L'ACTUALITÉ TAURINE 
(août)

AOUT : LA GRANDE BATAILLE DES « CINQ MINISTRES »

     1er Août : Chaleur, routes encombrées, les kilomètres qui défilent dans la nuit, le sommeil qu’on ne trouve pas, le copain qui ronfle, l’autre qui… Odeurs diverses ! Les yeux bouffis, mais toujours impeccablement vêtu, et incroyablement disponible : Le mozo de espada.
     En ce mois de folie, où le matador va aligner 20 à 30 corridas, en  30 jours, il est le personnage-clef. Il est Ministre du transport (trajet – consommation/carburant – péages); Secrétaire d’Etat au tourisme (Réservations d’hôtel – répartition des chambres – bonne installation pour le repos de tous); Ministre du budget (Il fait les comptes, rassemble les factures, fait les avances, porte « la valise »); Secrétaire d’Etat aux "affaires sociales" (il s’occupe des bolletos de couverture sociale des professionnels pour chaque corrida); Ministre des relations extérieures et de la communication (il s’occupe des invitations, et là, c’est plus dur que de gérer Corses et Basques réunis).  Il est "cinq ministères" à la fois, et lui… « Il ferme sa gueule ! ». Professionnel avant tout, protégeant son matador avec passion, il veille à tout. Il « est » tout !
     Accessoirement, comme s’il avait un peu de temps devant lui, il nettoie les costumes du matador, prépare « la silla », va au sorteo, s’occupe des amis, manie aiguille et fer à repasser comme personne,  habille le torero, prépare les trastos, suit la prestation du maestro, encourage, prévient ses moindres demandes. Il torée avec lui… Il sourit d’un air entendu quand tout va bien, et quand ça coince, « pues…cara de circunstancias ! ». Alors, il fait un peu de communication et trouve toujours un ami pour l’épauler : « El toro no sirvio. Has visto el cabron ese ? ». Au retour, déshabiller le matador, trier les invités qui frappent à la porte d’un air important, comme si l’on attendait qu’eux, ranger, plier, ne rien oublier. Il sait tout, il est tout. Le téléphone qui sonne. Il répond tout en saluant celui qui rentre, et qui s’efface devant ceux qui sortent. Et en plus, c’est lui qui dit merci.
      De temps en temps, un sourire adorable, un joli minois, une croupe appétissante .. Aayyy ! Mais il faut être éduqué.. et ne pas oublier de mettre le traje al remojo », ou de préparer ce dernier fax. Bon ! l’ascenseur, « quatre par quatre », les escaliers, à toute vitesse… ou le contraire ! on ne sait plus. La facture totale à vérifier, on discute un peu…on règle, on embrasse tout le monde, on râle un peu après les retardataires… Un dernier bisou, et l’on s’en va. Ouf !
     Admirables mozos de espadas. Tous des types bien. Tous des professionnels, certes, mais des passionnés, qui vivent le toréo, partagent tout et savent, mieux que quiconque, « à une goutte de sueur près », l’état de leur maestro. Psychologues, ils préviennent le moindre « grain de sable dans le machine ». Et trente jours durant, dans ce mois d’août d’enfer, ils vont se multiplier, se mettre en quatre, se couper en huit… pour que tout aille bien. De temps en temps, ils dormiront. Leur récompense ? Un salaire au tarif syndical, qui n’a rien de ministériel , mais … la satisfaction d’être avec una figura, qui triomphe. Ils sont fiers, et ne laisseraient pas leur place pour ...un ministère.
     Il sont « toreros », et on les appelle « valet ». Mais, Dieu qu’on les aime ! A l’aube de cette grande course d’Août,  puisse ce modeste papier leur dire admiration et « mucha, mucha suerte ! »  pour tout ce qui les attend, eux, et tous leur protégés, sur les routes de France, de Navarre,  et dans ces « plazas de Dios », sur le coup de cinq heures du soir. Mais, eux, « Las cinco de la tarde », ils ne connaissent pas…. Vayan con Dios, caballeros !

 

EL JULI CLOTURE EN BEAUTE LA FERIA D’AZPEITIA

     1 Août :  La corrida d’Alcurrucen « a servi », mais on regrettera quelques têtes révisées, façon « jivaros », et des forces en pointillé. Finito n’a pu délivrer que quelques gouttes de son toreo, face au quatrième. Abellan a certes, coupé une oreille, mais sans pousser à fond l’accélérateur de la transmission.
     Et c’est encore une fois le Juli qui a animé, divisé, en un mot qui s’est montré en torero professionnel, qui essaie tout, réussit beaucoup et crée la polémique : Pour ou contre. C’est bien ainsi. Tout sauf l’indifférence, tout sauf ces faenas à pseudo triomphe, dont on ne se souvient plus, à la sortie de la plaza. Il a poussé les moteurs face à son premier, mais le « capitaine »  président à jugé la pression top faible, et de ce fait, refusa l’oreille que beaucoup demandaient. N’aime pas ça, le Julian ! Aussi, face au sixième, dernier de la feria, on poussa les feux au maximum, avec beaucoup de fumée, de coups de sirène. Et le président, seul maître à bord, après Dieu, n’eut d’autre solution que d’accorder la première oreille, celle du public, à laquelle il ajouta le seconde, en unanimité avec lui-même. Deux oreilles pour le Juli, et sortie a hombros sur les épaules de l’équipage. Bravo, moussaillon !
     Plus sérieusement, n’oubliez pas que vous pouvez suivre « par l’image », la temporada du Juli, au jour le jour, grâce aux photos, généreusement communiquées par son « public relations »,Alberto de Jesus.  Pour ce faire, allez à la rubrique « biographies » ; cliquez « el Juli », et en fin de page, allez visiter, soit son site personnel, soit la galerie-photos « el Juli – Temporada 2000 ».

 

CARTEL REFORME, POUR LA NOVILLADA DE BAYONNE.

    2 Août : Ainsi que l’on s’en doutait, le mano a mano Castella/Castano, prévu pour le 14 juillet, n’aura pas lieu. La guigne noire s’est abattue sur ce cartel. Tout d’abord, un jour de fête nationale dont les lampions détrempés se ballottent au gré du vent frisquet. Eteints, les lampions ; renvoyée la novillada. Mais, pour arriver au 4 Août, il aura fallu constater avec tristesse, la blessure/lésion de Javier Castano, en plaza de Valencia, et dimanche, la cornadita de Castella, à Hagetmau. Dans l’affaire, seuls restaient les novillos de San Martin.
     L’empresa bayonnaise a connecté tous les mobiles, branché tous les fax, et a décidé du cartel qui défilera, vendredi 4 Août, à 20 heures, dans le ruedo de Lachepaillet: Sebastian Castella, normalement remis, puis, à ses côtés, Luis Vital Procuna, le vibrant portugais, qui vient de couper une oreille aux Miuras d’Hagetmau. Le « troisième homme » sera Julien Lescarret, triomphateur de Garlin, face à d’excellents Juan Pedro Domecq. Depuis ce jour, on assistait à un forcing qui pose question : Julien Lescarret, face aux San Martin de Bayonne : une opportunité ou  « une étape trop vite brûlée » ?.
     Julien a triomphé, certes. Il a créé la surprise, certes. Les toros de Domecq étaient du meilleur tonneau, re-certes ! Cela veut il dire pour autant que le jeune novillero est soudain prêt pour les San Martin, qui seront d’un autre gabarit et d’un autre « caractère » ? On veut aider ce garçon ? Faut-il lui « offrir » cette épreuve nouvelle, ou essayer de valoriser son récent succès ? C’est une question. C’est un dilemme. Réponse, vendredi, par Julien lescarret, par les novillos, par le public. On ne peut que lui souhaiter grande chance, et un succès face à des encastés, qui doublerait sa mise. C’est tout le mal qu’on lui souhaite, mais ! ! ! 

 

BAYONNE « FAIT LA FETE » AVEC LES CEBADA

     2 Août : Gros week-end, à Bayonne, pour ses traditionnelles fêtes. Le « Roi Léon » a intérêt de s’arrimer bien la montera, dès le réveil. Jugez plutôt : Vendredi : Novillada ; Samedi : Caballos et rejoneo ; Dimanche : Corrida de Toros.
      Les Cebada Gago reviennent. Ils ont souvent brillé de mille feux, à Lachepaillet. On y aime leur présentation, souvent « multicolore », leur caste, et le jeu qu’ils donnent lorsque « noblesse se lie au caractère ». Pour en mieux juger, allez les voir dans la galerie-photos spéciale que nous mettons à votre disposition. Vous les verrez, au campo, puis dans la plaza. Face à ces bichos de renom, qui ont des choses à se faire pardonner, cette année, trois toreros, trois styles, trois sources d’intérêt pour l’Aficionado : Padilla, Antonio Ferrera, et Luisito . Un cartel sur lequel nous reviendrons, avant dimanche. Mais, pour cette corrida des fêtes, les vedettes seront vraiment… les Cebada.

Voir photos : Bayonne/Spécial Cebada Gago – 6 Août 2000

 

BAYONNE : ABRAHAM, POUR SEBASTIEN

       2 Août : On l’annonçait, sans trop y  croire : Sebastian Castella, à Bayonne, vendredi  soir, pour la novillada des fêtes. Tant physiquement que « politiquement », cette comparution semblait aléatoire, cinq jours après la cogida d’Hagetmau , et à 8 jours de l’alternative.
       Certes, la cornadita n’était pas grave, et l’on sait les toreros taillés de ce bois dont on fait les héros. Cependant, la blessure est là, qui tire, ankylose la jambe, retarde les réflexes. De même le choc traumatique que représente tout accident, et qui nécéssite quelque repos. Lorsque l’on sait que les San Martin sont des toros encastés, avec la qualité en plus, cela impose un 100% de potentiel physique, moral et technique. Quand, par ailleurs, on est à la porte d’une alternative importante, capitale, à laquelle on arrive dans des conditions relativement difficiles, le 12 août à Béziers, il semble judicieux  de prendre quelques précautions et de se donner le temps de bien affûter ses arguments. Sebastien n’a pas connu le crescendo souhaité après son magnifique début de temporada , au concours d’Illumbe, et malgré le opportunités offertes. Passer « au toro » lui offrira, en théorie, la possibilité de mieux exprimer talent et savoir. Certains le disent. On peut être sceptique. La corrida de Béziers, mais aussi les gros rendez-vous qui suivent, seront autant de challenges, pour ce garçon qui, à n’en pas douter, possède le « quelque chose en plus » qui fait la différence. Attendons.
       Sebastian Castella ne sera donc pas là, et le cartel reste définitivement remanié. C’est Abraham Barragan qui le remplacera, aux côtés de Luis Vital Procuna et Julien Lescarret. Torero fino , qui connaît parfois quelques difficultés à l’épée, le jeune a connu de bonnes sorties « dans le nord », en particulier lors de la novillada de San Fermin, à Pamplona.

 

TRIOMPHE DU JULI A LA CORUNA… ET SUSPENSION DISCUTABLE A LODOSA

       2 Août : Le Juli impressionne. Où s’arrêtera donc la cavalcade de ce garçon, qui, quelle que soit la plaza, sort chaque fois « à reventecalderas », conquiert le public et marque plus de buts qu’Anelka ?
       Attention, cette année, on ne peut plus parler de « surprise ». On ne peut plus parler d’enfant, de singe-savant. Par son entrain, par sa générosité, par son aficion/passion, le Juli est la bénédiction des empresas, et il vient de le démontrer encore une fois, en plaza de La Coruna, où l’épée l’a privé de quatre oreilles. Une, seulement de chacun des Algarra, avec un « tabac », monté devant le sixième. El Juli sera à suivre, particulièrement, au cours de ce mois d’août ultra chargé, où tout le monde l’attendra, avec passion, et « toutes les loupes » en batterie. Au cours de cette corrida, Finito se montra très volontaire, et Morante eut, encore une fois, le sort adverse, avec son lot. Il fut, cependant bien, sauf à l’épée.
       La meilleure !  Lodosa, petite bourgade navarraise, organise une feria de novilladas. L’autre jour, un novillo se coince la tête dans un burladero des corrales, et meurt là, étranglé. Triste sort !  Ce 2 Août, la novillada doit être suspendue… parce que le chirurgien n’est pas à son poste. Cela provoqua les mouvements que l’on devine, et le malheureux, arrivé une demie heure après, a bien failli en avaler son bistouri. Cocasse, mais nécéssaire.

 

MOIS D’AOUT: LE MARATHON DES TOREROS… ET DES AFICIONADOS

       3 Août : Un mois terrible : la chaleur, le monde sur les routes et un calendrier digne du compte à rebours de cap Kennedy. Abrutis de fatigue, les toreros vont courir la planète taurine dans tous les axes. Un course contre la montre, avec de « sacrés cols » où il faudra faire preuve de courage…et de fraîcheur.
      
En Espagne, une kyrielle de petites ferias, où l’on peut « respirer » en attendant la suite, sera le trait d’union entre d’autres ferias, plus huppées, et surtout les gros rendez-vous du mois, ceux qu’il ne faut pas manquer: Bilbao, San Sebastian, Malaga, Almeria, dans l’ordre décroissant. Mais, attention, de Huelva et ses caravelles d’or, à Linares la brûlante; de Huesca à Gijon ; de Vitoria et sa blanche Vierge à Tarazona, où jadis Ostos faillit bien mourir, les toros sortent, gros ou petits, aigus ou desmochados… mais ils sortent pour tuer. Ils blessent et tuent, parfois. Il n’y a pas de corrida mineure, et les toreros n’auront pas fini la lidia du jour, qu’ils penseront déjà aux combats du lendemain. Incroyable résistance, physique et morale, de ces hommes qui errent, au gré des vents taurins, mais que l’on veut, dispos et bien coiffés, au paseo, chaque jour, dans chaque plaza.
      
Huelva débute. La terre du Litri ! Linares termine. Sur son sable, une rose marque l’endroit où Manolete… Entre ces deux ferias, on parlera des « deux basques », traditionnelles, fortes : Bilbao et San Sebastian. Il y sort des toros-cathédrales, et si le public a un peu changé, l’exigence demeure, dans le mundillo, dans la presse. « Couper une oreille à Bilbao, Hombre ! ». Malaga et surtout Almeria, sont sérieuses, mais avec ces accents Andalous, où le toréo fleure bon le cante jondo, où l’on ne sait ce qu’il faut le plus admirer, le trincherazo du Morante, ou la cambrure de la petite gitane, là, dont les cheveux sont si noirs qu’ils en sont bleus, et les yeux si beaux…qu’on en a oublié le trincherazo du Morante ! Lui aussi, d’ailleurs. Ayyy !
       
Mais, Août, c’est la France. Avant, les toreros allaient presque s’y amuser. On prenait deux toritos à Bayonne ou à Dax, et on filait vite, gominé et parfumé d’importance, pour des bringues folles au casino de Biarritz, où, entre roulette et Tablao, on oubliait les pitones en admirant la cambrure de l’américaine de passage, qui n’était pas mal non plus…
      
Aujourd’hui, ça n’est plus la même chose. Pour les toreros, Août, c’est Dax, c’est Bayonne et Béziers. Attention., on n’y rigole pas . Depuis que ces satanés « Gabachs » se sont mis à être aficionados « de pro » et organiser leurs ferias, on les ne tient plus et, ce qu’il font étant important , (le soin qu’ils apportent au choix des toros, à leur présentation ; la qualité de leur public), eh bien…il faut être à la hauteur. Triompher à Dax ou à Beziers, couper des oreilles à Bayonne, c’est du sérieux, car elles y tombent mois facilement du palco que dans 80% des autres plazas de la planète.
      
Août est un mois-clef, de par ses difficultés naturelles, mais aussi parce que l’on y doit confirmer, à coups répétés, dans des plazas de renom, avec forte répercution médiatique, le bon moment, artistique ou technique, dans lequel on se trouve. Il n’en est pas toujours ainsi, et là, même si la gitanita est si belle « qu’elle force le respect », on souffre, on serre les dents, et on fuit les regards qui vous évitent. Les abrazos sont moins impétueux, et la muleta, plus lourde; la voiture n’avance pas, et cette chambre est décidément trop bruyante ; le col de la chemise serre de trop, et… « si je tenais celui qui a tiré le lot au sorteo… ». Trop chaud, trop froid, trop salé… tout y passe. Le marathon du mois d’Août devient alors… un enfer.
      
Pensez-y, vous qui sortirez d’un bon repas, irez aux arènes, et en sortirez droit…cap à l’apéro ! Ces hommes, qu’ils triomphent ou fracassent, sont admirables, et les 42 Kms de Sidney, dans un mois, c’est de la rigolade, à côté de « leur marathon ». Alors, applaudissez, sifflez, mais respectez… Ce qu’ils vont vivre, tous, est une épopée pour certains, une odyssée pour d’autres, mais c’est pour notre plaisir à tous.
       Que haya suerte « pa todos » !

 

POUR VOS REMPLACEMENTS…VICTOR PUERTO

       3 Août : Empresas, vous qui, dès janvier, avez pratiquement fait les cartels de vos ferias, avec autant d’imagination que les programmateurs de toutes les télévisions réunies, merci de vous pencher sur certains noms au cas où, malheureusement, un des titulaires « tomberait » de vos affiches, comme cela arrive chaque été.
      
Il a fait un début de saison tonitruant… mais on ne l’a pas pris. Or, il est un des « intéressants » du moment. Bon, il est moins beau, et tue moins rapidement que Caballero, mais… Son nom : Victor Puerto. Solide, imaginatif, animateur et torero batailleur, il connaît un grand moment, et serait  un poison digne de secouer un cartel de vedettes. Merci d’y penser, et face à n’importe quelle ganaderia.
      
Corridas dures, choix restreint. Le Zotoluco a surpris beaucoup de monde, à Pamplona, en partie, mais surtout à Valencia, avec les Victorino. Torero solide, volontaire, qui a besoin « d’ouvrir les horizons », Eulalio Lopez mérite d’être vu, d’autant qu’il amène avec lui, un des meilleurs picadores du moment : Efren Acosta, auteur d’une page d’anthologie, réunissant « Arte de bien picar , pundonor et toreria » lors de cette même course en la plaza de la Calle de Jativa .
      
Alors, tels des téléspectateurs qui paient la redevance, comme des moutons, alors qu’on leur balance, pour la 608ème fois un « gendarme » ou « Angélique » (Au moins, on pourrait, avec « les nouvelles techniques », nous mijoter un « Angélique et le gendarme ! ! »), les aficionados seraient heureux d’avoir quelques surprises, et de vérifier, or les pages des revues spécialisées, le bon moment de certains toreros.  Merci pour eux ! 

 

LE « GROS CASSE-TETE » DEBUTE AUJOURD’HUI, 4 AOUT

Tandis qu’en Espagne, tout est bien rangé, cadré, encadré, chez nous c’est la panique. Là-bas, feria de la Coruna, où hier, face à des Carrascosa faiblotes, Uceda Leal at Morante ont coupé une oreille ; là-bas, feria de Huelva avec une sortie à hombros générale face à des nobles de La Dehesilla, Ponce faisant la faena du jour, face à Jose Tomas et au « moussaillon », ex poulbot dutoreo, Julian Lopez « el Juli ». Là-bas, tout va bien.
       Chez nous, en particulier dans le Sud Ouest, le choix va être cornélien, et l’aficionado va se gratter la tête, comme devant un billet de loto, ou pire, devant son programme télé. Où aller ?
      
Ce vendredi 4 Août, c’est clair. On va à Bayonne. Novillada  de San Martin (Les Chafik ! Souvenez vous de Vic !) avec un cartel rénové, digne d’intérêt. Ce sera « la première manche », pour Julien Lescarret.  Pas de problème, ce sera Bayonne. Attention, 20 Heures. C’est bien , mais on va manquer « Thalassa » ! !
      
Samedi 5 Août, cela se complique bougrement. Cependant, le choix  est encore possible :
- Rejoneo à Bayonne. Cela devient une tradition et cet art très spécial a conquis ses lettres de noblesse, avec, de nos jours « Un homme et un cheval » : Don Pablo Hermoso de Mendoza et « Cagancho »
- Novillada del Sierro, en plaza de Parentis. Elle devient, elle, la pacifique au bord de son lac, une des plazitas les plus toristas des dernières années. Face à cette novillada forte : Jose Montes, Juan Jose Giron, à découvrir, aux côtés du cavalier Raul Martin Burgos.
- A Riscle, dans le Gers,  les amis de Julien Lescarret iront l’appuyer pour sa deuxième parution, en compagnie du Mexicain Bricio, et du Portugais Luis Vital Procuna. Les novillos seront de  Gracigrande.
       Dimanche 6 Août, c’est la folie totale, et l’on en veut aux organisateurs de ne pouvoir se mettre d’accord, tant, partout, l’intérêt est présent, et que choisir l’une des plazas sera toujours  « louper les autres » . C’est ainsi, prenez vos responsabilités. De toutes façons…il y a rien à la Télé !
- Bayonne
, corrida des fêtes : Des toros, les Cebada Gago, et de hommes : Padilla, le typhon de Jerez , Luisito, classique et sage, aux côtés des deux autres, et Antonio Ferrera, l’ex-ouragan d’extrémadure, qui vient de calmer son toreo au point de se transfigurer et ramener à lui des Aficionados  un peu surbookés. Son triomphe de Tyrosse  vient de confirmer ce grand retour, et le diestro voudra, à n’en pas douter, remater. Au programme: Portagayolas et banderilles, le tout dans la « chaude ambiance » des fêtes de Bayonne.
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A quelques kilomètres de là, Soustons . Cartel intéressant avec Richard Milian, Domingo Valderrema et Luis Miguel Encabo, face à des Cortijoliva. Sympa de retrouver ceux qui, à un moment, vous ont fait faire des kilomètres.
 
- Parentis donnera sa deuxième novillada. Là aussi, il y aura du monde au balcon. Que faire ? Les Escolar Gil seront… comme on les imagine, et l’on souhaite grande bonne chance à Grégoire Teulère, Fran Moreno et David Blazquez.
      Pendant ce temps, Palavas donnera corrida de toros, avec un cartel français: Frédéric Leal, Denis Loré et Toni Losada, face à des Villamarta, tandis qu’à Millas, un jolie novillada de Baltasar Iban sera lidiée par Abrham Barragan, Antonio de Mata, et Julien Lescarret, dont ce sera la troisième course, en trois jours. Espérons qu’outre les succès, le sympathique landais encaissera autre chose que « les gastos »…
     Pour ce week-end, un choix "cornes-élien"... C'était l'occasion ou jamais de le faire... Que haya suerte !

 

LES SAN MARTIN … « ENTRE NOUS » !

     4 août – Bayonne : Un crève-cœur pour tout organisateur normalement constitué. Où est l’Aficion ?  Certes, ce sont les fêtes de Bayonne, et l’heure (20 h) était plus propice à continuer l’apéro, débuté à 9 heures du matin , qu’à venir s’asseoir au tendido de Lachepaillet, d’autant qu’on y servit « beaucoup trop d’eau », à partir du quatrième novillo. On en connaît qui avaient rendez-vous au patio, avant la course, et qui ont dû tomber, en chemin, dans une bassine de sangria. Anecdote ! Mais sérieusement, où est l’Aficion ? Seulement là quand viennent se produire les « bonitos » ? Le but est-il donc seulement d’envahir le patio, avant la course pour, à grand coups de coudes, se frayer un chemin jusqu’au matador, le temps d’une photo ensemble… dont la moitié sera gachée ? Où est l’Aficion ?
     Vous l’aurez deviné, il y avait bien trop peu de monde à la novillada de Bayonne. On ne va pas épiloguer sur les causes. Elles sont diverses : Cartel changé ; l’heure ; le jour (les juilletistes partis, les aoûtiens pas encore arrivés) ; le temps ; les fêtes ;  la télé…. Tout est bon. Il n’y a pas de réelle aficion. C’est bien dommage, car les absents ont eu vraiment tort. Les novilleros et mayoral présents méritaient mieux que cette ovation que la maigre chambrée s’est débrouillée à rendre tonitruante, suite à un spectacle très intéressant offert par trois garçons sincères et talentueux, face à des novillos de respect et pleins de verve.
     On attendait les Santa Coloma de San Martin. On ne fut pas déçu. De la présence, dès la porte du toril ouverte, hauts, lourds, armés Santa Coloma, les novillos sortirent comme des fusées, fortement applaudis. Sans grandes fixité, corretones, ils ne permirent pas de grandes envolées lyriques avec le capote. Les piques furent chargées fort, en particulier par le premier. Cela se gâta un peu par la suite, souvent à cause de la maladresse des piqueros. Toros topones, qui font un peu « chanter les étriers », mais font leur devoir. Il y eut quelques génuflexions accidentelles à la sortie du cheval, mais qui ne se répétèrent pas. Le cinquième fut réellement manso, avec saut « aux yeux du piquero » et ruade à la sortie, avant de prendre cinq rations au fil de ses promenades intempestives, slalomant entre capes et coletudos. A la muleta, un lot magnifique de noblesse, celui de Barragan, quoique le quatrième débuta gazapon. Mais, quelle charge, quel temple ! Procuna vendit bien la marchandise face à l’encasté deuxième, mais ce fut une autre histoire avec le cinquième, manso con casta y mobilidad. Troisième noble, le sixième étant de fait le réel dangereux, parce que regardant sournoisement, par- dessous, à chaque passe, s’arrêtant à « mi-mollet », la corne en zig-zag..  En  un mot, un lot de novillos des plus intéressants, sans candeur, mais joliment toréable, pour quatre d’entre eux .
     Abraham Barragan, est un joli et fin torero. Elégant à la cape, il donna un joli quite, avec une demi extra, face au premier, et débuta fort par deux largas,  à genoux devant l’imposant quatrième. Première faena très propre, mais manquant un peu de transmission, face à un novillo « de dulce ». Tendance à jeter le toro « fuera » du muletazo. Heureusement, la deuxième partie sera plus centrée, notamment sur une excellente série, au ralenti, clôturée du énorme pase de pecho. Faena de menos a mas (como debe ser !) préparant l’épée en doblones très toreros. Hélas, deux vilaines piqûres précèderont une bonne épée concluante, et le succès se réduira à une chaude vuelta. Le quatrième s’améliora au fil des passes, et le torero débuta « large », resserrant peu à peu son toréo. Il y eut de très bons moments sur les deux côtés, hélas gâchés par trois désarmés. Epée un peu laborieuse et applaudissements. A revoir, et à suivre dans sa progression. Barragan, est un styliste qui peut fonctionner.
     Luis Vital Procuna est un «explosif » qui base tout sur la vitalité qu’il imprime à son toréo, la transmission avec le tendido et … des dons de « banderillero enorme ». Dans le callejon, l’accompagnait un torero retiré, comme lui portugais, un visage ami, un souvenir magnifique de nos ruedos, un regard et une sympathie ineffaçables, un banderillero « géant » : Victor Mendes. Devait avoir mal au dos, Victor, après tous les « vrais abrazos » reçus ce jour, de ses amis bayonnais ! Un Senor torero.  Professeur, manager, ami, le matador a pris le jeune sous son aile, et les résultats au deuxième tiers sont clairs : six paires de banderilles énormes, allant à mas, cadrant , s’enlevant, se cassant sur le morillo avec un temps d’arrêt, le temps de clouer fort, et sortant limpio de la réunion, terminant par un jugueteo musclé. Six paires.
      Le reste est plus « portugais » : Toreo athlétique, vibrant, un poil truqueur, mais qui communique bien avec le tendido. C’est très près du toro, ça ne conduit pas toujours, mais cela passe bien. Faena un peu embrouillée, mais convaincue. Pinchazo et grosse entière lui valurent la seule oreille de la tarde. Le cinquième fut « manso mobile ». Toro  et lidia difficiles, du fait de la grosse averse. Le public était tout entier réuni sous le tendido couvert, et il fallut s’accrocher pour le distraire. Demi réussite, un peu embrouillée, et bonne estocade. Ovation, et, en fin de course, la « Boïna de Honor », offerte au triomphateur  par la Pena Betisoak.
     Julien Lescarret « se sent torero ». Il «a  quelque chose », c’est incontestable. On le vit d’un calme remarquable face au noble premier. Cape en main, il avance la jambe, met la hanche, avec des remates de gusto. Le quite débute un peu bousculé, mais se termine en or, au point de gagner le trophée de la Pena Côte Basque. Faena dont la première partie sera d’une clarté, d’un calme et d’une plastique indéniables. Aux côtés du toreo fondamental, des adornos et des remates de bon goût. Faena un peu longue, par soif de toréer, terminée par de jolis enchaînements qui, à une heure ensoleillée, auraient donné de sacré photos. Arte. Pinchazo et entière qui roule le bicho, le garçon, modeste saluant, avant de donner la vuelta que le public demandait.
     Cela se compliqua face au sixième, réellement difficile, parce que très avisé, violent, regardant beaucoup le torero. Julien fit face, essaya de le toréer, et se fit rappeler à l’ordre, plusieurs fois. Bloqué, tête à mi hauteur, le bicho ferma la porte au moment de l’épée, et le torero passa « la San Quintin ». Normal.  Mais, chapeau pour ce garçon dont les réels progrès sont à saluer. L’attendent deux autres courses en deux jours. A suivre. Et surtout, n’allons pas le gâcher, comme d’autres !
     Samedi 5 août : Caballos et rejones. Dimanche : Les Cebadas Gago. Il y aura toujours autant de sangria, mais bien plus de monde dans les gradins. Ayyy ! Aficion !

 

CORUNA - HUELVA : SUCCES « TOREROS »

     4 Août :  Tandis que du côté de La Roda (Albacete), Cordobes, De Mora et Abellan coupent un sac d’oreilles à des toros de Roman Sorando, les ferias se poursuivent, plus sérieusement,  dans les ruedos du Coliseum Corunes et en plaza de Huelva.
     Faena de Joselito, avec deux oreilles d’un Zalduendo, tandis que Manzanares et Tomas coupent une. Jose  Tomas fit de grandes choses face au sixième, mais le président refusa la deuxième oreille. Mais…Une demi-arène, seulement, à la Coruna, pour ce cartel !
     Du côté de Huelva, les toros de Jose Ortega se sont montrés faibles, mais la surprise vint de Francisco Barroso, qui, en son temps, avait promis beaucoup, avec un toreo « ojedista ». Deux oreilles et vuelta, pour un renouveau, peut-être. Victor Puerto, solide, coupe un trophée, et Davila Miura touche les deux mauvais.

 

QUAND LE REJONEO FAIT LA FETE

     5 Août – Bayonne : Dans le toreo, le rejoneo est un monde à part. Pourtant, on y torée, on y cite, on y temple la charge du toro. Pas de capotes, pas de muleta, mais le corps, la queue d’un animal superbe, dont on ne sait trop s’il souffre ou s’il s’amuse de la proximité du toro. Le cheval de rejoneo est torero. Certes, le patron, là-haut, commande, avec les jambes et les éperons. Certes il mène les rennes. Mais le cheval « est torero » et le triomphe passe dans ses yeux, après un quiebro magistral, ou à la caresse amicale du cavalier, sous les ovations.
     Peu porté sur cette spécialité, on ne peut que ressentir des moments, des émotions. C’est l’essence-même de l’Aficion. A Bayonne, la corrida de rejoneo a toujours un franc succès. Cette édition 2000 ne va pas le démentir. Deux cavaliers et un mayoral a hombros, et le souvenir de folles virevoltes  et d’une «competencia » farouche entre les cavaliers : qui enchaînera le mieux, clouera le plus près, fera le meilleur quiebro ?
     A signaler le lot de Benitez Cubero et Maria Pallares. Formidable présentation et sorties impressionnantes . Certes, cela se gâta un peu par la suite, en particulier pour Martin Porras, mais on retiendra le lot de Leonardo Hernandez  et le cinquième que fit briller Pablo Hermoso de Mendoza. A signaler qu’à part quelque chute ou glissade accidentelles, les toros ne tombèrent pas… face aux cavaliers. Qu’un capote veuille les replacer, les « obligeant », les faisant un peu humilier, et patatras, tout le monde en bas. 

      Leonardo Hernandez est de la race des seigneurs. Son élégance naturelle le mène à un rejoneo d’école, classique, posé, seigneurial. C’est ce qu’il montra face à son premier qu’il tua « descordandolo », ce qui est un défaut, ou aussi le témoignage qu’il a tué droit. On lui accorda une oreille, promenée dignement . Par contre, sa fougue,  tout à coup surprenante,  lui a  valu d’emporter le public, avec, à la clef deux oreilles du quatrième, la lidia  se terminant en feu d’artifice.

      Pablo Hermoso de Mendoza sidère le monde  par cette espèce de communion totale avec ses chevaux, et ces coups de génie, comme cet arrêt soudain, à quelques mètres du toro, pour marquer au pas  la cadence du lent pasodoble. Chorégraphie parfaite et émotion garantie. Il coupa, de son premier, une oreille que personne ne demandait, car la lidia était partie fort avec un premier rejon « au quiebro », d’entrée, mais avait connu quelques baisses de tension. Le trophée fut protesté, et le cavalier donna la vuelta en maugréant des promesses de revanche. Celle-ci vint au cinquième où le cavalier sortit « toute l’artillerie », entendez le fameux "Cagancho", torerisimo, mais aussi "Chicuelo" avec lequel il dessina trois pas de valse consécutifs à la barbe (et aux cornes) du toro. Deux oreilles et la queue pour le Navarrais, et le public, aux anges.

     Martin Gonzalez Porras, au demeurant fort sympathique, n’a pas réussi son entrée. Certes , il ne fut pas gâté au sortéo, mais au côté des deux danseurs étoiles, il faisait un peu… « chanteur de rap, en mal de rimes ». Multipliant les galopades à vide et les « vous avez vu comme je suis bon ! », il a eu beaucoup de mal à convaincre le monde, et aurait intérêt à plus s’occuper de la lidia, que des clins d’œil, par trop appuyés, au tendido. Faisant exécuter à ses chevaux des tours de force et des acrobaties parfois discutables, il prédispose favorablement le public, qui déchante aussitôt, suite à un passage à faux ou une farpa tombée bien bas. De plus il bafouilla ses cours de descabello, et sortit, poliment applaudi, tandis que les deux ténors avaient droit à d’autres  honneurs. 
     Beau temps et presque deux tiers d’arène, le public sortant enchanté de cette « première des fêtes ».

 

ANTONIO FERRERA TRIOMPHE  « A TOUTE VAPEUR ».

     6 Août – Bayonne – Corrida des fêtes – Tarde agréable avec un poil de vent -  Trois gros quarts de plaza. Ambiance « des fêtes », sans les outrances passées, malgré les sempiternels braillards.
     Les toros de Cebada Gago ont déçu. Déçu par une présentation inégale, et parce que la corrida n’a pas servi, à divers degré, malgré quelques velléités à la pique. Le mauvais lot fut pour Padilla, qui eut en premier un champion du crochet du droit. Le Jerezano s’en défit avec l’approbation de tous. C’est bien ainsi, car autrement, Tyson n’avait qu’à bien se tenir ! !. Le quatrième est sorti « enterandose », « pensandolo », un cérébral, qui calculait ses angles et ses charges. Le typhon, en baisse d’intensité, semble t’il, essaya bien de lui faire tirer droite ligne, mais en vain. Le toro déclenchait à retardement, ce qui agaça tout le monde. Padilla, qui ne sortit pas, aujourd’hui, la Portagayola, mais surveilla avec attention celle tentée par son jeune camarade, a écouté le silence, pour deux actuaciones sans relief, même aux banderilles.

    Luisito a pris une terrible rouste par le dernier de la journée. Pris et repris, ballotté de corne en corne, le costume troué comme du gruyère, il est revenu et, dignement a estoqué son adversaire, donnant une vuelta, pour que tous puissent se convaincre qu’il était toujours entier. Pour un torero qui ne torée que peu, Ludovic s’en est bien sorti au troisième, reçu a portagayola, pour un capeo mouvementé. Le toro, flojito, donna une vuelta de campana, avant d’attaquer un  premier temps de brave. Toro qu’il fallait consentir, ce que réussit Luisito, en début de trasteo. Cela marcha moins bien ensuite, et le français se gagna l’ovation pour une estocade correcte, portée avec facilité. Le sixième était un gros méchant qui fit voler en éclat la demi-tonne de picador, avant de prendre trois rations de fer supplémentaires. Encasté, listo et brutal, le toro prit vite l’ascendant sur l’homme et cela se termina en drame. Le torero souffre d’une lésion au dos et un puntazo, presque rien, en comparaison de ce qui aurait pu se passer.

      « Tu verras, il a changé… » Bon ! on vous croit, monsieur l’apoderado. Mais pas aujourd’hui ! Demain peut-être. Antonio Ferrera a coupé deux oreilles, presque trois. Il les a coupées avec cet entrain, avec ce dynamisme, avec cette furie, qui séduisent la grande foule, et en laissent d’autre perplexes. Malin en diable, il connaît tous les rouages  de la transmission au tendido, et comme, par ailleurs, il a d’excellents moments, le tout est bien vendu, empaqueté de fluo, et c’est ainsi que l’on sort a hombros. Sympathique et efficace.
    D’excellents moments, il y en eut : au capote dans sa réception au deuxième, le remate étant de première. Aux banderilles, avec saut avant et après la réunion, le tout agrémenté d’un saut de barrière qui, s’il n’y prend garde, va le faire atterrir, un de ces jours, sur les genoux d’une jolie dame de la barrera, ou même de la contrabarrera. Impressionnant ! Quiebro efficace et spectaculaire eu cinquième, le torero s’autorisant une vuelta al ruedo. 

      Le deuxième était peut-être le meilleur de la journée. Ferrera l’attaqua au centre par deux « changés dans le dos » suivis d’un première série de derechazos, magnifiques de calme, de templé, muleta devant, captant le toro et le tirant loin derrière, sans forcer la figure. Il voulut continuer ainsi, mais « las cosas se torcieron »,  les « choses se tordirent ».. .et lui aussi. Les séries suivantes virent le corps se casser, un peu brutalement, avec cependant quelque volonté de se redresser, mais le toro ne le permit plus. Faena enlevée, vibrante, terminée par un gros coup d’épée, précédé d’un « esta muerto, senores ! », tout à fait convaincu et convainquant. Mort rapide du toro, oreille et pétition de la deuxième. Deux vueltas. Bueno. Le salinero cinquième ne se laissa pas toréer de cape, arrivant au pas, sortant à l’envers du capotazo. Pouah ! Toro que l’on n’a pas trop piqué, mais qui arrive gazapon en début de troisième tiers. Il ne laissera pas Ferrera en paix, marchant sur lui, l’obligeant à se replacer. Quand enfin il se calma, ce fut pour s’arrêter totalement. La faena, brindée au président de sa pena, se termina par une entière « para Bayona », un poil de côté, mais portée avec foi. Descabello et, on dira… « enthousiasme débordant » du torero qui coupe sa deuxième oreille et sort en triomphe.

 

DIMANCHE DANS LES RUEDOS : CEST AU PUERTO QU’IL FALLAIT ETRE

     6 Août : Le nombre des spectacles va augmentant, pour atteindre son zénith au soir du 15 août. Bien entendu, il ne peut être question ici de détailler chaque corrida, dans chaque pueblo. On fera allusion aux faits marquants de la journée, soulignant quels en ont été les protagonistes.
     PUERTO SANTA MARIA a vu la corrida du jour. Plaza presque pleine et beaucoup de vent pour une corrida de Jandilla, bien présentée, qui ne tomba pas et donna du jeu. Joselito est resté conservateur, écoutant deux ovations. Qu’on est bien , à l’ombre du « grand frisé ». Le frisé en question a pour nom Jose Tomas. Malgré le vent, le torero a été « énorme », allant toréer au centre et émerveillant les aficionados. Quatre oreilles !
      Morante revient bien, et a bien failli le suivre à hombros. De très bonnes choses, mais hélas, le descabello au dernier, lui fermera la porte. Oreille et vuelta.
     MADRID : Gros succès du vénézuelien Leonardo Benitez, en plaza de las Ventas, face à une corrida de Criado Holgado, sérieuse et mansa. Fernandez Meca cumplio avec dignité, tuant très bien le quatrième et Ricardo Ortiz confirma alternative.
     VITORIA : Les vrais grands Cebada Gago, bien présentés, encastés au point de faire la loi, sont sortis pour la deuxième de feria de la Virgen Blanca. La terna s’est battue, mais n’a pas pu. Honneur aux guerriers vaincus : Zotoluco, Jose Ignacio Ramos (vuelta eu 5ème) et Marquitos.
     BARCELONA : un saldo de ganaderias salmantinas et quelques détails de Frascuelo, l’ancien, et de Pauloba. A cheval, Martin Gonzalez Porras n’a pas retrouvé ses rimes. Deux avis.
     LA CORUNA : Triomphe du Fandi devant une sérieuse corrida de Sanchez Ybarguen. Deux oreilles pour le granadino,  tandis qu’Espla et Fundi en  coupent une chacun. La feria se termine dans une mauvaise ambiance, le nouvel empresario, Carlos Zuniga, étant pris à parti par les supporters de l’ancienne Empresa, salement débarquée, il y a peu. Zuniga, qui voulait tout casser, en est quite pour faire le dos rond et casser sa tirelire. Grand bain en bordure d’Atlantique.
     PONTEVEDRA : Le Juli continue sa marche tonitruante : Trois oreilles, tandis que Ponce et De Mora sortent à vide. Corrida de Alcurrucen dont on a l’impression qu’ils ont 80 lots, cette année.
     MARBELLA : Imaginez un peu : Julio Aparicio a coupé une oreille. Javier Conde fit de même, a des toros de Manuel Alvarez. Emilio Munoz complétait  un joli cartel de caractériels.
     SOTO DEL REAL (Madrid)  Triomphe du petit aragonais Jesus Millan (à suivre) coupant trois oreilles à des Julio de la Puerta, tandis que Javier Vazquez l’accompagnait à hombros, avec deux trophées.
     A Santiago de la Ribera,  près de Murcia, Liria et Mondejar ont coupé chacun « quatre et un rabo » à des Jose Luis Pereda. Victor Puerto et Ruiz Manuel sont sortis a hombros à Berja (Almeria), devant des toros de Jodar de Ruchena. Gros succès du mexicain Ignacio Garibay (à suivre) en plaza de Pedro Munoz : trois oreilles et une queue , devant Rivera Ordonez qui coupe trois et Caballero, deux. On donna la vuelta al ruedo à deux des six Torrestrella. Et là-bas, à Torrejoncillo, en Extrémadure, le matador Bayono/hendayais Rafael Canada a coupé deux oreilles au dernier toro de Manuel Izquierdo, accompagnant a hombros son collègue Alberto Manuel.

 

LE DIMANCHE TRICOLORE, EN DEMIE-TEINTE  

     6 août – SOUSTONS : Corrida de trois et trois ! Cortijoliva sérieux, et Fraile, un peu moins, accompagnés d’un novillo de Fano pour le cavalier en plaza  Rafi Durand qui fut le triomphateur du jour. Richard Milian anima tant que les toros durèrent. Valderrama fit dans le spectaculaire, au cinquième. Luis Miguel Encabo se montra torero vaillant, possédant métier. Trois quarts de plaza.
     PARENTIS : Deuxième novillada, les Escolar Gil sortant forts et intéressants. Succès de David Blazquez, tandis que le Français Grégoire Teulère s‘en sort bien. Cornada  de trois trajets, mais sans grande gravité pour le péon Juan Carlos Ruiz.
     Samedi, pour la première, les novillos del Sierro, bien présentés mais faibles. Triomphe de Jose Montes qui sort avec deux oreilles.
     MILLAS : On attendait les novillos de Baltasar Iban. Il sont sortis, bien présentés et, dit-on, d’une noblesse très encastée, pour quatre d’entre eux. Cornada pour Antonio de la Mata et la novillada devient un mano a mano. Grand succès pour Abraham Barragan qui ne coupe qu’une oreille, à cause de l’épée, mais a survolé la course. Julien Lescarret, comme il était prévisible, a énormément souffert. La veille, cela avait déjà été dur dur, à Riscle.  Comme on le disait ici, il y a peu, on ne peut passer du vert au bleu ciel, comme cela ! on ne peut passer… de rien, à trois novilladas en trois jours. Chaque toro combattu, même du dulce, enlèvera un peu de force, d’influx nerveux et de lucidité. Résultat, on court, ou on prend un coup de corne. Félicitations à ceux qui ont eu la riche idée d’ainsi exploiter la bonne sortie de Garlin, et à ceux qui l’ont incitée. Maintenant, on reprend tout à zéro, et le garçon se rappellera «qu’on ne rêve pas le toreo »…
     PALAVAS : Bon succès des matadors français face à des Marquis de Villamarta . Denis Loré et Toni Losada coupent un trophée chaque fois, et Frédéric Leal, une oreille du cinquième.

 

LE PRIX A PAYER POUR UN BOUT DE GLOIRE

     7 Août – Madrid : Chaque année, dans une de ces « plazas de Dios », une spectatrice d’exception, aficionada à ses heures, rôde dans les callejons, le regard acéré, les gestes vaporeux. Sous son manteau noir, elle cache sa faux. Personne ne la remarque, sauf peut-être quelque chat noir qui s’enfuit  à son approche. Elle ne dit rien , mais agit, soufflant des «conseils techniques » au toro ou novillo qui va sortir. On l’appelle « La Parque »…
     Dans le ruedo, personne n’y a pris garde, et le jeune torero, assoiffé de lumières, avide de cortijos, de mercédes, d’hôtels « quatre étoiles » , se lance au combat. Au moment où tout semble lui sourire, la Parque sort sa faux de sous son manteau. Un éclair brille, et la corne pénètre … Alors, elle s’efface, discrètement, mais reste là, tapie dans l’ombre, tandis que les hommes s’affolent, hurlent et pleurent. Adieu cortijos, mercedes ! on restera dans de tristes fondas…s’il s’en sort. Chaque année, il en est ainsi.
     Ce jour, près de Madrid, en plaza de Soto del Real, un novillo de Diego Garrido vient d’infliger une terrible cornada au jeune Jaime Reyes. L’accident s’est produit en début de faena, et la corne a pénétré de 14 cm dans la cuisse droite, faisant exploser l’artère fémorale, arrachant la veine parallèle, causant de terribles dégâts au niveau des muscles adducteurs. Pronostic : très grave. Une chance, on n’est pas loin de Madrid. A la clinique, on s’affaire. Les hommes en blanc et leur savoir sauveront, on l’espère, l’enfant. Sauveront-ils le torero ?
     En 1971, personne n’avait vu le manteau noir… Un éclair, soudain, et un torero Jose Mata, était parti.

 

LE CALIFA PASSE A L’ATTAQUE…

     7 août – Vitoria. : Certains avaient eu quelques doutes, après la corrida télévisée de Santander. Le Califa… Bof ! Après quelques rounds d’observation, le torero a bien repris ses marques. Bien, samedi en plaza d’Alicante, Le Califa vient de sortir, clair triomphateur, de la troisième de la feria de la Virgen Blanca, à Vitoria. Corrida Puerto San Lorenzo, peu commode, qui met en échec Caballero et Abellan. Jose Pacheco sort avec les honneurs : Oreille et vuelta.
     A signaler, de même, un Ponce qui retrouve ses marques et Morante qui recommence à « tocar pelo ». Triomphe des deux, en plaza de Iscar, face à des Nunez del Cuvillo. Deux succès en deux jours pour le Morante de la Puebla. Le week-end qui vient sera important…

 

MADRID PREPARE SON AUTOMNE

     7 Août : La saison avance fort et Madrid pense déjà à sa Feria de Otono. Quatre corridas prévues avec de grandes rencontres, toreras et ganaderas. On parle d’un mano a mano Califa/Abellan avec un lot d’Alcurrucen. On murmure Espla et Zotoluco, pour la corrida de Victorino. Un « gros rendez-vous », pour le mexicain, qui entre temps, aura défilé à Las Ventas, le 15 Août.
     Les autres courses verront des Sanchez Ybarguen et Carmen Segovia. Bien entendu, l’empresa fera grande place aux triomphateurs de la dernière San Isidro : David Luguillano, Oscar Higares, Padilla… A suivre.

 

MORANTE, A LA LUMIERE DE LA VIERGE BLANCHE

     8 Août – Vitoria : On a noté, depuis quelque jours, les prémices d’un «grand réveil », celui de Morante de la Puebla. On ne refait pas l’Histoire, et l’on a eu maintes fois l’occasion , au cours des années, d’assister à des « bâches spectaculaires », qui voient le torero traîner comme un perdu, au fil des  corridas, à la recherche de son âme. Cela peut durer parfois longtemps. Puis un jour, un toro, une ambiance, un éclair nouveau dans les yeux…Le costume de lumières, qui pesait des tonnes, semble à nouveau, bien coller à la peau. C’est reparti. Alors, même le tirage au sort, qui s’y était mis aussi, recommence à sourire, et la malchance s’en va  voir ailleurs..

     Morante a débuté la saison en bolide. Mais un bolide de luxe. Son toreo de soie faisait l’unanimité, d’autant que l’épée se montrait catégorique. Puis, un sale coup de bazooka, un soir de Séville. La blessure qui fait mal, et fait réfléchir. On revient pour Madrid, la sans-gêne, la sans pitié. On fait des efforts surhumains pour rester là, faire le centimètre de plus, en avant, vers le toro. La tête veut, mais la jambe refuse. Madrid rigole et soupire : « Bah ! Un sevillano de plus, dont on nous avait dit…. ». Terrible. Depuis, le Morante allait, plaçait de bonnes choses, mais « sin redondear ». Printemps catastrophique au panneau d’affichage, mais pourtant admirable, au vu des efforts consentis. Un toro à Pamplona, l’actuacion de Mont de Marsan, entre autres, nous laissaient l’espoir. Le dernier week-end, avec l’air de Puerto Santa Maria, a fait « se déboucher le flacon ». Certes Tomas était resté sur son nuage, mais le Morante avait été bien.
      Ce 8 Août, Le Torero de la Puebla a été « muy bien » en plaza de Vitoria, coupant deux oreilles et surtout, toréant « como los angeles » le cinquième toro de Jose Luis Marca. Toréer comme les anges, cela paraît logique dans le cadre de la feria de la Virgen Blanca…
     Attention, tout n’est pas dit. Les quatre de Marca étaient de présentation aimable, et nobles. Mais trois triomphes consécutifs vous donnent des ailes, et le Morante va confirmer, là, dans très peu de temps, en une feria importante. C’est sûr, et c’est bien, car c’est là, tout près : Dax, Bayonne, Béziers…
     Dans la même corrida, tandis que le Sévillan faisait traîner sa muleta en de longues naturelles alanguies, dont certaines de face, le tout agrémenté de ces remates toreros, et ces adornos tout droit sortis de la Torre de Oro, El Juli a mis l’abondance, le toreo « cocotte minute » et un gros coup d’épée au sixième. Un oreille. De son côté, Pablo Hermoso de Mendoza  a fait toréer ses chevaux, face deux Murube, récoltant, bien sûr, un grand succès.

 

SEBASTIEN CASTELLA « SE DESPIDE »… SANS SPEEDER ! !

     8 Août – Chateaurenard :  Blessure, le 30 juillet…Alternative, le 12 Août : Un calendrier bien chargé pour le torero Français, qui a pris six Juan Pedro Domecq, ce jour en plaza de Châteaurenard. Lot intéressant, avec un « très bon » sixième, auquel on donna vuelta posthume. Sebastien Castella faisait ses adieux de novillero. Il fut, à son habitude : Joli, parfois magnifique, souvent en demi-teinte, ça qui peut être pesant dans une production en « unico espada ». Oreille des cinq et sixième, et « Tutti contenti ! ». Bon ! Attention, à partir de samedi, il va falloir appuyer à fond sur l’accélérateur.
     On sait que le calendrier du nouveau matador français est chargé, dès que les lampions de l’alternative se seront éteints : 12 Août :Béziers (Alternative) – 14: Beziers (répétition) – 17: Dax – 18: San Sebastian. Suerte, Matador !

 

BAYONNE…DIGNE D’UN OPERA !

     9 Août : Tandis que Dax prépare sa féria, sa concurrente du 15 Août, Bayonne, se prépare à trois jours d’émotion taurine, soulignée cette année d’originale façon par la soirée du 14 Août, par le « Don Juan » de Tavora, qui fait un tabac dans les grandes plazas du sud. L’espace d’un soir, on laissera de côté « sol y moscas », pour « parfums et crinolines ». Mais, les toros ne seront pas loin car, l’opéra lui-même, comporte une partie taurine, à laquelle apportera sa participation Javier Conde, mais, surtout, cette soirée sera enchâssée entre deux corridas  «de lujo » qui d’ores et déjà, font sourire les responsables de la taquilla…et on ne vous parle pas de la revente !
     13 Août : Ponce, Morante, Bautista. Un cartelazo, dans les circonstances actuelles, Ponce revenant bien, et étant le maître des lieux. Morante… voir deux articles plus haut. Juan Bautista, torero français entré dans la cour des grands, parce que « tombé », tout petit, dans le toreo. Face au trio des toros du PUERTO SAN LORENZO, dont on sait la présentation, la noblesse, souvent, à condition  qu’elles ne soient affublée d’un certaine faiblesse, parfois.
Voir Galerie photos : Bayonne – 13 Août – Toros du « Puerto San Lorenzo »

     15 Août : Là, on ne dit rien. Ou plutôt si : on dit Jose Tomas, un point, c’est tout ! Il sera encadré de Jodelito, qui se doit de redorer ici,  blason et lauriers ; et de Miguel Abellan, torero de la Casa Chopera, triomphateur de Madrid, qui, tel un jeune chien, va pousser les deux vedettes, dans leurs derniers retranchements. Dire MARTINEZ ELIZONDO … c’est dire poids, caste, noblesse Santa Coloma. Atarse bien los Machos, Toreros !
Voir Galerie photos : Bayonne – 15 Août – Toros de Martinez Elizondo.

 

PONCE ET CALIFA CLOTURENT EN BEAUTE UNE TERNE FERIA DE VITORIA

     9 Août – Vitoria : Le Pays Basque est triste. Lourde, la minute de silence qui ouvrit cette dernière corrida de la Virgen Blanca. La feria n’avait pas besoin de cela. Pour  une fois encore, le bilan sera des plus d écevants, de par le comportement des toros. Inquiétant ! Les ferias 2000 ont, toutes, plongé du nez et , à part Séville, (et Madrid, cas bien à part)  ont, toutes, fait leur deuil de la caste, de la race, voire même d’une présentation honorables.  Pamplona, Santander avaient tristement cheminé, en juillet. Ce mois d’août débute en vrille. Les grandes ferias du nord, dites « toristas » redoreront-elles le blason de la fiesta dite « brava » ? On peut se poser la question. Eso se va pabajo !
     Dernière de feria. Les quatre Nunez del Cuvillo sont d’une tristesse infinie. Seuls, en fin de corrida, deux sobreros , de Cayetano Munoz, sorti cinquième, et de Martin Arranz, clôturant corrida et feria, ont un peu réveillé le monde.
     Joselito erre dans les ruedos, à la recherche d’on ne sait quel avenir. Certes, il torée propre, mais sans âme, semblant « fonctionner », semblant s’ennuyer, plus encore qu’avant le 26 septembre 98. La critique commence à « bougonner sérieusement », et le public à gentiment s’impatienter. Joselito est-il capable d’un coup de rein ? Le veut-il ? Les futures productions « françaises » nous le diront, car ici, on attend du madrilène un comportement à la mesure de l’admiration qu’on lui porte. Il entendit deux silences, flêchés de quelques sifflets.
     Ponce, tout doucement, a repris ses marques, et tout simplement, affiche cette maturité, cette force que peu veulent bien lui reconnaître. Une oreille du cinquième, toréé juste, avec un brin de spectaculaire pour réveiller les gradins. Contrat rempli. Le « Califa » remplaçait Jose Mari Manzanares. Il a coupé, en fin de parcours sa deuxième oreille de la feria, pour une faena  où il a montré temple et lié, à une époque où le « de uno a uno » est de mise. Califa s’est mis dans le sitio où les toros chargent, terminant fort faena et feria. Plus que jamais, un torero à suivre.
     Exit Vitoria, dont les triomphateurs s’appellent Morante de la Puebla et El Califa. Côté toros, à part quelque Cebada Gago, le désert ! Demain : Illumbe, San Sebastian ! On a beau dire, « El Chofre » sonnait autrement ! Autres temps, autres mœurs ! Sous la verrière, digne du paquebot de « La croisière s’amuse », des hommes vêtus d’or, vont défiler avec au cœur la rage ou le doute, selon leur état d‘esprit actuel, mais tous avec la même question en tête : Un toro me permettra t’il de montrer ce que je vaux ? Dans les gradins vertigineux, l’aficionado se dira : « Combien vais-je devoir supporter de moruchos, avant de « voir quelque chose » ?

 

FERIA DE DAX : LE RENDEZ-VOUS DES EMOTIONS !

     10 Août - Dax : A l’ombre des grands arbres du Parc Théodore Denis, ils jouent aux boules… Ils jouent toute l’année. Retraités, curistes, rmistes, ils font assaut d’adresse, de rage de vaincre, mais aussi de convivialité, d’amitié. Si on doit « embrasser Fanny », tout le monde ira et enlèvera respectueusement sa casquette. C’est bien le moindre, devant une telle icône…Ils jouent, ils sont en paix, et on aime à les regarder.

     L’été arrive, et tout à coup, vers le 10 Août, ça ne loupe pas ! Les allées se peuplent d’une faune bizarre, bariolée, parfois vociférante, se pressant, l’air préoccupé, au pied du grand mur blanc qui décore le fond de jeu. Cette foule, on l’appelle : Les Aficionados… « Ils sont gentils, passent tout près, mais ne déplacent pas les boules, apprécient un joli coup, et sourient d’un air navré quand on a manqué un carreau. Certains ont un drôle d’accent. Pas vrai, monsieur Brun ? Ils vont se presser sur les gradins et à six heures pile, ça commence. De l’extérieur, on dirait que ça démarre toujours bien : de la musique, des bravos, des voix gaillardes qui « saluent les mules ». Sympa ! Après, ça se complique un peu. Cris, sifflets, énorme chahut. Mais souvent, aussi, des élans d’admiration, comme des vagues, Oooléééé ! Ca vous prend aux tripes ! De quoi louper tous ses tirs. Et ça dure bien deux heures, leur histoire. A la fin, des portes s’ouvrent, et au milieu, une, plus grande. Elle laisse le passage à une foule énervée qui porte sur les épaules un jeune homme bien habillé. Il a l’air fatigué, mais content. C’est un torero.  Son nom, on sait pas, mais on est content pour lui. « Bon, c’est pas tout ça, tu tires ou tu pointes ? ».

      Ils jouent aux boules. La feria, ils la connaissent de l’extérieur. Ils s’y préparent toute l’année : « Ne pas avoir l’air d’un couillon, quand passent les aficionados », leur montrer qu’au jeu de boules, on est, aussi, un maestro ; et ne pas prendre l’air méprisant, lorsqu’en sortant des arènes, c’est eux… qui les ont les boules !
     De toutes façons, ça dure pas longtemps : cinq jours. « Quoi ? Six, cette année ? Là, ce sera plus dur, mais ça fait rien. Après, en septembre, ils nous refont un tintamarre ! Deux jours… Ah, mais là, on s’en va. On peut pas jouer, avec leur raffut… La salsa, qu’ils appellent ça . Non, là c’est plus possible… Té, carreau ! Ooolééé ! ».
     Dax commence Samedi. Six corridas, cette année, et la grande revue d’effectifs. Toros et Toreros. Les glorieuses pages écrites par les Ojeda, Manzanares, Cano, Rincon, ne s’effaceront jamais. Cependant, depuis ces monstres, et les moments magiques que chacun  d’eux a distillés dans ce ruedo, l’escalafon s’est nivelé. Certes, ils est des Figuras, mais, il n’y a plus « le chouchou », celui qui provoquait « le runrun… » bien particulier, avant la course. Alors, les organisateurs doivent se creuser la tête, sortir les portables et les règles à calculer. Par ailleurs, il faut tenir compte des concurrents… Bayonne, San Sebastian, à moins de cent bornes. Dure alchimie ! Sacré casse tête ! Cela ne réussit pas mal, et la plaza résonne encore des échos de l’apothéose du 17 Août dernier, la corrida de Samuel, le rabo pour Enrique, la finesse et le recibir de Morante, les cites à vingt mètres d’Abellan.  Moment magique ! Les trois à hombros. Les boulistes en ont perdu le cochonnet. Dans la plaza, ravi, assommé d’émotion devant tant de beauté, de grandeur, le public ne pouvait se résoudre à quitter le tendido. La « Néhe » ne savait plus que jouer, ayant bissé tout son répertoire… La grande émotion !
      Ambiance et moments très particuliers que Dax sait vivre avec grandeur et sincérité. Nul doute qu’elle nous réserve, encore cette année, quelque chair de poule « bien taurine ». Le jeu consiste à deviner quand ? Le premier jour avec le Morante et Juli, à moins que Caballero, tout à coup, veuille bien enchaîner plus de quatre muletazos en baissant vraiment la main ? Le dimanche, avec les Pablo Romero ? Le lundi avec Le Cordobes, dont on n’oublie pas, ici, « la » faena  au Samuel Flores, peut-être la meilleure de sa vie ? Les Baltasar Iban ont toujours suscité l’événement, à Dax. Sera-ce donc le mardi ? Ou alors, et beaucoup le pensent : Ponce et les Samuel du 16 août… D’autres parient pour « le duo infernal » Joselito/Jose Tomas, le dernier jour, avec « le petit jeune », Sebastien Castella, à peine sorti de son alternative. Les paris sont ouverts…
     Tous les jours, un intérêt ; tous les jours, un point d’interrogation. Ajoutez à cela la corrida de rejoneo et le concours des novilladas non piquées… et pendant que les boulistes du parc « font des carreaux », Dax fait un carton ! ! !

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LES FERIAS « AIMABLES »… NE PAS S’Y TROMPER !

     10 Août : Dans le grand parcours qu’effectuent les vedettes de la toreria, il est des plazas et des ferias dites « mineures » qui font le lien entre des rendez-vous d’importance, en Espagne et en France. Certes, le toro y est peut-être plus réduit, (quoique..), mais surtout les résultats en sont moins porteurs que quelque odyssée d’apothéose à Bilbao, ou quelque soirée « de mille parfums » en plaza de Malaga. Mais attention, le public est là. Il paie ; il sait, à sa façon ; il exige. Par ailleurs, le toro sort pour combattre, avec son tempérament et ses cornes. Combien de carrières ou de saisons glorieuses se sont arrêtées pour s’être « déconcentré » en toréant dans « un pueblo » ? Ferias aimables, peut-être… mineures, en aucun cas.
     Huesca est une de ces ferias. Elle n’a pas grande force stratégique. Mais l’année dernière, par exemple, un toro y a coupé sec l’explosion de Padilla. Le public y est bruyant, mais il sait aimer ou râler. La première corrida a vu Enrique Ponce couper trois oreilles à des Ana Romero, tandis qu’Espartaco et Rivera Ordonez obtenaient un trophée.
     Près de Madrid, San Lorenzo del Escorial  a vu une corrida de remiendo, avec des Osborne, Algarra et Nunez del Cuvillo, qui composèrent un lot bien présenté (surprise !), au comportement exploitable pour qui voulait s’y mettre. Curro Vazquez venait de telonero, et fit son devoir, sans faire d’ombre aux copains. Joselito ne va pas… Le chroniqueur parle de « fuera de sitio ». Attendre, mais quoi ? Du coup, Jose Tomas se gagne toutes les faveurs, et coupe trois oreilles sans se défriser.
     On a aussi joué en nocturne ce  10 Août, à Palma de Mallorca. Cinq de Bernardino Piriz, qui tombent moins, et un Saboya . Un sac d’oreilles pour Finito, Abellan et « El Juli » qui sortent à hombros.
     A signaler par ailleurs que Victor Puerto continue sa récolte : Trois oreilles et une queue, en plaza de Socuellamos, face à des toros de Sanchez Arjona (vuelta au 2ème). Caballero coupa une et une, mais le triomphateur total de la journée  fut le Cordobes : quatre et un rabo. De quoi faire un bon ragoût !.

 

JOSE TOMAS « SE SENT POUSSER DES AILES »…

    10 Août : Devant le nombre de contrats signés et les distances à parcourir, Jose Tomas a décidé d’affréter un petit avion, durant les mois d’Août et Septembre. Il est vrai que, ne serait-ce que les prochains jours, le torero de Galapagar va enchaîner Gijon /Béziers/le Puerto/San Sebastian, puis Bayonne/Malaga/Dax .
     Rien de bien nouveau en cela, le Cordobes (père), en son temps (65/66), ayant fait de même, allant jusqu’à piloter lui-même, à la grande terreur de son confianza, Paco Ruiz .
     L’histoire ne dit cependant pas si Joselito fera partie des invités, et ne dit mot de l’apoderado commun, Enrique Martin Arranz, qui risque de devoir pousser loin, dans de longues chevauchée nocturnes, la complicité qui l’unit au madrilène. Par ailleurs, on sait l’aversion qu’ont les toreros, pour l’avion. Au fond, il est normal que dans le monde « du toro », on préfère le « plancher des vaches »….

 

TOMAS, JULI, CALIFA… LE CARTEL DU JOUR

     11 Août : Viennent de débuter les ferias de Gijon et Malaga, tandis que Huesca poursuit son chemin.
     A Gijon, face à quatre Marca, pour le moins discutables en présentation, et deux Zalduebdo, José Tomas a toréé longuement le troisième, coupant deux oreilles. Joselito « a été long », mais a obtenu un trophée. Manzanares a donné quelques bons détails.
     A Huesca, sous un ciel bien bas, les toros de Téofilo Segura ont été bien faibles. Morante « attend le soleil ». Le jeune Jesus Milian coupe un trophée, et gagne le poste de remplacement de Emilio Munoz, ce 12 août. Le triomphateur incontestable de la journée est le Juli, infatigable, spectaculaire, toréant long et templé. Oreille à chacun et une sortie a hombros de plus.
     Malaga, après l’incroyable feuilleton lié à la future gestion de la plaza, les cartels sont sortis une semaine avant l’ouverture de la Feria. Première corrida, devant ¼ de plaza. Ceci explique en partie cela…Toros bien présenté, racés et nobles de Guardiola. Espla « saupoudra » de bonnes choses. Ricado Ortiz fut vaillant, mais tua mal. Vuelta, face au cinquième, dont il reçut les 681 Kgs, a portagayola. Y olé ! Faena de mas a menos du Califa, au troisième, et « grosse oreille » du bon sixième qu’il toréa avec sincérité, tirant d’excellents muletazos et tuant bien. Califa continue sa route. Les moteurs sont chauds. Attention !.
     Blessure grave du mexicain Ignacio Garibay, par un toro de Saboya, en plaza de Villacanas, où Jose Luis Moreno est bien revenu, coupant une oreille, et Uceda Leal montra toute la qualité de son toreo : deux oreilles.
     Finale du concours de « novilladas » nocturnes de Madrid. Il y avait du monde ; les novillos de Casillon offraient des possibilités. La présidence a été très rigoureuse. Les novilleros se sont bien battus, mais ont beaucoup pinché. Triomphateur : Rafael de Julia, qui n’est plus un débutant. A lui la seule vuelta de la tarde/noche. Luis Vilches toucha le mauvais lot, et Leandro Marcos se montra long et piètre escrimeur.
     « Par chez nous », notre correspondant est rentré passablement fourbu et un brin dubitatif de laz novillada de Vic-Fezensac. Toros novillos de Barcial…Ca veut tout dire. Une bonne raison pour montrer intérêt et générosité à l’égard des novilleros qui se mettent devant. Public froid, et présidence sourde ont quelque peu gâché les efforts de Jose Montes, Ricardo Torres, très bien, et Luis Vital Procuna qui fit ce qu’il pouvait, en fonction de son bagage, face à des Arturo Cobaleda qui avaient déjà « tout lu ». Il ne faudrait pas se tromper. Vic, dure et exigeante pour la feria (quoique…), soit !  Mais après, on peut être à la fois, sérieux et généreux.
     Ce 12 Août, deux évènements : L’ouverture de la Feria de Dax, avec un cartelazo et, là-bas, du côté de Béziers, un jeune homme va s’habiller, pour la première fois, de « Matador de toros » : Sebastian Castella reçoit l’alternative. Suerte !

 

DAX ET BAYONNE… POUR « L’AVENIR DU PRESENT »…

     Titre biscornu, certes, mais qui essaie de dire… ce qu’il veut dire ! Les ferias sont montées, et tournent autour des mêmes noms : Figuras incontournables; Toreros « de la comarca », qui vont amener un peu de monde, et sur le nom desquels on pourra faire de la communication un peu démago sur le sujet « Vous voyez que nous, on aide les locaux ! » .. Bref, peu de surprise. A côté de cela, les novilladas rassemblent peu de monde et ne présentent que peu d’échos. Raison : Il est difficile « de sortir », à moins d’avoir un protecteur argenté, ou un énorme coup de chance, l’espace d’une tarde en plaza de Las Ventas, malgré froid, vent, ciment vide et toros …toros. 
     La France à le mérite de chercher et d’aider ceux qui sont … « le futur » de la fiesta présente. Que deux « grosses plazas », en situation de feria, présentent un concours de novilleros en non-piquées, avec du ganado de garantie, avec un public attentif et généreux, avec une répercussion médiatique importante, en dit long sur la qualité de cette zone aficionada.
     Depuis des années, Dax présente des matinées pleines de fraîcheur et de force, au point que la plaza enregistre des entrées magnifiques. Les novillotes de Baltasar Iban ont fait le succès de ces rencontres. Cette année, il y aura des « Maria Luisa » et des Sonia Gonzalez, jeune ganadera, fille de son père… Damaso.  Deux rencontres de compétition, les 13 et 14 Août, avec la finale, le 17. Paseo à 11h 15 – Prix réduits, et abonnements. Amenez, tous, vos mouchoirs blancs, propres, fraîchement repassés. C’est ainsi que vous aiderez le jury, parce que c’est ainsi, et seulement ainsi, que l’on demande les oreilles.
     A Bayonne, 13 et 15 Août, à 11h, ce sont les fameux novillos navarrais de Santafe Marton, qui arbitreront, de façon musclée, les deux rencontres, avant la finale du 3 septembre. Depuis plusieurs saisons, le public n’a cessé de croître sur les gradins, conquis par la qualité du ganado et la valeur de ces tout jeunes hommes, si fragiles et pourtant, déjà, si fièrement toreros.
     Dax et Bayonne…Bayonne et Dax. Concours des non-piquées ! Ne les manquez pas ! Une sacré leçon d’Aficion et une piste lancée à d’autres ténors de France, mais surtout d’Espagne. Imaginez Séville, dans les matins d’Avril…

 

L’OUVERTURE, A DAX : LES BOULES ! ! !

   12 août – Dax : Vraiment , on ne songeait pas, il y a deux jours, en présentant la feria, avoir à faire référence si tôt aux boulistes du Parc Théodore Denis (Voir éditorial – 10 Août).  Ils furent discrets en ce jour d’ouverture, car le parc était envahi d’attractions et de points de vente des plus sympathiques. Cependant, on ne peut s’empêcher de penser à eux, tant à la sortie, grande partie des protagonistes ne pouvait s’empêcher … d’avoir « les boules ! » Tant les Aficionados que les organisateurs, sans parler des toreros, en particulier le Juli, qui, pardonnez cette expression triviale, faillit bien… perdre les siennes .

    Corrida triste, sous un ciel menaçant percé de quelques rayons - Plaza pleine. Lot très discutable d’Alvaro Domecq, ganadero présent dans la plaza, mais qui a perdu, ce jour, le « Don ». Présentation « en échelle », allant du petit , bien fait, au gros lourdaud, vilain. Les armures de plusieurs toros ont été fortement protestées. Certaines de ces manifestations semblaient spontanées et justifiées, d’autres, beaucoup plus élaborées, sentaient « la cabale » ! Certes, plusieurs toros derrotèrent avec vacarme dans les chiqueros, avant de sortir, mais…ceci n’explique pas cela. Les toros sortirent fort, avant de manifester bravoure au cheval, hélas rapidement muselée par des forces limitées. Invalide le premier, accidenté le quatrième qui se démit « le poignet droit » au sortir d’un capotazo, et fut rentré. A la muleta, une noblesse décastée, emprunte de soseria, qui plongea la tarde dans un relatif ennui, heureusement de courte durée.  Un seul toro sortit fort et voulu se battre, le quatrième bis. Hélas, son matador  n’eut pas les mêmes velléités. Les boules…
    Manolo Caballero, aujourd’hui, n’essaya même pas de vendre sa marchandise. Des excuses devant le premier, le torero ne pouvant que constater la lamentable faiblesse du cornu. Aucun pardon devant le quatrième bis, sorti fort, au point de mettre l’albaceteno en échec, cape en main. Ce que voyant, Caballero autorisa une pique « très très lourde » de Martin del Olmo, que le toro prit bravement. A la muleta, le Domecq se montra vindicatif, et Emmanuel Chevalier ne voulut pas, ou ne put pas, le réduire, se laissant même aller à un mouvement d’humeur répréhensible, qui, en tennis, lui aurait valu une amende. L’épée étant souvent le reflet de la faena, Caballero picota, à la dégoûtée, plusieurs descabellos, sous une petite bordée de sifflets d’un public vraiment très gentil. Les boules ! Le meilleur de Caballero, ce jour : deux paires de banderilles de son troisième, Alcantud.
   Morante de la Puebla est en train « de revenir ». Il se sent torero, et le public réagit favorablement aux suertes dessinées par le sévillan, tant à la cape qu’à la muleta. Dessinées, pas encore sculptées ! Il n’aura pu s’exprimer que partiellement, ce jour, ces deux toros commençant allègres et tournant rapidement au mièvre. Restent dans la rétine plusieurs véroniques, un quite par chicuelinas, plusieurs droitières isolées, et, surtout un grosse estocade au cinquième qui, sans la mort lente du bicho, lui aurait peut-être valu de couper la première oreille de la féria. Grosse ovation, avec salut, à son premier. Le public lui offrit la vuelta, à la mort du cinquième, ce qu’il refusa poliment, parce que…les boules !

    « El Juli » a un début de mois d’août phénoménal, et quand les toros n’embistent pas, c’est lui qui fonce. Ce jour, cependant, cela n’a pas marché aussi bien, en particulier à la muleta. Mais, force est de reconnaître l’entrain, la vista, le courage et l’aficion de ce garçon qui, où qu’il se produise, veut « manger du toro ». A la veille de son « unico espada » à Marbella, il aurait pu « cumplir » et contourner joliment les obstacles d’une tarde qui coulait. Au contraire, il poussa les feux et faillit bien renverser la situation en sa faveur. Son premier fut très protesté pour  « astigordo ! ! » et le torero fit tout pour remonter la pente : Quite aérien dont la première passe vit la corne lui frôler la tête. Banderilles musclées et faena de muleta, parfois trop serrée, les séries se succédant, un peu embrouillées, mais vaillantes. Espadazo, après pinchazo, Ovation. Il reçut le fin et pointu sixième sans trop se méfier et, au troisième capotazo, la corne gauche le percuta, hachant, à travers le capote, la braguette du traje lilas et or. En parlant de boules…Ce fut juste ! Sans se regarder, le Juli attaqua au quite, aux banderilles, à la muleta, jusqu’à ce que le bicho se couche vilainement. Efforts vains, estocade et ovation de sortie.

   A la fin de la corrida, parmi les visages las des aficionados, celui d’un anglais, la moustache en bataille. Son impression ? … « The balls ! ! ! »…

 

UNE BONNE PREMIERE POUR CASTELLA

     12 août – Béziers (de notre correspondante) : Grand bleu et plaza llena pour l’alternative de l’enfant du Pays, Sebastien Castella. Ambiance d’attente et d’espoir en cette ville de Béziers qui voit éclore son premier matador de toros, 37ème français à atteindre ce titre. Les espoirs ont été comblés, le nouveau docteur coupant une oreille de chaque adversaire. Cependant, on regrettera la présentation très inégale des toros de Juan Pedro Domecq, et surtout, leur faiblesse.
     Sebastian Castella se montra calme et torero. Curieux, il ne brinda pas la mort de son toro d’alternative, peut-être par respect, du fait de la faiblesse du bicho… Faena douce et centrée bien conclue. Il fallut se battre plus avec le sixième et le torero fut encore à son affaire. Bonne estocade, deuxième oreille et triomphe pour le nouveau venu dans l’escalafon supérieur. Maintenant, il faut confirmer, et durer.
     Enrique Ponce toucha le mauvais lot. Il n’a pas triomphé, et il n’aime pas cela, surtout lors de ses confrontations avec Jose Tomas. Deux toros sans relief et un gros échec avec l’épée. Ponce sort à vide de Béziers, alors que les collègues ont coupé. A n’en pas douter, le Torero de Chiva  « se vengera »… à Bayonne et à Dax.
     Jose Tomas est arrivé, a regardé posément public et toro , a déplié sa muleta, s’est planté là, face à son premier, et lui a coupé deux oreilles, le public marchant à fond, malgré enganchones et manoletinas. Grosse entrée a matar , le toro tardant un peu à tomber. Le cinquième était un invalide et il fallut abréger. 

 

EN ESPAGNE: BLESSURE, ET PLAZAS A DEMI VIDES

     12 Août : Mi-vide ou mi-pleine ? Selon que l’on est optimiste ou son contraire, de bonne foi ou mal embouché, il est quand même difficile de traduire positivement les quarts ou demie entrées répercutées dans les résenas de 95% des corridas actuelles, en Ibérie, y compris dans les ferias, alors que la France enregistre des entrées impressionnantes. Malaga, Gijon, Huesca, malgré des cartels qui se tiennent, ont vu défiler des figuras, devant du ciment «aficionado fidèle»…Certes, Malaga attend les cartels forts, mais on pourrait parier que…
     A qui la faute ? Aux toreros, sans grandes personnalité, sans grande volonté de se « tirer la bourre » ? Aux toros, qui affichent sans vergogne descastamiento et flojedad, vibrant quelques minutes à coup d’EPO ? A la Télévision qui répercute mille tardes d’ennui, que l’on vit un peu mieux dans son fauteuil, un chivas à la main ? Allez savoir ? De todo un poco…
     12 Août : En plaza de Herrera del Duque, près de Badajoz, Luis Miguel Encabo se fait prendre en toréant son premier à la cape. Dure cogida et blessure grave avec deux trajectoires à la cuisse droite. Le toro était de José Vazquez, et la corrida vit le succès de Miguel Rodriguez.
     A Malaga, les toros de Jose Ortega sont sortis sérieux, mais en demi teinte. Zotoluco fut mal, malgré un début à genoux au premier, et une bonne série au quatre. Pire encore, David Luguillano, qui afficha beaucoup de crainte, face à ses deux opposants. Seul, Jose Luis Moreno  se mit en évidence dans la première moitié de sa faena eu troisième. Il y eut pétition de la majorité du « quart de plaza ». En vain. Le cordouan donna deux vueltas.
     A Gijon , les Maria Luis ont été au-dessus des toreros. Seul Uceda Leal toréa la sixième avec sa classe qu’il sait imprimer lorsque la confiance est au rendez-vous. Oreille
     A Huesca, Padilla a coupé un trophée, mais c’est le petit Jesus Millan qui triomphe, grâce à sa fraîcheur et sa vaillance. Les toros étaient de Javier Perez Tabernero, et la plaza était…mi-pleine, ou mi-vide… c’est selon.
     San Lorenzo del Escorial. Toros de Antonio San Roman, flojitos. Califa sèche au premier, et lie de bonnes naturelles au quatre. Oreille. Davila Miura ne passe pas la rampe. Triomphateur du jour, avec une prestation de qualité : Juan Bautista, qui coupe les deux oreilles du sixième, brindé a Julio Aparicio père. De bonne augure avant les prochains gros rendez-vous.
     Espartaco a coupé trois oreilles en plaza d’Almendralejo, tandis que Luis Reina, l’ « ex-torero sandwich » réapparaissait avec un trophée chaque fois. Curro ! ! pues….
     Du côté du Puerto Santa Maria, catastrophe signée Gabriel Rojas. Terciados et invalides, ils précipitèrent dans la tristesse Manzanares, Finito et Abellan, qui remplaçait Paula. On ne parlera pas de l’entrée.

 

13 AOUT : BAYONNE,  DAX …ET ROQUEFORT

     Deux corridas de feria  et une novillada sont au menu, en ce dimanche de pré-assomption. Puerto San Lorenzo à Bayonne, avec Ponce, Morante et Jalabert. Espoir, à condition que les toros tiennent debout. Ponce est chez lui , Morante, presque. Quant à Juan Bautista, on se doute bien que triompher ici est dans ses objectifs.
     Deuxième à Dax, avec les Pablo Romero rebaptisés Partido de Résina, ce qui, dans les Landes, est fort d’à propos. Clairement intéressants l’année dernière, c’est plus ténu en 2000. Pour le moment, l’un d’entre eux a déjà arraché un des arbres du corral. En face : Richard Milian, Padilla et Vicente Bejarano.
     Roquefort des Landes…Ayyyy ! Ici, tradition torista, avec, au fil des années, des novilladas de miedo. A en faire pâlir un Vicois. Cette année : présentation, des pattes et de la caste. Les San Martin, de Chafik, ont fait bonne impression, à Bayonne. Ils vont impressionner, tout court, à Roquefort. Suerte à tous les coletudos, en particulier  à Valentin Ruiz, Javier Valverde et Antonio de Mata, qui auront charge de les lidier.
     Beau temps – Seule, la mer sera calme.

 

DAX : HAUTS LES MAINS ! ! !

     Mais non, ne vous inquiétez pas. On ne veut parler ici d’aucun « atraco ». Déjà, les banquiers et les organisateurs pâlissaient…
     En fait, il s’agit, si vous avez une heure à tuer, à la fraîche, d’aller visiter une exposition originale et de « Duende ». Au Casino  de Dax, les photos de Philippe Salvat, signent l’entrée de ce jeune reporter de presse, dans le cercle réduit  des « fous furieux » de la photo taurine. L’artiste a  basé son approche sur « les mains », pendant la lidia… Ouvertes au triomphe, crispées sur le capote, fatiguées et souillées après l’épée, mais souriantes et fleuries, soudain relâchées pendant la vuelta, ces mains toreras racontent la dramaturgie de la corrida, bien mieux que ne sauraient le faire les plumes de nos plus prestigieux écrivains, soudain débarqués dans le ruedo. C’est tout à l’honneur du photographe d’en avoir eu , et l’idée et  le talent. A ne louper sous aucun prétexte. Enhorabuena, Felipe… 
     Exposition Philippe SALVAT - Casino de Dax – tel : 05 58 58 77 77- (Vous pouvez baisser les mains !)  

 

LES MEANDRES DU « SAINT LAURENT »

    13 Août – Bayonne : Si tous les toros étaient bons, nous serions tous des grands aficionados. Mais voilà, ils sont loin d’être bons, pour un gros pourcentage d’entre eux. Alors, il faut regarder avec sagesse et humilité, évaluer  avec lucidité, et juger avec humanité. Applaudir l’arrastre d’un bloc de marbre, pourri de mauvaises intentions pointues, tout cela parce que le matador, si beau, si adulé, si riche soit-il, a pris les précautions nécessaires, relève de l’absurde, de l’ignorance taurine, et du manque total d’aficion.
     Un grand toro, qu’est-ce ? Tout d’abord, une présentation : Trapio, et non poids; des cornes, en harmonie avec le corps, et intactes; Un comportement : Férocité franche, forces d’un athlète. Un grand toro, c’est  une charge, un galop de départ, con fijeza dans les capes; une charge de loin au premier tiers, fixant la tête au peto, mettant les reins, poussant droit et fort, campaneando, jusqu’au batacazo, sortant à l’appel de la cape, mais revenant trois fois au fer, le temps de deux quites. Allègre et franc dans sa charge, il fait briller les banderilleros. La muleta l’appelle, alors il vient, avec puissance et sans innocence, ne permettant aucune erreur. C’est un combat, mais il se livre avec noblesse, répétant sa charge en quête de ce mirage rouge qui s’enfuit devant lui. Le fer l’a grandi, l’épée l’anoblit, et il lutte vaillament, des quatre fers, au milieu du ruedo, jusqu’au dernier regard. Le temps d’une ovation, il voit de l’or, le rose d’une cape, un éclair d’argent… et il ne voit plus.
     Si tous les toros étaient ainsi, nous serions tous de grands aficionados. Mais, ils le sont de moins en moins. Aussi, nous devons naviguer dans les méandres de la falta de raza, falta de casta, mansedumbre, le tout agrémenté de manque de forces. Alors nous devons être bien modestes, et supporter, parfois nous faire arnaquer. Bien sûr , il a fallu payer très cher sa place, cela donne le droit d’être exigent, mais pas d’être injuste.
     Bayonne a vécu ce jour une corrida qui déroute. Les Puerto San Lorenzo, dont la présentation fut honorable, malgré quelques questions que soulevèrent des pitons escobillés ou  astigordos, pour trois d’entre eux, ont eu un comportement de demie caste, sortant sin fijeza, en jouant les mous, prenant le fer sans s’employer, se permettant quelques genouillades à la sortie de la mono pique, jusqu’au monterazo du torero. Alors, ils se changeaient et « remontaient », à partir des banderilles, pour exploser de multiples manières, à la tête ou dans les jambes du matador, faisant planer le doute : Caste ou sentido ?. Ce fut le cas des trois premiers. Le quatrième décida d’arrêter les frais et de secouer sa pauvre tête, en passant deux fois. Le cinquième se bloqua net et attendit tout le monde, de ses grandes perches pointues. Quand au sixième, de cinq ans et demi, il montra la violence des gros méchants, mais il ne fut pas le plus retors.

    Enrique Ponce, selon certains, n’est plus ce qu’il était. Ca y est ! C’est son tour ! On a dit cela de tous, et on aime tellement brûler ce que l’on a adoré. Il toréa un peu rapide son premier, qui se révéla, au final, le moins mauvais du lot. Parmi des droitières alignées en vrac, deux grands derechazos soudain ralentis, et une série bien rematée, fêtés par le public. Pinchazo et une presqu’entière, la corne lui déchirant la chemise, au niveau de la poitrine. Ovation et salut.  Face au quatrième, il essaya bien deux choses, en sachant qu’il ne réussirait pas. Il tua bas, et on ne lui pardonna pas, parce qu’il faut prouver qu’il est en baisse de régime ! Division .

    Morante de la Puebla eut de bonnes choses au capote, face au premier qui lui joua un tour, et, après un début de faena  «de dulce », avec deux grands trincherazos, se mit à le regarder et à resserrer ses charges, faisant semblant d’y aller, mais se retenant une, deux fois, avant de déclencher. Pas bon pour la confiance du muletero. Il tua vite et fort, la corne passant près, et on l’ovationna. Le cinquième était « une paire de cornes » ambulante, qui, d’entrée, joua les mauvais garçons, et s’arrêta, attendant l’homme, à la cape, à la muleta, et surtout, à l’épée. Morante ne se confia pas, logiquement. Cela méritait un silence de Séville, et non cette bronca, injuste.

     « La corrida a été sauvée par le français » . No Senores ! La corrida a été sauvée par un torero qui s’est fait manger par son premier, et qui a presque mangé le gros sixième. Un torero et un homme qui, avec ses qualités et ses manques, s’est mis devant, bravement, et a jugulé, comme il le pouvait, « des charges »… car c’est cela qui fit la différence avec les lots des copains… Ses toros avaient des charges, dures, tordues, mais des charges, tout de même…

     Le troisième remonta terriblement à la muleta, devenant pegajoso violent,  mobile en diable et se retournant dans la zapatilla ou dans le gilet. Bautista avait brindé, la veille, un toro à Julio Aparicio Padre. Celui-ci savait, en quatre doblones par le bas, terribles, tordre un bandit  et lui dire : « c’est moi le patron, et maintenant, tu vas suivre ce que je dis… ». On ne peut vaincre un tel toro avec derechazos et naturelles, pour vaillants et musclés qu’ils soient. Tauromachie de l’an 2000 !Vaillant et musclé fut Jalabert, mais il fut vaincu. Mort en une épée et trois descabellos impossibles. Ovation. Jean Luc Jalabert, et c’est juste récompense pour l’ensemble de  sa tarde, a coupé une oreille du sixième, un toraco massif et très violent dans la muleta. Découvrant que la charge, cependant, était droite, Bautista imposa trois grosses séries de derechazos, en puissance, ne devant pas se tromper, et en essayant de garder son souffle. Très méritoire faena, même si on ne parle pas d’esthétique. Faena «de verdad »&nbs