L'ACTUALITÉ TAURINE
(juillet)

JUILLET : LA GRANDE REPETITION

      La temporada taurine a « chauffé ses moteurs » de mars à juin. D’énormes coups de starter, comme Valencia, Castellon, Séville et Madrid, ont permis à certains de voir un carnet de vol bien rempli de rendez-vous aux quatre coins de la planète taurine. Leurs responsables logisticiens (souvent les valets d’épée) ont fait assaut d’habileté et de diplomatie pour concocter les parcours, préparer les étapes, compulser les horaires, vérifier tout le matériel, afin que tout soit "à peu près d’équerre". Tout est prêt, ou presque. Reste une inconnue : au détour de chaque plaza, deux toros. Vont-ils charger ? « Connaîtront-nous » le triomphe ? Les toros « respecteront-ils » le maestro ? Juillet voit « le grand cirque » se mettre en route, et l’on va commencer à rencontrer sur les routes  les coches de Toreros, qui se croisent, se doublent, et  foncent dans la nuit. Certes, les nationales sont maintenant autoroutes, et les imposantes berlines ont été remplacées par des camionnettes, style « déménagement perso », plus spacieuses, mais oh combien moins romantiques. Le botijo n’orne plus aucun toit et les cuadrillas  ne tuent plus le temps en se racontant les toros d’hier, ou en se faisant des farces. Elles regardent des vidéos, chantent encore un peu de flamenco, ou s’en vont ronfler, les oreilles prises dans l’écouteur de leur walkman . Autres temps, autres mœurs.
     Juillet est un « gros mois », mais il est en fait répétition générale de ce que l’on va vivre « si Dios quiere», en Août et septembre. La grande Figure du Toreo risque de toréer tous les jours de ces deux mois clef. Parfois même, à certaines occasions, deux corridas par jour. Le mois de Juillet sera pour elle la préparation "grandeur nature" de ce marathon.
      Juillet, mois du Tour de France, débute par un col de première catégorie : Pamplona. 7 de Julio. Feria mythique, feria inclassable, feria de peur et de bruit, de poussière et de vin, de musique et d’alegria ; feria païenne où tout tourne autour du toro. La plaza est imposante, à la taille du toro qui y déboule. Les fracasos  y « font Histoire », mais les triomphes y font « légende ». Pamplona, une autre planète où il faut être bien.
      Juillet, c’est aussi Valencia et Santander, aux alentours du 20/25 juillet. A l’opposé l’une de l’autre, les deux ferias ont connu un destin opposé. L’une s’est recroquevillée au soleil, l’autre s’est grandie, aux brises de l’océan. La San Jaime, à Valencia,  remplissait jadis la plaza de la calle Jativa. En bords d’Atlantique, Santander « la Montagnaise » murmurait trois corridas, presque en catimini. Elles étaient terribles pour les toreros vedettes qui , quelquefois, doublaient à Valence, et à qui il est arrivé d’effectuer, en trois jours,  un parcours épique en voiture sur les mauvaises routes de l’époque :  Valencia, Santander, Valencia… (authentique : Paquirri, entre autres – 1975). Valencia ne marche plus. Juillet, tout le monde déserte, à la plage ou au campo. La feria s’est réduite, et, malgré les efforts des empresas successives, elle a perdu de la force. Tout le contraire pour une Santander qui, dans les années 90, sous la baguette de Paco Gil, à relancé sa plaza, une des plus belles d’Espagne, a augmenté le nombre de corridas, au point de composer un cycle incontournable pour tout torero de renom.
      Et, faisant étapes de ce semi-marathon, des ferias joyeuses et pittoresques, comme Teruel, un peu austère; Tudela, la « resaca de la San Fermin »…. Et puis, il y a La France.
      Toréer en France était presque partie de plaisir… Maintenant, les cuadrillas prennent très au sérieux  la tauromachie, telle qu’elle est vécue chez nous. La fête, oui, mais pour ce qui est des corridas, c’est du vraiment sérieux, et il ne peut s’agir de faire prendre à "l’Aficion Gala", des vessies pour des lanternes.
      Juillet, en France, c’est essentiellement Mont de Marsan (du 16 au 20) Feria de luxe, dont le nombre de courses a augmenté dans les années 80/90. La Madeleine: Rendez-vous de toutes les figures, Toreros y Ganaderos. La plaza y est lumineuse, l’ambiance chaude, et l’organisation y joue, chaque année, la première manche de la grande compétition régionale : Mont de Marsan, Dax, Bayonne. C’est très bien ainsi, parce qu’au bénéfice de l’Aficionado.
      Juillet en France, c’est également Céret (du 14 au 16). Autre lieu, autres mœurs. Là, on joue "le Seigneur Toro". Quatre corridas, cette année: Barcial, Cura de valverde, Quinta da Foz, Palha. Et, pour lier le tout, une novillada de Monteviejo. « Ceret de Toros », c’est une religion, et l’on y court comme à confesse.
       Juillet débute, cette année en Arles, (où le Morenito aurait dû prendre son alternative), se poursuit avec un verre d’Armagnac, du coté d’Eauze, avant de se clore « en double fonction » : Tyrosse / Orthez, le même jour, (23 juillet), à 100 Kms de distance. Des années que cela dure, personne ne voulant céder. Alla ellos ! Entre temps, on aura fêté le cheval et le rejon  aux Saintes-Maries, (du 13 au 16) pendant que Bayonne ouvrira portes et cartels par la novillada revanche, le 14, et la corrida d’alternative de son poulain,  Rafael, le 21.
      Juillet : Pour tous, une répétition générale… Pour ceux qui toréent beaucoup, et les autres, ceux qui « restent assis à la maison ». Celui qui ne torée pas beaucoup en juillet risque, malheureusement, d’avoir un été « trop tranquille ». C’est ainsi. Bon courage à tous !

 

DIMANCHE DANS LES RUEDOS : ODEUR A CHLOROFORME…

     2 Juillet : C’est parti ! il faut tendre l’oreille, affûter les crayons, et ne pas en perdre une miette. Tandis que 22 galopins  et quelques copains se disputaient un bout de cuir, d’autres hommes s’habillaient de lumières et s’en allaient, parfois devant du ciment vide, se jouer la peau. Vedette ou pas, le toro n’en a cure. S’il peut « mettre le piton », il ne manquera pas l’occasion.
      Ce premier week-end de Juillet a été sanglant :  La veille, Andres Vazquez, le vétéran qui prend une cornada, et Padilla qui glisse. Ce dimanche,  Enrique Ponce est passé tout près, tandis qu’Antonio Ferrera prenait trois coups de corne en Arles, et que le petit Saavedra était gravement blessé à Séville. Les subalternes ont également payé leur tribu.
      Soria fermait sa feria, Teruel l’ouvrait. Il y eu, dans ces deux modestes plazas, drame et peur du pire. Soria recevait des vedettes. Enrique Ponce se fait surprendre par le second toro de Los Recitales, qui lui met la corne au niveau de la poitrine et le  porte longuement. Les cuadrillas se précipitent. Rien, à première vue. Le torero reste dans la plaza et en termine avec le bicho. Mais à l’infirmerie, on constatera plusieurs traumatismes importants, le torero perdant connaissance pendant l’examen. Hospitalisation immédiate. A Teruel, ce sont le Baltasar Iban qui ont créé l’émotion et Finito de Cordoba a coupé les deux oreilles du quatrième. Drame au second : Les banderilleros du Tato s’activent et Manolo Gil, peon d’Abellan est là réglementairement, pour couper, à la sortie des poses. Le toro va le surprendre, le lever haut, et le fracasser contre les barrières. Terrible impression, le corps et le visage étant bloqué « entre corne et bois ». Miracle  cependant, le torero est blessé au visage (7 cm à la pommette  droite), probable fracture du nez, et une petite cornada  à la cuisse gauche. Rien à côté de ce que cela aurait pu être.
      Un quart de plaza en Arles, où le banderillero Agustin Losada, père d’Antonio, avait été sérieusement blessé la veille, au cours de la malheureuse novillada-concours. Bons toros de Riboulet (on demanda la vuelta pour le 5ème) et succès du Fundi, moins agité que de coutume, mais qui tua mal. El Lobo  remplaçait le Morenito, très légèrement blessé  vendredi dans une  tienta. …Antonio Ferrera s’est montré « électrique » face au deuxième, et plus calme avec le bon cinquième. Faena plus claire, muletazos reposés et triomphe en vue. C’est en estoquant que Ferrera se fera prendre, recevant une cornada de trois trajectoires (8,8 et 3 cms) en haut de la cuisse droite. Pronostic réservé .
       A Madrid, le plus anxieux était, peut-être, un apoderado. Luis Alvarez. Dans le ruedo, deux de ses poulains. Un artiste qu’il faut relancer, Jose Antonio Iniesta ; et une « grenade dégoupillée », qui, entre deux toros fume, dans le callejon, des cigares à faire pâlir d’envie Fidel Castro, lui-même : le vénézuelien Leonardo Benitez. Madrid, début d’été: pile ou face. La monnaie est tombée du mauvais côté : Les Guardiola ont été impossibles et, s’ils n’ont pas coupé d’oreille, Leonardo Benitez, Javier Vazquez et Jose Antonio Iniesta ont triomphé car ils ont fait front, et en sont sortis vivants. Le vénézuelien a montré pundonor, toreria et force de caractère face au quatrième qui le prit douloureusement "au bas ventre". Grande ovation.
      On surveillait Burgos du coin de l’œil : Corrida de feria, corrida de vétérans. Antonete, Curro Romero. La question était : Le petit « Duende » allait-il monter si haut vers le nord, après Jerez et Badajoz ? Non, trop au nord pour ces petites jambes. Curro, seul à Burgos, toucha deux toros qui, semble t’il… Mais « l’inspiration » n’y était pas et Curro bloqua toutes velléités. Les meilleurs moments de la course furent à la charge de David Luguillano, face à un bon toro de Juan Pedro Domecq, et d'Antonete qui  donna de grands moments, en particulier sur la main gauche, coupant une oreille du fabuleux premier, et donnant une vuelta, après forte pétition, au quatrième.Du côté de Barcelone, c'est Jesus Millan qui triompha, sortant à hombros, devant une corrida de Saboya, faible.
      Longue novillada en plaza de Séville. Plus de trois heures de spectacle, à cause d’un novillo qui ne voulait pas rentrer au corral. Castano, qui se présentait, s’est arrimé comme un perdu, donnant une vuelta. Moins de chance pour Julio Pedro Saavedra qui s’est fait vilainement prendre en estoquant son premier novillo de Juan Jose Gonzalez. Cornada grave à la cuisse droite, avec trois trajectoires de 12, 10 et 15 cms, respectivement. Cornada forte et malheureusement absence de ce novillero intéressant pour l’ouverture de Pamplona.

 

INFIRMERIE

      3 juillet : Le mois débute mal : Plusieurs toreros-clefs des prochains gros cartels vont débuter le mois avec bleus et bosses. Que l’on en juge :
      Jose Tomas, pris vendredi à Algesiras, serait indisponible jusqu’au 16 juillet, où il a prévu de réapparaître à Barcelone. Beaucoup de cogidas ont émaillé « le parcours 2000 » de Jose Tomas. Il fallait bien qu’il y ait dégât, à un moment ou un autre.
      Juan Jose Padilla  glisse, samedi, sur le mauvais sable de Soria . Moulu, il était en attente des résultats des examens: Cheville durement touchée. Ponce a échappé de peu à une grosse cornada, ce qui ne va pas arranger le mauvais moment que passe le torero avec l’épée. Califa soigne sa main. Attente et doute pour Pamplona et Ceret.
     Par ailleurs, le vétéran réapparu, Andres Vazquez, a reçu une terrible punition en plaza de Zamora. Le quatrième toro de Navalon le prend vilainement  lui infligeant cornada à la jambe gauche et fracture de la clavicule. Avertissement sans trop de frais !

 

BILBAO… SANS VICTORINO

     Les cartels de la fameuse Semana Grande de Bilbao ont été présentés le 29 juin. La Feria de Bilbao 2000 se déroulera du 19 au 27 Août, et sera intégralement télévisée en direct par Via Digital. De ce fait, Joselito et Jose Tomas « passent au large »…. Par contre, l’aficionado sera surpris de l’absence de la corrida de Victorino Martin. Question d’argent, question de puissance, question de « politique politicarde » taurine ? Toujours est-il que la Junta et l’empresa ont décidé de se passer du ganadero de Galapagar, en cette année où tout lui réussit…
Voir les combinaisons de la feria, dans la rubrique « Carteles »

 

JAVIER CASTANO : ALTERNATIVE EN VUE

      3 Juillet : Javier Castano prendra l’alternative le 14 septembre, au cours de la feria de Salamanca. Le parrain sera Enrique Ponce, et le témoin, Miguel Abellan. Les toros seront du Puerto San Lorenzo. Todo un cartelazo. On parlera d’une alternative... « à longue vue », puisque jusqu’à cette date, Javier Castano a 45 novilladas, inscrites dans « son carnet de bal ».

 

PAMPLONA – MESSE PAIENNE DE LA FIESTA BRAVA !

    Uno de enero, dos de febrero….Tchin pum ! 7 de julio, San Fermin … Viva ! Et une année de plus, Pamplona  va retentir de mille et mille cris, à toute heure du jour et de la nuit. Fête païenne, fête paillarde, fleuves de clarté, litres de sueur, odeurs diverses, millions de regards fiévreux de trop d’alcool ou de trop peu de sommeil. Corps alanguis et cadavres jonchant les jardins des fortifications. Parfois une bonne averse vient balayer les relents de la fête. Autant d’urine que de bière ! Hurlements, piétinements, bousculades, hauts le cœur…
     Hauts les cœurs, pourtant ! Pamplona , la joie et la fête en blanc et rouge… Pamplona, la noblesse de tout un peuple. La tradition, la musique et la danse. Bras en l’air ! « Encore ? Non, trop fatigué, trop mal aux pieds… » Allons, un petit verre et ça repart…. Pamplona, huit jours durant, la foule qui communie et qui, ensemble, pleurera le « pobre de mi », au soir du 14 juillet.

      Mais Pamplona, c’est avant tout la fête du dieu vivant, le Toro. Il est partout, et même « les non aficionados » ne peuvent que s’intéresser à cette liturgie qui domine la ville, sept jours durant, en fixe la course des horloges. San Fermin, feria del Toro.  Pamplona et ses encierros…
     Quelques minutes avant huit heures du matin, trois chants répétés vont saluer une petite statuette, enchâssée dans la muraille, en haut de Santo Domingo. Un journal roulé, levé comme une épée, bat la cadence de la prière, au rythme des cœurs battants. On chante, parfois faux. On hurle, on braille sa peur, son espoir, son défi, sa fierté. Certains sont là pour la télé, ils disparaîtront vite. La plupart sont là parce que, depuis des années parfois, ils ont leur rendez-vous avec la peur et la gloire. Gloire anonyme, pour la plupart, mais fierté « de l’avoir fait », fierté de les avoir vus passer si près, fierté d’avoir couru «avec eux »… Réserve de fierté pour un an ! . Dans le petit matin qui vient à peine de laver les rues, un cigare attentif allume la petite mèche qui va faire soudain bondir les poitrines… le cohete part en tortillant son sillage de fumée… Poum ! le drame est lancé. Rien ne l’arrêtera. Les divers cordons policiers se rompent et c’est un éclatement de couleurs, une galopade effrénée, sur plus de huit cents mètres. Les toros n’ont pas encore compris qu’ils devaient sortir du corral dont la porte vient de s’ouvrir, que déjà des centaines de vaillants sont arrivés à la plaza, essoufflés, mais glorieux. Ouf ! Que susto ! Là-bas, accompagnés de bœufs centenaires, les toros de l’après-midi entament une course apeurée, mais ravageuse. Ils vont vite et passent à côté ou par-dessus les obstacles humains. Parfois, ils réfléchissent, tâtonnent du regard et du chef, avant de donner de la corne. Les voltiges sont sévères. Dans les balcons, on crie, on prévient, on trépigne de peur. Des centaines, des milliers de coureurs déboulent, se bousculent, se piétinent. Certains malins s'agglutinent dans les angles morts de la course. D’autres se pendent aux barreaux de quelque fenêtre. On hurle, on invective. On court. Parfois, une masse noire passe un peu plus près que prévu. On décampe, forces multipliées. Enfin le goulet de la plaza.  Attention au « monton » ! la pente a provoqué quelques historiques  amoncellements que les toros ont consciencieusement  escaladés.  Le couloir et enfin le jaillissement à la lumière et aux ovations. Une dernière course de côté, la barrière tout proche, les capes qui attirent les toros retardataires. C’est fini. Que bien !
      Perdus aux milieu de cette piétaille dont plus des trois quarts feraient bien d’être ailleurs, ils sont une poignée. Parfois, certain parisien essaie de les singer. Impeccablement vêtus d’un nouveau blanc, chaque jour, bien préparés, presque reposés, ils sont les dieux de l’encierro. Ce sont des athlètes, des techniciens et des artistes. Certains ont plus d’exploits à leur compte que de cheveux sur la tête. On les appelle « los Divinos ». Ils ont fait l’histoire, la tradition de l’encierro. Ils en ont construit les règles : Courir, non devant, mais avec le toro, à son exact rythme, sans le déranger, s’en faisant accepter comme d'un compagnon de route. L’exploit est de se glisser entre deux toros, et courir avec eux, « presque main dans la corne », en espérant que quelque photographe aura fixé à jamais ce moment d’extase. Ils sont la gloire de cette course à la peur du petit matin. Ecchymoses, bleus, foulures, côtes cassées, cervicales froissées, luxations diverses, l’encierro est fini. Poum ! Parfois, un groupe enfiévré s’attarde. Il y a eu une grosse cornada. On partira aux nouvelles. Les rumeurs volent de groupe en groupe. Il est mort... La radio rassurera vite et l’on se précipitera sur les journaux pour voir le visage du glorieux amoché. Il est de Navarre… ou de beaucoup plus loin, USA, Suède, Landes… « J’ai rien vu, mais c’était très bien ! Je reviendrai » Parfois, cependant, c’est beaucoup plus grave, d’autres fois, un vrai cataclysme endeuille la fête. C’est ainsi. C’est Pamplona, avec sa tradition, sa gloire, ses excès. Elle est mondialement connue, grâce à un autre divin barbu ! Elle est « Histoire de la Tauromachie ». Elle est, tant pour les aficionados que pour les toreros, incontournable.

Quelques sites : 

http://www.terra.es/sanfermin/
http://www.galeon.com/san-fermin-net/
http://www.encierro.com/
http://www.sanfermin.com

 

SAN FERMIN 2000  - LES PARIS SONT OUVERTS

     La feria de Pamplona  est un cap important pour les toreros. Ils y arrivent « mentalisés ». Il savent qu’ils vont y rencontrer les toros les plus impressionnants de la saison. Ils savent que dans les gradins, des milliers d’individus et galopins vont les traiter de tout, et brailler « la chica yé yé » au plus mauvais moment. Malditos ! Ils savent que le public risque de porter plus d’attention aux bagarres à la farine ou au chocolat en poudre, qu’à leur combat, en bas, où l’on meurt vraiment. Il savent qu’à Pamplona, c’est le silence qui surprend, et qui gêne, presque. Ils arrivent « mentalizados », mentalement préparés, et au fond très admiratifs de cette fête. Au diable, les silences de Séville, et les ayatollahs de Madrid. Ici, c’est la fête à outrance, et si un toro met la tête, on peut faire hurler les penas, et le triomphe est « multiplié par sept ».

     La feria comptera de huit corridas, une novillada et une de rejoneo, à la gloire du beau Pablo de Navarre. Mercredi 5 juillet, Sebastien Castella remplacera le petit Saavedra, grièvement blessé dimanche à Séville. Puis, du 7 au 14, défileront les cuadrillas des audacieux, face aux ganaderias les mieux coiffées.
     Pour ce qui est des toros, à côté des Miura, Pablo Romero, Cebada, on attendra les Adolfo Martin, on suivra  le sourcil levé les Nunez del Cuvillo et les toros du Capea.
     Les figuras arrivent dispersées, cette année. Bien entendu, pas de Joselito, pas de Jose Tomas (la feria est télévisée – La belle affaire !) Pas de Rivera Ordonez, ni de Cordobes. Ponce est là, fidèle, mais un peu courbatu, depuis Soria ; Caballero ne vient qu’une fois, histoire de lui rappeler quelqu’écart de conduite passé ; Emilio Munoz reprend l’épée, après sa terrible voltige sévillane. Cela mérite un bravo, mais sème aussi quelque crainte. Morante de la Puebla essaiera d’y récupérer le sitio. Dur, Dur ! El Califa ne pourra se présenter. Maudite main ! Elle lui a volé la puerta grande de Madrid, elle lui vole aujourd’hui une feria « à sa taille ». Triomphateur tonitruant de la Miurada 99, Padilla n’est pas sûr de toréer, à cause de sa cheville, blessée à Soria. Maudit ruedo. Un contrat pour Abellan, qui méritait peut-être mieux, un pour Davila Miura, Oscar Higares, en souvenir de Séville et Madrid ; Miguel Rodriguez, en souvenir de l’an dernier, Vicente Bejarano, par respect du sang versé dans cette plaza, Marquitos, pour le régionalisme, Fundi, pour la solidité, et Zotoluco, qui risque de perdre son teint cuivré, en voyant débouler dans ce chaudron, les toros de Miura.
     Restent trois toreros qui peuvent constituer « le tiercé des favoris ». Ils ont nom : Pepin Liria, El Juli et Victor Puerto. Pepin Liria a triomphé ici, trois ans consécutivement. Il est aimé, et « met tout ce qui faut » pour satisfaire la plaza amie. Il triomphera.
      Julian Lopez se présente à Pamplona. Il y vient, « en phénomène », comme en son temps, un certain Cordobes. Ce sera tout ou rien ! Ce fut rien, terriblement rien, brutalement, définitivement rien pour le Benitez, en 65… Parions que « ce sera tout » pour le Juli. Il a la force, la vaillance, la superbe, la technique pour triompher. Et comme il est malin, il triomphera fort. Mais, il devra montrer vraiment qui il est. On peut parier gros sur tout cela.
     Victor Puerto est un autre favori. Peut-être le plus valable, le plus méritant. Il revient du plus bas, et il en revient magnifiquement. Triomphateur « sans trophées » de la San Isidro, il a montré un sitio, une classe inédite jusqu’alors. Son triomphe de Grenade, où il a banderillé, toréé complet, mais mal tué, est sans appel. Il est affiché avec les Cebada Gago et les Partido de Resina. C’est entièrement à son honneur. Dieu veuille qu’un de ses toros charge à peu près correctement. Il fera le reste.
      A vous de parier ! Il n’y a rien à gagner, sinon l’envie de suivre cette feria mythique, avec quelque piment en plus, si besoin était. N’hésitez pas à nous envoyer votre tiercé par Email (p.bagieu@estia.fr). Nous communiquerons les noms des clairvoyants, avec un « Enhoraboïna ! » d’honneur. C’est aussi cela, l’Aficion.
     Pamplona 2000 : Corridas télévisées sur Via Digital ( sauf celles des 7 et 14 juillet,  sur TVE1) – 18h30. Ne pas oublier les encierros, tous les matins, à partir de 7H45, sur la nationale espagnole. Bonne Chance à tous, bonnes  corridas et …VIVA SAN FERMIN ! ! !

 

A SEBASTIAN CASTELLA LA PREMIERE OREILLE DE LA SAN FERMIN 2000

    Pamplona – 5 juillet : Enfin, Sebastian Castella, en qui toute l’Aficion avait mis ses espoirs, après le magnifique comportement affiché lors des rencontres « inter novilleros », en février , à San Sebastian, mais qui depuis, avait subi quelques gros revers, en particulier à Madrid, se réveille et « marque son territoire ». Après Séville, Granada, c’est à Pamplona que le biterrois vient de voir le succès, à l’occasion de la novillada d’ouverture de  la San fermin 2000.
     La novillada de frères Martinez Uranga est sortie très inégalement présentée, en particulier les trois premiers. C’est peut-être à cela que l’on doit une atmosphère très froide dans un public qui n’a pas encore « chauffé les moteurs », mais qui  remplissait aux deux tiers la plaza, à une heure peu habituelle à Pamplona : huit heures du soir. Novillada en général faible et sans grandes qualités, excepté le cinquième. Le second montra de la caste, provoquant deux derribos, et ce fut à peu près tout.

      Abraham Barragan toréa « joli », mais ne se mit jamais en colère. Certes, il fallait soutenir le premier novillo, mais, plus de rage torrera et un meilleur maniement de l’épée lui aurait permis de couper, au quatrième.
      Sebastian Castella attaque fort, par un cambio dans le dos, face au solide deuxième. Faena qui se dilua un peu, malheureusement. Par contre, réception par véroniques à genoux au cinquième, dont il sortira pris sans mal.  Deuxième voltereta , sans dégâts, au cours d’une faena où Castella toréa avec goût, sur les deux mains, et surtout, tua enfin bien. Une oreille sans discussion, et la forme retrouvée, avant la dernière ligne droite vers l’alternative.
      Javier Castano est sorti furieux. Lui qui est novillero pour cette plaza, il n’a pu y  montrer que volonté et rage de vaincre. Touchant le mauvais lot, il s’est accroché, arrimé, mais en vain. Malchance applaudie.
      Castella qui sourit, Castano qui pleure, c’est de bonne augure pour la novillada du 14, à Bayonne, où les deux garçons s’affronteront en mano a mano. En attendant, le chupinazo, c’est pour aujourd’hui midi… Viva San Fermin.

 

PAMPLONA : PROBABLES  MODIFICATIONS DES CARTELES

      6 Juillet - Pour la première fois depuis longtemps, la feria de Pamplona risque de voir ses cartels chamboulés de part les blessures et lésions, tombées récemment sur plusieurs des toreros engagés. Le Califa a confirmé son absence, réapparaissant sûrement a Valencia, et peut-être avant, à Mont de Marsan. Ferrera est définitivement « out », après la blessure d’Arles. Enrique Ponce risque de tomber des affiches, après la cogida de Soria : problème du côté épaule et vertèbres cervicales, le torero devant porter une minerve. Juan Jose Padilla soigne à fond sa cheville et veut toréér, tout à genoux s’il le faut. Il faut attendre ! Padilla veut réapparaître vendredi à Teruel…Tout à son honneur, mais il faut aussi raison garder, et rentrer « à 100% », surtout à Pamplona . Donc, attente, jusqu’au dernier moment. Ces Toreros ! ! !  
      Si toutes ces craintes se transforment en absences réelles, ce sont  cinq postes qu’il faudra remplacer, sans pour autant défigurer les cartels. Nulle doute qu’à cette heure, des toreros sont avertis, prêts à rejoindre la Navarre, tout heureux de figurer  à cette fabuleuse feria dont encierros et corridas débutent demain « 7 de Julio ».

 

PAMPLONA : VICTOR PUERTO DANS LE VENT…

      7 Juillet : La corrida de Cebada Gago a surpris, ce premier jour de feria, par un encierro rapide et clair, certes accompagné des plaies et bosses habituelles, mais sans provoquer le moindre désastre, comme cela s’était produit, à plusieurs reprises, au cours des dernières années. La caste de ces toros, alliée à une présentation « des plus effilées » impose le respect à tous.
     L’après midi, la corrida était télévisée, il faisait beau, la plaza était, bien sûr, remplie jusqu’au toît, la Navarre était doublement en fête, puisque la feria battait déjà son plein, et que la veille, Pablo Hermoso de Mendoza avait triomphé, chez lui, coupant deux oreilles et surprenant encore le monde sur son inséparable « Cagancho ». Jusqu’où iront donc ces deux-là ?
      Pepin Liria, Victor Puerto, Davila Miura, des toros de Cebada Gago et… le vent ! Ce diable invisible, qui vous amène à cent à l’heure, qui les derniers embruns d’atlantique, qui une poignée de sable saharien, a encore une fois joué un bien vilain tour aux torero et aux aficionados. Soufflant en très fortes rafales, tourbillonnant au centre du ruedo, il gâcha une partie de la corrida, particulièrement face à des toros très incommodes qui demandaient technique et courage, sitio et choix des terrains. Corrida dure pour les toreros, ne transmettant pas tout le danger qu’elle portait en elle, à part le quatrième, manso violent, les autres se montrant sosos,  chargeant ou marchant sans fixité, sin fijeza. Le cinquième permit au torero de se libérer, les autres imposant beaucoup.
      Pepin Liria  s’est montré vaillant et électrique. Il a tout fait pour couper quelque trophée, et y serait probablement parvenu, face au premier, sans cette vilaine épée de côté, clôturant une faena tourbillonnante, débutée les deux genoux en terre. Pamplona l’a soutenu, l’a porté, mais il ne pouvait guère faire mieux, en particulier face au quatrième qui faillit bien lui arracher la tête. Eduardo Davila Miura peut faire tous les efforts, il ne sera jamais torero de Pamplona. Cela ne passe pas, et ces regards désolés aux tendidos qui combattent « son ennui », en disent long. Pas d’atomes crochus. Ces toros n’étaient pourtant pas « les plus pires »…
      Victor Puerto est en pleine bourre ! Insolent de sitio, de ganas, au point qu’il en oublie parfois de toréer, pour montrer à quel point il est à l’aise au fil du piton. Il l’oublia en face du second, un vilain distrait qu’il passa bien de cape, auquel il servit une faena axée sur le calme et la proximité, alors que le toro demandait peut-être une autre approche. Facile, un poil démago, mal fagoté (gilet ouvert, sans ceinture, celle-ci étant un simple ruban cousu au bas du gilet… Alors, quand le gilet n’est pas fermé…), Puerto plaça de bons détails, mais subit un échec, confirmé à la mort. Par contre, son actuacion au cinquième est à prendre au sérieux. Si ce n’est les passes hautes finales en regardant le public, histoire de gagner quelques votes en plus, le diestro donnera  une faena sérieuse et liée, débutée au centre par cette passe changée dans le dos, sorte de pile ou face qui fait bondir et hurler, avant de montrer autorité et un certain galbe, surtout dans les passes de pecho. Toro au centre pour une grande estocade en entrant lentement, et l’oreille vint justement récompenser ce Victor qui, toutes dents dehors, vient de ratifier à Pamplona, son retour au meilleur niveau.

 

PAMPLONA :  LA NEF DES FOUS… OU, CE QUE NE DOIT PAS ETRE UN ENCIERRO

      8 juillet : Il n’y  a rien de plus beau qu’un encierro, couru dans de bonnes conditions, par des gens qui connaissent leur affaire, en suivent l’esprit et la lettre, respectant le dieu Toro, lui faisant un bout de chemin, avec déférence. Il s’est couru  ce samedi matin, une espèce de cavalcade où tous les amoureux du toro auront blêmi en voyant le comportement de certains olibrius qu’en aucun cas on ne pourra appeler « Mozos ». Certes, on sait que le week end amène à Pamplona une faune agitée, qui n’a rien à voir avec la feria, et qui joue à se faire peur en se lançant dans la calle Estafeta, histoire de dire ensuite aux petites copines : « Moi, je cours devant les toros à Pampelune ». Courage ou inconscience ? Honneur ou honte ?  On se contentera de poser cette éternelle question. Toujours est-il que les cinq toros de Adolfo Martin ont été d’une grande générosité, permettant à ces énergumènes de les chahuter, de les enlacer, de les tutoyer, sans trop rechigner. Triste image de cet escogriffe à queue de cheval, vêtu de footballeur jaune en N°10, qui accumula jusque dans la plaza les pires insultes au toro brave. Le commentateur n’a pu s’empêcher de le signaler, et il ne serait pas surprenant de retrouver ce triste  pantin, dans la liste des éclopés, car les vrais mozos n’aiment pas ce style de publicité… Aussi, au détour de quelques couloir… une dérouillée qu’on lui souhaite salutaire.
      La corrida d’Adolfo Martin fut un échec en tout, jusque dans la présentation. Peu de Trapio, pas de caste, « mucha leche de la mala ». Le sixième, de Manuel Angel Millares s’est cassé une corne dans le ruedo. S’organisa alors un tel bazar, que tutoyant tous les règlements, la présidence le changea par un « bis » du même fer. Côté toreros, Miguel Rodriguez « voulut, mais ne put » : Portagayola au premier, début de faena volontaire, avec voltige à la clef, puis baisse de ton et déroute au descabello. Il ne put remonter la pente face au quatrième. Vicente Bejarano se montra dépassé, malgré bonne volonté et quelque détail isolé. On s’en doutait un peu. Qu’ allait il faire en cette galère ? La corrida fut sauvée, au sixième toro,  par la formidable épopée de Angel Gomez Escorial ,venu en remplacement du Califa. Le garçon avait fait sursauter l’aficion  de Madrid, il a laissé les Pamplonais pantois.  Trois toros, trois fois à  «la porte du garage », pour trois largas à genoux. Toréant certes spectaculaire avant tout, il montra sincérité et courage, recevant une terrible volée en portant l’estocade, et le public réclama en vain une oreille. Tour d’honneur pour celui qui « veut être torero ». Chapeau.

 

EAUZE : DES DOMECQ A L’ARMAGNAC

     9 juillet : Un bon repas, un bon cigare, des bons amis et un armagnac. Que bueno ! Vous envahit alors une douce torpeur, qui vous fait gentiment flotter, tout baigné des parfums de Gascogne.  Cela pique un peu la gorge, mais cela réchauffe le cœur. Bien-être total. Allez donc combattre après cela…
     Nul ne sait si le divin breuvage était au dernier menu des Santiago Domecq, mais on aurait pu le croire en voyant défiler les six exemplaires combattus, ce jour, en plaza d’Eauze, quasiment pleine. Corpulence moyenne, armures très moyennes, forces très très moyennes, caste ensommeillée, bravoure embrumée, tel est le panorama offert. « Los toros, como los melones son ! ». Et pourtant, c’est bon, le melon à l’Armagnac !. Seul, le troisième, sorti en TGV et le jabonero sixième mirent un peu d’ambiance, avant de baisser rapidement le rythme. Meilleur pour le torero, le quatrième.

      Manolo Caballero règle rapidement les affaires courantes face au premier, puis se prit au jeu du quatrième, réussissant à le tenir debout, à lui donner envie de charger, pour enfin se libérer, toréant à gusto sur deux mains, en courtes séries non exemptes d’un certain empaque. Faena de menos à mas, et une oreille bien gagnée, l’épée de Caballero étant une des plus sûre du circuit.
      Miguel Abellan se montra remarquable avec le capote, face à son premier. Largas à genoux , véroniques et cordobesas seront au final  le bilan de son actuacion face à deux sosos de haute catégorie. A noter également, deux courtes séries de naturelles qui réveillèrent un instant le public, et son efficacité avec l’acier. Otra vez sera !

      Juan Bautista est torero à suivre. En progression à chaque sortie, il se montre brillant et valeureux, cape en main, soit dans ses réceptions, soit dans les quites. On lui doit les grands moments de vibrato de la tarde, face à des toros qui ne valaient guère mieux que les autres. Trois largas à genoux face au bolide troisième, un quite « à la mejicana », une faena , essayant de mettre la transmission que le toro n’avait pas, et une oreille un peu protestée, parce que l’estocade définitive avait été précédée d’une autre, bien vilainement traversée. Remarquable encore face au dernier, toro beige savonneux qui montra quelque velléités et prit vilainement le torero en début de faena. Calme et torero, Jalabert, qui malheureusement, perdit avec l’acier, le bénéfice de sa bonne sortie. Muy bien, muy torero… et un des grands favoris pour la prochaine Madeleine.

      Le matin, on fêta  le ganadero local, Jean Louis Darré, probablement pour le lot sorti l’an passé, parce que la cuvée 2000 a tourné au vinaigre… Les jeunes novilleros à qui on a offert cette « opportunité » se grattaient discrètement la gorge, en voyant la satisfaction du GGG (Gentil Ganadero Gersois) après avoir sué sang et eau face à ses infatigables galopeurs, mansos sans aucune fixité, fuyant jusqu’à leur ombre, sans oublier de décocher à chaque passage un souvenir musclé, sous forme de crochets et d’uppercuts variés. Qu’il est dur de toréer, et que ces garçons ont du mérite. Angel Franco fut excellent, muleta devant et toque précis, face au premier, jusqu’à une sale cogida, précédant désarmés, échecs à l’épée et fuites presqu’éperdues. José Cuenca voulut jouer les faciles, et laissa passer le moins moche, ce qu’il démontra en trois naturelles citées et tirées à fond. Il tua vite et coupa une petite oreille. Julien Miletto manqua le cadeau final pour quatre descabellos. Joli quite au deuxième et faena de bon niveau, à son toro, peut-être un peu trop profilée, mais agréable à suivre. Un oreille. Cesar Jimenez est un petit moustique, torero des zapatillas à la coleta, naturelle. Vaillant, malin, il mit tout le monde dans sa poche, sauf le toro, tua vite, coupa deux oreilles, gagnant  concours et honneur de combattre le cinquième. Vaya regalo ! Sortit un tio, face auquel le jeune ne put que régler au plus vite et au mieux les urgences.

      Enfin, les garçons reçurent les cadeaux et les trophées. Jimenez sortit à hombros, mais les vieux aficionados se prirent à regretter le Martinez Elizondo qui firent les belles matinées éluzates, il y a …quelque temps. Ils étaient plus imposants, mais permettaient plus, semble t’il. Mais c’est vrai : « Los toros, como los melones son »… Alors ! Toujours est-il que cette journée d’Eauze reste une bonne étape de la temporada, et que les coteaux gersois, au soir tombant sont de toute beauté.

 

DIMANCHE DANS LES RUEDOS : UN TORO GRACIE A BARCELONE

     9 Juillet 2000 : Rien de spécial à Pamplona. Les Pablo Romero n’ont rien voulu donner de leur cachet d’antan, et le duo Fundi-Padilla s’y est cassé les dents. Seul Victor Puerto, sans couper de trophée, a démontré son excellent moment, finissant sa feria sous les louanges, et avec une grosse coupure à la main.
     A Madrid, face à une innommable corrida de Valverde, c’est le levantin « El Renco », qui confirma son alternative et arracha une oreille du sixième, à coups de dents. Le public fut très dur avec les autres toreros : Manolo Sanchez et Canales Rivera.
     9 Juillet 2000 : Entrent dans l’Histoire, une plaza, un Toro, un Ganadero, un Torero. En plaza de Barcelone, le toro « Zafiro » - N°92 – 583 Kgs, de Torrealta, s’est montré si noble dans la muleta du Finito de Cordoba, que l’indulto, la grâce a été plébiscitée. Le toro avait fait son devoir au cheval, et révéla une réelle grande classe au troisième tiers. Grande faena de Juan Serrano qui coupe deux oreilles symboliques, confirmant également sa grande année et sa chance : Le toro de Huelva, les Domecq de Séville, le Torrealta de Barcelone…Ils devraient faire un loto !
     Espartaco a fait ce qu’il a pu, vaillamment. Quand au Juli, encore une fois débordant de caste, de vista et de toreria, il a coupé une oreille à chaque toro, accompagnant a hombros Finito et le mayoral de Torrealta, au final de cette course qui sera « une pierre de plus » à la reconstruction de la tauromachie en Catalogne.

 

PAMPLONA : TOUTES LES LARMES DE SON CORPS…

      10 juillet : Il a 88 ans, et il pleure, inconsolable. Alors que toute la  plaza et toute la ville chantent et bondissent, un petit homme à casquette blanche pleure dans un coin du patio. Son nom : Curro Cano. Dit comme cela , cela ne sonne que peu. Et pourtant, qui n’a pas entendu parler du grand photographe « Cano » ? Il est l’aîné des reporteros, il en est le père. Dimanche, non loin de la plaza, des malappris n’ont rien fait de mieux que lui voler tout son matériel, dans sa voiture, alors qu’il s’y était assoupi. Inconsolable, Cano, et on le comprend. Pour la première fois depuis quelques décades, il regarda une corrida autrement que par son objectif, et comme les Pablo Romero sortirent mal, sa peine n’en fut que plus grande.
      Pluie et tristesse ce lundi 10 juillet à Pamplona. L’encierro a été terrible et la corrida, encore décevante.
      Comme il arrive souvent, on a peur des encierros avec les ganaderias dures. Curieusement, ce sont les ganaderias dites, plus commerciales, plus facilonas, qui causent des tragédies. Les Miuras, les Pablo Romero ont rarement « cornéé », mais les Domecq y ont souvent été de bon cœur.
      L’encierro des Torrestrella  a été dramatique. Sa durée de 5 minutes 20, alors que le principal de la manade a mis un peu plus de 2 minutes, traduit ce qui s’est passé : Départ à toute vitesse, chutes multiples, séparation des toros, deux d’entre eux restant très en arrière, patinant et glissant à droite, cornéant à gauche. Ce fut un massacre. 3 pamplonais sont très grièvement blessés : Le premier, 32 ans portait blouse verte. Il a reçu deux cornadas :20 cm au niveau du sternum, et autant à la cuisse gauche. Le deuxième a 28 ans : La corne est entrée dans la joue droite au niveau de la bouche, ressortant près de l’œil. Quant au troisième, 29 ans, il a pris deux cornadas à la cuisse gauche de 25 et 10 cms, respectivement. Il y a eu trois autre blessés de considération , au cours de ce terrible matin gris. 10 juillet 2000, à Pamplona.
      Le ciel aussi pleurait le soir pour cette 6ème de feria. Pluie, plastiques qui gardent la sueur, lunettes embuées, voix éraillées… Ce n’est plus « la chica yéyé », c’est la San Fermin « glou glou ». Pour arranger le tout, la corrida de Torrestrella sort mal : Présentation inégale, faiblote, falta de raza. Seul se sauvent le sixième, et un peu le cinquième, qui se révélera malade, à l’examen post mortem.
      Pepin Liria n’a pas triomphé. Quelques naturelles au premier, la volonté, mais l’échec à l’épée, avec une terrible voltige, heureusement sans conséquences. Il ne put que constater la faiblesse du 4ème. Mala suerte la suya.  Morante semble reprendre pied, ce qui ne fut pas le cas de son premier toro. On vit le sévillan  tirer de bons muletazos du cinquième, la  faena allant à mas. Mais il tua mal. Ovation pour le Morante de la Puebla qui s’accroche et laisse passer  la tempête. Un toro « lui a quitté le sourire », un toro le lui rendra. Miguel Abellan se montra vaillant, allant deux fois s’agenouiller a portagayola,. On lui vit quelques bonnes choses au sixième, mais aussi, hélas, de nombreux désarmés.
      La Feria ne décolle pas… Un sorte de « Pobre de mi », avant l’heure. Peut-être, ce mardi 11, le Finito de Cordoba nous cèdera-t’il un peu de sa chance ? Il remplace Ponce, qui souffre encore du côté cervical. Emilio Munoz, qui réapparaît et Morante de la Puebla, pour le deuxième tour. Les trois andalous prendront la corrida de Jandilla. Attention à l’encierro.

 

PAMPLONA : LE REVEIL DU MORANTE DE LA PUEBLA

     11 Juillet : Il continue de pleuvoir sur Pamplona. Pourtant, le moral remonte. Les blessés de la veille évoluent favorablement ; l’encierro du matin, avec les Jandilla s’est bien passé, malgré beaucoup de chutes du fait du sol mouillé;  la corrida a enfin permis de grandes ovations et deux bons triomphes, que l’on valorisera à divers degré.
      Corrida de Jandilla bien présentée, avec des jambes, mais cependant, aux forces limitées. Des toros encastés pour la plupart, qui voulaient charger, mais se retenaient un tantinet. Grand toro le sixième, qui rencontra enfin un grand torero. Avec un peu plus d’allant il permettait au  Morante d’entièrement se libérer, et nous parlerions alors d’un autre triomphe.
      Emilio Munoz revenait , après sa cornada de Séville, cruel souvenir. On salue le geste de reprendre l’épée à Pamplona, où on le sait apprécié. Mais on peut se demander s’il n’avait pas besoin d’un autre rodage. Toujours est-il que le Trianero, a probablement vu les toros du jour, « trop grands », dès les premiers capotazos. Deux broncas phénoménales ont salué ses non prestations, et la sortie de la plaza fut légèrement bousculée. Ce que Munoz accueillit avec un « Tranquilo, no pasa nada », qui en dit long.
      Finito remplaçait Ponce, qui devrait être là pour son deuxième contrat. Tout semble facile pour Juan Serrano, qui arrive, voit la situation, choisit ses terrains et ses arguments, tire le toro, un peu forcé, aligne deux séries magnifiques, tue vite et coupe une oreille. Cela paraît si simple. Cela fait plaisir de le retrouver en plénitude, même si c’est le Finito, torero d’empaque et de chispa que l’on préfère. Oreille au deuxième et silence bienveillant face au cinquième qui sortit « malo malo ». La route continue, bordée de fleurs pour le Finito qui devrait confirmer son excellent moment dans ses prochaines sorties françaises.

       Morante avait pataugé, la veille. On sait qu’il avait du mal en ce moment, et que, si la tête voulait, les commandes des jambes et de l’inspiration se grippaient, se bloquaient. Passage à vide… Un toro lui avait « quitté le sitio ». Cependant, les chroniques parlaient de ses efforts, de quelques moments de réussite, et l’on savait qu’il fallait attendre. Ce 11 Juillet, à Pamplona, le Morante à retrouvé une grande partie de sa superbe, de cette insolente plastique, tandis que le toro vient sur lui, cité fermement, de loin, et le frôle, tandis que la muleta  tire loin derrière la hanche. Ce 11 juillet, la plaza, tous tendidos réunis, à scandé le « Oléeee », à la cadence des muletazos. Ce 11 Juillet, le sixième toro a rendu au Morante le sitio qu’il avait perdu, lui a rendu le sourire, lui a rendu moral et illusion, lui a peut-être tout rendu. Faena d’empaque dans les muletazos d’ouverture, et dans les remates. Faena de simplicité et de naturel dans le toreo fondamental, classique, jambe avancée, templant la charge du toro, avec rythme et plastique. La difficile facilité. Quelle plaisir de voir enfin le sourire du Morante, après les rictus ébauchés a Albacete et Madrid, entre autres. Il manqua « un peu de moteur de plus » au bon Jandilla, pour terminer en beauté et tenter le recibir. Le torero préféra un grand volapie, un poil de côté, qui eut des résultat immédiats. Oreille de marbre, petition de la seconde, et  surtout, le sourire sur tous les visages. Le troisième toro retenait à fond sa première charge, pour vous exploser au visage, dès le second voyage. Morante ne put laisser la muleta devant, et ne put que récolter que des applaudissements.

      Grande journée d’un torero qui est le seul, actuellement, à pouvoir faire face au gros point d’interrogation appelé Jose Tomas. A suivre, cette récupération, dans les plazas sérieuses, où les deux toreros vont se mesurer à distance.
      Ce 12 juillet, un enfant, grandi trop vite, chargé de responsabilités, va faire sa présentation à Pamplona. Il s’appelle Julian Lopez. On l’appelle « El Juli ».

 

ESPLA ET LE CALIFA, TOUJOURS SUR LA TOUCHE

      La main toujours douloureuse  au choc de l’épée, le Califa a dû annuler ses prochains contrats, dont Mont de Marsan. On parle d’un retour en plaza de Valencia, quelques jours après, à l’occasion de la feria de Julio. Dommage pour l’Aficion Française.
      Luis Francisco Espla, de son côté, soigne toujours son épaule. Il sera remplacé, à Céret, par Oscar Higares et Fernandez Meca. Ce dernier prendra également la substitution de l’Alicantino, à Tyrosse, face aux Palha du 23 juillet.

 

PAMPLONA, BRAS OUVERTS, POUR « EL JULI »

     12 Juillet : On pouvait s’y attendre, mais pas à ce point là. Julian Lopez est « entré » à Pamplona sur l’air des lampions, et il est à penser que les Juli, Juli Juli ! vont remplacer pour longtemps, les Indurain, Indurain ! qui firent les beaux jours de la plaza, au zénith du champion navarrais. Il est vrai que « El Juli es c…., y como el Juli, no hay (presque) ninguno.. ». Il coupa une oreille, pour sa première ici, on peut parier qu’elle débutera une longue série. Cela risque de se confirmer ce 13 juillet, où le garçon répète, face aux toros du Capea.
      La corrida de Joaquin Nunez del Cuvillo, n’a pas été bonne, même si elle n’a pas causé l’ennui. Après le triomphe de Séville, et quelque bonnes sorties, malheureusement teintées de faiblesse, on attendait la course de Pamplona, et la caste du 1er mai. Il n’en fut rien. Inégalement présentée, la corrida fit juste son devoir au cheval, avec ça et là quelque relent de bravoure, puis alla à menos, se défendant beaucoup, ou tournant au manso déclaré, comme le sixième.

       Manolo Caballero inquiète un peu. Il est là, il torée, aligne les passes, parfois bonnes, estoque et s’en va , sans que son visage ne reflète quelque sentiment, dans un sens ou un autre. Il fait penser au Manolo Caballero de la dernière année de novillero. Très bien, bonne mécanique, mais justement…mécanique ! Il écouta, par deux fois, le silence. A Pamplona, il faut le faire. Probable que Manolo devra revenir à des corridas plus dures, pour montrer tout son poderio. On a déjà vu cela avec d’autres toreros, légionnaires de légendes, soudain devenus bien ternes avec le toro « normal ». L’un d’entre eux va bientôt revenir tuer sa 100ème victorinada. A noter la grave blessure de son banderillero Juan Pedro Alcantud, par le premier de la tarde : cornada au niveau du genoux gauche, (18 cms vers le haut, et des dégâts qui, espérons-le n’auront pas de séquelles au niveau de cette zone, toujours délicate).
      Davila Miura a toréé appliqué, vaillant, et a mal tué. Il écouta deux ovations, et aurait pu couper une oreille au cinquième, sans la maudite épée, qui est pourtant son fort. Il toucha un lot terne, sans fond, mais se montra torero. Son premier le prit deux fois, sans mal.  Davila Miura, en un mot, fit le plus torero de la tarde, mais…seule, manqua « la chispa »…
       « Juli, Juli, Juli… ». Il est là, mèche au vent, visage de poulbot  au retour du service militaire. Un grand garçon. Un presque jeune homme ! Julian Lopez a fait son premier paseo dans la marmite Pamplonica, et la sauce a pris immédiatement. Il est diablement toreo dans les trois tiers. Comme de plus, il met l’intelligence, la spontanéité, la vista et quelques petites choses dont on ne peut parler ici, il ne peut que séduire et rendre admiratif. Cape, banderilles et muleta au premier devaient l’amener à un premier trophée. Hélas pour lui, qui est un tueur hors pair, sept pinchazos ont réduit le tout  à néant. Le public, à qui cette malchance avait volé un triomphe, appuya totalement le torero dans sa faena/bagarre avec le manso sixième. A coups de poings, à coups de dents, à coups de caste, le Juli remporta la bataille et coupa une oreille, qui est celle de la jeunesse torera, de la hardiesse et de cette pincée de potion magique qui font les grandes figuras. Superbe. On l’attend aujourd’hui avec ceux du Capea. Pour peu que l’un « mette la tête », le Juli devrait montrer une autre qualité que cette soif de triomphe « à tout prix », démontrée ce jour..
      Les Nunez del Cuvillo ont fait des ravages, le matin, au cours d’un encierro rapide et extrêmement glissant, du fait de la pluie. 11 blessés, dont deux  graves, tous deux pamplonicas, de 19 et 36 ans, tous deux blessés dans la côte de Santo Domingo. Cornada de 25 cm dans la cuisse gauche, pour le premier.

 

MONT DE MARSAN REMPLACE LE « CALIFA »  

      12 Juillet : La Madeleine 2000 débute dimanche, et les casse tête ont commencé. Face aux Miura, pour la corrida d’ouverture, on savait le forfait du Califa . Plusieurs options se présentaient, mais l'empresa a fait le choix  de la jeunesse, de la nouveauté et du courage. C’est Angel Gomez Escorial qui fera le paseo, aux côtés de Stéphane et du Jienense Juan Carlos Garcia. Les prestations de la San Isidro, et le succès volé de Pamplona, valent au torero la reconnaissance et cette opportunité de rentrer dans une grande feria française. Attention donc pour les cardiaques : Il y a de la portagayola dans l’air et face aux Miuras… Curieusement, il arrive souvent que le torero remplaçant soit le triomphateur de la corrida… Veremos !

 

BAYONNE OUVRE, AVEC TOROS Y TOREROS

      La temporada bayonnaise s’ouvre vendredi 14 juillet avec une novillada des plus intéressants : des toros et des toreros. On a trop chanté les grands moments d’Illumbe, à l’occasion de la compétition de février, et de sa finale, pour ne pas vibrer à l’annonce de la revanche, quelques mois plus tard, à 40 Km de là.
      Sebastien Castella avait gagné à San Sebastian. Javier Castano s’était arrimé comme un perdu. Les deux avaient pris de coups, mais avaient triomphé. Depuis, c’est la joute, à distance. Avantage à Castano (Madrid). Castella, pas loin (Séville, Granada , Pamplona). Les deux, aux portes de l’alternative. Ce mano a mano ne peut qu’intéresser l’Aficionado, d’autant que les adversaires sont eux-mêmes, à la mesure de l’événement. Les Santa Coloma de San Martin, viennent de mettre le feu à Vic Fezensac. Les produits de Chafik sont synonymes de caste et solidité, et les novilleros  qui les combattirent à Madrid en 1999, peuvent en témoigner…
      Donc, si Dios quiere, et la météo, de même, il y aura grande tarde, du côté de Lachepaillet. A suivre.

 

LE CAPEA SORT LE TORO DE LA FERIA

      13 Juillet – Pamplona : Corrida importante et intéressante de bout en bout, présentée par Le Nino de la Capea, et sa famille. Bien présentée, quoique un peu inégale, elle fit son devoir dans les trois tiers, avec plus ou moins de mansedumbre, mais toujours avec mobilité, ce qui permit aux diestros de montrer technique et volonté de triompher. La corrida a surtout été valorisée par un excellent troisième toro, « Narciso », qui sans être un foudre de guerre à la pique, se montra noble et encasté, avec une énorme transmission à la muleta. Un grand toro, comme en rêvent d’un commun accord toreros, ganaderos et aficionados. Le Capéa avait un énorme espoir en cette corrida, après son désastre sévillan. Le voilà réconforté, et conforté dans les efforts qu’il fait depuis des années pour relancer ses Murube. Enhorabuena, senor ganadero.
      Enrique Ponce revenait, après le coup de trique de Soria. Oreille au premier, dont il profita du retour naturel vers les planches. Faena par à coups et un trophée que certains discuteront. Le quatrième disait son désaccord à grands coups de tête, et on en resta là. « El Juli » n’a pas « rendu », le succès d’hier, mais il est redevenu un torero normal, qui a essayé tout, très vite, face au lot le moins propice. Malgré deux ovations, c’est un échec pour lui, et Pamplona n’a pas encore « vu » le Juli. Cela viendra.
      Le troisième était un petit jeune de la région. Son nom ne disait rien à 95 % des étrangers qui peuplent le graderio pamplones. Francisco Marco « Marquitos » avait brillé comme novillero. Solide, alors, on le voyait tirer son épingle du jeu face à des encastés et des durs. Puis l’alternative et le dur couloir de l’attente. Ce soir du 13 Juillet 2000, Marquitos a concrétisé ses rêves les plus doux, ou le plus fous : « cuajar un toro  en mi Pamplona ! ». La chance a voulu que lui échut le troisième en question , et que face à ce toro de race, le garçon qui n’a que deux corridas à son actif, réussisse à se hisser à sa hauteur, à force de caste et de bonnes manières. On sait que les grands toros dénoncent les mauvais toreros. Ce ne fut pas le cas, ce jour, la faena du navarrais se déroulant calme et cadencée, poderosa, laissant les aficionados pantois. Faena de deux oreilles  que vinrent gâcher deux pinchazos. Grande oreille cependant, et apothéose pour l’homme et son noble adversaire. Le sixième fut le garbanzo , et il fallut  parler « efficacité, avant tout ». On aurait aimé une autre fin, mais, même ce manso-là était d’un autre tonneau que les autres.  Asi que todos contentos et … Viva Navarra !
     Le matin , cela ne s’était pas trop bien passé au cours de l’encierro, en particulier pour huit coureurs dont trois furent blessés par corne : Un Pamplonais, de 28 ans, qui prit 15 cm dans le cuisse droite, et un californien  de 59 ans ( ! !) qui ne reçut, peut-être en raison de son grand âge, que 10 cm dans la cuisse gauche. Qu’allait il donc faire en cette galère ? On ne peut que saluer, à la fois, le courage et l’inconscience. Décidément, Hémingway aura aussi fait beaucoup de dégâts… Viva Pamplona.

 

LA NOVILLADA RENVOYEE AUX PROCHAINS « SOL Y MOSCAS »

      14 Juillet – Bayonne : Désolant ! On ne peut s’empêcher de penser aux juillettistes qui ont préparé toute l’année leurs vacances en Côte Basque, et qui tuent le « mauvais temps » agglutinés dans leurs voitures, au fil des embouteillages, sous la pluie et le vent. La novillada du 14 juillet a été suspendue au moment du paseo. Pluie fine, en continu, rafales de vent, froid, et une taquilla en conséquences. Le mano a mano Castella/castano méritait d’autres circonstances, et donc la novillada a été renvoyée à date ultérieure. Autre malchance pour « los » de juillet, c’est probablement les aoûtiens qui en profiteront. Le calice jusqu’à la lie…
 

MIURADA DE SAN FERMIN : QUAND LES BRAVES SONT LES HOMMES…

       14 Juillet – Pamplona : « Ojo al tren ! » - Attention au train – C’est un peu ce que l’on peut dire avant, pendant et après l’encierro des Miura, qui traditionnellement ferme la feria. Six autobus cornus, six mastodontes, poussent l’accélérateur, tout droit, dans les rues de Pamplona, font un petit tour un ruedo, avant de rentrer au vestiaire, doux comme des presqu’agneaux. Derrière, quelques plaies et bosses, mais à l’habitude, peu de casse. En fait, les miura sont des « petits » malins : « On va pas se crever maintenant, mais ce soir, ils vont voir ! ! ! »
       « Ils » ont vu ! Mais les toros aussi ont vu ! La dernière corrida  de la San Fermin s’est déroulée sous un ciel menaçant, dans l’ambiance que l’on devine. Pobre de mi ! Et de tristesse, on balance sur ses voisins les fonds de lessiveuses, les derniers sachets de farine, de chocolat, de colle de tapissier, les derniers restes d’une gigantesque bamboche. Cela peut paraître odieux, triste, ou « pittoresque », c’est ainsi. Par contre, les coussins qui tombent dans le ruedo quand les toreros se jouent la peau, c’est du dernier inconscient. Quant à ceux qui ont lancé des canettes de bière, des fruits et autres quignons de pain, quand Padilla citait aux banderilles, ou cadrait son toro, ils n’ont droit qu’à un seul qualitatif : « hijo.p… ! ». Et encore, on est poli.
      Senores, les toreros de cette miurada méritent un énorme coup de chapeau. Tous ! Ils ont montré la bravoure et la noblesse des guerriers d’antan. Le panache, la fleur au fusil… Les six Miura sont sortis très vite, très longs, très hauts, vêtus de divers costumes, mais très bêtes, alliant mansedumbre et soseria, bousculant tout de leur larges épaules, mais ayant laissé à Zahariche toute velléité de caste et bravoure. Se sauvèrent, en partie, deux et troisième, le premier manifestant une agressivité de bon aloi, qu’un mexicain étouffa sous son grand chapeau.

      Et s’il y a un coup de sombrero a donner, c’est pour le Zotoluco. Il n’a pas pâli ! Et ce mariachi, qui n’avait jamais toréé, pire, n’avait jamais vu lidier de miurada, s’est « envoyé » le premier, en grand torero, faisant les choses calmement au capote, lidiant, donnant confiance à tous, avant de tailler à la serpe une faena de vrai brave, alternant le fondamental « musclé », avec des adornos et desplantes à retenir le souffle, le tout confirmé par un coup d’épée monumental. Malgré l’estocade dans le corps, le miura s’en alla faire un tour, et fit un bond de trois mètres sur le premier descabello. Hélas, il en faudra trois et le mexicain perdra l’oreille que personne, cette fois-ci, ne lui aurait discutée.  Par contre, il entendra longtemps encore le « zotoluco ! zotoluco ! » spontanément scandé par les penas, et probablement repris par beaucoup, à l’ombre. Chapeau, torero. Le quatrième était un des garbanzos, et le diestro s’en défit proprement.

       Oscar Higares  est parti, pavillon haut, attendre 690 Kgs de Miura, à genoux, face au toril. Le madrilène, dandy à ses heures, montra là une autre carte de visite. Sa prestation alla cependant de mas à menos, face au deuxième de la tarde, qui manifesta noblesse et soseria « à la Miura ». Début à l’estribo, quelques bonnes naturelles et une faena digne. Il fut un peu long face au cinquième, essuyant une terrible dernière charge, après avoir estoqué de travers. Malgré avis, palmas et silence, le grand Oscar mérite un grand salut.
      Deux toracos et un torero. Juan Jose Padilla a bien failli rééditer l’exploit de l’an dernier, et sil ne put sortir a hombros, c’est parce qu’un président tatillon lui refusa l’oreille que beaucoup demandaient. Etait-elle méritée ? Non, parce qu’ il n’y avait pas eu de faena, par la faute d’un toro manso qui prit peur du torero. Etait elle méritée ? Oui, parce que l’homme s’était montré brave jusqu’à la désespérance, qu’il avait poursuivi partout le toro, qu’il avait banderillé énorme à la troisième paire et qu’il avait mis une épée de kamikaze qui avait coulé le porte-avions Miura. Si Senor, il méritait l’oreille, parce qu’on était à Pamplona, et qu’en ce dernier jour de fête, on reconnaît les braves, surtout quand ils ont coupé une oreille au troisième, et que ce dernier mouchoir ouvrait la porte du grand dernier banquet. Muy mal, Président ! Padilla a été « en Padilla » . Ce n’est pas un fin, on le sait ! Mais il est partout, vibre partout, râle quand il se manque, et hurle quand il réussit. Et il réussit dans les trois tiers. Cape, à portagayola, par deux fois; banderilles de haut vol, et à la muleta, de bons, voire très bons passages, en particulier, main gauche, à son premier. Juan Jose Padilla donna deux dernières vueltas qui symbolisent un peu la feria 2000. Joie et tristesse. Joie de la fête et de quelques rares bons moments ; Tristesse, parce qu’il a manqué un petit quelque chose aux corridas… et que « Ya se acabo la San Fermin ! » 

 

PAMPLONA 2000 : BILAN TRISTOUNET ! ! !

     Les corridas de cette San Fermin  n’ont guère tenu leurs promesses. On attendait beaucoup plus de Cebada, et les grandes déceptions vinrent de Pablo Romero et surtout Alfonso Martin. Victorino peut dormir tranquille. Miura, quant à lui, resta « muy Miura ». Triomphateur : Le Capéa, sa corrida et son toro  « Narciso » qui prend le trophée Carriquirri . Autre course satisfaisante, les Jandilla. Surprise !
      Côté toreros, sept corridas, 42 faenas : 7 oreilles. Pas beaucoup ! Marquitos va triompher, Victor Puerto a confirmé son grand retour, Finito, son bon moment. Morante a ébauché un sourire. Ponce a maintenu le rang.  Juli est un vrai petit malin, et Padilla … est Padilla. Ont été volés, par le président, Gomez Escorial ; et par un Miura, dur à cuire au descabello, Zotoluco.
      Ne pas oublier l’oreille de Sebastien Castella, le premier jour, et le triomphe du centaure navarrais Pablo Hermoso de Mendoza, le seul à « couper double » et ouvrir cette sacrée « porte grande ».
      Côté « jogging », on a noté une grande affluence, bien sûr, et les « outrances habituelles ». Par contre, il y a eu plus de blessés que de coutume (9 cornadas graves), dont la majorité était de la région.
      On n’a pas encore fait le bilan des milliers de litres de vin et bière ingurgités et … diversement régurgités, ni des tonnes de détritus divers…Mais cela, c’est une autre histoire.  Viva San Fermin… Viva !

 
DIMANCHE DANS LES RUEDOS : 5 OREILLES POUR JOSE TOMAS

      16 Juillet 2000 : Premier toro de Hermanos San Pedro et cinq toros de Joaquín Núñez del Cuvillo. Suite à la blessure d'Abellan, la corrida se termina en un mano a mano entre Jose Tomas (oreille, deux oreilles et deux oreilles après un avis) et Enrique Ponce (sifflets, ovation et ovation)
      16 Juillet 2000 : Six toros de la ganadería de Villamarta .Manuel Díaz “El Cordobés", oreille et deux oreilles, Rivera Ordóñez silence et oreille, Morante de la Puebla ovation et silence.
      16 Juillet 2000 : San Fernando toros de Castillejo de Huebra. Finito de Córdoba oreille et pétition après deux avis, Raúl Gracia El Tato ovation après trois avis et oreille, José Antonio Canales Rivera deux oreilles et oreille.

 

IL Y A DES JOURS COMME CA …

      16 juillet-Mont de Marsan-1ère de feria : Que dire d’une ouverture de feria où tout était réuni pour créer l’événement : les Miuras télévisés en direct d’une des premières plazas de France ; le ciel enfin bleu ; l’arène pleine, le cartel de circonstance.
      Que dire, sinon qu’il y a des jours, on a beau faire, "tout vous sort à l’envers", et la plus belle des fiancées se montre soudain la plus vulgaire des harpies. Télévisée en direct sur Canal + Espagne, cette première de la Madeleine a attiré sur elle toutes les malchances, toutes les poisses, les mauvaises fortunes, face auxquelles on ne peut faire bon cœur. Aussi, le public manifesta t'il impatience et déception au fil des avatars.
     Têtes chercheuses et génuflexions furent les dénominateurs communs aux Miuras, sortis ce jour. Présentation inégale, le quatrième étant ovationné pour cette seule raison, les autres étant diversement appréciés. Le cinquième, invalide, fut remplacé par un sobrero de Criado qui s’abîma  l’avant gauche, au grand dam de son maestro.
     Mansos à divers degré face au cheval, chargeant à mi-hauteur, topando, les miuras ont fait illusion en venant de loin. Aux troisième tiers, des regards de travers, des coups de freins intempestifs ou de tristes charges en crabe. En un mot, rien à se mettre sous la muleta. Fernandez Meca essaya de faire passer le maigrichon premier et faillit bien réussir a enchaîner trois passes face au géant quatrième. Le public s’impatienta, à tort. Meca tua vite et se montra torero. En un mot … "cumplio".Malchance pour Garcia qui essaya d’imposer au deuxième la faena standard . La tauromachie et la lidia ne se cantonnent-elles donc qu’aux derechazos et naturelles ? Son désespoir s’accentuera en constatant la lésion du cinquième qu’il avait bien passé de cape et qui promettait quelque noblesse à la muleta. Le public lui interdit toute poursuite et le Jienense dut l’estoquer sans retard. Gomez Escorial voulut partir à portagaloya face au n° 24 qui s’était montré des plus vindicatifs, le matin, au sorteo. On saluera le geste du torero, mais la- aussi "el tiro le salio  por la culata", et le toro sortit sans prêter attention a la cape offerte. Gomen Escorial se montra toute la tarde désireux de bien faire, mais le résultat sera bien mièvre. On le vit bien vert face à deux bichos dont les idées étaient pour le moins, sombres. Cependant, la jeunesse et une certaine facilité à manier l’épée, malgré plusieurs entrées, lui permirent de sortir, à la fois vivant et digne.
     Malchance et mauvaise humeur ! "Demain sera un autre jour…",mais il ne sera pas télévisé. Il y a des jours comme ça!

 

ILLUSION, DESILLUSION

       17 juillet-Mont de Marsan-2ème de feria : Aller aux toros « con ilusion », c’est un peu, comme écrivait Jean Cau, « croire au père noël », tous les jours à cinq heures. Et en ce jour de grand bleu, la plaza entière, les toreros, et même les toros, affichaient cet espoir. 
      Six toros du « Torero » qui sortiront tous avec brio, pleins d’illusions !!! En les regardant mieux, après leur galop de sortie, on put constater une présentation disparate, tant côté volume que plumage. Mais qu’il soit moustique comme le premier ou éléphant comme le quatrième, le toro a « le poids de ses idées » et, ce jour, certains des Salvador Domecq firent le poids, tant leurs idées étaient sombres, ou pour les moins troubles. Faisant illusion dans des premières piques musclées, les Domecq montrèrent deux comportements bien distincts : soit collant dangereux comme le premier, collant marcheur comme le quatrième; soit noblotes mais fades et sans personnalité comme les deux de Tomas, virant vite à l'éteint troisième qui échut à Jalabert. La désillusion se complètera avec un sixième à la vue un peu basse.
      Joselito revenait à Mont de Marsan qui lui fit ovation. Son premier, "peu de chose" peut-être pas assez piquée, se révéla un sale moustique, collant l'homme, retournant sec, accrochant tout de ses mauvaises intentions. Le torero, pourtant méfiant, se fit percuter sur un retour, et salement fouiller au sol. Groggy, grimaçant de douleur, se plaignant de la hanche, José tarda à revenir ne tuant d'une entière qu'au troisième effort. Cabochard et courageux, Joselito demeura en la plaza jusqu'à la fin de contrat, entendez par-là, après avoir lidié le quatrième, un gros tonton qui fit illusion, l'espace d'un premier tiers brillant dont le vieux picador Emiliano Sanchez sortit fortement ovationné. Joselito brinda à tous, mais se "cassa les illusions" et les dents sur un vilain gazapon qui ne cessa de marcher sur lui, accrochant le tissus, bousculant le torero en de dures bourrades. Ecœuré, visiblement diminué, le Madrilène en termina en deux temps, avant de partir vers l'infirmerie où on diagnostiqua quelques problèmes du coté sacrum en attente de confirmation par les spécialistes. 

      José Tomas à coupé la première oreille de la feria. Ce José Tomas 2000 surprend par un toreo de plus en plus intériorisé, qui porte sur le toro,  mais encore plus sur un public qui n'attend que cela. Brillant au capote Tomas trouva un premier adversaire noble et soso qu'il toréa très léger, au début, avant de l'amener à son "toreo", c'est à dire au coup par coup, cité à bout portant, arrachant des passes courtes mais intenses. Plusieurs naturelles provoquèrent l'admiration, comme les pechos de libération. Quelques malonetines allegrant le tout, et une entière en arrière, libérèrent une oreille et 'l'illusion' de tout un public. Mais qu'aurait donc donné ce toro si on lui avait donné la distance? Le rouquin cinquième se révéla noble, mais soso et faiblard, au point que la recette José Tomas se noya dans la grisaille et le silence…la désillusion ! Ovation après une mort en trois temps.

      On saluera l’alégria de Juan Bautista dans son capeo premier, tant à la réception que dans ses quites. Malheureusement, le Français touchera deux os, l’un mou, toréé sans illusion, et l’autre, dur, mal embouché, plein d’épines qui lui arrachèrent la muleta à plusieurs reprises. Le public salua pourtant la grande bonne volonté du français qui fut invité à donner une vuelta après avoir convenablement estoqué le troisième.
      Ainsi traîna en longueur cette chronique, commencée "con ilusion" et terminée, comme la corrida du jour,  deuxième de feria, dans un certain désenchantement. Mais peu importe, demain, à la même heure, les aficionados "attendront encore le père Noël"…avec la même illusion!!!

 

" QUE DU BLEU, EN DEMIE-TEINTE !! "

      18 juillet - Mont de Marsan-3ème de feria : Deux oreilles coupées, un toro brave, de grandes paires de banderilles, enfin de quoi se mettre sous la dent. Corrida courte, qui hésita un moment entre le triomphe et l’ennui, mais ne put totalement se décanter, soit par la faiblesse de quelques toros, soit par l’échec des hommes.
      Les Mari Carmen Camacho sont sortis très inégaux de stature, mais bien faits et armés pointus. Sortis galopeurs, sans grande fixité, ils se promenèrent beaucoup avant de prendre la cape. Au premier tiers, on notera la grande pique prise par le burraco deuxième, sous le fer du "Turuta"; grand moment traduisant toute la grandeur du toro bravo. Les autres firent leur devoir en une rencontre et terminèrent diversement aux muletas des trois maestros. On notera la noblesse du premier et du cinquième, les autres posant quelques problèmes qui ne semblaient pas insurmontables. 
     Tous trois vêtus d'azur et d'or, les trois toreros ont voulu, mais tous n'ont pas pu. La corrida se termina dans une anxiété raisonnable, du fait de la blessure dans le dos du Cordobés, pris et cherché au sol par le sixième, qu'il amenait au cheval. El Cordobes est actuellement "entre deux eaux" et la malchance s'est encore abattue sur lui, sans trop de gravité, heureusement.      

     Enrique Ponce a enfin pu s'exprimer à Mont de Marsan. Dire son élégance n'est que platitude. Ponce à été torero et grand professionnel face à son premier qu'il toréa parfait à droite, avant de subir un premier échec sur la main gauche. Le valenciano revint corriger les défauts constatés, et réussit son examen avec mention sur quatre naturelles clôturées d'un grand pecho. Le public ne s'y trompa nullement, exigeant une oreille après une entière ladeadita d'effet un peu long. Le quatrième fit une demie vuelta de campana bruyante au sortir de la pique, avec pour conséquences de chuter, ou de se défendre sur place. Ponce ne put que se rendre à l’évidence, tuant d’une demie.

       Manolo Caballero connut de bons moments au cours de la tarde, mais nous semble très loin de la grande forme. Gêné par son premier, où il ne trouva ni distance ni tempo, il entendit une ovation, quand le Caballero 99 aurait triomphé. Le beau cinquième lui permit de se relâcher un peu, tant au capote, dans un quite par chicuelinas clôturé en trois reboleras enchaînées, qu’à la muleta, en une longue faena, dont le presque-sommet fut une série de naturelles, liées et puissantes. La faena, qui se termina sur une bilbaina spectaculaire, connut pour conclusion l’estocade habituelle de Caballero, bien poussée, tendue. Oreille et vuelta, presque aussi longue que la faena.
      EL Cordobes gesticula, batailla, avec cape et muleta. On retiendra le remate, à la réception de son premier, qui provoqua un dur batacazo du piquero. Faena hargneuse, la muleta souvent accrochée, parsemée de grimaces "benitesques". Silence, après une épée de côté. On a parlé de l’accident arrivé face au sixième. Resté dans le ruedo, Manuel Diaz se battit, un peu brouillon, mais le public, déjà, ressassait sa déception. 
     Dans les cuadrillas, on aura noté les banderilles de Maiano De La Vina, Antonio Tejero, El Pere, Pepin Pena, Carretero, entre autres.
      Une troisième corrida qui à connu de bons moments, mais qui, malheureusement, ne permet pas de dire que la feria a enfin décollé. Peut-être ce mercredi, avec les toros du Torreon, et un gros cartel où Morante de la Puebla et El Juli seront accompagnés de Miguel Abellan, qui a décidé de toréer, malgré l'avis contraire des médecins. Décidément, ces toreros sont faits d'un autre bois...

 
BAYONNE, NOVILLADA DU 14 JUILLET REPORTEE 

     La novillada prévue initialement  le 14 juillet à Bayonne est reportée au vendredi 4 août à 20 heures. La placa sera vêtue de rouge et blanc puisqu'elle se déroulera à l'occasion des fêtes de Bayonne. Souhaitons à Sébastien Castella et Javier Castaño un vrai temps d'août ....

 
EN BREF

      Grave cornada lors de la corrida inaugurale des nouvelles arènes de Bambamarca (nord du Perou) pour le mexicain Carlos Ortega : veines saphènes et fémorales sectionnées . Trois  transfusions et une opération pratiquée pendant deux heures et demie ont permit de stabiliser l'état du torero.
     Espla sera forfait pour Valence et Tyrosse. Il sera remplacé par Meca à Tyrosse et Higares ou Meca également à Valence.

 

"SOLEIL D'AUSTERLITZ" POUR EL JULI 

    19 juillet-Mont de Marsan-4ème de feria : «Etre ganadero est une toute autre vie, mais qui me rend très heureux. Cependant je ne peux m’empêcher d’élever les toros en pensant «en torero», de les voir avec «un œil de torero», avec l’espoir qu’ils brilleront et permettront, à leur matador, une grande faena. Pour ma part, je n’aurais pas pris le n°119, mais il a été choisi par les organisateurs, et je n’ai rien à dire. Mais, comme le lot vient de 6 toros, et non de 7, je sais que les professionnels feront la grimace, n’ayant pas le recours de le laisser en sobrero…

        Ainsi s’exprimait Cesar Rincon, au matin de cette 4°corrida d’une feria qui, jusqu’ici, louvoyait entre gris clair et gris foncé. Même s’il peut avoir quelques motifs de satisfaction, le matador-ganadero n’aura guère fait mieux que ses collègues : corrida très inégale de présentation, 4° et 5° se sauvant par leur poids et leurs armures.
Malheureusement plusieurs pitones astillados soulevèrent les protestations, au point que le sixième dut être renvoyé. Sortis allègres, les Torreon firent leur devoir, court, au cheval, et manifestèrent, pour trois d’entre eux, une noblesse un peu fade. Le fameux 119, armé playero, serra fort a droite au début, mais tomba sur plus encasté et plus malin que lui. En sixième, sortit le sobrero de Martin Arranz, imposant de corps, d’armure et d’esprit, qui manifesta une certaine violence dans ses charges, pourtant retenues par quelques actes de faiblesse.
      Morante de la Puebla a aujourd’hui perdu deux à trois oreilles. Ses véroniques au premier soulevèrent des soupirs d’ aise, et le public apprécia une faena un peu rapide, sur deux mains, empreinte de chic, face à un toro noblote, un peu collant. Jouant sur cette charge, Morante cita quatre fois au recibir, en vain. Hélas, suivirent, au volapie, 3 pinchazos et une entière qui provoquèrent ovation et regrets. Par contre, « faena grande » face au rouquin quatrième, armé fin, auquel Morante servit le toreo qu’il ressent, «erguida la planta», toréant relâché, avec profondeur et cette plastique très spéciale qui fleure bon la Giralda. La faena alla crescendo vers un final triomphal. Hélas, le matador se trompa, citant au recibir ce toro qui ne voulait plus charger. Le final, encore une fois, fut laborieux, et le Morante dut redescendre de son nuage, une partie du public refusant même de lui laisser donner une vuelta que l'ensemble de sa prestation méritait amplement.
      Miguel Abellan arrivait, secoué, de Barcelone. On pourra penser que sa pâle sortie face au deuxième en est la raison. De fait, son toro, très quedado, pensait beaucoup avant de déclencher quelques demi-charges, et le madrilène opta pour en terminer vite et bien, dans le silence. Le cinquième lui permit une faena laborieuse, honnête, mais sans étincelle, où  le torero visa quantité au lieu de qualité, enchaînant les suertes et variant les sorties. Propre mais sans grande saveur. Cependant, comme l'épée, après deux ébauches de recibir, fut habile, le public, jusqu'alors déçu, demanda à petits cris, une oreille.
     "El Juli est un malin, peut-être, mais nul ne peut lui nier caste et toreria. Il sent le toro, il l'affronte sincèrement, y ajoute technique et vibration, et finit par convaincre "toro et public"... Julian Lopez "s'est envoyé le N° 119", facilement,  malgré les avertissements à droite du toro,  largement armée. Bandérillant vibrant, utilisant le toque autoritaire, traçant la voie, le garçon finit par convaincre le retors et en fit un toutou. Pinchazo et grosse entière avec, hélas, un gros échec au descabello.

     Le sixième bis, gros méchant très armée, fut d'abord tutoyé dans un quite vistoso, puis trois fois trompé sur des paires de banderilles exaltées. Le Martin Arranz  planta ses cornes dans la rocaille, en début de faena, et chargea à contre-cœur, finissant parfois sur les rotules. Cela aurait pu s'arrêter là, c'était ne pas connaître la caste de ce "sacré" bout d'homme, qui charge quand les toros ne chargent pas. Le Juli se mit en colère et imposa à tous une séance de "si tu ne viens pas à Lagardère …" et le toro récita la suite, suivant la muleta jusqu'au dernier souffle qu'il laissa sous une entière poussé jusqu'aux doigts.
      Deux oreilles, chaude vuelta, et sortie à hombros, pour le petit général, dans un "soleil d'Austerlitz" soudain revenu sur Plumaçon.

 

VOILA POURQUOI NOUS SOMMES AFICIONADOS !

     20-juillet Mont de Marsan–5ème et dernière de Féria. Rarement, au cours des dernières années, dans cette plaza et dans d’autres, une corrida aura montré autant d’intensité, aura suscité pour tous autant d’émotions diverses, allant de la surprise à l’enthousiasme, du sursaut d’effroi à la panique, de l’approbation raisonnée à la plus profonde admiration. Rarement public, tous âges et toutes conditions confondus, aura vibré ensemble, communié à cette aventure presque barbare et pourtant si totalement humaine, qu’est une grande course de toros. Ce jour, dans le ruedo de Plumaçon, des taureaux et des hommes se sont rencontrés, qui, deux heures vingt durant, ont fait assaut de force, de courage, de noblesse et de rage, non pour le plaisir de quelques milliers de personnes, mais parce que le sort a voulu que se rencontrent ce jour, trois braves vêtus de lumières, accompagnés de leurs cuadrillas, et six toros appartenant à un sorcier qui a, encore une fois, souligné sa différence et cette spécificité : "Quand un Victorino sort mauvais, gare! mais quand il sort bon ! ! !"
      Six toros de Victorino Martin,