show « de mil demonios », devant le quatrième, court de charge : faena « électrique », pour le pueblo, faisant de tout, y compris la grenouille…(vu la météo, normal !). Tuant vite, il obtint un nouveau trophée, et sortit a hombros, à la barbe naissante du Juli.
     Miguel Abellan (Silence, après avis – Ovation) se multiplia toute la tarde, avec le capote : beaucoup de lances « pieds joints », en tirant beaucoup de toile. Son premier fut rentré, et Abellan  dut s’appliquer devant un sobrero du même fer, tardo et mou. Le cinquième ne valait pas mieux, et le torero ne put que « se mettre dessus », suant et criant beaucoup. Que faire d’autre ? Tuer mieux, peut-être !
    El Juli (Silence – Oreille avec petite pétition de la seconde) a fortement déçu, face au troisième. Certes, le toro ne valait rien, mais le Juli d’hier lui aurait monté un tabac. Là, le jeune madrilène laissa flotter les rubans, dans les trois tiers.                 Heureusement, le dernier lui permit un de ses fameux « coups de caste », et Julian Lopez  sauva sa tarde, en particulier grâce à de bonnes naturelles. Tuant vite, quoique de côté, Juli coupa une oreille et sortit « lavé de tout soupçons »…Cependant, « le cuesta »… 

 

15 AOÛT : CELUI QUI NE TOREE PAS…

     9 Août : « Celui qui ne torée pas le 15 Août…c’est que, vraiment, il peut commencer à penser à autre chose ! ». 
     Traditionnellement, la date du 15 Août est celle où « toutes les plazas » ouvrent leurs portes. Des plus petites à celles des grandes ferias, les arènes retentissent des mille bruits qui annoncent, dès le matin, que le journée sera taurine… 
     Dans les corrales, les lourdes portes, rouillées ou bien huilées, vont glisser bruyamment, ouvrant le passage à quelque « flèche noire », ou , au contraire, au regard soupçonneux de quelque « futur manso ». 
     Dans les couloirs, on amasse les coussins, tandis qu’au soleil, les employés d’un jour, essaient de tracer « droit », les deux cercles, en principe parallèles, qui délimiteront le combat… en théorie. Dans les grandes arènes, cela se fait en un tour de main : la technique est là, et les machines suppléent aux hésitations des hommes. Dans les «plazas d’un jour », certains se grattent la tête en se demandant comment on va s’arranger pour que ces maudits ronds ne finissent pas par s’entrecroiser. Il y a du Dubout dans l’air !
     Cependant, que ce soit « en plaza de primera », ou au fin fond « d’une de tercera »… tous ont cette espèce de fièvre qui ne les quittera que lorsque se sera éteint le dernier projecteur, pour les uns, ou que l’on aura été, la lampe torche à la main, tirer le dernier verrou, pour les autres… jusqu’au prochain 15 Août.

     Cette année ne faillira pas à la règle… Plus de cent matadors et novilleros feront le paseo, le 15 Août, pratiquement à la même heure…
     Bien sûr, les ferias de Malaga et San Sebastian en seront les vedettes, mais d’autres corridas, isolées leur tiendront tête : Le Puerto Santa Maria, avec les six toros, pour le Morante… Sevilla, Madrid…et combien d’autres. Et bien évidemment, la France... Le 15 Août sera celui de Bayonne, Dax, Béziers, mais également de Fréjus, Roquefort, des chevaux des Saintes Maries.
     « Le 15 Août… celui qui ne torée pas, pueeeeess ! ».

     Mais, d’un autre côté, gare à l’empresa qui doit chercher un remplaçant, pour le 15 Août ! Si la malchance veut qu’un torero soit blessé la veille, ou déclare forfait, quelques jours avant… le casse tête commence ! Et si le torero hésite, demande « un compas de espera », un moment de dernière réflexion, genre « j’y vais, j’y vais pas ! », l’empresario, dans son bureau, a toutes les chances de « bouffer son cigare », et la secrétaire a intérêt à ce que le café soit bon…
     Au fur et à mesure que les heures défilent, la tension est de plus en plus palpable, et l’empresario a beau lire le classement, de haut en bas, il ne voit pas qui mettre… ou voit trop bien qui il lui reste. « Horreur ! Je ne peux pas faire cela ! Ils vont me brûler la plaza ! Il va falloir rendre l’argent ! Pas possible ! ».
     Son regard perdu erre sur les murs où trônent les affiches des triomphes passés. Désespérant ! Son moral coule à pic... jusqu’au moment où il tombe sur les jambes de sa secrétaire… « Ah ! se dit-il, la nature fait vraiment bien les choses ! Vamos palante ! Demain sera un autre jour ! » (Eh oui, on dit le monde taurin, un peu « macho »! Peut-être, mais beaucoup plus galant et respectueux que d’autres, n’est il pas ?) Et, regonflé à bloc, le responsable attaque une nouvelle série d’appels sur son portable…« Alors, ton torero vient ou ne vient pas ? »

     Cette mésaventure risque bien d’arriver à San Sebastian et Bayonne, qui attendent la décision d’Enrique Ponce, pour les 14 et 15 Août.
     Le torero essaie de se remettre, et veut toréer… mais sa faiblesse est patente, et les médecins font les gros yeux.
     Comme nous vous l’annoncions hier, Enrique vient de se faire remplacer à Malaga (Ce jour, par Cesar Jimenez, et le 13, par El Fandi !). Il désire revenir, pour San Sebastian, le 14. Que ce souhait soit sincère, il n’y a aucun doute là-dessus. Mais, le pourra t’il ? Et que ce passera t’il si Ponce doit renoncer, au dernier moment ?
     Il faut attendre. Certes, ce ne sera pas facile, ni dans un sens ni dans un autre : Voir Ponce « en demi teinte », malgré tous ses efforts… ou accueillir un remplaçant qui, de toutes façons, ne supportera pas la comparaison…Où est la solution?
     Il faut attendre ! Il faut croire au miracle ! Demain sera un autre jour ! Et puis… de toutes façons, "elle a vraiment de jolies jambes, cette secrétaire. Mérite qu’on lui fasse un bon café !"

 

VITORIA : « LA BLANCHE…EN GRIS ! »

     9 Août : Le Feria de la Virgen Blanca 2002, en plaza de Vitoria, annonce d’ores et déjà, un bien triste bilan : Bien gris, presque noir !
     Gris dans le ciel ! Anthracite, dans les tendidos ! Carrément noir, dans les chiffres ! Pocos millones en taquilla ! Des entrées catastrophiques, et des spectacles qui se sont mis au diapason : Seul le Juli a presque rempli, et encore ! Et heureusement que Ferrera et Fandi sont venus mettre de l’ambiance. Sinon… à en pleurer !

     Hier, la « quatrième » a sombré dans la tristesse « d’un jour de l’été 2002 »… Pas vu cela depuis l’été 1931 ! Pourtant, elle en a vu des étés : La plaza de Vitoria s’est construite en 1884. On lui a refait une beauté en 1941 ! Mais jamais elle n'avait vécu un été aussi pourri ! Une feria aussi mauvaise ? Peut-être, mais elle ne s’en souvient plus ! 

     8 Août – VITORIA – 4ème de la Feria de la Virgen Blanca – 1/3 de plaza – temps gris et froid : Cinq toros de las Monjas, dont seul le quatrième donna du jeu. Présentation inégale, un peu de cornes, mais mansada sans grande force. Le sixième, de Castillejo de Huebra les a rejoints dans la soseria. Grisaille générale.
     Jose Ignacio Ramos remplaçait Juan Mora. On le vit, à l’habitude, très appliqué, très volontaire… mais très raide et sans surprise. Bien à la cape et aux banderilles, il mit une grosse estocade, après pinchazo, au quatrième, dont il coupa l’oreille, seul trophée du jour…
     Victor Puerto (Ovation et silence) et Eugenio de Mora (Palmas et silence) ont fait, longuement et professionnellement, ce qu’il fallait pour rester dignes, et arracher quelques bravos, devant des adversaires sans jus et des gradins sans illusion !

     La feria se termine aujourd’hui :  Toros de Cebada Gago, pour Padilla, Encabo et Robleño. Voyons si « la Vierge Blanche » fait un quite ?

 

AUJOURD’HUI : TELEPUERTO !!!!!

     9 Août : Allez ! Ne râlez pas ! On va vous augmenter la redevance… C’est normal ! Avez vous entendu parler du systèmes des vases communiquant ?
     En cherchant bien, on devrait trouver « un truc » dont tout le monde (absolument tout le monde) se sert… et sur lequel on pourrait mettre une taxe… Cherchez bien ! Là, au fond du couloir, la petite porte… Bien sûr ! Le PQ ! Une taxe sur chaque rouleau, et d’un autre côté, vous baissez les impôts de 10%… 
     Personne, absolument personne, n’osera dire qu’on est dans la m… ! 
     Non, soyez sérieux, un moment ! Vous êtes bien dissipés, ce matin !
     Allez, la redevance télé qui augmente… c’est normal ! Ainsi… on aura encore plus de rediffusions, plus de "Loftstory", plus d’"Iles de la Tentation", toutes ces "basuras", bien nauséabondes, tandis que, la bouche en cul de poule, quelque député dépité continuera ses effets de manches pour supprimer les pornos à la Télé…

     Nous, on est beaucoup plus sages (hum !). « Côté toros, jamais de redif ! Si o no ? » Et puis, les décors ne sont jamais de Roger Hart, ni les costumes, de Donald Cardwell ! Quant aux scripts… avouez que, c’est autre chose !
     Tenez… Aujourd’hui, à 18h30, sur la première Espagnole (eh oui !), corrida en direct du Puerto Santa Maria… une des plus belles plazas de toros de la planète taurine. Un site incomparable. (Il y fait souvent beau, mais il y a du vent. Couvrez vous bien !).
     Un matador célèbre a dit : « Qui n’a pas vu une corrida au Puerto Santa Maria… ferait mieux de parler d’autre chose ! ». Ce soir, vous pourrez "parler de toros", car vous allez voir une corrida, télévisée en direct du Puerto. Bien sûr, il manquera quelque chose, quelque souffle d’Andalousie, quelque parfum secret, quelque regard mystérieux… Mais, quand même !
     Et puis… il y a Ortega Cano !
     Non, non ! On ne dira pas qu’il ne peut plus, qu’il ferait vraiment bien de raccrocher. On ne le dira pas, parce qu’il est fichu de nous mettre « un faenon ». Alors, motus !
     Ensuite, le beau Rivera Ordoñez, spécialement pour vous, mesdames. (Nous, franchement, on se contente des jambes de la secrétaire de l’empresa qui n’a toujours pas trouvé, pour le 15 Août). Non ! plus sérieusement, Fran a repris l’épée, hier soir, à Palma de Mallorca. Cela s’est bien passé, sous les yeux de "su Majestad, el Rey". La plaza était pleine; Rivera a coupé une oreille, mais c’est le Juli qui triomphe, avec trois trophées.
     Enfin… Davila Miura ! Le jeune Edouard ! (Ou Edward, pour les « English Aficionados ! »). Il est triomphateur de la Séville toute proche, et fut vraiment bien, également, à Jerez. Face à ce trio torero, une corrida de Carlos Nuñez. Gloire passée…

     En parlant de gloire passée, au Puerto Santa Maria, on rendra un hommage, sur l’heure du déjeuner, à Jose Luis Galloso, torero « de la Terre »…tor