L'ACTUALITÉ TAURINE
(Mai 2001)

AIRE SUR ADOUR : AU TRAVAIL, STEPHANE !     

     1er mai : On n’a pas idée... Le jour de « la fête du travail », Stéphane Fernandez Meca va « défiler tout seul », et travailler trois fois plus...
     Blague et plaisanterie facile à part, on espère et on souhaite une grande bonne chance pour Fernandez Meca qui s’enferme aujourd’hui, seul devant six Palha, en plaza d’Aire sur Adour, à l’occasion de la traditionnelle corrida des « Arsouillos ».

     La grande bonne chance sera nécessaire, côté météo, d’abord, puis côté toros. Les portugais de Palha n’ont guère brillé, ces temps ci, malgré une sortie honorable à Castellon. Mais on sait leur caractère ombrageux, la caste  irrégulière qu’ils possèdent, les forces qui semblent plus hésitantes, cette année (référence, la corrida de Zaragoza).
     En face, un torero avec la technique, la valeur et la force. Devenu un spécialiste, Stéphane Fernandez Meca devra viser la variété de répertoire, tout en privilégiant l’efficacité. Dure alchimie, dur challenge. Pourvu, de plus, que l’épée voyage bien.
     « Que haya buen tiempo, suerte, et que les toros chargent... » On aurait préféré que tel événement se déroule en meilleur moment et en plus grande plaza, de façon à ce que la répercution soit plus forte, pour le geste et pour le torero... Mais les choses sont ainsi et le destin est déjà fixé. Il « sait » déjà...
     Nous, on le saura ce soir, et vous... demain ! Bon 1er Mai...

 

TRAVAILLER, ET TRAVAILLER ENCORE....

     2 Mai : Quand c’est la fête du travail... on se repose. Le lendemain, comme il faut aller « bosser »... on fait grève !  Asi las cosas ! Premier mai, fête du muguet, du printemps et des masses laborieuses qui n’en finissent pas de vouloir se lever...le poing en l’air ou la main sur le coeur. Premier mai d’espoir et de paix, en principe... Premier mai sous l’eau, dans la Somme ou à Séville.
     Ici, les dignes larmes de ceux qui sont en train de tout perdre viennent rejoindre les flots que n’arrivent pas à éponger la science des hommes et la force des machines.
     Là bas, en bord de Guadalquivir, une gitane maudit le ciel parce qu’elle a trempé sa robe, si moulante qu’elle n’a pas le droit de rétrécir... Deux gouttes de pluie ont mouillé la guitare et un grêlon sacrilège est venu se loger dans un verre de fino... Le ciel de Séville est menaçant, violet à force d’être noir ; lourd de vilains présages, triste des illusions perdues.
     Premier Mai... On défile, lentement ; on râle un peu, comme le veut la tradition (Il y a pourtant de quoi faire !) et... on va à la pêche. Dans sa chambre de clinique, se remettant rapidement « de nos émotions », Jose Tomas s’avoue le plus heureux des hommes.
     Côté toros, le premier mai a été... laborieux : A Séville, les trois toreros, qui jouaient beaucoup, ont vu leurs efforts se fracasser contre un mur de mansedumbre et de violence. La douzième de feria fut, depuis le matin, « la » corrida « du mauvais oeil »... En France, il fallut à Fernandez Meca batailler dur pour sortir avec dignité d’une épreuve bien aléatoire. A Madrid, cela fait trois novilladas insupportables, dans le froid et l’ennui... Rien à l’horizon de la Feria de la Comunidad... En plus, le Real a perdu devant le Bayern !
     En fait, dans la Somme ou à Séville, ce fut un Premier Mai de... peine ! En attendant, comme le muguet, le gaz augmente. 2 mai, jour de grève... Vivement le 3, et encore !

     1er Mai – Séville : 12ème de feria – Llenazo – Temps gris sombre : La corrida était mal partie... Tout le monde fondait de grands espoirs sur la corrida de Manolo Gonzalez et Sanchez Dalp. Elle est traditionnelle à Séville, et a souvent donné de grandes tardes. Le ganadero avait amené neuf toros. Les vétérinaires en ont refusé sept pour manque de trapio. Vexé, Manolo Gonzalez a tout remballé, et repris le chemin de la finca. Tout le monde en était désolé, en premier chef, on s’en doute, les toreros. Pour remplacer, on fit un lot de trois Gavira et trois Martelilla. Ce fut pénible, puisque pour arriver à tel résultat, il fallut disqualifier quatre toros du premier fer, et deux du second. Vaya ! Le sorteo se fit douloureusement et tout le monde est rentré à l’hôtel en priant... qu’il pleuve !
     Corrida désespérante, où la mansedumbre et la violence des toros interdisent tout succès aux hommes, pourtant animés des meilleures intentions. Les Gavira sont sortis en 1, 5 et 6ème rangs. Toros mansos, distraits, sin fijeza avec de la violence et du sentido. Les Martelilla du Marquis de Domecq, 2,3 et 4ème n’ont guère valu mieux. Toros « à la défense » qui attaquent avec le regard « bien en dessous de la ceinture », malgré la tête haute. Toros qui retiennent leur charge et se retournent aussi sec. Toros qu’il fallait mater, rosser. Alors, ils ne voulaient plus jouer. La corrida fut une suite d’éclairs, d’espoirs, mais au final, la déception fut totale, d’autant plus grave qu’elle eut la télévision pour témoin.
     Jesulin de Ubrique a montré tranquillité et rage rentrée. Le premier lui mit trois fois la corne au niveau de la ceinture ou du visage. Tardo, frein à main serré, coupant toute route... rien à faire, sinon le tuer d’une demie, sous quelques palmas. Bien au capote, devant le trépidant quatrième. Pas de dentelles dans les véroniques, mais un capeo puissant et valeureux. Ce sera, avec la dernière minute, le meilleur du Jesulin. Espoir, cependant, au début de faena : une première série de derechazos et un pecho lèvent l’ovation. Temple y ligazon. Hélas, malgré deux autres droitières coulées, le toro se met probon, se retourne très sec et les illusions s’envolent. Jesuli va en terminer « muy torero », avec une épée casi entera et , tout seul, un descabello sans bavure, à la mode de Roberto Dominguez. Ovation.
     Rivera Ordoñez est beau et riche. Bon ! Il est « Fils de son père », et, à Séville, on n’oublie pas cela. Hier, pas de titre de noblesse, pas de presse du coeur... Francisco Rivera Ordoñez a porté haut les couleurs de Paquirri. Casta ! Le premier de la tarde le menaça, sur une glissade, au cours de son quite. Roulant sur lui-même, le diestro échappa « de milagro ». Quand sonnèrent les clarines annonçant le deuxième, on fit silence... Francisco Rivera Ordoñez est parti s’agenouiller à la sortie du toril. Le toro est sorti « toronton », l’a vu et lui a accroché le capote en fin de suerte. Encore une portagayola qui tournait à la tragédie. Valeureux, muy torero, Fran se releva, au fil des cornes, s’échappa d’un coup de rein, récupéra le capote et, dans un formidable moment de race torera, de courage et de vista, aligna deux  largas à genoux, (la deuxième, de terreur), quatre véroniques et deux demies, extraordinaires de puissance et de vérité. Le public se leva, l’ovation fut énorme ; la musique joua et le torero dut saluer...Ce fut « le » grand moment de la corrida. Le toro semblait servir, et Rivera débuta fort bien, avec calme, efficacité et gusto. Mais il fallut vite déchanter. Les intentions du  bicho devinrent vinaigre, et la muleta devint torchon. Mato mal, alternant épée et descabello. Silence. Le cinquième, manso déclaré ne put être piqué, après plusieurs essais, qu’en terrain de chiqueros. Bon début, le toro venant pronto et fort, avec un poil de violence. Rivera batailla, donna deux bons derechazos, aguanta ce qu’il put, et dut capituler devant la race enfuie. Entière atravesadilla, en entrant mal,  et descabello, « sous vos applaudissements ». Dommage que ce diestro de haute lignée ne progresse pas, muleta en main... Dommage que ce valiente ne soit pas grand estoqueador, comme son sang l’exigerait. Dommage.
     Morante de la Puebla veut, mais n’y arrive pas. Anda con los cables cruzados ! Sa journée, devant deux carnes innommables fut un constant « querer y no poder »... Vouloir et ne pas pouvoir. Morante jouait beaucoup, hier, à Séville. Le public ne lui ménagea ni ses encouragements, ni ses bravos. Mais, force est de constater que le torero est toujours en période de doute, que ses efforts pour être calme sont trop perceptibles, et que le toreo coulé, harmonieux, inspiré qui est son cheval de bataille, est actuellement une pâle réplique du Morante, torero embalado du début 2000. Les véroniques fleuries sont devenues « coups de fusil », les derechazos et naturelles, jadis coulés, soupirés, sont  devenus coups de hache. Quand à l’épée, jadis porteuse d’éclairs « au recibir », elle est devenue « affreux marteau piqueur souterrain... »  Et pourtant, l’aube n’est pas loin. Au milieu de ses regards perdus et de sa désespérance, Morante réagit, se calme, se pose et soudain laisse éclater un énorme détail  de classe, un moment de rêve. Hay que esperar ! Il faut attendre. Un jour, une plaza, un toro... un moment qui fera que tout repartira. Où cela se passera t’il ?  Quand ? Le public attendra t’il ? Le torero aura t’il la force ? Dios dira. Mais aujourd’hui, devant deux toros à contre style, Morante de la Puebla a perdu la partie. 
     Dans les cuadrillas, il y eut « de grands messieurs », comme le vieux piquero Francisco Lopez, qui sortit sous l’ovation, après un grand toreo à cheval, devant le deuxième. Au banderilles, Curro Molina dut saluer, chez Rivera. Mais un vieux banderillero, troisième de la cuadrilla de Jesulin, fut très torero, malgré les ans, très torero...Son nom, Emilio Fernandez. Sobre, sûr, il se doit de saluer l’ovation que d’ici, nous lui envoyons... par mail !

     Aujourd’hui...2 Mai, s’il ne pleut pas... Tiene que pasar algo : Corrida de Victoriano del Rio pour Joselito, Caballero et Finito. Pour deux d’entre eux... « Au secours »! Le troisième doit confirmer la grande feria 2000.

 

AIRE SUR ADOUR : FERNANDEZ MECA S’EN SORT BIEN !

    1er mai (de notre correspondant) : Bonne entrée et beau temps pour le « unico espada » de Fernandez Meca, devant les Palhas du maître des lieux.
     Impression mitigée d’une tarde qui mit du temps à se définir. De présentation fort inégale, les toros portugais n’ont pas montré la fougue, la hargne, en un mot la caste, auxquelles il nous avaient habitués, l’an passé. Encore une fois, les armures ont fait lever quelques sourcils... Justes de force, comme à Zaragoza, les Palhas ont montré plus de mansedumbre que de bravoure, le sixième excepté. Beaucoup de genio, de violence, de charges en tous sens. Seul, le sixième fut à la hauteur de la réputation. C’est peu. Fernandez Meca, voulut « rematar » en offrant le sobrero de Passanha... On lui en tint gré... mais, no sirvio.
    Le maestro a coupé quatre oreilles (une du deux et une autre du cinq, un peu protestée). De fait, on retiendra les deux trophées du sixième, toréé vibrant et surtout, estoqué d’un recibir de première catégorie. Le reste est lié aux qualités et défauts  des toros, avec le handicap que nous connaissions d’avance : Stéphane est un bon professionnel, muy torero, mais à qui il manque encore la chispa, le répertoire, le grain d’improvisation nécessaires à soutenir l’intérêt, pendant six toros. Le capeador fit son devoir, le muletero se montra réitératif, parfois un peu sur les bordures.
     Prendre six toros est un effort constant, un  réel exploit que Fernandez Meca a accompli. Sa sortie a hombros est là, plus pour l’abnégation et la persévérance, que pour le grandiose de son triomphe.
     Au banderilles, le Chano fut encore géant. Quand à la vuelta du mayoral, elle entretiendra les discussions, dans les peñas, au cours des tertulias d’hiver. Pero, bueno !

 

FINITO DE CORDOBA RAMENE LES SEVILLANS AU « TOREO DE TOUJOURS »

     3 Mai : Sans médire de Jose Tomas, sans contester une seconde (Allez !, peut-être une demie...) ses apothéoses sévillanes, on ne peut que se réjouir de la saine réaction du public de la Maestranza, hier, lorsqu’en fin de faena, Juan Serrano « Finito de Cordoba » emporta tout le monde « sur le nuage des anges ». La plaza, alors, soupira des olés forts, profonds, qui partent du coeur en chatouillant le ventre, tandis que les yeux sourient avec ravissement. Unanimité dans les gradins, dans le callejon, devant les télévisions. La muleta du cordouan sculpte une dizaine de naturelles  pour le souvenir, et l’histoire du toreo ouvre une nouvelle page.
     Le toreo est courage, technique et personnalité... Mais il est avant tout « un art ». Il est oeuvre d’orfèvre, plus que de maréchal ferrant ou tailleur de pierre. La polémique est donc servie : A Séville, en 2001, Jose Tomas a triomphé trois fois, de fer et de sang, mais la meilleure faena, jusqu’ici (la feria se termine dimanche), c’est au Finito de Cordoba qu’on la doit... et de loin.
     En début de corrida,  Joselito nous a promis une grande tarde, une résurrection. Il faudra attendre encore, mais jusqu’à quand ? Quant à Manuel Caballero, il a confirmé les craintes que l’on a depuis deux ans : il est un pega pases... « Pega pases buenos », pero pega pases, tout de même. Le toro qu’il a laissé passer hier risque de peser lourd dans une temporada où, engagé partout en début de saison, il a traversé quatre ferias sans mot dire... En regardant bien, sa situation artistique est plus désastreuse que celle du Morante. Mais, faisant partie de « la grande maison », qui cache par des corridas de province montées de toutes pièces et où l’on coupe de tonnes d’oreilles, la  pauvreté de son toreo, Manolo Caballero va toréer beaucoup et marquer des points au gaol average. Mais... Tilin ! Tilin ! Alerte !

     2 Mai – Sevilla : 13ème de Feria – lleno – Tarde désagréable, avec froid et pluie, par intermittence. Six toros de Victoriano Del Rio, bien présentés quoique sans trapio exagéré, le sixième excepté. La corrida est sortie avec grande noblesse au capote, bravoure inégale au cheval, puis le comportement à la muleta  alla se diluant au fil des forces qui s’enfuyaient. Deux toros firent exception : Cinquième et sixième. Celui ci fut brave et encasté. Bien lidié, remarquablement piqué, il fut celui du triomphe de Finito. Le sixième fut aussi un grand toro, mais  devant lequel Caballero ne put jamais trouver la solution.

    Joselito a été monumental dans les dix premières minutes de la corrida. Son entrée en matière  à la cape, devant le premier de la tarde fut d’anthologie : Véroniques de luxe, lentes, cadencées, scellées par une demie d’estampe. Magnifique. Le diestro, cérémonieusement, prépara et dessina un quite par chicuelinas qui leva le public, et nos espoirs. On attendait le faenon, et on ne tint pas compte du monumental susto que provoqua le toro en allant directement sur le torero lors de la première statuaire. Ouf !.

  Calme, un peu compassé, Joselito dessina une faena prometteuse, mais qui alla s’effilochant, toro et torero s’endormant un peu, tandis que la Maestranza soupirait ses regrets. Le toro avait baissé, mais le torero s’était assoupi. Bien sûr, des soubresauts de grande classe et une estocade, rapide mais puissante et en grande place, ravivèrent la peine. Il y eut petite pétition et Joselito salua un grande ovation. Cela se passa beaucoup moins bien face au quatrième, toro plus haut, un peu violent, qui finit andarin. Joselito s’enferma dans son mutisme et ennuya un peu, d’autant que l’épée ne fonctionna qu’au troisième voyage.
    Finito de Cordoba toréa le deuxième a gusto, avec le capote. Toreo d’inspiration où la technique, pourtant jamais oubliée, cède la place au sentiment. Le torero se met a « codillear », ramenant doucement la charge du toro contre le corps, et la série se termine sur un remate précieux . Le toro fait espérer, mais finira limité en forces, ne se livrant qu’à demi. De son côté, le matador fit de même, mais ce ne fut jamais « les mêmes demies » ! Du coup, faena laborieuse, un peu longuette, mal clôturée avec l’acier. Silence.
     Le cinquième pesait 517 Kgs. Son nom : « Disparate ». Finito le toréa de cape en gagnant du terrain et termina sur un remate « de cartel ». Toro brave, qui partit de loin sur le piquero, fixa la tête dans le peto, et poussa droit sur dix mètres, bousculant le tout, en force, le picador continuant à piquer, debout derrière son cheval écroulé. Une estampe et une énorme ovation à la fiesta brava. Enorme puyazo de Manuel Muñoz, qui pourrait bien prendre le trophée de la feria, sur ce coup là. Au lieu de se venger, le picador calibra bien sa deuxième pique et le toro fut rapidement et magnifiquement banderillé par Gregorio Cruz Velez.
     On espérait, on attendait... et on faillit attendre... Le début de faena fut classique, propre, mais sans génie. Ce n’est qu’après deux séries que Finito décida de « se lâcher » vraiment, et la symphonie débuta. Une première série de naturelles dont une, totalement « endormie »..Un retour à droite  qui surprit un peu, les redondos se terminant par un grand trincherazo. Puis, vint la main gauche, la muleta traînant, verticale, au fil des charges du noble animal. Naturelles amples, douces caresses, lente harmonie. Les passes se succèdent, enchaînées en cadence, profondes. Naturelles lentes, rematées sous la pala du piton. Le toreo en majuscules. Grands pechos tournés vers l’épaule contraire, les adornos ... Cinq minutes de pur plaisir. Faena de sentiment, de pure expression artistique. A l’heure de l’épée, Finito entra bien pour une entière un peu de côté, qui lui fit perdre, peut-être, la seconde oreille. Mort de brave, debout, d’un grand toro, peut être celui de la feria. Les photographes n’ont plus de pellicule depuis longtemps, quand Finito de Cordoba donne une vuelta, lente et cérémonieuse, sous les ovations des sévillans trempés. Un grand moment.
     Manolo Caballero a été bien avec la cape, face au troisième qui baissa vite de ton. Faena interminable, ponctuée de « cites aboyés ». Dans toute cette masse de passes, quelques bons derechazos, toujours rematés par le haut, et un grand moment d’aguante, le toro s’arrêtant au milieu d’une naturelle. Le tout se termina en soseria collective et le silence s’installa dans l’arène. Le sixième, « Chavelo » - 572 Kgs – était un toro important, brave et noble, mais encasté. Un toro pour Cesar Rincon. Venant de loin au moindre cite, le toro imposait. Ce que ne sut pas faire le torero : s’imposer. Encore une fois, ce fut un monceau de passes, toréant « de bas en haut », qui provoquèrent des défauts au lieu de les corriger. Faena sans queue ni tête, parsemée de trois naturelles bien rematées en bas, ce qui fit un moment concevoir quelque espoir. Mais on revint « à la grande distribution », et les sévillans se mirent en colère. Caballero tua d’une casi entera, en se jetant dehors, et la corrida se termina sur cette impression d’inachevé... « On avait vu un grand toro, mais on ne nous avait pas laissé voir l’autre... ».

     Ce 3 mai, Ponce revient à Séville et doit convaincre. El Juli a juré qu’il fera tout pour triompher et Espartaco signera « son avant dernière » devant les Sévillans qui le chérissent . A la baguette, les toros de Parladé (Domecq).

 

MADRID : CONCOURS DE QUOI ?

     3 Mai - La feria de la Comunidad, « répétition générale technique » de la San Isidro, s’est terminée hier 2 Mai, par la corrida concours, qui, une fois encore, ne passera pas à la postérité..

     2 Mai – Madrid (Las Ventas) – Corrida concurso – Casi lleno et du froid...du froid ! : Six toros de diverses ganaderias pour Luis Francisco Espla, Zotoluco et Juan Jose Padilla.
     Premier toro, de Guadalest : Noble mais invalide – Deuxième, d’Hernandez Pla, rentré pour invalide, remplacé par un de la même ganaderia, hors concours. Pas mieux - Troisième, du Conde de la Corte : Nada – Quatrième, de Cuadri, encasté, compliqué. – Cinquième, du Conde de la Maza : vilain et trop chargé en kilos – Le dernier, enfin, d’Adolfo Martin, encasté, répétant  fort ses charges, qui gagna le concours, et fit courir Padilla.
     Espla, avec les bas blancs, s’en sortit à son avantage – Zotoluco fut inexistant – Padilla a subi un énorme échec.

Au Bilan, les trophées sont les suivants :
     Meilleur toro : « Malagueño » d’Adolfo Martin – Toro bien présenté, en type Albaserrada, cardeno bragado, de la famille du « Malagueño II » qui triompha lors de la San Isidro 2000. Quatre piques et beaucoup de caste.
     Matador lidiador : Luis Francisco Espla
     Meilleur piquero : Pepillo Hijo, qui prit le 4ème, de Cuadri
     Meilleur subalterne à la brega : Alberto Martinez, devant le 5ème, du Conde de la Maza.

 

LES CARTELS DE CORDOBA

      3 Mai : La feria de Cordoue  comptera de quatre corridas, trois novilladas (dont une non piquée) et une corrida de Rejoneo, réparties du 19 au 27 Mai.
     19, 20 et 23 mai : Novilladas
     22 Mai : Toros de Carmen Borrero, pour Jose Luis Moreno – El Califa – El Fandi
     24 Mai : Toros de Jose Luis Marca, pour Finito – Jose Tomas - El Juli
     25 Mai : Tors de Juan Pedro Domecq, pour Joselito – Jose Tomas – El Juli
     26 Mai : Toros de Joaquin Barral, pour Ponce – Jesulin - Finito
     27 Mai : Rejoneo  

 

EL JULI... DANS LE GRAND BAIN

     4 mai : Dans la peña, tout le monde a hurlé, de peur, d’admiration. Sur le sable jaune de la Maestranza, le Juli vient de « mettre un coup d’épée » phénoménal d’entrega, de risque et d’intelligente technique... L’estocade est un poil de côté ? « Poco, pero que muy poco importa... » La façon d’entrer a matar est ici la seule qui compte,  et Séville, non plus, ne s’y est pas trompée.
     C’était là le premier chapitre d’une nouvelle page de gloire, épique, de « ce sacré gamin » qui, malgré une silhouette de plus en plus « adulte », garde des traits et des gestes d’enfant. Une heure plus tard, sous un déluge, le ruedo transformé en véritable piscine, extrêmement dangereuse, Julian Lopez allait écrire un nouveau paragraphe de gloire torera, coupant un nouveau trophée au milieu des cris de « torero ! torero ! » d’une Maestranza  enfin convaincue.
     Maintenant, une question se pose : « Si José Tomas fait, hier, ce qu’a fait le Juli à ses deux toros... que lui aurait on donné ? ... Quatre oreilles et le Tour de l’or...
     Dans la Peña, une voix s’est élevée... « Quel est le degré d’inconscience de l’enfant torero ? » Réponse : «O%... Zéro pour cent ! » El Juli est « né » torero. Comme Astérix, « il est tombé dedans... » ! Surdoué, nanti d’une aficion monstrueuse, d’une volonté de fer, d’un courage de preux chevalier, d’une ambition démesurée mais saine, le Juli vit, mange, dort, rêve... en torero. Les jours de repos, pour s’amuser, « se changer les idées... il s’en va toréer ». Sûr qu’à la maison, au moment des repas, à la table familiale, entre deux plats, le jeune se lève et dessine, avec sa serviette, deux naturelles et un pecho, tandis que sa mère râle un peu parce qu’il met des miettes partout... « Julian, reste assis ! » s’écrie t’elle, après un « olé ! » repris à l’unisson par toute la maisonnée. Un torerazo !
     Hier, dans le barrizal sévillan, Julian Lopez « El Juli » a encore escaladé un nouveau pic de gloire... Bien entendu, on peut trouver des choses à critiquer, toujours ! Mais celui qui, aujourd’hui, déclare « Le Juli, moi je n’aime pas ! », par système... Il  faut l’envoyer à la douche !

     3 Mai – Séville : 14ème de feria – « No hay plus un billet » - Déluge d’apocalypse a mi-faena du cinquième toro . La corrida ira jusqu’au bout : Jadis, on pouvait triompher à Séville, et sortir a hombros sans que ne s’ouvre la Porte du Prince. Vuelta en triomphe et sortie par la porte des cuadrillas... Hier, Séville n’a pas osé, car, sans avoir coupé les trois oreilles « réglementaires » pour ouvrir la Porte (ce qui est une totale bêtise ), si on le hisse a hombros, le Juli « tourne encore », ce matin, et tout le monde prend une pneumonie...
     Enorme, fantastique triomphe d’un torero, hier, en la Maestranza de Séville. Certes, les circonstances dramatiques ont fait s’élever le degré d’émotion, d’admiration... Mais ne nous y trompons pas, l’orage n’a fait qu’amplifier cette émotion, cette admiration déjà provoquées, à mi corrida, par un quite par gaoneras, trois paires de banderilles, quelques grands muletazos et une estocade « de revolucion »... Emotion, admiration « totalement raisonnées, argumentées, justifiées.. ». Après, le raisonnable fait place « à l’épidermique » et chaque pas dans la boue suscite une exclamation de peur,  de joie et de cariño, pour cet enfant dont toute l’eau du ciel n’arrivera pas à éteindre l’or et la lumière de son habit torero...
     Six toros de Parladé... présentés « comme ça », sortant fort et se dégonflant peu à peu, souvent après quatre capotazos. Allant au cheval « comme ci », topando plus que ne poussant en brave. En un mot... une corrida « comme ci , comme ça ! » Nada ! A la muleta, « je charge un grand coup, deux fois. A la troisième, je regarde. A la suivante, ça suffit maintenant ! ». Le premier se dégonfla totalement ; le second fut un manso « de livre »; le quatrième, un toro de cuidado, beaucoup trop sournois pour un Espartaco qui fait peine, tant il est en danger sur le moindre retour du toro. Les meilleurs : Troisième, cinquième bis, jusqu’à mi faena de Ponce et dernier, du moins le pense t’on, noyé sous les averses. Le cinquième sortit comme un obus et alla se fracasser dans un burladero, sans qu’à priori, personne ne l’y appelât. Gros choc et corne brisée net. Il s’appelait « Ridiculo ». Le pauvre ! Comment un ganadero peut il appeler un toro « Ridiculo » ? Ridicule ! Carton jaune !
     Espartaco doit se retirer... aurait du se retirer l’an passé. Ceci est dit avec un énorme respect, une totale admiration et beaucoup d’affection. Tout au long de cette saison d’adieux, Espartaco, ici est là, a plus de chances de trouver des adversaires retors, aux intentions bien tordues et aux coups bien bas, que de pouvoir se relâcher devant des toros-artistas, « de carril », qui lui laissent le temps d’aller et venir, se retourner, se replacer et enchaîner...  Tout au long de la saison, nous aurons tous peur pour lui, tandis que d’autres siffleront, insulteront...
     Nous pensons à lui, à son épouse, à ses enfants, à ses amis qui savent l’immense « buena persona »  qu’il est, à côté du « figuron del Toreo » qu’il a été.
     Hier, Espartaco a toréé sa dernière corrida en Feria d’Avril. Il a dignement tué son triste premier, et s’est trouvé  en danger devant deux retours pervers  du quatrième, qu’il aurait mangé  tout cru, il y a six ans. Sevilla lui a fait ovation, et c’est très bien ainsi.
     Enrique Ponce n’est toujours pas entré à Séville, malgré ses efforts, malgré l’admiration des sévillans et l’envie de le voir triompher « totalement ».Limpio avec le capote, tête claire et courageux avec la muleta, il  essaya bien  d’intéresser le manso deuxième, et de se relâcher devant le cinq. Sa faena, d’ailleurs, débuta fort bien et la première série, muleta basse fit concevoir tous les espoirs, d’autant qu’un monumental changement de main par devant fit rugir l’aficion.... Mais le toro changea, encore une fois, sentant peut-être venir l’orage, et la faena se noya sous des trombes d’eau. Sans aucune option, Ponce pincha quatre fois et  rengaina ses illusions. Silence par deux fois, avec avis au cinquième.
     El Juli a été monumental ! Recevant vaillamment le troisième, le jeune confirma ses intentions du jour par un quite de frente por detras « à faire hurler ». Puis, trois paires de banderilles en prenant tous les risques, devant le hachazo du toro, qui, sur les deux dernières, lui ouvrit la chaquetilla. Faena solide, à la fois coulée et imposée, le derechazos dictant la loi, les naturelles relâchant la pression. Faena de courage, de savoir et d’ambition. Faena d’esthétique et de force qu’un monumental volapie*, en se couchant dans le berceau, vint clôturer, magistralement. Comment sort on indemne d’une telle rencontre ? Mystère. Grande oreille pour le Juli, qui le promène sagement. Figura.
     Que dire du sixième ? Que dans « un rideau d’eau », au milieu d’un étang de boue, le Juli a toréé de cape, fait un grand quite, posé trois paires de banderilles d’un immense mérite, toréé de muleta, très honnêtement, et mis une bonne demi épée, après un vilain metisaca, explicable et bien excusable. Une nouvelle oreille en or et un triomphe d’époque. Enhorabuena, torerazo .

     * A voir absolument dans « Mundotoro.com », le carnet de photos de Maurice Berhot, et le volapié du Juli, pris sous deux angles... vous qui n’y étiez pas... vous comprendrez.

     Ce 4 Mai, la corrida sera télévisée sur la première chaîne espagnole : Toros de Guardiola, qui passe entière, malgré quelque soucis, pour Victor Puerto, qui va vouloir « rematar » ; Davila Miura qui va dire, encore une fois, « qu’il n’a rien à dire », à moins que, soudain.... ; Et Javier Castaño et les « ayyy ! » les « ouille !» qui vont ponctuer son actuacion. Préparez le cognac et les bandes velpeau.
 

LA « BOF » STORY....

      5 Mai : Et pour changer, il pleut... Dans la Somme, les eaux ont baissé, mais les grandes marées reviennent. Pobres ! En France, tout va bien ! Partout, il n’est question que de mises en examen, d’assassins libérés, de massacres organisés, de « tournantes » à donner le tournis à tout ceux qui ont un tant soit peu d’honneur, de noblesse, de conscience au coeur. On devient vert et « l’on est horrifié » parce qu’enfin un « gégène » écrit, noir sur blanc, ce que tout le monde savait. Y a t’il des guerres « propres » ? Qu’on en cite une seule...
    
Avec toute l’eau qui tombe, qu’il est donc facile de « noyer le poisson », et il vaut mieux parler de la sale guerre et de ceux à qui on n’a pas donné le droit de la gagner, que de cette pauvre vieille dame de 82 ans, traînée sur cinquante mètres, pour ne pas avoir voulu lâcher son sac à main. Son « pundonor-réflexe » a fait deux lignes dans les journaux, mais lui a coûté la vie. Dans nos cités, on viole allègrement, tour à tour...  Mais là, on n’est pas « horrifié », on ne dit rien... Un chanson de Brel nous revient, allez donc savoir pourquoi : « Tais toi donc, grand Jacques ! »
    
Alors, pour arranger le tout, on vous balance « Loft story »... « Mais oui, Charles Edouard, c’est un nouveau concept, merde quoi... ! ». Vous mettez une douzaine de « qui-dames » dans une boîte à savon, et des caméras partout... Une sorte de grande page de vie, au jour le jour... et cela passionne ! « Les feux de l’amour » n’ont qu’à bien se tenir...
    
Dans « les grandes rédactions » on suit désespérément l’Audimat qui descend. Au secours, on coule... Les directeurs de chaîne se déchaînent, fulminent : « Allez creusez vous donc la cervelle... il faut trouver quelque chose d’encore plus « grunge », sale, gluant... Je veux des caméras partout, même au fond des préservatifs... ». En voilà un idée « qu’elle est trop bonne » ! ! !  On est mal, on est mal ! Pas étonnant que dans la « bof generation » qui prône les gay pride et les parties dans les champs de raves (lisez « raveparties »), on soit passionné. Et c’est bien ainsi... Pendant ce temps, on peut s’en mettre plein les poches, tous... à part vous et moi, bien entendu ! Oui décidément... on est « trop mal » !
    
Encore plus mal quand, hier soir, sur le coup de 18h45... tout le monde était devant sa télé. Les aficionados avaient hésité « un quart de poil de Loana », puis s’étaient franchement installés devant la première Espagnole, les pantoufles aux pieds, le wisky à la main... La corrida de Guardiola était télévisée, et on allait voir... Rien ! On a rien vu ! Si, des gogos qui se battent pour le juste prix d’un kilo de gros sel. Bof ! Allez donc savoir pourquoi, la corrida n’a pas eu lieu sur certains petits écrans... Pas d’images, pas d’explications.  Chupate esa, Loana !  Alors, tous les téléphones ont sonné, en même temps... « Dis, tu vois quelque chose ? Tu sais quelque chose ? » – « Ecoute, je suis aussi perdu que toi. Je zappe sans cesse... Bon, tant pis ! Excuse moi, je vais regarder un moment la « bof story »... Non, parce que j’aimerais savoir, quand même, s’il a finit par lui enlever, ce gros point noir... Attends, c’est capital, non ? Puis après, j’ai le « big deal » ! Alors tu sais, les Guardiolas.. ! Allez, salut».
    
Que paso ? Peut-être n’avaient ils pas assez de caméras « chez les loufs », et qu’ils avaient piqué celles de la Maestranza... C’est la seule explication plausible. Pas à dire, on est mal, gran hermano !

     4 Mai – Sevilla : 14ème de Feria – « Casi plein » – Beau temps revenu, avec du vent : Allez, on n’a rien perdu ! Les Guardiolas sont sortis sans grande présence, sans grande force, maniables en général, mais tardos et  s’éteignant vite. Le quatrième, invalide a été remplacé deux fois. Est sorti un affreux jojo ( Jabonero très sale) de Martin Lorca, invalide. Heureusement, un toro a sauvé la course. Un des plus braves de la feria. Sorti deuxième, « Bombillo » - 586 kgs -  a fait grand honneur à son fer. Grand tiers de piques, le toro venant de loin, con alegria, fijeza, et poussant fort. Bien piqué par Manuel Montiel, remarquablement banderillé par Juan Montiel, qui dut saluer, le toro de la journée est arrivé aux mains de Davila Miura... qui n’a pas pu !
    
Victor Puerto n’a pas convaincu, et s’est chaque fois retiré dans le silence. Beaucoup lui reprochent de ne pas savoir définir son toreo. Un coup artiste compassé, un coup guerrier ; un coup classique, un coup baroque... On s’y perd un peu. Deux faenas en sourdine, avec de bonnes choses, certes, mais noyées dans un océan de pauses, de longues approches du toro, sans raison technique apparente. Ce n’est pas un échec, mais Puerto devra rectifier vite...
    
Davila Miura a donné ce qu’il avait. Le second l’a renvoyé à ses études. On attendait une autre faena  devant le grand toro! Le muletero patina deux séries, avant de se faire prendre vilainement dans un pecho. Retour courageux et une nouvelle cogida, à l’heure de porter l’estocade. Moment d’émotion, puis « de compassion intéressée », le torero en étant sorti, avec « son honneur » à l’air... Le diestro entendit un avis et une grande ovation « d’admiration » ! Le cinquième était aussi encasté et Davila Miura distribua des passes, écoutant un silence respectueux
    
Javier Castaño divise l’opinion. On loue son calme, son courage, et on l’applaudit fort. Mais, par ailleurs, certains soulignent son toreo répétitif et inexpressif. De bonnes véroniques, de bons derechazos aux sixième, par douzaines ; deux grands pases de pecho... Il aurait connu mieux, peut-être s’il n’avait bafouillé son descabello. Ovation. Il faut attendre, et voir!
    
En fait, on n’a rien manqué, alors on peut revenir à la question capitale : « Il lui a enlevé, ce point noir , oui  ou non ? »

    Aujourd’hui, 5  Mai, les Cebada Gago. « Tout bon ou tout mauvais », mais il va se passer quelque chose. La corrida est passée entière et à l’aise, au reconocimiento. Les « Cebada », c’est quelque chose ! En face : El Tato  essaiera de « remontar el vuelo ». On lui souhaite la force et la clairvoyance d’un certain jour de juillet 2000, à Mont de Marsan – Pepin Liria  a montré honnêteté, courage et toreria, en début de feria. Tout le monde l’a salué. Il restera dans cette ligne de conduite. Suerte, torero ! – Juan José Padilla vient de patiner dur à Madrid. Il doit vite rectifier, sinon la San Isidro risque d’être « un peu laborieuse ». Le torero aux favoris « d’un autre siècle » a deux jours consécutifs, avec les Cebada et les Miura, pour reprendre du galon. Sinon, il y a de quoi « se faire des cheveux ! »

 

UN HOMME D’HONNEUR... « DE LILA Y ORO »

      6 Mai : Bon Dieu, que cela fait plaisir de pouvoir, au milieu de « nos turpitudes en costume-cravate », chanter les vrais mérites d’un homme d’honneur... pardon, de trois hommes d’honneur. Hier, en plaza de Séville, trois hommes ont fait face au grand ouragan. Hier, dans la Maestranza, trois toreros ont, à divers degré, tutoyé la mort, « sin trampa ni carton », et ont fait honneur à leur « costume-cravate ». Celui là est d’or. On sait pourquoi.
    
Hier, une certaine dame qui, il y a peu, chez Dechavanne, cherchait vaine « querelle » au monde de la corrida, aurait, comme tout le monde, hurlé d’émotion, de peur, de joie, d’admiration devant le spectacle de ces braves qui s’affrontent et se respectent. Et elle aurait applaudi, même si des toros avaient connu la mort.

          Gloire aux toros ! Honneur aux hommes, hier, sous le regard de la Giralda ! Mais, parmi ces hommes, il en est un qui s’est montré un vrai chevalier d’antan, âme de Croisé, regardant droit, une main sur le coeur, l’autre sur l’épée. Pepin Liria a connu une tarde qui fait époque. Une page de plus, dans l’histoire de la tauromachie personnelle de ce torero de Murcia, que Séville a fait sien. Il n’est pas artiste de dentelle. Il n’est pas le plus doué. Mais il est « coeur de lion », comme un Jaime Ostos de l’an 2000, et ce qu’il a fait hier restera écrit au fronton de la Feria de Séville 2001, juste à côté des deux sorties princières de Jose Tomas et des grandes bagarres du Juli.
    
Deux oreilles à une vraie corrida de toros. Le public ne s’y est pas trompé, qui a demandé un troisième trophée, avec fougue, avec ferveur, afin que pour lui aussi, s’ouvre la Porte du Prince. Au Palco, « el señor Teja », le président qui avait si facilement, par deux fois, « graissé les gonds » pour José Tomas, a fait sourde oreille et laissé verrou tiré. Pepin Liria est sorti en triomphe par la porte des cuadrillas, c’est à dire « des toreros ». C’est un honneur, et au fond... le Prince attendra...
    
Déjà excellent de caste et de toreria en début de feria, Pepin Liria a ramené hier l’Aficion Sevillana à ce que doit être une corrida de toros : Un réel combat, dont on ne connaît pas toujours l’issue. Aujourd’hui, chanté par la Presse, unanime, le triomphe de Liria va lever polémique : Celle des apothéoses devant les corridas « a modo », terciaditas, « con casta mais pas trop »... Déjà, le bilan de la feria va faire jaser... Il y eut Jose Tomas, certes, et Séville a eu ce qu’elle a voulu voir, mais ce Pepin-là a connu une feria exemplaire. S’il avait pu toréer un poil plus lentement, donner une série de naturelles de plus et tuer moins devant... Il aurait fallu lui donner la Giralda toute entière, et ça....

     5 Mai – Séville – 15ème de Feria – Casi lleno par grand beau temps frais : Formidable corrida de Cebada Gago et formidable triomphe d’un homme, tandis que les deux autres font mérite des plus grandes ovations. Corrida dont la présentation n’est pas exagérée. Trapio, présence très sérieuse, par devant, solide et agressive. Corrida de Cebada où on le disait hier, il se passe toujours quelque chose. Toros d’une réelle beauté, cathédrales sans démesure, fiers de leurs couleurs, sûrs de leur race. Tout ne fut pas parfait, loin de là, et la corrida débuta fort mal, les deux premiers étant « rentrés », mais ce qui suivit conjugua bravoure et noblesse encastée, agressivité et fierté, avec, bien entendu les petits défauts qui font sursauter ou hurler. Toros de combat, chevaliers ou spadassins, les Cebada Gago  ont encore un fois démontré qu’ils sont différents
    
Il est une photo qui résume le tout et que je vous invite à voir au plus vite : Photo de Berhot, sur le «Special Sevilla » de mundotoro.com  (Pub gratuite, sans problème !): Le troisième Cebada dans une attitude magnifique, venant de basculer le picador et continuant sa charge, un capote accroché au piton. Toro, cheval et l’homme dont on devine le bras, dans un éclair jaune, rose et noir. Fabuleuse photo, ode à la grandeza de la Fiesta Brava. Ne la manquez pas, et en passant, voyez certains derechazos de Liria... « de revolucion », dans ce contexte.
    
Les trois toreros ont été cinq fois s’agenouiller à portagayola. Cinq fois, la foule à blémi. Cinq fois, comme l’autre jour, le vieux torilero aura crié : « Echarse patras y a callar, que se juega la vida un hombre ! ». Cinq fois le toro a jailli, plus ou moins vitre, plus ou moins droit, et cinq fois, les coeurs se sont arrêtés...
    
El Tato s’est montré technique, sobre  et raisonnablement vaillant. On le vit surtout face au quatrième, à la caste agressive. L’aragonais de Sanlucar l’avait reçu au toril et bien passé de cape. Toréant sérieux, la muleta peut être trop en arrière, le Tato fut ovationné après une bonne estocade. On l’avait applaudi devant le violent premier « bis » qui remplaçait le toro d’ouverture  trop faible.
    
Padilla n’a pas coupé. Il n’a pas été le cyclone de toujours. Mais, il est parti au canon, par deux fois a portagayola, par deux envolées aux banderilles et dans des grandes bagarres, muleta en main. Son premier le leva au ciel, sans mal. Le dernier aurait pu, sur la première passe, le couper en deux. Padilla « estuvo alli », ne trouvant pas la distance avec le troisième Cebada, qui avait tout pulvérisé au premier tiers, et patinant un peu, devant le sixième. Il tua bien son premier et on l’ovationna fort, en attendant les Miura.
    
Pepin Liria a coupé une oreille à chaque toro. Le public demanda si fort la deuxième de son dernier, que le torero donna deux vueltas au son de « Nerva », et que le président en a encore les oreilles qui sifflent, suite à la bronca reçue, percée de quelque applaudissements. Liria a frôlé la Porte du Prince, mais est sortie par celle « des toreros ».. Le diestro de Cehegin partit recevoir son premier, a portagayola, suivi de deux autres largas à genoux. Le feu aux poudres. Hélas, le toro sort de la pique, une patte blessée, et on le renvoie au corral. Lastima. Sort alors « Aviador », une espèce de cyclone braillant et regardant beaucoup en dessous que Liria va encore recevoir, à genoux au toril, et avec lequel il va se battre dans un trasteo trépidant, aguantant formidablement et templant ses charges enragées. Un vrai combat dont l’homme sortit vainqueur à la seconde épée. Oreille forte. Le cinquième s’appelait « Voluntario », il ne pouvait que tomber sur Pepin Liria. Reçu de même à portagayola (et de trois !) le toro va se montrer au début, retors, incertain. Puis, convaincu par l’honnêteté du torero, il va devenir une vraie machine à charger. Liria essaya trois naturelles au début, sans grande réussite. Il renonça à cette main, et cela lui valut, peut-être « la grande sortie ». Par contre, il toréa puissant, templé, lié, sur quatre séries de derechazos  qui soulevèrent le public. Estampe magnifique de l’homme et du toro, fiers combattants sur le sable de la Maestranza. Musica y olés ! La porte du Prince s’entrouvait déjà, et de l’autre côté, la petite fille de Liria, attendait son papa. Hélas, quelques naturelles en moins et une entière delantera « en trop », firent hésiter quelques mouchoirs de plus, dans la tempête blanche. Le président refusa la deuxième, fermant la grande porte, et la petite fille, dans les bras de sa mère, s’en alla attendre son torerazo de père, à la sortie « des Toreros de toujours »...

     Ce 6 Mai : Double session. Rejoneo le matin, à six cavaliers, et ce soir, la Miurada. On sait ce qu’elle est, à Séville. Le ganadero met un point d’honneur à y sortir une corrida toujours forte, âpre, intraitable. En face, Zotoluco joue une de ses dernières cartes en Espagne. El Fundi sera ce qu’il est d’habitude et Padilla passera un nouvel examen : Deux Miura à Séville... six à Bilbao.  

 

DANS LES AUTRES PLAZAS....

     Le 5 mai a vu plusieurs corridas se dérouler sur toute la géographie taurine. Hélas, le Pays Basque inondé a reporté la corrida de Eibar, au 17 juin. Au cartel : Luguillano, Califa et Abellan, face à des Bernardino Piriz

      5 Mai : Palavas – ¾ de Plaza : Triomphe de Manuel Benitez « El Cordobes » devant une corrida de 5  Nuñez del Cuvillo et un Gabriel Rojas, en sobrero. Le Cordobes fit de tout, debout, à genoux et à plat ventre. On fêta son charisme, son poignet et sa volonté de triompher, encore et toujours. Bousculades et cogida n’ont pas freiné son enthousiasme. Bilan : Ovation – oreille – oreille et sortie a hombros. Sebastian Castella a mis la jeunesse, le toréo classique et l’épée hésitante. Lui aussi se releva fièrement de deux voltiges. Au total : Vuelta, ovation et une oreille.

     5 Mai - Jerez de los Caballeros (Badajoz) : Bonne corrida de Pereda. Finito et Morante coupent une oreille. Antonio Ferrera fait quatre oreilles et se fait prendre en banderillant son second. Grosse rouste, le torero étant hospitalisé, en observation.

     5 Mai – Cartagena (Murcia) : Corrida de huit toros du Capea, « comme ci, comme ça ». Ortega Cano fait oreille et vuelta ; Mondejar et Cordobes junior se font applaudir et c’est Victor Puerto qui triomphe : Oreille chaque fois.

     5 Mai - Elda (Alicante) : El Renco prend seul cinq  toros de Juan Pedro Domecq et un Parladé . Bonne sortie du jeune maestro qui fait, successivement : Oreille – deux oreilles – silence – oreille – oreille – vuelta.

     5 Mai - Almuñecar  (Granada) : Toros de Luis Albarran. Trois et un rabo pour Miguel Angel – Trois oreilles pour Antonio Bricio, tandis que Juan Bautista est applaudi.

     5 Mai - Ibros (Jaen) : Grande corrida de Carmen Borrero. On a donné vuelta au sixième. Anibal Ruiz coupe trois oreilles et un rabo – Trois trophées pour Manolo Bejarano.

     5 Mai – Alagon (Zaragoza) : Gros triomphe du novillero « Paulita », qui coupe quatre oreilles à des novillos de Vistahermosa.

 

LES « GESTES » DE TOREROS... A L’ENDROIT ET A L’ENVERS...

     6 Mai : Tandis que se précise la présence de Enrique Ponce et Miguel Abellan, face aux Victorino Martin de Bayonne, en septembre, Jose Tomas  a déclaré qu’il ne serait pas à la San Fermin de Pamplona, ni à la Feria de Bilbao. Histoire de télévision...encore !

 

LE BON DIEU EST AFICIONADO...

     7 Mai : Souvenez vous : le 31 Mars, en plaza de San Sebastian, un toro de Victorino Martin accroche horriblement Juan Jose Padilla, au moment de la portagayola. Terribles secondes où le torero est pris de plein fouet au niveau du cou, et porté ainsi sur plusieurs mètres, la cornes tutoyant la carotide. Cogida effrayante qui nous laisse presque convaincus qu’un torero est mort, là, sous nos yeux. Le soubresaut du 1emai 92 nous revient en mémoire : un toro vient de tuer Manolo Montoliu, en plein ruedo de Séville, sous l’oeil de la caméra.
    
A San Sebastian, Padilla  a connu le grand coup de chance de sa vie. Du moins, on le croyait. Cogida terrible, mais conséquences presque vénielles. Que Suerte ! Et tous de rajouter « Gracias a Dios ! ».
    
Que doit on dire, aujourd’hui, au lendemain de cette feria de Séville qui a vu tant d’exploits et de moments forts ? On pensait avoir tout vu. On savait que la Miurada, à l’habitude, serait difficile. Mais on savait également les toreros prêts à affronter l’obstacle, et à le contourner, si nécessaire..
    
Mais, à coup sûr, personne ne pouvait prévoir que, sur le coup de 21h 45, un toro de Miura de 688Kgs allait, au moment de l’estocade, prendre Juan Jose Padilla  au niveau du cou, le suspendre tragiquement, de la même façon, manquant l’étrangler avec sa propre cravate, chercher du piton qui le visage, qui les carotides, qui la poitrine du torero, avant de le jeter, désarticulé, et le fouler au pied. La corne est passée entre le noeud de cravate et la peau. Sera posible ? Le col de chemise est tout à coup devenu un vain drapeau blanc demandant la trève, tandis que le toro essayait de se défaire de ce lourd pantin costumé vieil or. Moment de terreur et d’incrédulité. Le torero, haché sur place, est emporté. On voit du sang. Le visage n’est que rictus tragique. Il est vivant, se plaint surtout de la cuisse droite, semble t’il.
    
Vivant ! Incroyable ! Qu’ on le veuille ou non. Qu’on l’appelle d’un nom ou d’un autre, Dieu est aficionado ! Y un bueno ! Alors, plus rien n’étonne, en particulier de voir Padilla, grimaçant, boitant bas, revenir dans le ruedo et reprendre l’épée, sous les exhortations du public « à ne pas y aller ». Il « y a été », et personne ne sait encore comment. Peu importe le bajonazo, ce moment est « fait de guerre », digne de plus glorieuses médailles...
    
Loin des unes des journaux ; loin des tristesses du temps et de l’époque ; loin des gens qui assassinent lâchement un père de famille qui s’en va, avec son fils, voir un match de foot ; loin des « politiquailleries » radiodiffusées ; loin des Delphine, des vulgarités et des platitudes qui font rugir l’audimat ... la  tauromachie continue son histoire. Elle est cruelle, parfois, mais elle se fait souvent au grand jour, et on y meurt « de verdad »...  
    
Hier soir, Juan José Padilla, aurait pu mourir là, pendu à la corne d’un Miura. Appelez le « Dieu » ou d’un autre nom respectable ; appelez le « Destin »... Toujours est il qu’hier, «Il » n’a pas voulu !

     6 Mai  - Séville -  17ème et dernière corrida – presque plein – beau temps revenu : Dernière journée de la Feria. Depuis longtemps, les loupiottes se sont éteintes. Pour le dernier soir, seuls les projecteurs de la Maestranza éclairent encore l’événement.
    
Le matin, la 16ème corrida  avait vu, encore un fois le triomphe d’un cavalier et de son fidèle destrier. Pablo Hermoso de Mendoza  et « Cagancho » ont encore marqué la corrida de Rejoneo. Deux oreilles du cinquième Murube et... les miettes pour les autres : Vuelta seulement pour Moura, Buendia, Leonardo Hernandez et Antonio Domecq, tandis que son frère Luis était ovationné. Il y a Hermoso de Mendoza... et les autres.
    
Sur le coup de cinq heures, il est tombé une bonne grosse giboulée, et deux heures après, toreros et président se grattaient la tête. Sachant ce qui attendait dans les chiqueros, on souhaitait un minimum de sécurité au plan « chaussée glissante », et la corrida débuta avec cinquante minutes de retard, les spectateurs sifflant, en partie, le paseo.
    
Miurada ! Corrida mythique ! Le nec plus ultra ! Une belle m..., oui ! Les toros de Zahariche sont sortis « grandslourdshautlongs »...  Bon ! Et alors ? Ils sont sortis moches, faiblotes, mansos décastés et avec des cornes qui, s’ils avaient porté un autre nom, les auraient condamnés au carton rouge. »Ya esta bien de lo de la leyenda ! » Astigordos ? Bien ! Ils s’astillent les cornes en grattant beaucoup, le sol, les rochers, les arbres, les râpes à fromage... Bon ! Et les autres, non ? On parle de cornes « limpias » Depuis des années, les Miura ont autorisation de sortir avec les pitons déguisés en plumeaux. Y eso ? Alors, si, en plus, ils donnent le spectacle qu’ils ont donné hier... coupons-là, voulez vous !
    
Six « autobus », entre 573 et 688 Kilos. Des encornures sont aussi larges que les idées sont noires. Les pointes sont aussi tristes que « le mental » est tordu... Mansada total ! Au capote, au cheval, à la muleta. Parce qu’un torero s’est mis devant et a sorti courage et science, les premier et quatrième ont daigné charger un peu. Parce que Padilla « a essayé », le sixième lui a permis deux séries de naturelles, ou plutôt de passes de la gauche, de grand mérite. Le lot du Fundi et le troisième ne méritaient autre chose qu’un coup de bazooka, sans autre forme de procès.
    
« Un respeto para El Zotoluco ! ».Ce mexicain basané découvrit les Miura, l’an passé, à Pamplona. Il ne les connaissait pas, « ni en foto ! ». Il se montra brave et torero. Hier, devant une Séville, probablement dubitative en découvrant son nom à l’affiche, le Zotoluco a bien failli triompher très fort.
    
Il fut un réel « brave », face au premier, qui garda un poil de charge et de noblesse. Bien à la cape, calme et valeureux, Zotoluco débuta sa faena par trois passe les deux genoux en terre à faire hurler. Attention, là, ce n’est pas la même chose que la portagayola ! Le trasteo se poursuivit par plusieurs séries de deux ou trois derechazos clos de grands pechos, parfois doublés. A gauche, le mérite fut grand et Séville applaudit très fort. L’oreille était là. Hélas, l’épée se refusa, malgré les efforts du matador, et l’avis tomba. Cependant, Séville salua le torero d’une grande ovation. La surprise passée, la corrida sortant impossible, on n’attendait rien du quatrième, sorti feo, sin fijeza, faible et nul au cheval. Le Zotoluco fit preuve d’une réelle intelligence, qui, avec l’appui d’un courage serein, lui permit de battir un trasteo surprenant. Citant de loin, ce qui lui permettait de toréer un toro « lancé », ne forçant pas, ne « dérangeant pas » l’animal, le mexicain réussit à bâtir une faena de mérite, comportant d’excellents moments, comme trois derechazos liés à un très long pecho, ou les doblones de la fin, clos d’un vrai abaniqueo et d’un desplante torero. Olé, Mejico ! Une presqu’entière habile, que le toro rejeta, et une entière définitive donnèrent lieu à une grande ovation, que le diestro méxicain ne voulut pas transformer en vuelta, pourtant archi méritée. Muy torero, Señor !

     El Fundi fut... El Fundi ! De plus, il toucha les deux carnes parmi les carnes, et ne put rien faire, mais ne tenta pas, non plus, de « ponerse alli ». Dès qu’il levait l’épée, le deuxième attaquait et cela se passa mal. Au descabello, un sale derrote lui arracha l’épée des mains, qui alla se ficher dans un burladero du callejon, le plat de la lame blessant au front le ganadero Ignacio Sanchez Ibarguen, qui gagna ce jour... trois points ! On avait frôlé la tragédie. Le Fundi banderilla le cinquième, en « musclé », mais prit un terrible désarmé au troisième muletazo. Après, ce ne fut que coladas et arreones. L’estocade fut habile, le descabello incertain, et le toro à genoux, presque mort, poursuivit encore le puntillero d’une dernière oleada. Pouah ! Silence partout pour le Fundi.
    
Juan Jose Padilla n’est pas parti à portagayola. C’est bien ainsi, mais, si cela se trouve, c’est peut être la seule passe limpia qu’il aurait pu donner, au long de la tarde. Manso le troisième, que les banderilleros ne purent approcher, tandis que certains reprochaient à Padilla de ne pas le faire lui-même. Bueno, señores ! Faena impossible, le toro attendant et tirant le derrote. Puis il se mit fuyard, et Padilla, peu rassuré, lui largua, à la course, un sartenazo très tendu, précédant une demie, bien basse. Alli, todo es toro !. Division des opinions.
    
Le sixième est sorti faible. Padilla le surprit, lors de la première paires de banderilles. Après... ce fut Waterloo, le toro ayant compris et levant les perches juste avant la rencontre. Padilla multiplia les échecs et finit par poser une dernière paire, valeureuse. Début de faena sur côté droit, interdit. Sur un pecho, le torero s’aperçoit que... et tente la corne gauche. Surprise ! Ca marche. Il y aura une série de gauchères et un grand pecho, très méritoires. La seconde sera plus dure, mais l’ovation la récompensa aussi . Padilla se profile, part pour l’estocade, et le toro le prend à la hauteur du cou. La corne monte au ciel, le torero aussi, pendu par la cravate, la chemise arrachée. Terrible seconde. Tout le monde incrédule. La même qu’à San Sebastian... On connaît la suite. Après quelques minutes de tumulte, le diestro reviendra, grimaçant, et abattra le Miura d’un coup d’épée vengeur. Oreille pour Padilla, le miraculé, qui se laisse enfin emporter vers l’infirmerie. (Voir photos de Maurice Berho sur mundotoro.com – Chapeau, señor !))
    
Dans l’attente des examens et des radios, Juan Jose Padilla s’en sort bien, même si l’on craint une fracture de la hanche. La corne a réouvert la blessure de San Sebastian, et le torero a une estafilade, du cou jusqu’à l’oreille. Un milagro de Dios !

 

DIMANCHE DE « PRE-SAN ISIDRO »...

      Samedi, nous nous embarquons pour un mois de « Las Ventas »... San Isidro 2001. Bien sûr, beaucoup d’intérêt dans certains cartels, beaucoup de challenges, surtout au sortir de la Feria de Séville, qui fut grande.
      
Du coup, tout le monde se prépare, attend, guette...Certes, il y a des corridas et novilladas, ça et là, mais déjà, tout le monde a les yeux fixés sur le ligne bleue... de Madrid !

     Hier, les corridas  et autres festejos ont donné les résultats suivants :

     6 Mai – Madrid : 1/3 de plaza – La corrida deu Conde de la Maza est sortie « inégale en tout ». El Cid s’est rappelé au bon souvenir de l’Empresa en toréant très bien le troisième et se montrant valeureux avec le violent dernier. Hélas, l’épée du Cid, encore une fois... Ovation à chaque toro  - Miguel Martin et Ignacio Garibay ont « entendu le silence ».

     6 Mai – Barcelona : Bonne mais faible novillada de Joselito et Martin Arranz – Leandro Marcos perd deux oreilles en tuant mal le quatrième – Ivan !Garcia donne vuelta au cinquième, et Serafin Marin coupe au troisième, l’oreille du jour.

     6 Mai – Palavas : ¼ de plaza et 4/4 de vent . Corrida de 5 Villamarta et un Gabriel Rojas. Corrida ardue - Denis Loré s’est montré puissant, technique et bon tueur. Oreille à chaque toro – Canales Rivera a un peu laissé flotter les rubans. Dommage – Le Fandi a bataillé tout le journée, coupant une oreille du sixième.

     6 Mai – Sonseca (Tolède) : Toros de Sayalero y Bandres – Eduardo Davila Miura coupe trois oreilles – Alfonso Romero, un trophée du cinquième, et Jesus Mayoral, les deux du troisième.

     6 Mai – Linares : Festival hommage à Jose Fuentes – Media plaza : Novillos de diverses ganaderias pour Curro Vazquez (ovation) – Paco Ojeda (ovation) – Espartaco (deux oreilles) – Enrique Ponce (deux oreilles) – David Gil (deux oreilles) – Jorge Ibañez (vuelta). Le public a suivi avec ravissement une grande faena du fils de Manzanares. Jose Mari Manzanares « junior » : deux oreilles.

     6 Mai – Balazote (Albacete) : Lleno pour le festival au bénéfice de la Croix Rouge – Grande novillada de Sonia Gonzalez (Papa Damaso n’est pas loin !) – Damaso Gonzalez, Luis Francisco Espla, Javier Vazquez, El Califa coupent deux oreilles. Le jeune novillero Antonio Palacio, dos y rabo. Tous sortirent en triomphe.

 

SEVILLE : UN BILAN MITIGE...

     8 Mai : Se acabo ! La feria de Séville 2001 s’est éteinte. Sans être « d’un autre monde », l’édition 2001 aura été intéressante, et surtout, aura bien résisté à l’absence de Curro Romero, élevé au rang de dieu vivant, torero mythique dont on aura oublié un peu trop facilement les espantadas et épées en coin.
    
La feria a été prise dans un tourbillon qui a tout soulevé, une maladie nouvelle, venue d’ailleurs : « La Tomasitis ». On l’avait ici prévue, mais elle a dépassé tous les pronostics. En ouvrant la porte du prince, le jour de Pâques, José Tomas mettait son empreinte sur la feria. En triomphant de même à sa deuxième sortie, il l’a tuée. Sept oreilles en trois courses, « sin cuajar, de verdad, un toro », dit un revistero que l’on sait impartial, c’est dire l’impact du madrilène sur le public sévillan. Torero mystérieux, torero différent, Jose Tomas transforme le « aayyy » d’horreur en « olé » d’admiration, sur le moment. Ce n’est pas nouveau, mais Séville, avec sa passion , son sentiment, a élevé l’émotion créée à un niveau insoupçonnable.

     Honneur à El Juli ! Le garçon a convaincu le public et la presse. Caste, toupet, technique, toreria totale ! Julian Lopez a marqué la feria de sa rage de vaincre, de sa cape vibrante, de banderilles magnifiques, d’une muleta qui s’améliore toujours et d’une épée digne des plus grands. Son odyssée, sous des trombes d’eau, le 3 mai, marquera la temporada.
    
19 ganaderias ont lidié au cours de cette feria de Abril, dont 13 dont lots sortis complets. 96 toros ont été lidiés en corrida, et les matadors leur ont coupé 17 oreilles (sur 192 possibles). 17 oreilles dont 7 à Jose Tomas, 3 au Juli, 2 à Liria..
    
Pepin Liria a aussi triomphé, et triomphé totalement : quatre toros, deux oreilles et deux vueltas. Les deux oreilles face aux toracos de Cebada marquent la feria. Qu’aurait on donné à Jose Tomas, s’il avait fait les mêmes trasteos à ces mêmes toros ? On ne le saura jamais, même si on en a quelqu’idée.
    
Le autres trophées, à une oreille « por montera » : Ortega Cano, Finito de Cordoba, Victor Puerto, Padilla et Espartaco, le jour de Pâques. Sans couper, Eugenio de Mora  a conforté son cartel ; le Cid a surpris, agréablement. De même Zotoluco, devant la miurada.  Au rayon échecs : Ponce ; Morante; Caballero.

     Côté toros, on dit que la moyenne de présentation a baissé. Beaucoup s’en plaignent. Aujourd’hui, on comprend pourquoi Eduardo Canorea avait interdit aux ganaderos de laisser photographier leurs toros, au campo, avant la feria...           

     Corrida complète, il n’y en eut pas. Corrida intéressante, passionnante, quoiqu’inégale : la de Cebada – Pour le torero : Torrealta – Torrestrella et Juan Pedro, malgré deux bons toros, n’ont pas été « au niveau » des Fallas - Marca, Victoriano, Parladé et surtout Guardiola ont été, chacun,  sauvés par « un » grand toro. C’est peu ! – Au rayon déceptions : Tout Salamanque, puis Nuñez del Cuvillo, vainqueur l’an passé ;  Jose Luis Pereda, Martelilla, Ventorrillo et enfin Miura, exécrable. Ajouté à cela, le gros point d’interrogation, pour certains, scandaleux, de Manolo Gonzalez.
    
Bilan mitigé donc, écrasé par deux grands vainqueurs : Jose Tomas et Pablo Hermoso de Mendoza, à cheval. Le Rejoneador navarrais a été le seul à couper des oreilles... 6, en trois toros... A Séville, en 2001, « hubo tomasitis y hermositis ! ». Deux maladies contagieuses mais beaucoup moins graves que les rhumes et grippes attrapées au cours d’une feria froide et copieusement arrosée.

 

LES TROPHEES DE LA FERIA DE SEVILLE....

     8 Mai : Les deux principaux jurys de la Feria de Séville viennent d’attribuer leurs trophées 2001. Trophées tout à fait logiques en ce qui concerne les triomphateurs; beaucoup plus surprenants pour ce qui est des autres catégories, en particulier, la meilleure faena : On peut argumenter sur Ortega Cano ; on peut déplorer le total oubli du Finito de Cordoba. On peut se demander comment un torero peut sortir deux fois par la Puerta del Principe, couper sept oreilles en cinq toros... et ne pas avoir fait la meilleure faena... Pourtant, Curro n’et plus là. « Don Jose » l’aurait il remplacé, dans le coeur des sévillans ? On peut « batailler » sur les estocades de Joselito, et leur préférer celles du Juli. En fait, on peut épiloguer sur tout. Les trophées sont faits pour cela. Ils ornent les vitrines des toreros... et animent les tertulias, jusqu’à la prochaine feria.

Trophées « Real Maestranza » :

Matador triomphateur : Jose Tomas

Meilleur Rejoneador : Pablo Hermoso de Mendoza

Meilleure corrida : Non attribué

Meilleur toro : « Disparate », 4 ème de Victoriano del Rio (faena du Finito de Cordoba – le 2 mai)

Meilleure faena : Ortega Cano (1er de Juan Pedro Domecq – le 30 avril)

Meilleure estocade : Joselito (1er de Victoriano del Rio – le 2 mai)

Meilleur peon de brega : Juan Montiel

Meilleur banderillero : Paco Peña

Meilleur picador : Manuel Montiel ( Toro de Guardiola – le 4 mai)

Trophées « Puerta del Principe »

Matador triomphateur : Jose Tomas

Rejoneador : Pablo Hermoso de Mendoza

Meilleure faena : Ortega Cano

Meilleure cape : Fernando Cepeda

Meilleure estocade : El Juli

Meilleur banderillero : Juan Montiel

Meilleur picador : Manolo Montiel

     Le Jury de l’équipe médicale de la Maestranza a attribué le trophée Ramon Vila, au « quite providentiel », quite de secours, au banderillero Hipolito, pour l’action sauvant son maestro, Rivera Ordoñez, lors de la dramatique portagayola , face au toro de Martelilla, le 1er mai.

 

« EL TORO DE LE CARRETERA... »

     8 Mai : On en parle souvent, l’été, quand la chaleur étouffe, que les corridas s’amoncellent, que la fatigue aveugle. Alors, au fil des milliers de kilomètres parcourus, il est un toro, beaucoup plus manso que tous, qui guette  et donne le coup de corne, loin des olés, au milieu d’un fracas de tôles broyées. On l’appelle « El toro de la carretera »... le toro de la route ! Chaque année, des toreros sont blessés, ou meurent dans des accidents de la route. Mais cela n’arrive pas qu’en été, pas qu’aux vedettes...
    
Hier, le « toro » a encore frappé. Un petit novillero , qui rêvait, comme tous, de portagayolas et de sorties à hombros, pour peu qu’on lui donne une vraie chance. Son nom avait quelquefois sonné, en fin d’émission taurine, le dimanche soir...
    
David Zamorano est né à Madrid, le jour de Noël 1975. Il débuta avec les chevaux, le 28 Juillet 96, et se présenta à Madrid, le 22 mars 98. Au long de sa jeune carrière, il toréa 37 novilladas piquées. Cette courte biographie s’est arrêtée net, hier, sur une route, à Seseña, près de Madrid. Choc frontal au cours d’un dépassement. Le toro de la carretera passait par là...

 

PADILLA INQUIETE...

     8 mai : On a tous en mémoire la terrible cogida de Juan Jose Padilla, dimanche, devant le dernier Miura. On revoit son visage grimaçant, hurlant de douleur muette, la main comprimant sa cuisse droite.
    
Le torero a passé une nuit d’intenses douleurs. La cornada de San Sebastian s’est réouverte. Pas grave ! Un aiguille et un peu de fil !
    
Par contre, on est inquiet du côté hanche, fémur droit et surtout, nerf sciatique. En attente de radio et d’examens plus approfondis, on doute de voir le torero à Jerez et Madrid.

 

UNE BONNE CORRIDA DE TORRESTRELLA

     8 Mai : Anecdotique, peut-être, mais on ne sait jamais. Hier, en plaza de Valdemoro, près de Madrid, est sortie une bonne corrida de Torrestrella. Devant plaza pleine, la terna s’est régalée et l’on donna vuelta posthume au cinquième toro. Jesulin de Ubrique : Ovation et deux oreilles – Finito de Cordoba : Une et deux oreilles – Morante de la Puebla : deux oreilles et une du dernier. A suivre... Un déclic, peut-être.

 

« S’IL TE PLAIT, DESSINE MOI UN TORO.... »

     9 mai : Les temps sont ce qui sont ! Le monde a changé, la culture aussi. Tout est question de mode ! Faut être « in », faut être « branché », mais faut faire vite ! Même « chébran », est un peu « just ». Les Marie Chantal vont aujourd’hui, bardées de clous, jurant comme des charretiers, percées de touts parts, le jeans fendu, à l’horizontale... Bonjour la féminité ! Les mecs, c’est pas mieux, mais un dernier relent de solidarité masculine (bof !) fera que nous ne nous « étendrons » pas sur la question, de peur d’en sortir avec « quelques moeurs en travers »... Pax !
     Alors, qu’ils soient journalistes, vedettes du show business, surtout comiques, ou même politiques, ils envahissent nos écrans télé de vulgarités, d’ordurières interjections, comme si le talent, la personnalité, consistaient à décharger devant tous, le plus d’immondices en un moins de temps possible.
     Comme on a la flemme de se cultiver, de lire, d’aller chercher  ce qui, dans tous les domaines, a fait que le monde est aujourd’hui ce qu’il est, on s’invente une culture, on l’enveloppe de mots, et on défie tout le monde du regard en lâchant « tu vois ce que je veux dire ? »... Sous entendu « si tu vois pas... t’es nul ».
     Alors, un peu pantois, à la limite du « cobarde », on se tait en se disant que « décidément, je commence à me faire vieux ! ». Et l’on s’enferme dans son doute, en regardant le résumé quotidien de « Loftstory », et en se disant, effaré, que ce pourrait bien être là, le descabello final... Non ! non ! Ce n’est que le début....

     En tauromachie... Tres cuartos de lo mismo ! Heureusement que les toreros ont su « noblesse garder » et que leurs gestes devant le danger, traduisent toujours la classe, le courage, le pundonor, même quand la peur les tenaille, et la corne les menace. Le toro a changé, en plus gros, plus pointu et plus couard. Le torero est aujourd’hui, meilleur que jamais. Tout va bien donc, et les hauts faits d’armes, les glorieuses minutes de drame, comme celles que nous ont faits vivre le Califa, à Valencia ; Padilla, Juli, Jose Tomas, à Séville, sont là pour ramener notre siècle perverti, à l’humain, tout simplement, dans tout ce qu’il a de vrai, de noble et de grandiose, parfois. C’est peut-être bien pour cela que les plazas se remplissent, comme un dernier rempart au laid, au sale, au vulgaire et mal embouché...
     Malheureusement, ce qui « entoure la corrida » commence à inquiéter un peu... Comment  des cités taurines, à la longue tradition, peuvent elles ainsi « se laisser avoir » en choisissant, pour annoncer leur ferias, le plus laid, le plus tordu, le plus outrancier ? Au secours !
     Nîmes avait déjà fait sursauter, là-bas, vers les années 90... puis, presque tout le monde s’y est mis. On a déjà vu en mars, les affiches de Valencia, Castellon et Sévilla... Bon ! On « appréhende » un peu la future affiche nîmoise..  Mais, on vient de toucher le zénith avec Vic Fezensac. Là, vous l’avez !

     Là, il faut dire que... Chapeau ! Bitos ! « Enhoraboïna ! comme disent les basques ! Réunir, en si peu d’espace, plus de vulgarité, de mauvais goût, d’anti « tout », y compris taurin... voilà un exploit qui fera date.   Imaginez le gars qui arrive chez lui et dit à ses enfants, futurs aficionados « Je vous ai rapporté une belle affiche, pour mettre dans votre chambre... » ; ou, pire encore, les cuadrillas qui approchent du Gers, dans la nuit et découvrent, à la lumière des phares, cette mascarade aux effluves de carnaval mexicain... « Ozu ! Que susto ! »
     Señores, vous avez, depuis longtemps, marqué « la différence » dans vos affiches, et parfois, elles ont été « surprenantes » mais taurines et respectueuses de l’homme et du toro. Cette fois, on peut vraiment se poser des questions... Quel homme, quel toro ? Quand on sait ce que vous faites sortir de vos corrales, vous pourriez, peut-être, avoir un minimum de respect pour les « toros rois », et ceux qui se mettent devant... Partout, on parle « del toro de Vic ». Esto, que es ? Partout, on sait que les hommes vont se la jouer, face à des toros dont la taille est inversement proportionnelle à celle du ruedo. Il y a deux ans, un homme y est mort... On peut être surpris, franchement choqué, d’une telle outrance. Non, vraiment, Vic et son histoire ne méritaient pas cela.
     Mais, bon ! Chacun ses opinions, ses valeurs, ses doutes et ses envies... Pour nous, rien ne remplacera « l’estampe » plaquée il y a quelques jours, sur papier glacé.. la photo du « Cebada de Séville », de Berho ! De cartel ! Peut-être, dans un coin, en cachette, un peintre oublié, aficionado poussiéreux, saura t’il le reproduire, avec ses fusins, car lui au moins... il sait encore dessiner un toro....

 

SACRE VICTORINO ! !

     9 Mai : Il a gagné, le vieux sorcier. Condamné à payer une multa de deux millions de pesetas, pour des pitones vérifiés douteux, à Valencia en 1995, Victorino avait piqué la rogne du siècle naissant, et s’était retiré sous sa tente, comme Achille, en maugréant entre ses crocs « Puisque c’est ainsi, je ne mets plus les pieds à Valencia »... Solidaires, ses toros en avaient décidé de même . Non, mais des fois.... !
     Du coup, Valencia était bien ennuyée, surtout après l’apothéose des Victorino lors de la feria de Juillet 2000. La corrida de l’année ! Une véritable chanson de Geste, en six actes !
     Alors, grandiose et magnanime, l’empresa de Valencia a décidé de payer, elle même, l’amende. Ainsi, cette ardoise effacée, on pourra voir les Victorino dans le coso de la calle de Jativa, pour la San Jaime. On parle du 24 Juillet. Ponce et Califa seraient au cartel.
     Le regard perdu sur la ligne bleue des coteaux de Galapagar, le vieux ganadero sourit... A quelques mètres, ses toros font la gueule.... Il va falloir y aller !

 

JULI ET PUERTO DOUBLERONT A PAMPLONA

     9 Mai : La San Fermin 2001 est en pleine préparation. Les toreros savent ce qui les attend, les Aficionados, aussi. Ambiance particulière ! Toracos de cuidado ! Bruit, violence, gloire ! La gorge se noue un peu ! Ca fait peur, mais il faut y être.. 
     Encore une fois, le Juli ne se pose pas de questions. Peu lui importe le bruit, la télé, les intérêts... Il ira deux fois. Sa présentation, l’an passé, a été « comme ci, comme ça ! ». Donc, cette année, « on va y aller, et ça va barder ! ». Torero type du triomphateur de Pamplona, le Juli ne peut, un jour, que faire exploser la Navarre tout entière...
     Victor Puerto en fera de même. Logique. Alliant le classique et le baroque, le toreo de classe et le populeux, il est aussi « torero de Pamplona ». On parle également de Pepin Liria, trois fois triomphateur consécutif de la feria. Idem pour le local, Francisco Marco, qui a fort agréablement surpris ses concitoyens, l’an passé.
     Jose Tomas, lui, s’en ira à la pêche. La télé a bon dos ! Pourtant, dieu sait si Pamplona a su fêter les grand classiques, Curro Romero compris ! Avec Hemingwaaaiiie ! et tous les ricains qui viennent encore vénérer le souvenir d’Ernest, Jose Tomas pourrait devenir le Torero Dieu, aux States, plus grand qu’Ordoñez, plus légendaire que Manolete.. Pour le moment, à Pamplona, il n’est  encore que « vedette américaine ! »    
     De leur côté, Ponce et Morante iront aussi, mais à une course, seulement. Pile ou face ! Pobre de mi !
     Sortie de cartels pendant la San Isidro.

 

MADRID : QUI DONC TOUCHERA LE « MALAGUENO » ?

     10 Mai : Dans deux jours : San Isidro... 30 jours de toros... 28 télévisés, en principe ! Ayyyy ! Dans toutes les peñas, dans les bars, on a fait provision d’apéro, de cacahuètes et de tapas.
     On est parti pour de longues soirées, dont on sait que certaines seront soporifiques, d’autres révoltantes, toutes aussitôt effacées par deux ou trois moments d’exaltation qui font sauter dans les bras des uns et des autres, et danser sur les tables. Que ce soit sur les longues tardes d’ennui, ou après un instant de folie, il faut arroser tout cela et ne pas mourir de faim. Du coup, San Isidro... trois kilos de plus, et des tonnes de valises sous les yeux... Bonjour Alka Seltzer !

     Ne croyez pas que celui qui reste chez lui, bien calé dans son fauteuil, après avoir vérifié qu’il a bien payé son abonnement « Via Digital », soit plus sage... Sa moitié a intérêt à avoir fait des provisions ...sinon, aviso y bronca! « Les gamins, dans la chambre ! Le chien, à la niche . Portable éteint... je n’y suis pour personne... Sileeeeence ! ! ! »
     30 jours de toros... Demasiado ! Au cours de son histoire, la feria a augmenté le nombre de ses spectacles, atteignant un palier sur les cinq dernières temporadas. De toutes façons, avec pratiquement 85 % d’abonnés, l’Empresa pourrait en mettre dix de plus. Vaya toston ! Las Ventas est devenue, en mai/juin, une plaza de privilégiés, qui prennent l’abonnement, vont aux corridas qui les intéressent, revendent le reste ou font quelque cadeau. Du coup, le couillon qui réunit trois sous pour « une semaine à Madrid », se retrouve au bar du coin, devant Via Digital, et une assiette de serrano. Même certaines peñas qui ont fait, en février, demande pour un grand nombre de billets « lo tienen dificil ! »... Pas à dire, cela marche bien à Madrid, pour la feria, ce qui permet, le restant de l’année, de donner toros à moindre coût devant, du ciment vide...
     
     Que va t’il se passer à Madrid ? Tout le monde attend Jose Tomas...  On avait prédit ici, bien avant la feria d’Avril, ses deux sorties par la portes du Prince. On a même failli en avoir trois... 
     Jose Tomas a t’il, à ce point, révolutionné le Toreo, pour que toute l’Aficion se jette ainsi à ses pieds ? Bien oui ! Cependant, il y a débat. Aficionados de verdad  et revisteros se grattent la tête, ou le menton... Et les grands Jurys de Séville ne s’y sont pas trompés, qui, malgré les sept oreilles, n’ont pas trouvé là matière à « meilleure faena »...

     Jose Tomas torée t’il mieux que tous ? La réponse est non. Mais par contre, Tomas, dans une époque « sensationnaliste », où l’inculture  et le « pasotismo » cèdent le pas au raisonné et raisonnable, arrive à point pour placer le « trémendisme, en toréant classique », ce qui fait hurler les foules et applaudir les aficionados, qui n’ont pas à culpabiliser de s’esbaudir devant un  fou furieux dépenaillé, comme  le Cordobes I, (le seul), à une époque, ou le Platanito, quelques années plus tard. Il était presque malvenu de dire du Benitez : « Qu’est ce qu’il a été bien, aujourd’hui ! ». De même, du tragique Antonio Porras, le kamikaze qui faisait duo avec Curro Vazquez, là bas, vers l’année 1969. Et pourtant, Dieu sait qu’il leur est souvent arrivé « d’être bien ». 
     Bien coiffé, bien habillé, José Tomas, torero sublunaire, « réunit tout le monde » parce qu’il est « différent », en toréant, pourtant, très classique ; parce qu’il vous touche au tripes et au coeur, avant qu’au cerveau. Il réunit tout le monde parce qu’il « se les passe » plus près que tous, même si sur six passes, trois sont accrochées. Tremendismo, pero toreando clasico ! Le public, en sa majorité, peu aficionado « de verdad », ne peut que bondir. Les autres ne peuvent que se dire « Au fond... ».
     Ne nous y trompons pas,  à Madrid, il se passera la même chose, à moins que...
     Deux corridas l’attendent : Les toros du Puerto, le 18, et « le pari » des Adolfo Martin, le 1er Juin. Il devra mettre le paquet lors de son premier contrat, et, malgré l’incertitude des toros de Salamanca, on peut tabler sur de grandes retrouvailles avec l’Aficion Madrileña, dès le premier quite par gaoneras. Ce sera peut-être un peu plus ardu, lors de la deuxième course. La corrida de Don Adolfo semble « una tia », bien pointue. Dans le lot, un autre « Malagueño ».. Ceux de sa famille ont triomphé, à la San Isidro 2000, et à la dernière concours... Casta et idées bien claires. Bon pied, bon oeil ! Ne pas oublier, non plus qu’un Adolfo Martin fit sévèrement patiner Caballero, l’an passé. Tomas se mettra devant, sûr !. Cela passera ou cassera. Vus le caractère des deux antagonistes, à moins d’avoir signé d’avance un accord de « non-agression », il y a fort à parier que cela va sentir le mercurochrome... Ce que l’on ne souhaite pas, bien sûr.
     En tous cas, ce jour là, on ne pourra pas danser sur les tables, avant de « passer dessous »... La corrida ne sera pas retransmise. Heureusement, nous aurons « loftstory »... Aaahh !

 

QUE PASA CON PADILLA ?

     10 Mai : Rien ! Silence radio... Il est curieux, quand même, que rien ne filtre sur l’état de Juan Jose Padilla, après la terrible rouste de dimanche, et les lésions qui s’en suivirent.
     Quatre jours après, aucune nouvelle des examens, radio et IRM, que devaient passer le torero. Des bribes, contradictoires... « Nerf sciatique... », « douleurs intenses .. », «plus de sensibilité à la jambe droite... », « fissure à la tête du fémur ! »... Par ailleurs, le Docteur Vila, qui n’est pas un fanfaron, déclarait : « Il sera peut-être à Jerez ! »... A suivre donc, avec beaucoup d’intérêt, pour la santé d’un torero, d’abord ; puis pour ce qui pourrait se passer si le problème allait s’aggravant.

 

DEUX FOIS... TROIS FOIS... ADJUGE !

      11 Mai : On sait le poids culturel que représente toute archive. Qu’elle soit littérature, peinture, affiche, elle est, dans chaque domaine, une page de « l’Histoire des Hommes ».
     Dans le domaine des toros, combien d’aficionados parcouraient jadis, le « Rastro » de Madrid, à la recherche de vieilles revues à demi rongées par des souris sacrilèges, au fond d’un grenier écroulé ; d’une affiche dont les lettres aux couleurs passées résonnaient encore des clameurs provoquées par les exploits de Jose y Juan, tel jour, en telle plaza... de la photo jaunie de la terrible cornada de Granero... du « Par de Madrid... ». La muleta qui, dit-on , appartint à Reverte.. Allez donc le vérifier.... Peut importe ! Des décennies de tauromachie, là, sous nos yeux.
     Il arrive quelquefois de trouver, par hasard, dans nos foires et nos « mille affaires » d’antan, quelque collection de Digame, des premiers Ruedos, quelques numéros de « l’Aficion », à l’époque ou la revue faisait double format et ignorait la couleur. Alors on s’arrête, et le marchand voit immédiatement qu’il a affaire à un aficionado, un passionné. Donc, la bataille va s’engager. Le prix montera et baissera aussi fort et vite qu’un picador devant un toro « romaneando »... Si le vendeur est aussi aficionado... on a une chance. Alors, le grand plaisir : Bonjour monsieur K’hito, et merci monsieur Diaz Cañabate.
     Et puis, il y a l’élite, les collectionneurs de trésors ! Et puis, il y a cette ambiance particulière des ventes aux enchères. En Fait, on les pense réservées à riches, aux nantis. Certes, il leur est plus facile de monter la mise, au fil des enchères. Mais, en général, ils se battent sur « la grosse pièce »... Alors, le petit aficionado (qui, à l’entrée de la salle, a compté ses billets et s’est fixé « un maximum »), peut prendre un vrai plaisir à emporter enfin ce dessin, cette affiche ou ce bouquin, dont il rêvait en secret.
     Aujourd’hui , à Bordeaux, se déroulera une vente aux enchères publiques, totalement consacrée à l’Espagne , la Tauromachie et le Flamenco.
     On connaît le grand aficionado qu’est Alain Bricadieu . Régulièrement, il organise des ventes, et on a souvenir de grands évènements liés à la culture et à l’Histoire taurines, notamment lorsque fermèrent les arènes du Soleil d’or, de Toulouse.
     Plus près de nous, on rappellera le magnifique évènement taurino caritatif, organisé à Bordeaux, en 1996. Avec ses associés, Jean Dit Cazaux et Monique Dubern devenus aficionados, également, Alain Briscadieu organisa la vente aux enchères d’un costume de lumières dont Cesar Rincon avait fait don à l’association Bayonnaise « Un Coin de Colombie », au profit du jeune Albeiro Vargas  (Voir rubrique « toros et solidarité).
     En quelques instants, et au milieu d’une intense émotion, le flambant costume rouge et or du « petit géant colombien », Cesar Rincon, s’en était allé vers la vitrine d’un aficionado de Niort, et 56000 Francs avaient d’un coup été récoltés pour les « Abuelitos d’Albeiro ». Un formidable moment. Un geste magnifique.
     Ce jour, 11 mai 2001, à 14h30, à l’Hôtel des Ventes - 280 av Thiers à Bordeaux -  les trois commissaires priseurs associés procèderont à la vente aux enchères de petits trésors fleurant bon la tauromachie d’antan. Ouvrages littéraires, aquarelles, lithographies, collections d’affiches, de photos, d’autographes célèbres. Plusieurs pages d’histoire, d’exploits, de « sentimiento », cape, ou muleta en mains...
     Renseignements au 05 57 54 13 71  -  Exposition des objets, ce matin, à la même adresse.

 

DEUX...TROIS...ON VEUT PLUS !

     11 Mai : Curieux ! L’empresa de Valencia, par la voix de son leader, Roberto Espinosa, vient d’annoncer qu’elle renonçait à demander la reconduction de son contrat, pour un an, à la tête du coso de la calle de Jativa. Reconduction qui, sans nul doute, lui aurait été concédée par la diputacion Valenciana, vus les derniers résultats économiques et artistiques obtenus. Feria de San Jaime 2000, marquée par une Victorinada historique, grande feria de Fallas 2001, avec de grands moments toreros, des llenos, malgré l’absence de Jose Tomas.
     Que se passe t’il donc ? Est ce renoncer pour se mieux représenter, la prochaine fois, et regagner son bureau, dans d’autres conditions de pliego ? Doit on faire le lien entre la présence dans l’empresa de familiers de Ponce, et curieusement, la soudaine agressivité du public à l’encontre du torero de Chiva, son préféré ? Que pasa Alli ? Réponses évasives de Roberto Espinosa, mais, derrière les lunettes, des yeux malins disent qu’il ne renonce pas. Stratégie, stratégie...
     Il y aura donc, l’an prochain , il y aura une autre empresa à la tête de Valencia, ou la même, mais avec quelques visages en moins.

 

DEUX ...TROIS... ENTREZ « SANS SILENCE »...

     11 Mai : Grande initiative, quoique bruyante, peut-être, de l’Empresa Casas-Paton, d’ouvrir gratis les tendidos de la plaza de Zaragoza, aux enfants, et ainsi de promouvoir la fiesta...tout