L'ACTUALITÉ TAURINE 
(Octobre 2001)

VICTOR PUERTO ET LE TOREO DES ANNEES 2000...

     1er Octobre : On ne peut plus parler de hasard... L’actuacion de Victor Puerto, hier, en plaza de Séville, a sauvé du désastre une feria de San Miguel, par ailleurs marquée par l’émotion des adieux d’Espartaco. Deux corridas, deux catastrophes intégrales au niveau ganadero, au point que les toreros sont sortis « sans illusion », sans espoir de triompher. On sait que de multiples tentatives pour changer la corrida de Nuñez del Cuvillo avaient, malheureusement, avorté. D’autre part, l’Empresa ne semblait pas avoir retenu la leçon signée Gavira, l’an passé, répétant l’erreur de la programmer à nouveau, pour un résultat similaire... casi  peor !

     Heureusement, il y avait Victor Puerto. Blessé à Logroño, le 22 septembre, le manchego voulait à tout prix finir sa temporada à Séville, après être passé par Pozoblanco. Sept jours, à peine, après sa méchante blessure dans la nouvelle plaza de La Ribera, Puerto signe un exploit important : S’habiller de lumières, par deux fois, et, pour un peu, ouvrir la Porte du Prince, à Séville. Rien moins...
     Avec son teint mat et ses cheveux noirs bien frisés, on le dirait venu d’Amérique du Sud. Son toreo vibrant, fleuri, parfois « bien populeux » divise les aficionados. Ajoutez à cela une propension à discuter avec le tendido, à multiplier les adornos, les desplantes, les regards coquins ... Bueno ! Un torero populaire que d’aucun qualifieront de « vulgar, y pegapases.. » Une sorte de Curro Giron qui ne banderilles pas...
     Oui mais voilà, le Victor Puerto « horripilant » à Pozoblanco, s’est envoyé deux mansos, en faisant preuve d’une formidable toreria, en plaza de Séville, sous le regard de la Télé, mettant au gardes à vous l’aficion et toute la critique taurine. Un torero courageux, serein, qui pense devant le toro, cimentant sa stratégie sur un courage sans affectation... pas mal, non ?
     L’an passé, Puerto avait remonté une pente, bien savonnée en 1998, par les madrilènes. Partout, on avait reconnu le sérieux et la qualité d’un Victor Puerto transfiguré. Madrid en avait éét le témoin, et Séville, en fin de saison, l’avait consacré « promesse 2001 », après une grande actuacion à la San Miguel.
     Cette saison avait fort bien débuté, avec un gros succès aux Fallas, devant une grande corrida de Torrestrella. A Séville, quelque grand moment de toreo, puis... Madrid n’avait rien donné et, peu à peu, il semblait que le torero revenait aux errances passées, toréant bien, certes, mais avec de gros clins d’oeil, bien appuyés, au tendido... Les oreilles tombaient, mais une partie du public ronchonnait. Pueblerino...
     Cependant, Logroño confirma le courage de Victor Puerto, son sens de la responsabilité et sa toreria. Blessé, il resta dans le ruedo, s’y planta jusqu’à en terminer avec son adversaire, coupant une oreille de grand poids.
     Séville vient donc de confirmer le talent et le courage de ce torero qui symbolise un peu « la Tauromachie de années 2000 », qui, plus que jamais, doit s’adapter à un public « multi cartes », et surtout à un toro qui, à 90%, présente plus de défauts que de qualités. Deux  tactiques peuvent alors se mettre en place : On attend que sorte « le bon »... et on peut attendre longtemps. Ou alors, on s’adapte et on tire de chacun le plus possible, en utilisant tous les moyens, y compris quelques artifices bien démago, pour satisfaire le public. Victor Puerto a su s’aligner sur cette voie, mais ne laissant jamais passer l’occasion de faire le toreo de qualité, le Toreo de toujours... Séville vient de le confirmer, le plaçant ainsi en bonne position pour la saison 2002.

     30 Septembre – Sevilla – 2ème de la San Miguel – 2/3 de plaza – Soleil revenu : Corrida imbuvable d’Antonio Gavira. Concours de mansedumbre, au cheval, aux banderilles, à la muleta. De présentation inégale mais correcte, les six toros ont fait assaut de « manque de tout »... Cela débuta en catastrophe, avec un premier que l’on dut rentrer, à cause de sa faiblesse. Puis les mansos défilèrent, un à un, sans rémission. Le quatrième se coucha avant l’estocade, le cinquième gagna le concours du « plus manso, tu meurs ! ». Quant au dernier, il ajouta à sa triste panoplie, un autre qualificatif : Dangereux...
     Les toreros ont fait ce qu’ils ont pu... Finito s’est fait serrer par le premier bis, dès les premiers muletazos... ce fut vite réglé. Le quatrième, soso, arrêté, ne lui permit rien. Deux silences, aussi désabusés que le torero – Même verdict pour Caballero qui donna des passes et des passes, probablement destinées à préparer « la prochaine série »... Pas d’engagement, pas d’idées. Bien triste, tout ça – Et puis, Victor Puerto qui, d’entrée, se signale par un quite de bonnes chicuelinas, au deuxième toro. Vista, toreria, ganas ! Cette volonté se confirmera entièrement face à deux toros totalement différents, auxquels le matador saura s’adapter totalement : Faena de temple, de grande qualité, face à son premier. Séries courtes, puissantes et galbées, closes de remates sérieux et toreros. Bonne estocade et une oreille qui en valait presque deux, tant les choses s’étaient faites parfaitement, avec la tête et le coeur. Le sixième était une carne dangereuse, et Puerto l’attaqua « à coups de dents », lui vola dans les plumes et lui arracha une oreille, à la fin d’une faena de porfia, dans le berceau des cornes, sans presque pouvoir donner une passe, mais laissant le toro « comme une carpette ». Poderoso, Puerto ! Oreille par deux fois, oreilles totalement méritées ; oreilles qui symbolisent bien la tauromachie des années 2000, et l’un de ses meilleurs interprètes : Victor Puerto.

     30 Septembre – Granada – Corrida de la Fête le La Virgen de las Angustias – Casi lleno : Grande et bonne corrida de Salvador Domecq « El Torero ». Encastée. Premier et sixième, superbes.
     Monumentale journée d’Enrique Ponce qui, si nécessaire, confirme son rang de Maréchal 2001. Quatre oreilles à l’issue d’une formidable prestation où se mêlèrent la technique, bien sur, mais aussi l’inspiration, l’abandon, la plus pure expression artistique et un grand courage. Faenon devant «Osito », son premier, qui le prit méchamment dans une naturelle. Ponce revint pour deux muletazos qui « punirent le toro », puis ce fut « des tonnes de caresses »... Faena profonde, parfaite, close d’un gros coup d’épée. Le Valenciano allait confirmer sa monumentale prestation devant « Vellutero », le quatrième, devant lequel il fallut montrer plus de fermeté. Là aussi, l’épée fut d’airain. Deux oreilles et le public... fou ! – El Juli, peut être un peu complexé, a voulu tout faire pour contrer Ponce. Tout et trop vite. Oreille chaque fois, mais... – El Fandi sort a hombros de sa plaza pour la quatrième fois, en quatre corrida. Spectaculaire, vibrato à fond, banderilles en bataille, il patina un peu avec le troisième, mais mit le feu à la plaza, face à l’excellent dernier. Deux oreilles et tout le monde sur les épaules, mais... sur les lèvres, un seul nom : Ponce !

     30 Septembre – Ubeda – 2ème de Feria – ½ plaza : Toros de Téofilo Segura, bien présentés, mais de comportement inégal – Triomphe de Juan Jose Padilla qui coupe une oreille de chaque adversaire – Luis Francisco Espla obtient un trophée de son deuxième toro, le local Carnicerito de Ubeda coupant une oreille de son premier.

     30 Septembre – Corella – ¾ de Plaza : Toros de Hato Blanco, qui ont donné bon jeu – Morante de la Puebla coupe une oreille de son premier. A signaler que le Morante va, encore, changer d’apoderado. Fin de contrat avec Camara. On ne renouvelle pas. Morante à besoin de quelqu’un qui lui permette d’être « a gusto »... Oui, mais, jusqu’à quand, cette recherche ? – Eugenio de mora remplaçait Jesulin. On le vit puissant et torero. Oreille, chaque fois, et « a hombros » - De son côté, Francisco Marco, navarrais chez lui, coupa un trophée du dernier.

     30 Septembre – Las Rozas (Madrid) – ¾ de plaza : Corrida de Valdeolivas qui a fait son devoir, sans plus – Triomphe de Jesus Millan, avec trois oreilles – Encabo et Rafael de Julia coupent un trophée, chacun.

     30 Septembre – Madrid (Las Ventas) – ¼ de plaza : Présentation de la ganaderia del « Trincherazo ». Novillos très bien présentés, mais qui firent concours de mansedumbre, certains, champions de la fuite éperdue – Carlos Gallego fit preuve de grande volonté, arrachant deux bonnes séries de derechazos. Ovation, chaque fois – Serafin Marin eut un lot impossible. Applaudissements de maigre consolation – Bon succès pour Martin Quintana qui fit preuve de grand métier et de fermeté, face au cinquième qui répétait durement une charge bien désordonnée. Oreille et, après Arnedo, un « gros week end », pour Martin Quintana

     30 Septembre – Algemesi  - Dernière de la Feria des novilladas : Ganado infumable de Maria Luyis Dominguez Perez de Vargas. Seul, le premier permit quelques fantaisies – Anton Cortes et Javier Valverde ne purent rien, sortant sous de applaudissements de consolation – Unique succès, unique oreille pour Andy Cartagena.

     La feria terminée, le grand jury s’est réuni et les trophées 2001 sont les suivants :

- Meilleure ganaderia : Sanchez Arjona
- Meilleur Novillero : Cesar Jimenez
- Meilleur Rejoneador : Alvaro Montes.

     30 Septembre – Arnedo – 4ème de Feria – Casi lleno : Terrible novillada, lourde, dure, de Juan Valenzuelo. Une vraie corrida de toros – Les trois novilleros ont eu beaucoup de mérite – La palme à Reyes Mendoza, qui fit preuve de métier et de courage. Vuelta à chaque « toro » - Julien Lescarret se montra lui aussi courageux, face à deux costauds retords. Vuelta au cinquième – Luis Rubias s’est joué la peau face au deux pires. Deux avis et un avis, respectivement ; silence et ovation. Vraiment mal payé !

 

QUAND ON DIT QUE CELA PEUT ALLER « TRES VITE »...

     2 Octobre :  Bruits de crise... Bruits de guerre ! Dans le ciel bleu, six longues traînées de réacteurs filent à toute vitesse, bien parallèles, bien droites. Chasseurs, bombardiers ? Allez donc savoir... Mais leurs sillages et leur vitesse ne disent rien de bon. Cela peut aller « très vite », maintenant. Là bas, des « assassins d’idéal » vont payer. Hélas d’autres aussi, pacifiques, humbles travailleurs, paieront un probable lourd tribut à la folie des hommes, quelle que soit leur peau, quelle que soit leur religion.
    
Chez nous, on prépare les élections... A grands coups de démagogie, « nos grands Ayatollahs à nous », vont nous abreuver de chiffres et de satisfecit. Les verts vont nous faire le coup de « Bonne Maman » et, malgré un chômage qui reprend néfaste vigueur, « on » va nous dire que tout va bien, et l’on va encore colmater quelques brèches à coups d’emploi-jeunes et de contrats « emploi consolidé »... Ainsi, les médecins pourront revenir dans les quartiers, bien protégés par des «gorilles amateurs », de tous âges, payés trois francs six sous. Ce n’est pas ça ! dira le politique... mais en fait, c’est ça ! En France, il y a des quartiers où la police, où les pompiers, où tout ce qui représente un certain ordre, ne peuvent mettre les pieds... Qui accepte cela ? Combien de temps encore ? Qui, enfin, fera « le grand tri » ? Le bon grain, et il y en a beaucoup, de l’ivraie... Il y en a « un peu », mais elle gâche tout... Alors, qui ?
    
Tant que les bombes éclatent ailleurs, chacun pleure un peu, puis va refaire son loto, son tiercé, et un bisou fatigué à Bobonne ! Mais quand la menace, sourde, est là, qu’on la soupçonne mais qu’on ne la voit pas, précisément, on se dit que l’on a envie d’avoir de vrais chefs, courageux et sincères, même quand il se trompent. On se dit que l’on aimerait avoir un homme à suivre, parce qu’il est le meilleur d’entre nous. Pourquoi pas une femme, d’ailleurs ? Au fond, non ! parce que la dernière s’appelait Jeanne, et on lui a fait trop mal !
    
Enfin ! Pendant que tout se prépare, affreux remake du « Bal de Maudits », on se pose chez nous la grave question  de savoir si, dans les circonstances actuelles (et dans les autres aussi, d’ailleurs), la police qui vous contrôle sur la route, aura le droit ou non d’ouvrir le coffre de votre voiture, et cela sans vous le demander avec force « mooonsieur ! » et autant de « s’il vous plaît ». Hombre ! Un contrôle est un contrôle ! Celui qui n’a rien à se reprocher, n’a pas à s’offusquer de cette « violation de domicile », toute à fait logique, normale et... souhaitable. Curieux ça ! On parle toujours très fort des « bavures policières », tout en passant discrètement sur les mots « voiture volée », « forcé un barrage », « fuite »... etc. En quoi, un citoyen, quelle que soit sa couleur, sa profession, sa religion ; bon travailleur, bon père de famille ; peut il s’élever contre ce qui est fait pour justement le protéger ? Enfin ! Les grands « y’a qu’à ! » ont intérêt à y penser, à l’heure de leurs traditionnelles promesses, sinon, là aussi, cela peut aller très vite...
    
Au moins, dans le monde beaucoup plus réduit « des Toros », les choses sont plus claires... et vont aussi, parfois, très vite. L’histoire taurine est emplie de ces hommes qui, du jour au lendemain, passent de l’ombre à la lumière, confirment d’un coup leur qualité, leur courage. Il y a les phénomènes, ceux que l’on explique difficilement, tellement puissants, tellement précoces, qu’on n’a d’autre explication que le traditionnel « Il est tombé dedans, quand il est né ! ». Exemple : Le Juli ! Exemple, bien avant  et dans un autre style : Angel Teruel, qui, en 67, arrive à l’alternative sans novilladas économiques, et 18 piquées. Muñoz, en 74, petit Mozart du Toreo, là bas, du côté de Triana.
    
Puis, il y a ceux qui « se sont faits », lentement, courageusement, à la limite de la désespérance, parfois, mais gardant au coeur « la petite flamme », étant parfois les seuls à savoir que « Je suis torero ! Je serai Figura ! ». Mérite immense ! De vrais héros qui ont su souffrir, et savent qu’ils souffriront deux fois plus...
    
Un jour, soudain la porte s’ouvre. Un toro paraît, plus grand, plus beau, plus brave, parfois plus dangereux que les autres. Allez savoir pourquoi ! C’est « le jour ! » Et là, cela va très vite ! Exemple, que nous connaissons tous : Cesar Rincon ! Le 20 mai 91, il n’était rien, ou presque : un bon petit torero colombien ! Le 22 au soir, il était un dieu, une idole. On connaît la suite...
    
L’histoire vient de se répéter, en l’espace se quatre jours. Certes, à un degré moindre ! Certes prévisible. Cependant, un grand pas vient d’être franchi pour un tout jeune novillero que l’on connaît bien, par chez nous... On le savait pétri de qualités, « pourri de talent »... On râlait un peu, en le voyant papillonner avec le toros, sans pourtant « appuyer à fond »... Mais voilà qu’en l’espace de trois jours, en deux grandes ferias « concours de novilleros », il vient de mettre l’escalafon à ses pieds. Il s’appelle Cesar Jimenez. Triomphateur total d’Algemesi, il vient de couper hier, quatre oreilles en plaza d’Arnedo, de façon indiscutable. A n’en pas douter, il va remporter  le trophée de la Feria, le « Zapato 2001 », et dorénavant, les chose vont aller très vite. Avec ces deux ferias en poche, Jimenez est l’indiscutable vainqueur de la temporada. Maintenant, il va falloir continuer, peut être se présenter à Madrid, battre le fer tant qu’il est chaud. Puis viendra l’alternative... ni trop tôt, ni trop tard. Après...cela peut aller très vite, dans un sens, ou dans un autre !

     2 Octobre – Arnedo – 5ème de Feria – Lleno : Novillada de Miranda de Pericalvo (vient de Salamanque, mais puro J.P Domecq), sortie très lourde, inégalement armée. Il y eut quelque faiblesse, mais de la grande qualité. Le deuxième fut un garbanzo, le cinquième par contre, excellent. Le sixième était un véritable toro.
    
Leandro Marcos torée formidablement, avec grande élégance, empaque, profondeur. Hélas, il est un peu froid, et ses faenas vont « a manos ». Il tua mal, ce qui lui fit perdre des trophées. Oreille et vuelta, alors qu’il partait « pour trois » - Diego Ramos, moins expérimenté, a été « un peu juste », face au difficile deuxième. Par contre, eut des bonnes choses devant le bon cinquième, donnant la vuelta.    

      Cesar Jimenez a coupé  quatre oreilles. Triomphe incontestable « du savoir et du pouvoir ». Bien à la cape, il débuta sa première faena par sept passes, toréées les deux genoux en terre. Puis, bonnes séries sur les deux mains, hélas gâchées par la faiblesse du novillo. Deux oreilles, normales ! Sa prestation face au gros sixième frôlera le parfait. Le toro n’est pas commode : Il tire quelques gañafones, tarde à charger, veut filer « a tablas ». Le jeune maestro va corriger tout cela : il efface les coups, attend la charge, lui barre la route de la querencia... Savoir et pouvoir ! Faena de puissance, et pourtant de délicatesse. Sans jamais se faire accrocher la muleta, le garçon va subjuguer le toro .. et le public. L’épée, basse, lui fera perdre un éventuel rabo, mais une chose est certaine : Ce 1er octobre 2001 est une date capitale dans la biographie taurine de Cesar Jimenez. A ver lo que pasa, ahora !

     Ce 2 octobre, fin de la feria d’Arnedo. La novillada d’Adealida Rodriguez a été refusée, en bloc, par les vétérinaires. Ce n’était pas les toros réservés en décembre dernier. De plus, ils ont été refusés, car trop jeunes. La novillada est donc remplacée par un lot de Santos Alcalde. On surveillera, plus particulièrement, Javier Valverde et Matias Tejela. 

 

JOURNEE DECISIVE POUR JESULIN DE UBRIQUE

    3 Octobre : C’est ce matin que Jesulin de Ubrique va être opéré des graves lésions vertébrales subies au cours de l’accident de voiture du 22 septembre, dans la nuit. On se rappelle que le torero revenait d’une partie de chasse, et que le 4x4 Toyota, conduit par son chauffeur, avait dérapé, effectuant plusieurs tonneaux  au cours desquels le diestro, qui n’était pas attaché, avait été éjecté, restant bloqué sous le véhicule. Jesulin avait été hospitalisé avec de graves lésions de deux ordres : Un gros problème au niveau de la cage thoracique, plusieurs côtes cassées, dont une ayant perforé un poumon. Par ailleurs, trois vertèbres fracturées, qui, au début, ne semblaient pas inquiéter les médecins.

    Depuis, une suite de communiqués contradictoires se sont succédés, tandis que le diestro passait par différents stades, au niveau physique et moral. Un jour, cela allait très bien et tout se remettait en place, progressivement. Un autre, les pires rumeurs circulaient, allant jusqu’à parler d’issue fatale.
    Ce qui semble vérifié : Le blessé que l’on avait sorti des « soins intensifs », y avait été rapidement ramené, et l’opération des vertèbres avait été déprogrammée, notamment à cause de la soudaine aggravation du problème pulmonaire. L’opération des vertèbres D5,6 et 7 imposant une « entrée » par le dos, le blessé étant couché sur le ventre, les chirurgiens ne pouvaient intervenir tant que les lésions au niveau thoracique n’étaient pas réduites.
    Très optimistes et positifs, dans leurs premières déclarations, les spécialistes sont aujourd’hui beaucoup plus réservés quant aux suites de la blessure du Jesulin. Une chose est certaine : La récupération sera très longue... On parle de six à sept mois et, surtout, on ne se prononce absolument pas sur les possibles séquelles de cet accident et de ces lésions.
    L’opération en soi est relativement classique et de grande sécurité, quoique toujours délicate lorsque l’on travaille à proximité immédiate de la moelle épinière. Cependant, il reste des inconnues au niveau neurologique, et il faudra attendre avant de se prononcer sur l’état définitif du blessé et de son avenir professionnel.
    Soyons clair : Dans le meilleur des cas, on ne verra pas toréer Jesulin l’an prochain. Dans le pire scénario : le diestro de Ubrique est perdu pour le Toreo...
    On ne peut donc qu’attendre, faire confiance à la Médecine, et dire un petit mot à la Virgen del Rocio, pour qu’encore une fois, elle se penche un peu et aille faire « un quite de plus » au Jesulin.
    Opération programmée tôt dans la matinée, à l’hôpital  « Virgen del Rocio » de Séville.... (Et en plus, la Virgen n’aura pas à se déplacer, elle est chez elle !) . Que haya suerte, Jesus !

 

CESAR JIMENEZ, « HAUT LA MAIN »...

     3 octobre : Cette fois, ce n’est pas « haut les mains ! ». Pour une fois, on est sorti de la page « faits divers ». D’ailleurs, la célèbre injonction tend à disparaître, puisqu’on ne menace plus, maintenant... on tire tout de suite !
    Non, non... Beaucoup plus pacifique, beaucoup plus noble et glorieuse ... « Haut la main ! » On pourrait dire :  indiscutable, sans aucune contestation, à l’unanimité « plus une voix ! »
    Hier s’est terminée la feria d’Arnedo et le résultat de la dernière novillada n’a rien changé au résultat final : « Le Zapato de Oro 2001 » est remporté « haut la main » par Cesar Jimenez, auteur d’une prestation mémorable, lundi dernier, coupant quatre oreilles aux novillos de Miranda de Pericalvo. Le jury, qui s’est réuni dès la dernière novillada terminée, a couronné le jeune César, par 16 votes, devant 4 au Paulita et 1 à Martin Quintana. Côté ganado, les Santa Coloma de la Quinta sont désignés vainqueurs, devant  les Miranda de Pericalvo.
    Au bilan, on dira que la feria d’Arnedo 2001 est un bon cru, comme l’a été celle d’Algemesi. Alors que l’escalafon novilleril semble un peu manquer de personnalité, la qualité torera, elle, existe bien, ce qui est à la fois rassurant, mais un peu inquiétant... On s’explique : On torée, aujourd’hui, mieux que jamais. Avec les écoles, avec les possibilités offertes, les jeunes toreros sont capables d’aligner des séries de muletazos que n’auraient peut être jamais donnés leurs illustres aînés. (A cet effet, il serait utile de voir les archives filmées concernant Aparicio-Litri, dans les années 50). Cependant, le gros, l’énorme problème réside dans un manque fondamental de personnalité qui fait que tout est parfait, uniforme, mais sans sel, sans piment... Aparicio et Litri, si différents, si complémentaires, faisaient courir les foules... Ne parlons pas du Cordobes-père (le seul, le vrai !) ou du Palomo...
    On arrive donc au paradoxe suivant : la qualité est là, mais elle ne fait pas vibrer, elle ne passionne pas, elle ne remplit pas la plaza, et donc, le futur est plutôt de couleur « gris foncé »... Que vamos hacer ? Attendons l’arrivée du vrai génie, qui pègue de vrais muletazos à de vrais toros, faisant hurler les hommes et se pâmer les femmes... (ou le contraire ! On ne sait plus, maintenant). Pas demain la veille, car aujourd’hui, même avec Jose Tomas, ce serait plutôt « Haut les mains ! »

     2 Octobre – Arnedo – Dernière de Feria – Lleno : La novillada de Manuel Santos Alcalde est sortie faible et sans grande saveur – Remplaçant Sergio Aguilar, le Jeune mexicain « El Jalisco » s’est fait blesser à la main gauche, en estoquant le premier. Douloureuse cornada à la main gauche - De ce fait, Javier Valverde dut toréer trois toros, ne pouvant briller qu’au dernier dont il coupa la seule oreille du jour – De son côté, Matias Tejela resta en demi teinte : Silence et ovation.
    De fait, Cesar Jimenez « avait tué » la feria ! En deux jours, le jeune torero se voit projeté « en haut » de l’affiche. Voyons comment va se gérer ce triomphe. On l’exploite immédiatement ? On attend  le début 2001, faisant une grande tournée avant une alternative de luxe, à la San Isidro ? A voir. Là aussi, les temps ont changé et, selon les objectifs et les mentalités, les résultats peuvent être «sonnants », ou... « trébuchants ».  

 

MADRID...UN AUTOMNE « SIN ILUSION »... 

   4 Octobre : Pas terrible, le moral ! Le monde entier regarde tout à tour à l’est et à l’ouest, comme dans une gigantesque partie de tennis... « A ma droite, les USA et leurs petits copains qui s’engagent « sans s’engager... ». A ma gauche, les Talibans, qui multiplient les provocations au nom d’un Dieu qu’ils bafouent chaque jour... ». Du coup, tout le monde fait ses réserves de sucre et de « Bolino », sans oublier quelques caisses de « Mars », au cas où cela repartirait.... Mais on se fait guère d’illusions !

     En France, Bof ! Devant la remontée du chômage, on annonce « la » mesure qui va doper les statistiques... l’EPO de la relance ! La solution miracle : « On augmente le nombre des CES... ces « Contrats Emploi Solidarité » que l’on ouvre ou l’on ferme à souhait, multipliant la précarité, le « sous emploi », en particulier de jeunes... Un leurre, encore plus efficace que le muleta de Ponce...
    Pendant ce temps, on ose vous dire qu’à Lyon, les PV, dans les rues, seront confiés à  des sociétés privées... Pendant ce temps, la Télévision dénonce, preuves à l’appui, au point de se faire elle-même agresser, l’incroyable omnipotence des dealers et des « multidrogués », dans le 19ème, à Paris. Chaque jour, les habitants et les commerçants protestent, au risque de leur peau, demandent « quand va t’on enfin « laver cette pourriture », et « tirer la chasse » ? Comment peut on accepter cela ? Que fait la police ? Que font, surtout, ceux qui la mènent ? Quand va t’on enfin arrêter cette pseudo tolérance qui n’a, de fait, qu’une seule explication : « Il n’y a plus de place dans les prisons... ». Le « Système » est paralysé... la Justice, muselée... Pas le temps !  Pas de place ! Alors, on libère à tour de... « bras d’honneur » ! Sin ilusion, les français !
    Pour arranger le tout, notre Jalabert national ne va pas courir le championnat du monde, et pourrait être remplacé, à la tête de l’équipe « de France » cycliste, par Richard Virenque... Bien ! Effectivement, on ne pouvait trouver mieux, comme symbole, comme porte drapeau ! Sin ilusion...
    En Espagne... « Tres cuartos de lo mismo ! » A peu près ... du kif ! Dans les rues, il faut louvoyer entre dealers et maricones... Pour arranger le tout, le Real Madrid de Zidane vient de prendre une raclée à Las Palmas... Sin ilusion !
    Côté « toros »... pas mieux ! La « feria d’Automne » de Madrid, débute demain...  Rarement, elle aura présenté si peu d’intérêt... Rarement, on se dirigera vers Las Ventas, avec si peu « d’ilusion »... Quatre corridas, une de Rejoneo et une novillada, sans unité, sans ligne constructrice... Des cartels bâclés ! Sin ilusion ! C’est vraiment l’Automne.
    Qu’on en juge :
    5 octobre : Les Puerto San Lorenzo, catastrophiques cette année, pour Finito (méprisé, ici), Caballero (plus terne que jamais !) et Rafael de Julia qui, on l’espère passera ce nouvel examen d’entrée à Madrid.
    6 Octobre : Novillada du Ventorrillo (Voit résultats 2001 !) pour Reyes Mendoza, Anton Cortes et Luis Vital Procuna. Rien de spécial à attendre.
    7 Octobre : Corrida de Manolo Gonzalez (si elle passe ! ) pour Espla (Que fait il là ?), Rivera Ordoñez (le Duc, jeté aux lions !) et Eugenio de Mora (Lui, oui !)
    12 Octobre : Les Nuñez del Cuvillo (l’horreur ganadera de la temporada 2001 ; «la » catastrophe intégrale !) pour Mariano Jimenez, qui tente un « come back », Luis Miguel Encabo et Alfonso Romero (le nouveau prodige de Murcia, que l’on va se hâter de fracasser !). Malgré les toros, c’est encore le cartel  le plus intéressant, celui que l’on peut aller voir « con ilusion ! »
    13 Octobre : Caballitos ! La recette marche bien, les hommes sont « d’honneur » et les chevaux, magnifiques. Moura, Buendia (qui dira adieu), Hernandez et Cartagena. Bien ! Mais, au fait... Javier Buendia n’aura t’il pas « déjà » dit adieu, la veille, à Séville ?
    14 Octobre : Don Adolfo Martin va essayer de laver les traces du scandale de la San Isidro, en espérant que les toreros l’y aideront : Oscar Higares. Bon ! – Jose Luis Moreno, l’éternelle fausse promesse – Le Cid ! Celui là, oui, mérite qu’on attende... qu’il est affiné son épée...
    Total... bien peu à se mettre sous l’aficion ! Aucun évènement, aucune chance de vibrato... en principe ! Pero bueno... la Tauromachie a une chose de bon : Elle n’est pas science exacte ! On ne peut pas y truquer les statistiques ; y programmer les triomphes, par décret ! Alors pourquoi pas ? Imaginez donc que les Puerto chargent fort et droit... que les  Cuvillo sortent bien présentés, modèles de caste...  Qu’Espla nous sortent cinq naturelles liées, sans faire trois fois le tour de la plaza ... Imaginez que Caballero baisse vraiment la main... que De Julia se mette à citer « de verdad » ! Il faut y croire ! On suivra donc la feria de ce triste automne madrilène « sin ilusion », mais quand même, avec au coeur... quelqu’espoir !

    En tous cas, la bonne nouvelle nous vient des salles d’opérations ! Non celles de ce qui reste du Pentagone, mais bien des cliniques de Séville et Granada.
    Jesulin de Ubrique a été opéré hier, trois heures durant, à l’Hôpital de La Virgen del Rocio de Séville, par l’équipe du docteur Fernandez Mancilla. Tout s’est bien passé. On a pratiqué une ostéosynthèse des vertèbres fracturées, les « amarrant fermement » par des « crochets d’acier ». Cela ne devrait pas bouger, et le torero pourrait reprendre normalement ses activités. On prévoit une à deux semaines d’hospitalisation, une convalescence et une rééducation qui peuvent voisiner les quatre mois.
    En tous cas, le torero a pu bouger les membres inférieurs, et prononcer quelques mots, la bouche bien pâteuse des restes de l’anesthésie... Ajoutez à cela l’accent andalou et zézayant de la sierra de Ubrique... On n’a rien compris ! Mais ce qui est sûr, c’est qu’on reverra le Jesulin, et c’est tant mieux !
    Par ailleurs, le Fandi a subi une opération du genou droit, à l’Hôpital du Sacré Coeur de Grenade. Le docteur Madrigal lui a reconstruit une rotule toute neuve, retendu les ligaments et rafistolé le ménisque. Le Fandi  pourra continuer à bondir comme un cabri... mais dans quatre mois ! Imaginez qu’il traîne cette lésion depuis Mai... et que depuis, il a rebondi dans tous les sens, à la grande joie des publics... Incroyable ! De quoi vous rendre... « la ilusion ». Enhorabuena, « les Toubibs » et... Chapeau ! les toreros...

 

L’AVENIR DU MORANTE DE LA PUEBLA...

    5 Octobre : Encore une espantada ! Encore une pirouette ! Hier, le Morante de la Puebla « est tombé » du cartel de la corrida d’Ubeda, pour raison de santé : Coliques néphrétiques. Si c’est vrai, on compatit. La colique néphrétique est une horreur. Une des trois douleurs les plus aigues que puisse supporter un être humain, avec la douleur de l’enfantement et le spasme de la crise cardiaque. Ceux qui ont vécu une des trois me comprendront. Ceux et celles qui ont vécu « les trois » (pas en même temps, quand même !) méritent, eux, la Légion d’Honneur...

     Mais bon ! Personne n’est dupe... La colique néphrétique fait partie de l’histoire de la Tauromachie moderne. Elle a cet avantage que, très soudainement arrivée, elle peut disparaître très vite, le petit caillou allant hanter « d’autres tuyauteries »... Enfin, bref ! De nombreux toreros ont allégué ce méchant diagnostic pour s’excuser platement de ne pas se présenter, à cinq/six heures, vêtus de lumières, dans une de ces plazas de Dios. Maintenant, si c’est « vraiment vrai », alors on s’excuse et on compatit.
    Le Morante, on le sait, est un de nos préférés. Mais, en temps que tel, et parce qu’il est probablement un de ceux qui fait le plus beau toreo de l’actualité, il faut bien avouer qu’il en fait rager plus d’un. Donc, s’appuyant sur le traditionnel refrain, ou « refran », de « qui aime bien vous en met plein la tête ! » (faut se moderniser, un peu !), on dira simplement que l’inconstance, l’indolence de ce torero, ont de quoi dérouter l’Aficion,  démotiver ses plus fervents  « seguidores » et surtout, l’envoyer « droit dans le mur ».
    Curro Romero était un cas !  Avant lui, Cagancho en était un autre... Génial et pharaonique, un jour, le « Gitan aux yeux verts » péguait ensuite une série de petardos, de fracasos historiques, courant plus vite que Carl Lewis, rattrapant la Pérec et le Virenque réunis, sans coup « fait rire » et sans le moindre artifice, lui ! Auparavant, le Gallo, « Divin chauve » s’il en fut, n’était pas mal non plus, dans le style « Courage, fuyons ! ».
    Mais voilà ! Les temps ont changé. A cette époque, on pouvait se permettre quelques écarts, et, malgré la concurrence, on survolait l’escalafon, parce que la différence se faisait toute seule, et le moindre triomphe vous envoyait à « vingt têtes au dessus »...
    Il n’en est plus de même, aujourd’hui... Un torero doit « fonctionner » ! Horrible mot qui traduit un « Système » essentiellement  commercial, quasi industriel, qui ne supporte que très partiellement le « Je ne torée que lorsque je suis inspiré ! » Le Finito de Cordoba l’a bien compris, qui va, peut-être, terminer cette année 2001, en tête du classement. Torero de finesse, de dentelle, de fragilité, le Finito a erré de longues années, faisant le yoyo entre la « grande promesse », « l’inconstant magnifique ! » et  « l’indolent bellâtre »...  Oui mais voilà, le cordouan a compris qu’aujourd’hui, seul comptait « le rendement » : donner les plus profondes véroniques, les plus belles naturelles qui soient, ne comptait plus. Seules importaient « las peluas », comme dit le Jesulin (qui, en passant, se remet « super bien » de son opération), les oreilles, los goles !. Du coup, le Finito fonctionne avec une régularité de montre suisse, coupant les trophées à foison, et tout à coup, se relâchant totalement et sculptant un faenon qui rappelle à ses plus fervents défenseurs, que « non ! jé né pas changé ! ». Alors, tout le monde est content, les apoderados, les aficionados, le torero lui même...
    Le Morante n’a toujours pas compris. Il fait le plus beau toreo qui soit, devant n’importe quel toro... Il l’a prouvé à Madrid. Certes, il est peut être « un peu court » de tout... Il y en a d’autres ! Le problème est ailleurs, et du coup, il se retrouve en méchante posture, devant, encore une fois, divorcer de son apoderado et en arriver à prétexter un petit caillou, pour s’excuser d’un cartel de lujo où il devrait avoir grande place. Que mal !
    La tauromachie moderne est tout sauf romantisme ! Et le Morante, s’il ne rectifie pas, risque de se retrouver un de ces quatre, et même plus tôt, à « rêver le Toreo », seul, sur quelque rive du Guadalquivir... Una pena !
   
Que va t’il donc se passer ? Artiste et soñador, le Morante doit trouver un juste milieu... Il aime les sous, comme tout le monde, et doit donc s’adapter au Mundillo actuel, tel qu’il est, dans le ruedo, mais surtout dans les despachos et les tendidos... Asi que ! Il va lui être difficile de trouver un apoderado « tel qu’il le souhaite », indépendant, attentif, aussi romantique que lui, à condition que le compte en banque multiplie les zéros (pardon, les Euros !). Marca s’y est cassé les dents et Camara, lui même n’a pas fait l’affaire. Qui donc s’y risquera ? L’an passé, le torero était exactement dans la même position... Cette année, « peor todavia ! » : Certes, le trophée de Madrid ; certes de formidables détails, ça et là ; certes, la malchance aux sorteos, que relatent toutes les chroniques... Mais à l’arrivée, le « baromètre de l’Industrie taurine » est sans appel, sans pitié : Fin septembre, il marquait  34 oreilles pour 63 toros, soient 34 sur 126 possibles ! Calculette et pourcentage... Bof !
   
Certes, on peut chanter la plus belle véronique qui soit, le plus étincelant des kikirikis... « Ils ne servent pas », s’il ne sont pas « liés » à des dizaines d’autres capotazos, d’autres muletazos, même moins bons... Alors, laissez nous rêver encore un peu ! Un rêve qui va bientôt tourner au cauchemar, et « les petits cailloux d’Ubeda », vont peut être  devenir, malheureusement, de terribles montagnes que le Morante ne pourra plus renverser...

     4 Octobre – Ubeda – 4ème de Feria – Lleno : Du fait de l’absence du Morante de la Puebla, la corrida s’est transformée en mano a mano entre Enrique Ponce et le Finito de Cordoba – Les quatre toros de Los Guateles et les deux Salvador Domecq (sortis 4 et 5èmes), n’ont pas été, on le devine, des foudres de guerre. Présence « moyenne », comportement moyen, caste de bon aloi. Formidable de noblesse, le sixième, à qui l’on donna vuelta al ruedo posthume – Enrique Ponce, tel un chef d’orchestre, joua sa grande partition 2001, où la technique et l’élégante inspiration côtoient le parfait. Ovation – deux oreilles – deux oreilles – Finito de Cordoba a mis plus de temps à se libérer, parce que les deux premiers ne permettaient guère... Mais, quand « il » s’est décidé, d’autant que le sixième était « le » toro de la corrida... ce fut un faenon et le Cordouan coupa « tous le trophées ». Deux oreilles et le rabo ! Au burladero, Ponce dut rager un peu, mais cela lui passa très vite, et les deux toreros, fondus en un grand abrazo, sortirent « a hombros »...

 

LA CATASTROPHE ANNONCEE...

     6 Octobre : Un titre que l’on ne devrait pas utiliser, ces jours ci. Mais que voulez vous, la vie est ainsi, et en tauromachie comme ailleurs, quand le vin est tiré, il faut le boire....
     « Là-bas », les canons grondent déjà, en sourdine. Des milliers et des milliers de familles, pacifiques, respectables, fuient la future guerre et la famine... Catastrophe humanitaire annoncée, en Afghanistan ! Et pourtant, a quelque chose malheur est peut-être bon...
     Imaginez : Là-bas, la moyenne de vie est de 41 ans...  41 ans : presque moins que la durée de vie politique d’un ténor de la Cinquième République...  Comment l’aurions nous su ? Ce triste épisode de l’Histoire de l’Humanité ne va t’il  pas permettre de porter un vrai regard sur la tragédie organisée, dictée, crachée par des fanatiques criminels ? Peut-être arrivera t’on à arracher le voile de l’asservissement, de la vilenie, de l’esclavagisme soit disant béni du Dieu... Peut-être qu’enfin, les femmes de là-bas, noirs fantômes, pourront montrer leurs yeux, leur sourire, sans que cette vérité de la nature n’inspire autre chose que du respect et de l’admiration. Peut-être que des enfants au grands yeux hagards pourront enfin manger à leur faim, rire, jouer, grandir en paix, apprendre à vivre le lendemain... Aura t’il fallu pour cela que deux immenses tours s’effondrent, et que des millions de gens, sur la terre, pleurent pendant des mois, ou l’espace de... trois minutes... Si au moins ce désastre et ces canons peuvent servir à cela...
     A Toulouse, on essaie d’avancer comme on peut. La catastrophe a surpris tout le monde et aujourd’hui se posent « les questions qui fâchent ». Qui a fait ? Qui va payer ? Qui est le responsable ? Les enquêtes vont bon train, les communiqués volent, les « bruits divers » enflamment les peurs, les imaginations, les basses envies, la haine. Les rumeurs, comme toujours... Pourtant, des questions demeurent, que la presse reprend : Il y a bien eu deux explosions, à huit secondes d’intervalle... La bande enregistrée de la réunion d’entreprise, à des kilomètres de là, en témoigne sans contestation. Tout le monde l’a entendue... Alors ! Qui ? Quoi ? Comment ? Une catastrophe « non annoncée ».... encore moins expliquée...  

     Dans ce triste univers dit « civilisé », il est d’autres « catastrophes annoncées », heureusement bien plus bénignes, voire plus futiles...
     Le « monde taurin » est malade ! Il n’a pas besoin « d’anti », « d’Alliance », ni d’autres « Querelles »... Pas besoin de condamnation... Il mourra tout seul ! Hier ont débuté les ferias de « Madrid en Automne » et du Pilar de Zaragoza... Comme prévu dans ces pages, le public de Las Ventas a vécu un toston de haute catégorie, orchestré par un royale mansada du Puerto San Lorenzo. Les toreros, bien imprudents de s’y afficher, ont payé le prix fort. Finito de Cordoba, méprisé, brocardé dans cette plaza, n’avait pas à venir s’y ridiculiser, alors qu’il est en tête de l’Escalafon. Manolo Caballero, une fois de plus, laisse échapper « le » toro de la tarde, et une occasion de plus, à Madrid. Quant à Rafael de Julia, il a « rendu », le triomphe de San Isidro, ne pouvant donner une passe, mais peu décidé à « monter sur les toros »... Asi que !
     A Zaragoza, la feria a débuté en douce ! Il y avait plus de monde dans la cabine téléphonique du coin, que dans la plaza...  No hay toros ! No hay toreros ! No hay Aficion ! Comme cela... on ne va nulle part, mais très vite ! Enfin, « demain, il fera jour ! » comme dit l’autre... Pas sûr !

     5 Octobre – Madrid (Las Ventas) – 1ère de la Feria de Otoño – ¾ de plaza – Pluie fine : Les Puerto San Lorenzo sont sortis avec des arguments « de poids », mais en grattant un peu, on a eu ... ce que l’on attendait : Une mansada totale. Seul s’est sauvé le deuxième, qui prit deux fois le fer, et finit très bon à la muleta. Malheureusement... il tomba sur Caballero.
     Finito de Cordoba a voulu jouer avec le feu madrilène... Il a encore perdu, d’autant que Las Ventas ne peut pas le voir. De rien n’a servi de se poser « bonito » devant le faible premier. Silence. Le quatrième, un tonto de 619 kgs, se mit à marcher et accrocher méchamment chaque muletazo. Le Finito plia les cannes et entendit des sifflets. Catastrophe annoncée ! – Manolo Caballero donna de grands espoirs, encore une fois. Il les a déçus... une fois de plus ! Le deuxième permettait le toreo, et, d’ailleurs, l’Albaceteño commença fort bien : Début magnifique, en partant vers le centre ; grande série de droite et bon pecho. De quoi se lécher les babines ! Et puis, catastrophe ! La main gauche ne va trouver ni le rythme, ni la distance.. et le toro va en profiter. Du coup, le pico, le culito en arrière, patatras ! Adieu veaux, vaches et faena ! Bien entendu l’épée en arrière...y nada mas ! Ovation au lieu d’une oreille, une de plus, qu’il « devait » couper. Le cinquième était un vrai mauvais, et on excusera le torero, même s’il ne voulut pas se battre. Silence. Catastrophe annoncée ! -  Rafael de Julia toucha deux carnes, tristes, fades, imbuvables. Mais, un torero qui débute, qui promet, se devait d’avoir une autre attitude que ces regards compassés et cette façon de régler les affaires, « taurinement correctes »... Hombre ! Monte leur dessus ! Finis, le costume en charpie, mais fais quelque chose ! Cela s’appelle « Ganas de ser figura » ! Cela s’appelle « Pundonor » ! Au lieu de cela , deux silences et une triste sortie... en catastrophe.
     La feria continue, ce samedi, avec une novillada « del Ventorrillo ». Non, non ! On ne dira rien !

     5 Octobre – Zaragoza – 1ère de Feria - Novillada –  moins d’un quart de plaza : Cinq novillos de Bucaré, faibles et sosos. Le quatrième était un Jandilla de Fuente Ymbro. Toro de grande qualité que ne sut pas exploiter son matador. Dommage !
     Anton Cortes, d’Albacete, lui aussi (décidément !) a laissé passer le seul novillo potable de la tarde. Bon début par statuaires, bonnes premières séries qui révèlent le toro et, malheureusement, « plus rien à dire ! ». La faena partit « a menos » et le torero se contenta de donner une fade vuelta, quand deux oreilles et trois cortijos s’offraient à lui. Cela aurait pu être une catastrophe, mais, comme il n’y avait personne... chhhttt ! – Salvador Vega a essayé, avec élégance, mais n’a guère brillé. Silence partout. De même pour le Serranito, bien vert et tristement servi. Rien, vraiment, à de mettre sous l’aficion. Dur dur !
     Ce samedi : Caballitos ! En général, les toros chargent, au Rejoneo.

     5 Octobre – Zafra (Badajoz) – Arènes pleines : Toros de Jandilla, corrects et donnant un jeu inégal, les 3,4 et 5emes étant « des lascards »! – Enrique Ponce a tiré les mauvaises cartes et n’a pu que se montrer « en  professionnel ». Ovation au deux, avec un avis au quatrième – Rivera Ordoñez a mis le paquet face au deuxième, bien tué. Deux oreilles. Le cinquième était un client qui imposait prudence. Il y en eut. Silence – Trois oreilles pour le Juli « en roue libre », c’est à dire « à fond » ! De fait, « une placita, une corridita », mais tout le monde s’est bien plus amusé que « chez les ayatollahs » de Madrid ou Zaragoza. Eh bien... tant mieux !

 

LA « GRANDE FETE »...

      7 Octobre : « Tu parles ! ». On se la promettait belle, hier, à Paris, à Madrid, à Zaragoza, à Fuengirola... et beaucoup plus près ! Un match amical ouvrant une grande page d’amitié ! Une novillada de Feria... Une grande corrida de Rejoneo, et la présentation en novillada piquée du fils du regretté Antonio Jose Galan, luxueusement encadrée de deux figurones del toreo, tels que Ponce et Juli.
     Oui mais voilà... Cela a mal débuté par une panne de serveur... pas loin... chez nous ! Avez vous remarqué que votre ascenseur tombe en panne, toujours un samedi après midi, que votre voiture « pète une durite » toujours le dimanche, au moment d’aller se balader en famille, et que ce maudit serveur... Bref, je ne suis même pas sûr que cela marche, aujourd’hui. Mais bon !Les techniciens s’affairent... Alors, allons y !  
     « Pour une grande fête, ce fut une grande fête ! » Mais on ne sait pas « la fête à qui ? »... Les footballeurs ont fait leur partie, et les algériens, malgré le 4-1, n’ont nullement mérité. Enhorabuena, donc ! Cela dit, on a quand même remarqué que les galopins de « Mostaganem sur Seine » courent plus vite que les placiers, et, encore une fois, mettent le souk (ce qui est logique !) en totale impunité, laissant des ministres sans voix, ou assis, abasourdis, et surtout gâchent la fête... En parlant de foot, il y a vraiment « des penalties et cartons rouges » qui se perdent...
     A Madrid, cela va mieux. Le fils de Sebastian Cortes portait un costume de son père, et lui a emprunté de plus, quelques gouttes « del Arte Gitano ». A Zaragoza, Andy Cartagena  a vécu un sale moment, coincé sous son cheval, tombé contre la barrière. Peur bleue pour tout le monde. Du côté de Fuengirola, le Fils de Galan a coupé quatre oreilles et une queue, mais on se demande comment celui que nous avons vu si basto, si vulgaire, à Dax et Bayonne, pourrait tout à coup faire un toréo reposé, templé, lié... Donc, wait and see !

     6 Octobre – Madrid (Las Ventas) – 2ème de la Feria de Otoño – petite media plaza – Temps « à la pluie » : La novillada du Ventorrillo est beaucoup mieux sortie qu’on aurait pu le craidre. A part le deuxième et surtout le quatrième, les novillos de Medina ont fait leur devoir au cheval, finissant avec des possibilités que n’exploitèrent pas les toreros, en particulier Vital Procuna qui, hier, a fait un gros pas en arrière.
     Reyes Mendoza prend une rude voltereta d’entrée, qui lui « rouvre » une récente blessure. A n‘en pas douter, ce coup le marquera, et le torero se montrera digne, face à un lot très inégal, le quatrième étant un sacré client. Ovation et silence, avant de partir vers l’infirmerie – Anton Cortes portait le costume de son père, Sebastian Cortes, le 24 mai 1976, jour de sa confirmation d’alternative. Costume bleu et azabache qui semble avoir gardé les effluves du toreo gitano, toreo d’empaque, toreo de profonde élégance, tel que le distilla Anton,  face au cinquième. Bonne faena, toreo bien léché et une oreille à la clef, somme toute méritée – Luis Vital Procuna a eu, on ne sait plus combien d’opportunités à Las Ventas. Certes, cela sert d’être le protégé de Victor Mendes, mais... El toreo « no le entra »... Ses deux prestations, aussi volontaires que malhabiles, se terminèrent en silence.
     Ce soir, Espla, Rivera Ordoñez et De Mora, devant des Manolo Gonzalez. Pas de grandes illusions à se faire. Parions, peut-être, sur Eugenio de Mora.

     6 Octobre – Zaragoza – 2ème de la Feria du Pilar – Rejoneo – un peu plus de ½ plaza : Quatre toros de Passanha, un cinquième qui se casse un piton, étant remplacé par un Gabriel Rojas. Tous ont cinq ans, sauf le sobrero de Veiga Texeira, qui en a six – La corrida se déroule à peu près bien, sans grandes envolées : Javier Buendia, Fermin Bohorquez et Gonzalez Porras sont ovationnés, à divers degrés. A noter que Gonzalez Porras, plus balourd et vulgaire que jamais, se fait blesser deux chevaux – Andy Cartagena se montre brillant, mais dans une virevolte, son cheval blanc « Guitarra » glisse, se cabre, et s’abat sur son cavalier, le coinçant contre les barrières. Le toro charge longuement et des secondes interminables s’écoulent. Le cheval est dégagé, l’homme est emporté, sans connaissance. Il reviendra, pourtant, terminant sa prestation, coupant une oreille alors que le public en réclamait deux. Pas trop de mal, à priori pour Cartagena, si ce n’est une probable fracture de la cheville. Dans son malheur, un formidable coup de chance ! -  La corrida prit ensuite plus de relief, avec Diego Ventura et le jeune Sergio Dominguez (remplaçant Moura), qui coupèrent, chacun, une oreille.
     La feria se poursuit, aujourd’hui, avec des toros de Cebada Gago, pour Fernandez Meca, Juan Jose Padilla et Antonio Ferrera, qui réapparaît, et joue beaucoup, dans une feria de postin.

     6 Octobre – Fuengirola (Malaga)  - Lleno : Corrida mixte. Un évènement : Encadré d’Enrique Ponce et du Juli, David Galan, le fils d’Antonio Jose Galan, récemment disparu, fait ses premiers pas en novillada piquée, face à deux novillos bien petits de Salvador Domecq « El Torero ». Ce fut un succès complet, même si les chroniques ne parlent  que de vibration, de vaillance, et d’estocade portée « à la manière de Papa », c’est à dire, sans muleta, au dernier novillote. Quatre oreilles et une queue, c’est un bon départ. Mais le chemin est fort long, et le Toreo a changé – Ponce et Juli se sont amusés devant quatre toritos mal présentés de Torrealta.  Ponce a gagné « 3 à 2 », et personne n’a envahi le terrain, sauf au coup de sifflet final, pour sortir tout le monde « a hombros »...

 

« TOROS 2000 » TIENT A S’EXCUSER AUPRES DE SES LECTEURS POUR LA PANNE QUI L’A PARALYSE DURANT CES DERNIERES 48 HEURES – (Connaissant les aléas de la « super technique », on ne peut en rien vous promettre que cela ne se reproduira pas...)

ESPLA, L’ALICANTINO, EXTRAORDINAIRE DANS SON JARDIN MADRILENE...

     8 Octobre : Une journée qui marquera l’Histoire... Le 7 Octobre... 18h et des poussières, ici ; 21 heures, à Kaboul. Le « sale boulot » a commencé. Bloody Sunday ! La nuit, zébrée de traits blancs portant la destruction et la mort. Que Dieu, n’importe lequel, protège les innocents... Mais, que les traîtres, les assassins et les lâches, paient le prix de leur vilenie. Qu’ils paient « encore plus », s’ils se cachent parmi des innocents...
     Cette nuit percée de fureur, on la connaît ... Il y a quelques années, déjà, en Irak... Qu’a t’on gagné ? Que gagnera t’on ? Peut on faire « une guerre propre » à ceux qui ne sont que haine, cynisme, barbarie fanatisée ? Depuis le 11 septembre, la civilistation moderne a fait un grand pas en arrière... Ne s’apprête t’elle pas à en faire un autre ? Dieu seul le sait... et encore !

     A Madrid, pendant ce temps, Monsieur Luis Francisco Espla s’en allait faire un tour dans « son jardin », et comme on l’aime beaucoup, on n’a pas voulu qu’il se fatigue à marcher vers la sortie... On l’a donc porté en triomphe... Mais cette fois, c’était bien mérité...
     Aux côtés de l’Alicantino, un autre torero a triomphé, de façon moins spectaculaire, peut être, mais tout à fait remarquable : Hier, 7 Octobre, à Madrid, dans une ambiance tout à fait hostile à son encontre, Francisco Rivera Ordoñez a sauvé sa saison, démontrant qui est peut être « fils de son père », et « duc », mais surtout, qu’il est « Torero ». Et Madrid l’a totalement reconnu. Un sacré triomphe.
     Du côté de Zaragoza, les Cebada Gago sont sortis « comme les Taliban » et Padilla, qui ne possède ni tomawak ni B52, n’a pu que baisser pavillon, écoutant les trois avis..

     7 Octobre – Madrid (Las Ventas) – 3ème de la Feria de Otoño – Casi lleno – Ciel bleu, venteux :  « Toreria » est le mot qui convient ! Luis Francisco Espla jouit, ici, d’une telle cote d’amour, que l’on a du mal, parfois, à supporter les ovations qui saluent son toréo « corto », ses artifices bien déguisés, ses pirouettes bien démago... On râle d’autant plus que ce même public est d’une sévérité maladive avec d’autres toreros qui ne savent plus comment faire pour s’en gagner les grâces, sortant « atragantados », « acojonados », complètement paralysés de trac et de peur. A Madrid, « le vrai toro » est dans les gradins...sauf pour Espla.
     La corrida devait être de Manolo Gonzalez. En fait, il en sortit trois (1,3 et 5ème), accompagnés de deux frères de Carlos Nuñez (2 et 4ème). Le sixième, de Guadalest, vint en renfort, car on avait remplacé le troisième, à deux reprises. Corrida bien présentée, dans le type Nuñez, montrant les qualités et défauts « de la casa ». Espla toucha le meilleur lot, en exploitant le caste très mobile, avec grande toreria. Rivera eut du mal avec le deuxième, mais encore plus, avec « le toro des tendidos ». Par contre, il fut superbe avec le cinquième, un melocoton... « de izquierdas ! » Eugenio de Mora toucha les deux infâmes et rendit copie blanche.
     Luis Francisco Espla dut saluer une grande ovation, en fin de paseo. Discret avec cape et banderilles, face à son premier, il débuta une faena courte, nette, précise. On commence, assis à l’estribo, puis, on se libère par un grand pecho, après un joli trincherazo. Trois séries, pas plus, tirées en aguantant et un gros coup d’épée « a un tiempo »... N’en faut pas plus pour couper une oreille et récolter « les fleurs de son jardin ». Au quatrième, grosse intensité avec le capote et les banderilles. Le "pepillo" est bien à la pique, et Espla quite par chicuelinas, termine par rebolera, en calculant déjà l’angle de l’immédiate mise en suerte. Géométrique, mathématique, sorcellerie ! Chapeau ! Aux banderilles, le grand jeu. Vista, force physique, variété et immense toreria. Re-chapeau ! Sur sa lancée, le muletero se montrera, à la fois, ferme et léger, aguantant la charge du Nuñez qui ira « a mas », tournant presque au vinaigre... Faena intense, suivie « avec amour », close d’une entière « al encuentro ». Grosse oreille ; gros triomphe ; salida a hombros, et rendez vous à la prochaine !
     Francisco Rivera Ordoñez se fit houspiller injustement par les madrilènes. On avait prévu le scénario. Que venait il donc faire en cette galère ? Tout n’était que lazzis et moqueries. Pourtant, il n’avait pas été si mal. Quand sortit le cinquième, on se préparait à un nouveau lynchage. Le picador avait passé un sale moment, mais s’était remarquablement repris, au point que le « torero-duc » vint lui serrer la main, devant tout le monde. « Tiens ! » se dirent les manants. Le toro, de couleur beige « melocoton », ne voulut rien savoir de la noblesse, et mit un terrible achuchon au torero, dès la première passe de droite. Rivera se transforma d’un coup, et « redevint » un torerazo, digne de tous ses parents « figuras del toreo »... Trois séries de naturelles ont mis la plaza par terre. Trois séries de passes de la gauche, dont certaines, magnifiquement templées, main basse, le toro aimanté par la muleta. Muy bien. Pour finir, quatre trincherazos torerisimos ! Toreo « court », mais intense. Superbe. Las Ventas a rugi ! Eh oui ! Mais ce « cochon là » (dit avec beaucoup de respect et d’admiration) a tout mis par terre en mettant trois épées et un descabello. Adieu les oreilles, adieu la vuelta... Mais l’ovation fut de gala, récompensant le meilleur toreo de l’après midi...
     Eugenio de Mora a touché un lot infâme. Il s’en est allé en silence, donnant rendez vous, peut-être, à la prochaine San Isidro.

     7 Octobre  - Zaragoza – 3ème de feria – plus de ½ plaza : Les Cebada Gago sont sortis très difficiles. La palme de la couardise dangereuse revint au deuxième « Palillero », que Juan Jose Padilla ne put estoquer, écoutant les trois avis. Le toro a été puntillé, tandis qu’entraient les cabestros. Le 4ème était un sobrero de Fuente Ymbro.
     Fernandez Meca mit en valeur un sobre professionnalisme. Mais, il en faut plus pour dérider les « Maños ». Silence par deux fois – Très mauvaise journée pour Padilla. Mal servi, on le vit sans grand recours devant le manso de carreta sorti deuxième. Trois avis et division. Cela ner s’arrangea guère face au cinquième : Silence – Antonio Ferrera ne put rien avec son premier, mais mit le feu aux poudres avec les banderilles, face au dernier. Faena enlevée, mais à menos. Vuelta.

     7 Octobre – Hellin – Plein :Bonne corrida de Salvador Domecq. Les trois toreros sortirent à hombros : Ponce coupe les deux oreilles de son second adversaire ; Califa, les deux de son premier toro. Juli met tout le monde d’accord, coupant trois oreilles.

     7 Octobre – Valencia – ¼ de plaza : Mansada de Nazario Ibañez – Déjà remarqué aux Fallas, Oscar Sanz a confirmé, coupant le seule oreille de la journée – Jorge Ibañez dut maudire le ganadero dont il est, lui aussi, « le produit ». Quelques applaudissements -  Julien Lescarret tombe sur un bloc de marbre et un autre, qui ne répète pas. Silence partout, avec un avis à son premier.

 

LE « PUNDONOR » NOUS VIENT D’ARAGON...

     9 Octobre : Superbe geste d’Antonio Gaspar « Paulita », qui marque la saison en prenant une grande alternative, en sa plaza de Zaragoza. Peut importe ce que donnera la corrida de Jeudi, au cours de laquelle l’aragonais deviendra « Matador de Toros », des mains de Joselito, en présence de Ponce. Le garçon aurait pu se contenter de cette alternative « de luxe », face à des Torrestrella. Il a fait bien plus : un grand geste, qui devint une « chanson de Geste »... Six novillos, tous seul, pour ses adieux à l’escalafon « inférieur ».
     Avec 35 novilladas piquées à son actif, le Paulita a fait, hier, son paseo, tout seul, a coupé deux oreilles qui pouvaient être trois, et pris une solide raclée. Pundonor total de ce jeune torero qu’il faudra suivre, car son concept s’appuie plus sur l’artistique que l’habituel «Viril, mais correct » des matadors aragonais. Mission accomplie, donc, du Paulita, qui sort « a hombros » de ce premier défi, et revient par la porte de l’infirmerie, pour un gros coup à la cuisse gauche. Cependant, à n’en pas douter, le jeune sera au paseo, jeudi, pour ce premier pas vers, qui sait, une brillante carrière. C’est du moins ce qu’attendent les aragonais, privés de figura depuis un bon moment.   

    8 Octobre – Zaragoza – 4ème de Feria – Novillada – Media plaza : Le public s’est montré froid durant la première moitié du spectacle. Puis, vu les évènements, l’aficion aragonaise appuya son toereo et le fit justement triompher – Cinq novillos de « Los Maños » que l’on peut décrire comme des mansos bien présenté et mobiles. Le cinquième fut un grand novillo qui montra une caste débordante. Le noble quatrième, seul,  permit de « se laisser un peu aller ». Face aux autres, il fallait fermeté, tête et coeur... ou autre chose ! Il y eut en second, un sobrero de Fuente Ymbro, qui se révéla, encore une fois, très potable.
     Paulita  ne tourna jamais la tête, mit trois gros coups d’épée et surtout, « alla a mas ». Sa prestation alla crescendo, atteignant trois pics, trois sommets : bonne faena au quatrième, esthétique, abandonnée, en certains muletazos – Son combat face au cinquième, un señor toro qui le prit méchamment, le torero l’estoquant dans un état « plus que second » - Son retour de l’infirmerie, pour estoquer le sixième, qu’il brinda au Juli, présent dans le callejon. Geste de torero, que ce retour au combat, malgré la douleur ; Geste de pundonor total, d’aller au bout du défi. Geste d’honneur que d’en faire témoin un des plus pundorosos des matadors contemporains, Julian Lopez « El Juli »
     Peu importent les trophées, mais il faut, quand même « dresser bilan » : Ovation – Silence, avec un avis – Applaudissements – Oreille avec un avis – Avis et grande ovation, en partant à l’infirmerie – Oreille du dernier.
    Le Paulita sortit a hombros, incompréhensiblement accompagné du mayoral ... C’était vraiment la fête « de los maños » ! A peine descendu des épaules de ses porteurs, le torero revint à l’infirmerie de la plaza ou il fut soigné pour un gros hématome, très douloureux, à la cuisse gauche. Pronostic réservé... mais, à n’en pas douter, il sera là, jeudi, pour son alternative. Il l’a bien méritée !

     Ce 9 Octobre, la corrida est, en principe, télévisée – 17h30 – Deuxième chaîne espagnole : Toros de Maria Luis Dominguez Perez de Vargas (vont ils tenir debout ?), pour Molinero, Encabo et Rafael de Julia.

     8 Octobre – Torres de la Alameda (Madrid) – Lidia du sixième sous des trombes d’eau : Cinq toros de  Benito Ramajo de Villoria qui donnèrent bon jeu et un 4ème, en sobrero, de Valdeolivas, « muy malo ».
     Discrète alternative du vénézuelien Ramon Guevara, qui sera oublié « sitôt douché ». Ovation et silence – Jose Luis Triviño, le parrain, coupe une oreille à son premier, et se bat comme il peut, avec le Valdeolivas – Abraham Barragan est applaudi.
     Exemple même d’une alternative inutile, aboutissement de malheureux efforts et de dures souffrances. Admirable et pitoyable à la fois. On salue, mais...

     8 Octobre – Medina del Pomar (Burgos) : Toros de Peralta et Viento Verde, difficiles – Luis Miguel Encabo est discrètement applaudi – Davila Miura et Antonio Ferrera coupent, chacun, les deux oreilles de leur deuxième adversaire, et sortent a hombros. Pas à dire, c’est quand même plus facile, dans les « troisième catégorie »... !

 

« AFICION, TU FOUS LE CAMP... » 

     10 Octobre : Où donc est passée l’Aficion de Zaragoza ? Et que dire de celle de Valencia ? Hier, s’y déroulaient deux corridas qui, normalement devaient y attirer, d’abord, du monde, et ensuite, un autre comportement du public.
     Feria du Pilar à Zaragoza : Une des ferias, jadis, les plus importantes de la saison, même si elle était la dernière de la temporada. La plaza se remplissait, le soleil l’éclairait, le vent, souvent, la balayait ; Et, quelquefois, la pluie noyait tout le monde. Mais.. un grog  « y un cortado ! », et cela repartait. Quand sortait « le toro de la Jota », tout le monde frappait dans ses mains... L’Aficion y était rude comme les steppes d’Aragon ; elle y était dure et  « un poco bruta », mais savait s’enthousiasmer, s’émouvoir...
     Depuis, on a couvert la plaza. Zaragoza fut la première à se lancer dans cette technique, si bénéfique à l’Empresa et peut-être aux toreros (Il n’y a plus de vent), mais si néfaste, paradoxalement, pour le spectateur,  et  désastreuse pour le photographe. Du coup, tout se déroule dans une lumière jaunâtre qui renvoie au placard ce que doit être la Fieste brava : « Sol y moscas », même s’il peut. Zaragoza est devenu terne, sosa, endormie...et endormante. L’émotion s’y envole, dans les volutes des fumées de cigare.
     Que dire de Valencia, qui n’est pas capable de mettre plus d’un tiers de plaza quand torée « ses » toreros. Valencia, la plus belle plaza d’Espagne... Valencia, la plus ingérable. Valencia aux trois ferias : la première, prestigieuse : Les Fallas! La deuxième, celle de Juillet : problématique ! La troisième : inutile feria de la Comunidad. Partagée entre la ville et le campo, l’Aficion Valenciana est incapable de se fixer, et l’Empresa a beau se casser la tête, elle s’y cassera plutôt les dents. Un seul aurait pu, peut être, réussir à « fidéliser les Valencianos », si on lui avait laissé le temps, en 80/81 : Simon Casas. Depuis... les diverses empresas ont dit  « Bonjour ! Vous allez voir ! » et, quelque temps après : « Bon ! Cela suffit ! On a assez perdu d’argent, on s’est suffisamment fait insulter... on se casse ! ». Et elles partaient... quand elles ne se faisaient pas virer.
     Aficion...tu fous le camp ! La Fiesta Brava, malade de ses toros, malade de ses Aficionados... Vaya ! 
     Hier, deux corridas, à Zaragoza et Valencia. Ici, un toston, dû aux jeu des toros et à la tristesse du public... là, un triomphe, sous dix centimètres d’eau, mais sans grand monde dans les gradins, malgré un cartel « 100% local »....

    9 Octobre – Zaragoza – 5ème de la Feria du Pilar – 2/3 de plaza – Corrida Télévisée : Les Pedrajas de Maria Luisa Dominguez Perez de Vargas sont sortis bien tristement, bien discrets de race, bien bas de caste, bien « em..nuyeux ! » Ils sont toujours sortis « abantos ! ». De tout temps. Mais ils se fixaient, allaient a mas, bien souvent, mettaient « du piment » à la lidia... et quelquefois, le feu à la plaza ! Souvenez vous de « Comando gris » ou de « Topinero »...Autres temps, autre moeurs. Hier ! Soseria totale, distraction coupable, trajectoires incertaines, avec l’air de ne pas y toucher..  Seuls , les quatrter et sixième se sont laisser faire... mais ce furent les toreros qui ne furent pas au rendez vous.
     Le Molinero est sorti avec l’épaule gauche « en l’air », au point qu’on lui fit une infiltration avant de faire le paseo. Le torero parut diminué de force, d’idées et de courage. Excusable devant le premier qui avait une idée « très approximative » de la ligne droite, il le fut beaucoup moins lors de sa faena au quatrième, qu’il avait bien reçu au capote. Applaudissements et petit ovation sont un maigre bilan , pour le triomphateur du Pilar 2000.
     Luis Miguel Encabo n’est pas très harmonieux dans son corps torero... Malheureusement, cela doit jouer un peu. Il aurait « la gueule » de Rivera Ordoñez, il serait au plus haut dans les charts ! Voilà un torero qui veut faire les choses « bien », et y réussit bien souvent. On lui doit le grands moments de la tarde, devant « deux » tristes ! Une grande paire « por dentro », après un échec, au cinquième. Quelques bonnes naturelles, malheureusement « inlidiables ! .. et un super quite par chicuelinas au quatrième. Vuelta à l’un, ovation à l’autre ... Encabo a été en torero, et il faudra en tenir compte. – Rafael de Julia a « une gueule »... mais ne dit pas grand chose. Son toreo est classique, copieux, mais sans grande étincelle. On applaudit par automatisme, « classiquement », « copieusement », mais sans étincelle...Il a été bien face au sixième... a même coupé une oreille !  Il n’en parut pas plus heureux pour autant... et nous non plus ! Pendant ce temps, l’Aficion de Zaragoza, visage fermé, repartait... comme elle était venue !

     9 octobre – Valencia – Dernier spectacle de la Feria de La Comunidad – 1/3 de plaza : Le cartel était « totalement » local : Juan Carlos Vera – Victor Manuel Blazquez – Angel de la Rosa. Vous ne les connaissez pas ? Vous avez tort... et, à la fois raison. Juan Carlos Vera promit un peu, jadis ! Angel de la Rosa promettait beaucoup... Quant à Victor Manuel, il était un « tout terrain », un peu vulgar, mais plein de feu et de caste. Une vraie mascletà Valenciana ! Hélas, le temps a fait son oeuvre... les trains sont partis sans eux... et le public, qui hurlait parce qu’on ne les faisait pas toréer, est aujourd’hui le premier à ne pas venir les voir...
     Un tiers de cette immense plaza de Valencia, hier, pour voir les trois Valencianos.. Pour arranger le tout, un vrai déluge, à partir du cinquième, au point que le président vint tremper ses escarpins dans la boue, avant que ne sorte le dernier, histoire de voir si on poursuivait ou non la partie de « water toro » !
     Toros de Bohorquez, normalement présentés, mais faibles, en général. Bons, les 1,2 et 6èmes. Invalides les 3 et 4èmes. Le cinquième ne voulut rien savoir - Juan Carlos Vera fut « juste en tout » face à un lot insipide. Silence partout – Victor Manuel Blazquez se battit comme un chien, monta sur l’impossible cinquième, tandis que tombaient des hallebardes, et lui coupa une oreille – Angel de la Rosa fit le toreo de qualité, au troisième, et mit l’émotion en prenant le sixième, dans dix centimètres d’eau. Oreille, par deux fois, et sortie a hombros... qui ne lui servira de rien !   

 

CELUI QUI EST « EN HAUT » N’Y EST PAS... PAR HASARD !

     11 Octobre : Franchement, on ne sait plus à quel saint se vouer (le droit, ou le gauche ?) Quoi, imaginez un peu... Le Mont Blanc est beaucoup plus haut qu’on ne le disait... 4810,40 mètres.
     On en reste abasourdis ! Et combien, en euros ? Vous rendez vous compte ? Durant des décennies, nous, les cancres, nous les « sans grade », nous le « près du radiateur, au fond de la classe », étions fiers de retenir les 4807 mètres du toit de la France, et « le 1515 » de Marignan ! D’ici qu’on nous la change aussi !

     On reste « sans voix » ! 4810 mètres et 40 centimètres... Saluez ! Voilà qui va réjouir le monde entier, sauf l’Himalaya qui va faire un peu la gueule en voyant son lointain concurrent « se rapprocher » dangereusement. Il lui reste un peu de marge, mais quand même !
     Voilà qui va donner à Madame la Ministre de l’Emploi de bonnes raisons de pavoiser, en augmentant autre chose que les CES... Pensez donc : Va falloir modifier tous les bouquins scolaires.. (Au passage, on pourra aussi changer les francs en Euros, dans ces problèmes de maths qui nous ont fait « tellement ch... peiner », dans le temps, du style « deux trains qui partent en même temps... calculez l’âge du capitaine... » (Maintenant, ce n’est pas la même chose... c’est : « Deux TGV  partent à la même heure, mais en retard, comme d’hab !, de Paris et de Marseille. Un hérisson traverse la voie, à dix kilomètres de Valence, et provoque un court circuit général. Calculez « en Euros », le total des dédommagements hebdomadaires que devra supporter la SNCF, sachant que le hérisson fait le même trajet huit fois par semaine ») Ah... ! Voilà qui ne manque pas de piquant !
     Va falloir changer tous les panneaux indicateurs, tous les guides « Michelin ou autres...). De quoi créer des milliers d’emplois ! Va falloir changer tous les questionnaires du « Quitte ou trouble ! », du « Questions à un Champignon » ou du « Voulez vous gagner à être connu ? » ... « 4807 mètres ! C’est votre dernier mot...Hi ! Hi ? Je suis désolé... »
     4810 mètres et 40 centimètres. « On en reste sur le... flanc ! ». Une telle précision a de quoi « garder espoir en l’avenir ».... En sachant cela, on mourra « peut être encore de faim », mais au moins, instruits...  Moi, c’est le « quarante centimètres » qui me plaît...  Faut quand même le faire...  D’autant qu’avec le vent qu’il fait là-haut, y a bien longtemps que cela doit avoir changé... 78, ou 26 centimètres ! Cela dépend de la  forme, des soucis, tout ça !
     En tous cas, taisons-nous et admirons ! Au passage, espérons que ces « chers (très chers !) chercheurs » iront faire un tour du côté de la dune du Pyla... A tous les coups, elle a du aussi bouger... et pas qu’en hauteur. En attendant, messieurs les journalistes, n’en faites pas trop sur le « plus haut, plus prestigieux, plus beau ! »... Des fois que Ben Laden viendrait à l’entendre !
     Toujours est il que « ceux qui sont en haut... ce n’est pas par hasard ! Voyez la Longo ! 43 ans et 13 titres de championne du monde. Elle porte bien son nom ! Voyez Arnaud Tournant : Un kilomètre arrêté en 58’’85. Imaginez ! 61km/h sur un vélo. Si le FBI prend, au radar, Tournant dans un virage... « ils lui mettent un pv ! » Et Alési ? Terrible ! On ne va plus pouvoir dire « vas-y Jeannot ! » sans bien savoir « où ? », d’ailleurs ! Pauvre Alesi ! (tout est relatif..) Ne voilà t’il pas qu’à l’aube d’un énième nouveau départ, il est poussé hors de la piste par un inconnu aux yeux bridés et aux dents longues.. « Ahhhh ! le Sato ! ». N’empêche qu’il était grand, le Jeannot, même quand il traînait un peu trop dans les bacs à sable. Alors on lui souhaite une bonne retraite ou une heureuse reconversion ... « Allez-y, monsieur Jean ! »

     Comme le Mont Blanc, comme les champions, les toreros qui sont « en haut », n’y sont pas « par hasard ! ». Voyez Juli ! Voyez Ponce !... et combien d’autres, qui se sont hissés en haut, non grâce « au GPS », mais bien à des facultés personnelles « bien accrochées ».
     Cette année, il faudra parler du Finito de Cordoba ! Il risque de finir en tête du classement 2001. Cela ne manque pas de surprendre, car, un torero de sa trempe, qualifié « d’artiste » et de « volontiers flamenco », a traversé  la saison, sans une égratignure, plaquant çà et là des moments toreros d’une indéniable beauté. Ce n’est pas un hasard ! Et c’est l’apanage des toreros ! Eux, plus que personne, peuvent dire : « J’y suis arrivé, tout seul ! ». Peu importent les ganaderias, dites « de luxe ». Peu importent les apoderados puissants, ou même les toros afeités... Celui que « est en haut » a autant, sinon plus, de chances de trouver un fort pourcentage de « garbanzos », de « mansos huidosos » et d’assassins, que les autres...
     Asi que ! Une Marseillaise, (une vraie...celle là !) pour le Mont Blanc, Arnaud, Jeannie et Jeannot... mais, surtout, un sacré monterazo pour tous ces hommes qui, vêtus de lumières plus ou moins luisantes, s’alignent au paseo, le visage plus ou moins pâle, et s’en vont vers leur destin « tocando madera »...

    10 Octobre – Zaragoza – 6ème de feria – Casi lleno  (Allez : Lleno) : La corrida fut un éventail de toros dont les 95% étaient « souche Domecq », mais de quatre fers différents : le 1er, de Peña de Francia (qui portait le néfaste nom de « Avispado » (Pozoblanco ! ) ; les 2 et 3èmes de Buenavista ; les 4 et 5èmes, de Garcia Jimenez ; le dernier, enfin, de Victoriano del Rio. Corrida « multi cartes », en général, très armée, mansa à divers degrés, le dernier excepté, très encasté.
     Le Finito de Cordoba a connu une bonne journée. S’il tue le premier, il peut sortir a hombros, avec tous les honneurs. Son premier est un mansote, noblon mais tardo. Le cordouan va l’attendre, l’intéresser et lui donner des séries justes, closes d’élégantes trouvailles comme un trincherazo gaucher « de maravilla ». Hélas, il tua mal. Ovation. Le quatrième ne permettait pas de lier. Le Finito cisela, point par point, de grands muletazos, alliant classe et technique. Bonne épée et une oreille bien gagnée.
     Le Juli a du maudire celui qui avait fait les lots, et encore plus, celui qui avait « tiré la boule de papier »...Son premier, tête haute, le regardait, menaçant. Le cinquième, à bout de souffle « se apago », s’arrêta, crevé. Le Juli ne put que placer des détails de courage, en particulier un grand tiers de banderilles au cinquième. De plus, il tua mal son premier. Applaudissements et Ovation – Jesus Millan se fit prendre dangereusement par le troisième, éteint, mais mit toute la pression et sa verve, face au Victoriano del Rio (un tonton de 675 Kgs, très encasté). Faena « enlevée », vaillante, un peu populiste... Il tua vite d’une basse, mais le bon public de chez lui réclama deux oreilles. Le président n’en concéda, logiquement, qu’une, ce qui lui valu des tonnes da qualificatifs « plus ou moins sympathiques ! »
     La feria se poursuit, ce jour, par la corrida de Torrestrella au cours de laquelle le Paulita, c’est confirmé, recevra l’alternative, des mains de Joselito, en présence d’Enrique Ponce.  

 

LES CARTELS DE LIMA.... QUI VA PAYER ?

     11 Octobre : Il n’est un secret pour personne que le Pérou passe par des dures heures, au plan économique. On sait les répercutions que cette situation a généré, au plan taurin : Depuis des années, la feria de Lima n’a plus rien de miraculeux.
     On est donc quelque peu surpris de voir les cartels 2001, avec, en haut de l’affiche : Ponce, Juli et Jose Tomas, ce dernier ayant décidé de se refaire une santé aux Amériques, avant de repartir, espérons le, du bon pied, en 2002, sous la houlette d’un nouvel apoderado. « Le Samouraï chez les Aztèques ! ».. C’est le titre du grand feuilleton de l’hiver...
     Malgré d’autres toreros, de second plan, un présupuesto important pour une feria qui est loin de garantir des « no hay billetes ! ». A ver ! Qui va payer ?

     On va donc suivre avec intérêt, la prochaine Feria, en plaza de Acho, qui se présente ainsi :

Dimanche 21 octobre : Novillos de Juan Manuel Roca Rey pour Javier Valverde, César Jiménez et Luis Vital “Procuna”.
Dimanche 28 octobre : Novillos de Roberto Puga pour Matías Tejela, Leandro Marcos et Fabián Barba.
Dimanche 4 novembre : Toros de Chuquizongo pour Rafael Gastañeta, El Califa et Alfonso Romero.
Dimanche 11 novembre : Toros de Manolo Martínez (Mexique), pour Finito de Córdoba, José Tomás et Ignacio Garibay.
Dimanche 18 novembre : Toros de Javier Garfias (Mexique) pour Finito de Córdoba, El Califa et Rafael de Julia.
Dimanche 25 novembre : Toros de Fernando de la Mora (Mexique) pour Enrique Ponce, El Juli et Rafael Gastañeta.
Dimanche 2 décembre : Toros de San Martín (Mexique) pour Enrique Ponce, José Tomás et un des toreros triomphateurs de la feria

     On note l’absence du Morante, qui avait été bien, l’an passé, et de l’un des préférés de l’Aficion péruvienne Vicente Barrera, dont on disait, il y a peu, qu’il se retirait. A suivre.

 
ZARAGOZA : LES MAÑOS SE SONT « LACHES... »  

     12 Octobre : Il faut bien que l’on sacrifie, de temps en temps, à ce nouveau langage, à ce nouveau vocabulaire, qu’un président « chébran » n’hésita pas à vanter, histoire de faire « dans le vent »...  Nous, la dernière garde de SLC « Salut les copains », on est un peu largué, et avec nos quelques lettres et nos quelques mots, nous voilà renvoyés au rang de « presque illettrés »... Autres temps, autres moeurs ! Avant, c’était « faites l’amour, pas la guerre ! ». Du côté amour, cela va bien, du moins on vous le souhaite...

    Pour ce qui est de la guerre... On y est ! Et une carabinée, dans tous les domaines ! Guerre dans les airs, dans les tranchées... Guerre économique, peut-être, bactériologique... Guerre des communiqués. Alors, au fond, on se dit, comme jadis Robert Lamoureux, dans les années 50/60 : «En prévoyant au maximum, en gérant au millimètre, en faisant attention à tout, avec ma femme, on a calculé que dans cinq ans, cinq ans exactement... on ne sera pas plus avancés que maintenant ! ». Donc... aguantons !
     Le temps roule ses volutes de fumée... Qu’elles viennent des feux d’artifice ou du canon, elles laissent dans le ciel une part de mystère qui nous fait chaque jour, plus petits, plus fragiles, et font s’agiter nos mains, pour un accueil de joie... ou un dernier adieu...
     En parlant de mains, on ne peut que s’étonner de la froideur, voir le dédain, manifesté par certain torero, parrain d’alternative, au moment de céder les trastos « au jeune communiant ». Hier, à Zaragoza, c’était d’autant plus flagrant, lors de l’alternative du Paulita.
     Le Jeune matador, impeccablement vêtu de blanc et argent, immaculé, voit s’avancer vers lui son parrain, Joselito, et, en léger retrait, Enrique Ponce, témoin de luxe. Quelle opposition entre les deux maestros, dans l’attitude, la façon d’être, d’agir... Joselito, la montera vissée sur la tête, prononce les quelques mots d’usage (il faudrait savoir lesquels), exécute le traditionnel échange, et serre la main du nouveau compagnon. On ne lui demande pas un gros bisou, mais quand même !
     A deux pas, Enrique Ponce s’est découvert et assiste, respectueux et souriant. Quand le jeune s’approche, un bon sourire, deux mots et un abrazo... de verdad. Attention, il est bien évident que « face au toro, il ne lui pardonnera rien ! », et qu’à la première occasion, il lui mettra « un repaso »... C’est, d’ailleurs, ce qu’il a fait. Mais en attendant, cette bienvenue amicale doit faire chaud au coeur...
      Bien entendu, chacun agit comme il l’entend. Il n’y a, en la matière, aucune règle, et les pages des anciennes revues, de « La Lidia » au « Ruedo » sont pleines de photos où le parrain, montera sur le crâne, « en serre cinq » au nouveau promu... Autre temps, mêmes moeurs ! Il est, quand même à noter que Joselito est un des seul à se comporter de la sorte. Il aura ses raisons, que l’on devra respecter... Mais quand même...  il pourrait  « se lâcher », de temps en temps.
      Ceux qui l’ont passé « bomba » et ont fait grand bruit, c’est les quelques 11100 quidams qui peuplaient, hier, les tendidos de la plaza de La Misericordia, à Zaragoza. Un public qui venait assister à un grand évènement, et en attendait d’autres. Il s’est coupé sept oreilles au cours de cette corrida, d ‘où les trois matadors sont sortis « a hombros ». Ambiance et émotion : Un aragonais devient « matador de toros ». Un de plus ! Peut-être sera t’il « le bon » ! A ses côtés, deux maestros. Du coup, on fait le fête au petit jeune ; on tressaille d’aise sur trois muletazos du Joselito ; on hurle de peur quand il se fait prendre ; on frise l’extase avec Enrique Ponce , et, du coup, la  fièvre augmente jusqu’à la communion parfaite. Alors, on fait couper une dernière oreilles « au petit », malgré l’épée bien basse, et tout le monde sort « en volandas ». Que bueno ! Il est rare que cela arrive en plaza de première catégorie, au cours d’une grande feria. Cela n’en a que plus de valeur, de poids, sur la longue route,  parfois bien insipide, de la temporada. Vraiment, cela fait du bien de « se lâcher », de temps en temps...

      11 Octobre – Zaragoza – 7ème de Feria del Pilar – Casi lleno : Il est sortis cinq toros de Torrestrella, variopintos, un peu jeunes, mais bien présentés, en général. La corrida a montré de la qualité, les 4et 6èmes montrant quelques aspérités. Protesté pour « chico », le cinquième, l’espace d’un instant. Puis, « la magie Ponce » fit le reste. Sorti en troisième, un sobrero de Martin Arranz montra de grande qualités de noblesse, mais aussi quelque faiblesse.
      C’était, pour Antonio Gaspar « Paulita », le grand jour. Le torero a passé l’épreuve avec bonheur, démontrant de réelles qualités. Face au toro de la cérémonie « Pocalluvia » - N°96 – 503 kgs - negro, on le vit très bien au capote, un peu inégal à la muleta. Cependant, une dernière série de droite et une estocade entière firent tomber une oreille tout à fait justifiée, dans un tel contexte. Quand sortit le dernier toro, les collègues avaient triomphé et attendaient qu’on ouvre « la Grande Porte ». Le public, comme un seul homme, poussa, tira, encouragea le torero qui mit tout ce qu’il avait, de la larga à genoux, à l’estocade finale, bien « tombée », pour les rejoindre à la sortie. Paulita, encore une fois excellent à la cape, est entré du bon pied dans l’Escalafon supérieur, coupant « une oreille, chaque fois », le jour du baptême, et bouclant une grande feria de Zaragoza 2001. Un immense souvenir pour lui... Maintenant, commence... « la guerra » !
       Joselito est très aimé, ici. Du coup, le torero se livre complètement, mais à sa façon. Tantôt allègre, tantôt trop cérémonieux, il sait que tout lui sera applaudi, y compris de longues poses, entre chaque muletazo. Le premier était faible. Joselito le reçut à genoux, et, avec le public en totale fusion, toréa en douceur, la silhouette  relâchée, la muleta courant doucement sous le mufle du toro gris clair. Faena longue, compassée, qui  lui valut un avis, avant de monter l’épée. Faena qui de termina dans l’émotion, le Joselito se faisant prendre de plein fouet en donnant une manoletina. Vilaine voltereta, le torero tombant sur les cervicales, mais se relevant aussitôt pour un desplante hautain, face aux cornes. Torero ! Grosse épée et une oreille méritée. Il en coupera une autre au quatrième, qu’il brinda à la plaza, malgré les défauts affichés : tête haute, tirant à droite et à gauche. Pas évident. Joselito débuta par cinq passes à genoux et, encore une fois, toréa avec dédain, s’accrochant, sans paraître faire de grands efforts, jusqu’à l’estocade finale.
     Enrique Ponce a encore donné une immense leçon de toreria. Autorité, plastique, sentiment, telles sont les qualités premières de sa faena au toro de Martin Arranz. Grande faena, une de plus, où l’esthétique et l’élégance font oublier la technique et le danger. Un faenon, plutôt droitier, précédant une énorme estocade. Deux oreilles et une plaza explosant d’admiration. Le Valenciano allait rééditer, face au cinquième, plus discret de présence, qu’il brinda au Tato. Faena pleine de merveilleux détails, des doblones du début, aux ayudados de ceinture, en final, passant par trois naturelles, citées « en grand seigneur », la muleta pliée au bras. La demi lame, un poil tombée, ne gâcha pas la fête... Un avis, mais un nouveau trophée, et Zaragoza vient ajouter son nom aux plazas qui, cette année, ont vu passer un véritable « géant du Toreo » : Enrique Ponce.

      La feria se poursuit aujourd’hui, Dia del Pilar, par une corrida de Jandilla pour Curro Vazquez, Tato et Juli, tandis que « l’Automne » reprend, à Madrid, avec un corridon de Nuñez del Cuvillo, fuera de tipo, et qu ‘à Séville, un cavalier s’en va, tirant sa révérence : Javier Buendia.

 

LA TRAGEDIE GRECQUE... AU PLACARD !

     13 octobre : Parfois on nous demande : « Mais qu’est ce que vous trouvez, aux corridas ? C’est toujours la même chose... » Et parfois, il faut bien le dire, on a du mal à répondre, surtout si, comme en certaine San Isidro, « il ne se passe rien, vingt tardes sur trente ».
    
Et puis, tout à coup, surgit la course « épique », incroyable dramaturgie qui envoie au placard  les plus terribles des tragédies grecques, transformant les plus noirs des « noirs écrivains » en aimables collègues de Tex Avery et Walt Disney réunis....
    
La corrida est, à chaque fois, une nouvelle liturgie. Certes, « les attributs sacerdotaux » sont le mêmes, les gestes similaires, parfois répétitifs, parfois lassants... Et pourtant, quand le toro sort, il porte en lui, dans le regard et « les idées » beaucoup plus qu’au bout de ses cornes, tout le drame que lui seul peut écrire, malgré le courage et la technique des hommes, provoquant des émotions multiples qui vont, de la plus profondes des admirations aux plus grandes terreurs. Le toro est roi. Il écrit l’histoire. Souvent, ce ne sont que des anecdotes, quelques scènes, souvent glorieuses. Quelquefois, un gros paragraphe, un acte tout entier. Puis tout à coup, une pièce, bien tragique, un roman bien noir, que nul n’aurait osé imaginer.
    
L’actualité récente, hélas, nous a prouvé que les « Corneille and Co » étaient restés « bien courts », pour ce qui est des « noirs desseins »...
    
Pour rester dans « le monde des toros », il arrive que tout à coup, la corrida devienne exceptionnelle, parce que triomphale, parce que terriblement mauvaise, ou encore parce que se déroulant dans des circonstances  tellement dures que l’on pressent le drame, à chaque galop du toro, à chaque pas de l’homme.. Alors...
    
Alors on assiste à des moments épiques, de ceux qui font de l’Iliade, un aimable feuilleton guimauve, genre « Les feux de l’Aaaaamour »... Madrid est coutumier du fait. Mais on peut vivre des tels moments aux quatre coins de la planète... tout simplement parce que chaque toro qui sort est « comme les vagues de la mer ! » Il n’y en a aucune qui soit semblable aux précédentes.
    
Si, en plus, la météo se met de la partie, la tragédie enfle et roule, aussi sûrement qu’au théâtre d’Athènes. Alors, bien souvent, on finit tous « mouillés ! », et ce n’est pas forcément du à l’eau qui tombe du ciel... 
    
Hier, Madrid a vécu une de ces terribles après midis : Vent d’ouragan, pluie torrentielle, des toros « hauts comme ça » et deux toreros gravement blessés, qui laissent le troisième « tout seul », devant estoquer cinq « armoires, bien pointues, et pas très amicales »...